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27 mai 2017 6 27 /05 /mai /2017 12:07

Face à la fadasserie ambiante de la majorité des productions Marvel actuelles, il n’est pas difficile d’imaginer que le premier Gardiens de la Galaxie fut perçu comme un véritable vent de fraîcheur lors de sa sortie en 2014. Entre son univers de space-opera kitsch et coloré à souhait et son ton décalé propice à la déconne, le film de James Gunn parvenait à se démarquer du reste de la production Marvel malgré un balisage évident (une structure très proche du premier Avengers, un méchant complètement inintéressant...). La critique comme le public furent étonnement réceptif à cette histoire de ratons-laveurs parlants et d’arbres sur pattes et le film remporta un franc succès, d’autant plus étonnant que les personnages qu’il mettait en scène étaient jusqu’alors d’illustres inconnus pour le commun des mortels.

Les Gardiens de la Galaxie Vol. 2

Ce bilan plus que positif était tout ce qui suffisait pour permettre à Gunn de mettre en chantier une suite avec, on l’espérait, encore plus de liberté que pour le premier film. Toutefois, l’arrivée prochaine des Gardiens dans la série Avengers avec Infinity War pouvait laisser craindre la tendance inverse, à savoir un second film davantage connecté au reste du MCU et donc soumis à son inévitable formatage. Que les sceptiques se rassurent : la trame des Gardiens de la Galaxie Vol. 2 n’a aucun lien avec le reste de l’univers Marvel en dehors de quelques références, nécessaires mais pas étouffantes, au personnage de Thanos. Loin de préparer le terrain à un quelconque rassemblement, le film se contente de raconter sa propre histoire tout en approfondissant ce qui était déjà abordé dans le premier volet.

 

Le début donne le ton : le cliché de la scène d’action introductive est habilement détourné dans une séquence qui semble être construite comme une réponse directe au plan-séquence d’ouverture ultra-poseur d’Avengers : L’ère d’Ultron. Gunn joue avec les points de vue et désamorce les attentes sans toutefois bouleverser les codes; il les utilise simplement à sa manière et les met au service de son univers filmique, poussé dans ses retranchements. Toute la première partie du film semble conçue pour satisfaire les fans du premier volet : les personnages sont parachutés dans des aventures rocambolesques, se balancent joyeusement des vannes au milieu d’une scène d’action improbable, les explosions colorées fusent de partout… On replonge avec le même plaisir dans cet univers spatial au doux parfum rétro, délirant et plein d’énergie.

Les Gardiens de la Galaxie Vol. 2

Pourtant, le film effectue un virage progressif et dévoile peu à peu ses vraies intentions. Car James Gunn n’entend pas simplement répliquer la recette du premier film en mode “bigger, louder”, au contraire : le réalisateur profite de sa liberté pour creuser son sujet et en particulier ses personnages. La rencontre de Peter Quill, aka Star-Lord, avec son père biologique devient le point d’ancrage thématique principal du film, duquel découle toute une série de questionnements sur la question de la famille. Un sujet abordé maintes et maintes fois dans le cinéma américain, en particulier dans son versant grand public, et traité ici sans grande originalité mais avec plus de coeur et d’intérêt que dans, disons, la saga Fast & Furious.

 

Tous les membres de l’équipe ont droit à leur étincelle. Drax et Rocket sont définitivement les personnages les plus drôles de la bande mais se voient malgré tout offrir quelques sérieux moments de développement dramatique. On louera également la plus grande place accordée à Yondu, peut-être le rôle le plus surprenant de l’ensemble. Ego, l’homme-planète interprété par le génial Kurt Russell ou encore la curieuse Mantis sont autant d’additions réjouissantes à un casting déjà bien fourni. On peut d’ailleurs louer l’ambition de proposer, chose rare dans la galaxie Marvel, un méchant aux motifs un peu plus travaillés que la moyenne et surtout un vrai rôle à jouer au sein de la thématique du film.

Les Gardiens de la Galaxie Vol. 2

Le fait que tout le dernier acte tourne, une fois de plus, autour d’une potentielle destruction du monde/de l’univers peut paraître rébarbatif, mais quelque part le film semble lui-même conscient de cette limite et met au premier plan la résolution des conflits personnels des personnages plutôt qu’une menace d’apocalypse réchauffée. Encore une fois, malgré quelques clichés pas toujours faciles à avaler, c’est le coeur que met James Gunn à l’ouvrage qui fait la différence ici, d’autant plus que le réalisateur n’hésite pas à davantage prendre son sujet au sérieux en offrant quelque sincères moments d’émotion ou de poésie au milieu de son grand capharnaüm galactique.

 

Fort de son expérience hollywoodienne, Gunn se montre également plus assuré en ce qui concerne sa réalisation. A ce niveau-là, Les Gardiens 2 est peut-être le film du MCU proposant le plus d’idées de mise en scène. On retiendra par exemple des scènes d’action s’éloignant des normes habituelles du genre pour davantage lorgner du côté du cartoon; l’utilisation du ralenti et de la musique, toujours parfaitement raccord avec l’image, créant un effet de décalage qui n’est pas sans rappeler la déjà culte scène de Quicksilver de X-Men : Days of Future Past. La direction artistique passe également à la vitesse supérieure et offre son lot de trouvailles et de panoramas mémorables, en particulier en ce qui concerne la planète d’Ego et son design chatoyant.

Les Gardiens de la Galaxie Vol. 2

Cette plus grande liberté visible permet à Gunn de réaliser l’oeuvre la plus à part du MCU, mais ne se fait pas non plus sans heurts. Le choix de délaisser l’intrigue et le dynamisme de l’action au profit des personnages confère au film un rythme plus lent et parfois laborieux dont le premier opus, “protégé” par une structure en trois actes typiquement marvelienne, ne souffrait pas. Les Gardiens 2 est plus long, plus lent et manque parfois de l’énergie communicative de son prédécesseur. Les intentions du metteur en scène sont là, mais il lui manque peut-être l’expérience d’un Sam Raimi, qui faisait de son Spider-man 2 une oeuvre sans faille tout en affichant la même volonté de placer les personnages et leur intimité au premier plan.

 

On peut également reprocher au réalisateur/scénariste la récurrence de certains gimmicks de plus en plus évidents, comme par exemple cette habitude de systématiquement désamorcer des moments de bravoure ou d’émotion par une blague facile, uniquement placée là pour rappeler que le film ne se prend pas trop au sérieux. Enfin, si l’inventivité des scènes d’action est à saluer, le dernier acte est quant à lui plus conventionnel : un déluge d’explosions et de destruction numérique un peu longuet, dans la lignée des normes actuelles du genre. La séquence est heureusement sauvée par ses quelques interludes et petits moments de gloire, comme l’irrésistible gag du papier collant déjà partiellement dévoilé dans la bande-annonce.

Les Gardiens de la Galaxie Vol. 2

Un poil plus audacieux que son prédécesseur mais sans doute victime de son excès de générosité, Les Gardiens de la Galaxie Vol. 2 demeure ce que Marvel Studios a produit de plus intéressant jusqu’à présent. Débarrassé de toute nécessité d’établir des connexions trop évidentes avec l’univers partagé, le film existe pour ce qu’il est et grâce au talent et à la passion d’un réalisateur qui semble heureusement bénéficier d’une totale confiance de la part des exécutifs. C’est peut-être la dernière fois avant un moment qu’un film du MCU peut se permettre d’être autre chose qu’une pièce parmi tant d’autres d’un puzzle aseptisé, autant en profiter.

 

7.5/10

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24 février 2017 5 24 /02 /février /2017 14:29

En 2014, Damien Chazelle créait déjà l’évènement avec Whiplash, deuxième film du jeune réalisateur et premier à bénéficier d’une large distribution. Racontant l’histoire d’un jeune batteur de jazz confronté à un professeur au niveau d’exigence déraisonnable, le film avait marqué les esprits par l’intensité de cette relation maître/élève corrosive mais aussi par la passion qui se dégageait de sa mise en scène, notamment lors des passages musicaux. On ne pouvait dès lors qu’être impatient de découvrir l’étape suivante dans la carrière du jeune cinéaste, en espérant qu’elle soit teintée de la même aura.

La La Land

Cette étape suivante, c’est donc La La Land, une comédie musicale narrant la rencontre entre Mia, jeune aspirante actrice qui enchaîne les auditions ratées et Sebastian, pianiste de génie maudit rêvant d’ouvrir son propre bar de jazz. Un point de départ a priori très différent du précédent film de Chazelle puisqu’il est ici avant tout question d’une histoire d’amour et d’un hommage à un genre relativement moribond dans le paysage hollywoodien contemporain.

 

Le film s’ouvre sur un impressionnant numéro musical, pure décharge de rythme et de couleur en forme de plan-séquence (une pratique décidément très à la mode) qui donne immédiatement le ton : La La Land assume entièrement le genre dont il hérite et entend en reprendre les grands archétypes. Comme c’est de tradition, la musique structure l’ensemble de l’oeuvre, sert de moteur narratif et expose les états-d’âme des personnages. Cinéaste généreux, Chazelle abreuve son spectateur de sons et d’images, et construit autour des compositions de Justin Hurwitz des séquences virtuoses. Plans très longs, caméra dynamique suivant les personnages, jeu sur les focales et les éclairages… Le réalisateur témoigne d’une parfaite maîtrise de la grammaire cinématographique, qu’il met en accord avec une direction artistique (décors, costumes…) chatoyante.

La La Land

Durant la première heure du film, cette esthétique ensoleillée est mise au service de l’épanouissement de la relation entre Mia et Sebastian. Le tout commence par une rencontre due au hasard, s’ensuivent des premiers échanges en forme de chamailleries, avant que ne naisse une progressive attirance de l’un pour l’autre. Les étapes vers l’idylle de comédie romantique parfaite sont ainsi respectées à la lettre. La romance prend une forme presque irréelle, idéale, ensoleillée et se met ainsi en accord avec le ton du film et ses partis pris visuels. Plus qu’un reflet de la réalité, La La Land ressemble avant tout à un doux rêve.

 

Toutefois, l’histoire d’amour parvient à rester crédible. Cela tient à une écriture des dialogues très juste, qui évite souvent les grosses ficelles évidentes pour faire naître la complicité de manière naturelle, mais aussi à l’interprétation des deux acteurs principaux. L’alchimie est étonnante entre Emma Stone et Ryan Gosling, les deux acteurs rendant parfaitement crédibles chaque moment clé de leur relation. L’un comme l’autre sont au sommet de leur art : Stone interprète Mia avec la douceur et la pétillance qu’on lui connaît tandis que Gosling prouve qu’il maîtrise aussi bien le registre comique que celui du drame.

La La Land

Si le film prend la forme d’un rêve, c’est aussi parce que l’idée traverse le propos du film. Chacun des deux personnages principaux nourrit un rêve qui lui est propre, tout en encourageant celui de l’autre. Si Mia persévère dans ses ambitions et en arrive même à écrire et mettre en scène sa propre pièce, c’est parce que Sebastian l’y pousse, tandis que l’aspirante actrice force le pianiste à remettre en question la tournure que prend sa carrière de musicien. Pour autant, le rêve finit par être progressivement rattrapé par le réel. Ainsi, le ton du film évolue subtilement, se fait moins enjoué, les couleurs se gomment peu à peu tandis que la relation amoureuse de Mia et Sebastian prend une tournure plus tourmentée à mesure que chacun est confronté à ses propres limites. La comédie musicale enjouée se fait plus mélancolique, plus amère, tout en gardant ce versant onirique, et culmine dans un torrent visuel et émotionnel final splendide.

 

Outre ses moments de pur étalage de maîtrise technique, la réalisation de Chazelle brille tout autant lorsqu’il s’agit de filmer de manière plus discrète l’intimité des personnages. La double interprétation de Gosling et Stone sur “City of stars” ainsi que l’inévitable dispute du couple sont mises en scène avec parcimonie, laissent de côté les nombreux mouvements de caméra pour se limiter à l’essentiel, avec un impact émotionnel peut-être encore plus fort.

La La Land

D’une manière générale, Damien Chazelle garde tout son talent pour mettre en scène la musique. Les scènes de pure performance musicale (boîte de jazz, concerts…) sont filmées et montées avec la même précision qu’un Whiplash, rappelant que le cinéaste est également musicien et mélomane. La comparaison avec Whiplash ne s’arrête pas là puisque les deux oeuvres ont en commun de parler de musique, d’art en général et surtout de dévotion envers ce dernier. Les deux films mettent en scène le rêve de l’accomplissement artistique mais également les sacrifices et les choix parfois nécessaires pour y parvenir.

 

La La Land, et certains pourront lui reprocher, est un film résolument tourné vers le passé. Le projet même du film est de remettre au goût du jour un genre typique de l’âge d’or hollywoodien, sans forcément actualiser ses codes au delà d’une mise en scène plus dynamique. Chazelle ne cache pas ses références aux grands classiques : la comédie musicale hollywoodienne, mais aussi les films de Jacques Demy ou encore le Coup de Coeur de Coppola. Le rapport au passé du metteur en scène s’incarne d’ailleurs directement dans ses personnages, entre Sebastian et ses propos sur le jazz qui n’intéresse plus personne (le réalisateur place clairement ses propres discours dans la bouche de son personnage) et Mia dont la chambre est décorée d’un énorme poster d’Ingrid Bergman.

La La Land

Damien Chazelle semble d’ailleurs conscient des limites de sa démarche. Lorsque le personnage interprété par John Legend (seul acteur bénéficiant d’un rôle un minimum consistant en dehors du duo Stone/Gosling) rappelle à Sebastian que les grands jazzmen ont marqué leur temps parce qu’ils regardaient vers l’avenir et non le passé, l’auteur semble s’interroger lui-même sur la pertinence de réaliser, en 2017, une comédie musicale dans la pure tradition du style, sans vraiment chercher à en bouleverser les codes. Plus tard, Mia se demande si son futur public ne va pas trouver sa pièce trop nostalgique, ce à quoi le pianiste répond “Fuck them!”. Une manière pour Chazelle d’assumer son hommage à la grandeur passée jusqu’au bout, et tant pis pour ceux qui lui reprocheront son manque d’innovation. C’est finalement une autre réplique du film, prononcée par Mia, qui résume peut-être le mieux tout l’intérêt que l’on peut porter à La La Land : “People love what other people are passionate about.”.

 

Car La La Land est clairement une oeuvre de passionné, une véritable déclaration d’amour au cinéma tout autant qu’à la musique. Ce n’est pas pour rien que Chazelle a choisi la comédie musicale pour s’exprimer, le genre étant peut-être la rencontre la plus évidente entre les deux arts, de même que faire de Mia une actrice et Sebastian un musicien ne tient pas du hasard. Cet étalage de passion décomplexée se fait sans doute au prix d’un relatif manque de subtilité, notamment dans le jeu référentiel, mais ce n’était après tout par pour sa subtilité que l’on aimait tant Whiplash.

La La Land

Pour ce dernier comme pour La La Land, le réalisateur met son style démonstratif au service d’un sujet qui lui tient à coeur, et parvient à transmettre au spectateur tout l’amour qu’il éprouve pour ce qu’il filme, au détour de séquences mémorables, savamment orchestrées et à l’impact émotionnel certain. Avec La La Land, Damien Chazelle ne révolutionnera certainement pas le cinéma, mais il lui offrira en tout cas l’un de ses plus beaux moments cette année.

 

 

8.5/10

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2 février 2017 4 02 /02 /février /2017 10:56

Habituellement, même les très (très) mauvais films ne montrent pas l’étendue des dégâts dès leur intro. Il y a plutôt une lente dégradation de l’œuvre, qui finit par s’égarer dans une spirale de grand n’importe quoi. Mais pas ici. Sean Penn, dans son infinie bonté, entame son dernier long-métrage avec subtilité par une infographie et un texte sur l’Afrique qui laissent pantois. Je n’ai plus les mots exacts en tête, mais en gros une comparaison directe est établie entre la guerre opposant deux pays irréconciliables et… l’amour impossible entre un homme et une femme. Vraiment, Sean ? Il t’est arrivé quoi depuis Into the Wild ? Ce dernier n’était peut-être pas un chef d’œuvre de subtilité, mais la différence de qualité entre les deux œuvres est abyssale. Même en ayant lu les pires critiques, je me disais qu’il ne pouvait pas avoir sombré si bas.

Eh oui j'utilise les mêmes images que tout le monde, même pas au bon ratio, parce qu'il y a quasiment rien de disponible (étonnant, non ?)

Eh oui j'utilise les mêmes images que tout le monde, même pas au bon ratio, parce qu'il y a quasiment rien de disponible (étonnant, non ?)

Désolé de casser le suspense, mais en fait si, et même bien pire que ça. Dès le premier plan c’est la déchéance esthétique, on se situe niveau téléfilm à gros budget, mais pas hyper soigné non plus (faut pas pousser). La photo est particulièrement fade, pour ne pas dire laide, les cadrages n’ont aucune inspiration, la profondeur de champ est aux fraises… Heureusement, plus loin dans le film, certaines séquences sont déjà visuellement plus probantes, mais on tombe aussi dans l’extrême inverse avec des plans « parfaits » tout droit sortis de publicités pour parfums, et donc fort inadaptés. Je me suis fait assez rapidement une réflexion qui s’est tristement avérée vraie pour le reste du film : on dirait qu’il a été réalisé par un jeune étudiant en cinéma idéaliste et condescendant, gavé aux films de Malick et tentant de le copier sans le comprendre. En tout cas on a du mal à croire que quelqu’un d’expérimenté a tenu la caméra et surtout osé rendre cette copie.

 

Comment les acteurs ne se sont-ils pas rendus compte de la galère infâme dans laquelle ils s’étaient embarqués ? Javier Bardem (Miguel) et Charlize Theron (Wren, oui c’est moche) n’ont jamais joué aussi mal, manquant de s’étrangler à chaque réplique atroce constituant les dialogues les moins naturels que j’ai vus au cinéma depuis longtemps. Si ça ne tenait qu’à moi, le scénariste serait radié à vie du milieu du cinéma. Il y a notamment une réplique de Jean Reno (Dr. Love, si si) qui semble être devenue culte parmi les petits veinards qui ont vu le film cette daube. Quand quelqu’un demande à Wren pourquoi elle n’a toujours pas épousé Miguel, elle répond qu’elle doit bien pouvoir attraper (grab) quelqu’un dans le coin qui acceptera, ce à quoi Reno rétorque avec un sérieux professoral « It’s not grabbing, it’s loving ! Loving… ». Je… hein ? Vraiment ? Mettons-nous bien d’accord, en plus d’être atrocement ridicule, ça ne veut rien dire. C’est juste effarant de nullité ! Heureusement, quelques ricanements dans la salle m’ont rassuré sur ma santé mentale. Même chose quand ce fameux docteur s’emporte après Wren à propos de son engagement humanitaire, Reno sonne comme un ado qui pique sa crise dans un anglais épouvantable, impossible de ne pas rire alors que la scène est censée être des plus intenses.

 

Il y a tant de choses à dire sur ce film qu’il m’était plus facile d’en parler que d’écrire dessus, je dois bien l’avouer. Quel Miguel soit un gros fan des Red Hot Chili Peppers (oui c'est en gras parce que c'est vraiment important ici), pas de souci, qu’on en parle tout le temps pour avoir l’air cool ça gonfle un peu, mais alors qu’il n’écoute QUE Otherside, c’est quoi cette obsession ? On doit l’entendre au moins trois fois dans le film, en plus d’une version instrumentale par Zimmer. Et comment oublier son utilisation délirante dans ce qui est probablement la séquence la plus surréaliste du film ? Miguel et Wren emmènent les enfants faire un tour en pick-up pour se détendre, ils écoutent Otherside (quelle surprise), et d’un coup Wren pète un plomb en clamant qu’Anthony (le chanteur, faut suivre) est sexiste, malsain et je ne sais plus quelles absurdités (je sais très bien que les Red Hot parlaient souvent de sexe assez crûment à leur début, mais pas dans cette chanson). Au point de sortir de la voiture en marche et de continuer sur le côté à grandes enjambées, pendant que Miguel lui balance des vannes en carton. Bon, c’était déjà bien gênant, mais là-dessus plan rapproché sur Wren qui écarquille les yeux (horreur, terreur !), puis on découvre une scène comme il n’y en a même pas dans le dernier Mel Gibson.

On dit beaucoup de mal sur la guerre mais il faut reconnaître que ça rapproche les gens, ils ont pas l'air heureux là ?

On dit beaucoup de mal sur la guerre mais il faut reconnaître que ça rapproche les gens, ils ont pas l'air heureux là ?

Si vous voulez éviter le spoil et/ou que vous êtes une âme sensible, passez au paragraphe suivant. Nos deux « héros » découvrent donc un village à feu et à sang, dont la route est barrée par l’intestin d’un gamin éventré, que l’on a attaché à deux arbres de part et d’autre. Le problème, c’est que cet enchaînement illustre le plus gros problème du film, annoncé il est vrai par le carton d’intro : juxtaposer sans cesse des problèmes ridicules de gens privilégiés à la misère et à l’horreur vécue par les peuples africains en guerre. J’évoquais le Mel Gibson, qui a la réputation assez méritée d’être très violent, mais The Last Face m’a bien plus choqué. Il n’y a quasiment pas de numérique, les plaies sont montrées de façon bien sordide, pareil pour les opérations, à grand renfort de patients mutilés. Au cas où vous n’auriez pas compris que la guerre c’est mal, l’ami Sean vous en mets (beaucoup) plus pour le même prix.

 

A ce stade-là, que dire de plus ? On est tenté de lister toutes les scènes surréalistes et indécentes qui parsèment les interminables 2h10 du film (si on peut encore appeler ça un film), mais d’autres l’ont fait à ma place, et certainement mieux. J’y ai tout de même cédé car un naufrage pareil ne peut se raconter sans exemples, sinon c’est précisément là qu’on a du mal à croire à quel point ça peut être raté. Histoire d’enfoncer le clou, je tiens à signaler que c’est le pire film que j’ai vu au cinéma depuis Lucy. Si on m’avait dit à l’époque que Sean Penn aurait l’honneur d’être le suivant, jamais je n’y aurais cru. On est devant le genre de film qui n’est pas juste un ratage, un accident industriel, une commande sans inspiration comme Hollywood en pond des dizaines par an. Non, c’est le genre de film qui pousse un spectateur à se poser des questions sur la santé mentale des personnes qui ont travaillé dessus, et je suis on ne peut plus sérieux.

 

En premier lieu, Sean Penn et le scénariste doivent être jugés pour crimes contre le cinéma, mais également les sept personnes créditées à divers postes de production. Eux qu’on connaît trop bien pour entraver ou museler de nombreux réalisateurs (y’en a des bien, je ne généralise pas), il faut croire que sur The Last Face le bon sens était aux abonnés absents. Se dire que produire un film avec un tel pitch de départ est une bonne idée reste une aberration en soi, Sean Penn ou pas, gros casting ou pas. Impossible de savoir s’il y avait un vague espoir de viser un Oscar ou s’ils voulaient simplement produire un film engagé (je m’étrangle), toujours est-il qu’un tel projet aurait pu, et surtout dû, être annulé à chaque étape de sa conception. Je serais très curieux d’en voir un making of, pour savoir un peu à quoi ressemblait le tournage d’un machin pareil. Bordel Sean, je suis tellement dérouté que je ne sais pas comment finir ma critique. Tout ce que je peux vous dire, c’est que le film n’est pas assez nanar pour payer une place, et que même avec une carte illimitée, un peu de masochisme ne sera pas de trop. Ah par contre le film a une énorme qualité que je dois bien lui reconnaître : après avoir vu ça comme premier film de 2017 au cinéma, le reste de l’année ne pourra être que meilleur.

 

 

1.5/10

 

 

Arnaud (qui s'en remet à peine)

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