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7 avril 2013 7 07 /04 /avril /2013 16:15

       Direction le pays du Soleil levant pour la deuxième chronique de notre catégorie "Classiques et cultes". Aujourd'hui je m'attaque à un titan avec le célèbre film Les 7 Samouraïs sorti en 1954 et réalisé par le grand Akira Kurosawa. Cinéaste que j'ai mis du temps à apprécier à sa juste valeur d'ailleurs. Adorant la majorité des films que j'ai pu voir de lui désormais, j'avais envie d'évoquer mon amour pour le film qui l'a rendu réellement célèbre en occident et qui a été un très gros succès commercial mondial à son époque, l'un des premiers d'une telle ampleur pour un film asiatique. Et oui, succès commercial et réussite artistique peuvent très bien collaborer. La preuve avec ce film intelligent et très prenant.

 

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       Malgré sa très longue durée (3h20), le film est tellement riche et rythmé que je n'ai pas vu le temps passer. D'ailleurs j'aimerais préciser en tout premier lieu que le film demeure très accessible, aussi bien aux cinéphiles confirmés qu'aux néophytes. Et ce serait par ailleurs dommage de rater un si grand film qui a su traverser les âges avec brio pour conserver l'efficacité dont il fait encore preuve aujourd'hui.

 

       Considéré comme un film d'action, les 7 Samouraïs offre en effet un spectacle grandiose tout le long de sa durée tout en n'hésitant pas à prendre son temps pour développer ses personnages et ses thèmes. Le film n'est pas complexe et peut même paraître classique dans sa narration mais tout est si maîtrisé que pour ma part ce fut une sacrée claque qui me confirme tout le bien que je pensais d'Akira Kurosawa. Puis le classicisme n'en est pas vraiment un malgré un déroulement assez simple vu que le traitement donne une autre dimension au film.

 

       Aucun personnage du film n'est réellement délaissé même si plusieurs personnalités éclatent plus que d'autres. Les sept samouraïs engagés par le village de paysans ont leur raison d'être et ne combattent que pour le "privilège" d'avoir 3 repas par jour. Il ne s'agit donc pas là de protecteurs de personnages importants mais bien de samourais pauvres qui appliqueront leur code de l'honneur pour une maigre récompense qui assure néanmoins leur survie.

       Il s'agit bien ici d'une alliance entre différentes individualités, qui divergent parfois, dans un but commun et presque désintéressé. Kurosawa dépoussiérait ainsi le mythe du samouraï fier et aisé. Il l'humanisait même en nous montrant l'attirance que le jeune samouraï du film éprouve pour une paysanne du village, chose alors impossible vu le système des classes sociales de l'époque. C'est cette modernité thématique qui renforce le caractère universel du film dans l'ensemble.

 

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       Le traitement des personnages et la densité thématique rendent ce film vraiment passionnant. D'autant plus que visuellement c'est la classe. La GRANDE classe. Niveau mise en scène, Akira Kurosawa est un géant. La multitude de plans sublimes ne surprend même plus à force mais demeure un régal pour la rétine. Leur composition est superbe. Ajoutons à cela une sublime photographie qui ne fait qu'embellir le tout et hop, nous obtenons là l'un des films les plus aboutis formellement qu'il me fut donné de voir.

      L'utilisation fréquente d'une profondeur de champ immense touche au sublime nous offrant ainsi des images de toute beauté. Kurosawa était décidément un grand faiseur d'images. La manière de filmer les batailles et affrontements est agréablement admirable. Le cinéaste sait balayer l'espace de sa caméra, rendant l'action particulièrement belle et fluide. 

 

       C'est en cela que Les 7 samouraïs brille de nouveau (décidément il ne fait que briller ce film) pendant les scènes d'action. Celles-ci se révèlent intenses, réalistes, dynamiques et Kurosawa n'est pas avare en la matière. Du vrai cinéma épique en somme. Ca change du Hobbit quand même...

       Puis le film sait aussi rester léger malgré sa densité. L'humour y est omniprésent, notamment grâce à la présence du personnage de Kikuchiyo, un homme maladroit, fantasque mais bourré de bonne volonté et sujet fréquent aux sauts d'humeur. Son interprète, le grand Toshiro Mifûne, signe ici une grande performance encore une fois dans le style exubérant qui le caractérisera une bonne partie de sa carrière. 

 

       De manière générale l'interprétation est de qualité. Celui ou celle qui n'aura jamais vu de films japonais risquent de mettre un temps pour s'habituer au jeu des acteurs mais une fois qu'on y accroche c'est un véritable régal. Je saluerai aussi particulièrement l'interprétation de Takashi Shimura dans son rôle de vieux samouraï errant qui se retrouvera chef de sa petite bande. Pleine de classe et de sobriété. 

       La bande-son a également reçu un soin particulier. Outre le thème d'ouverture, les compositions d'Hayasaka sont dans le ton et contribuent à l'aspect épique du film. Même si la musique est de qualité, c'est l'utilisation du silence qui anime le film. Pas ou peu de musiques lors des batailles, lors des séquences de nuit... En aucun cas Kurosawa ne fait du remplissage sonore, laissant à maintes reprises l'image s'exprimer d'elle-même. Et ça c'est la classe. Pas de surcharge inutile, on va droit à l'essentiel pour plus de réalisme.

 

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       Mais croyez-moi, Les 7 Samouraïs malgré sa simplicité apparente est plus dense qu'on ne le croit et c'est très difficile d'aborder tout ce qui caractérise ce film. Grâce à un rythme ultra maîtrisé, Kurosawa nous plonge dans une aventure remarquable et accrocheuse. Sa richesse m'a séduit. Entre action, humour et profondeur, ce film n'usurpe en rien son statut de chef d'oeuvre du Septième Art. Tellement remuant que je n'ai jamais regardé l'heure en cours de route.

 

       La fin du film teintée d'amertume, de tristesse et de cruauté dégage un profond sentiment de nostalgie et démystifie cette époque féodale du Japon. Les samouraïs n'ont rien de surhommes, arrivent et repartent, viennent et disparaissent, leur ordre semblant déjà voué à la destruction. 

       La simplicité et la fluidité du film en font quelque chose à la fois accessible et grandiose. Ce chef d'oeuvre fait preuve d'une intelligence permanente et d'une richesse délectable. Comme quoi pas besoin de faire compliqué des fois. Il suffit d'un cinéaste talentueux derrière la caméra, d'une maîtrise de tous les instants et le tour est joué. Avec en prime une absence de manichéisme primaire et une écriture fine et subtile. Les relations entre les personnages sont particulièrement bien tissées et l'intrigue repose beaucoup sur eux c'est réellement très appréciable.

 

       Un grand film sur la fin d'une époque, la fin d'un mythe. Kurosawa m'a emporté durant ce long périple sans jamais me délaisser, en me proposant du cinéma de grande qualité et m'a lâché avec la sensation d'avoir assisté à une oeuvre d'art de 200 minutes.

       Ce grand classique nippon a gagné toute ma considération et est à ce jour l'un de mes films préférés tout simplement. Une véritable bouffée de générosité cinématographique avec un soin à tous les niveaux. Un film vivant et passionnant qui a remporté mon adhésion. Une véritable claque!

 

9/10

 

Romain


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20 mars 2013 3 20 /03 /mars /2013 13:32

La première fois que j’ai entendu parler de ce film, encore à l’état de projet un peu fou, ce fut par des fans de Korine. « Tu te rends compte, le mec qui a fait Gummo et Julien Donkey-Boy va s’attaquer au Spring Break avec des héroïnes Disney ! » Eh bien non, tout ignorant que j’étais je ne me rendais pas compte, mais il faut avouer que l’idée même du film entre les mains d’un réalisateur doué et libre de ses choix était assez attrayante. Il était aussi évident que le marketing du film serait fourbe juste comme il faut, façon Drive, pour ratisser large quitte à décevoir (mais après tout les gens ont payé, même les parents qui emmenaient leurs chères têtes blondes voir leurs égéries Disney Channel au cinéma).

 

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Ça n’a pas raté. Si la première bande-annonce se contentait de quelque chose de sobre et presque contemplatif, la seconde mettait le paquet pour ressembler le plus possible à un ersatz de Projet X, sur fond de basses ronflantes et de débauche « fun ». Ajoutons à ça les affiches joyeusement colorées avec pour seule citation presse «La température va monter d'un cran" par Première. Il devait vraiment être difficile de trouver plus intelligent et moins racoleur. Bref, je digresse, revenons au film. Comme beaucoup qui furent induits en erreur par la promo ou simplement curieux, j’ai découvert le réalisateur avec ce film, qui semblait être son plus accessible.


Tout dépendra de votre définition d’accessible, mais dans l’ensemble ça l’est, et ce fut d’ailleurs mon seul infime reproche au film, ne pas toujours pousser l’expérience jusqu’au bout, avec une légère impression de retenue. Forcément ça pourra choquer si on est habitué à des films relativement cadrés et structurés, mais la surprise de ceux qui ne s’attendaient pas à ça est loin d’un Tree of Life, par exemple.


Dès la scène d’introduction, impossible d’être trompé par la marchandise, presque tout ce qui va suivre est annoncé : un équilibre subtil entre racolage et approche frontale, entre dégoût et fascination, mais surtout entre simple constat et critique de la jeunesse actuelle, certainement ce qui fait le plus débat. Le côté « coquille vide » à première vue renforcé par l’utilisation de Skrillex en fond sur cette séquence (et il faut du talent pour que ça passe aussi bien que ça) n’est qu’un voile couvrant le second degré et le cynisme de ces ralentis dignes de mauvais clips de R’n’B. Sans chercher trop loin, on retrouve un peu le même regard qu’un Aja en plein Spring Break dans son Piranha 3D, même si la comparaison s’arrêtera là.


Une fois n’est pas coutume pour un film récent que je chronique, il est plus facile de parler de ressenti et de sensations que de décortiquer les différentes qualités (ou défauts) de l’œuvre en question. La photographie assez exceptionnelle se détache tout de même, pendant le film je pensais à un mélange entre celles de Noé et Lynch, et en effet c’était le directeur photo de Gaspard Noé, à savoir Benoît Debie, qui livre un boulot impressionnant. Pour les connaisseurs, j’ai eu la forte impression que l’oeuvre dont le film se rapprochait le plus était le jeu indépendant Hotline Miami (que je conseille au passage), avec ses couleurs flashy toujours à la limite du mauvais goût, sa BO électro hypnotisante et ses délires à base de flashs troublants, ainsi qu'une séquence précise vers la fin que j'aurais le bon goût de ne pas révéler.


L’utilisation dès le début du film de phrases récurrentes en voix off, et de rechargement de fusil à pompe à chaque changement de séquence, instille un certain malaise, un sentiment de fatalité qui se confirme par les différentes étapes que vont rencontrer le groupe, une progression très similaire à celle qu’on connaît dans les films de gangsters plus classiques (je ne spoile pas, il suffit d’avoir vu la tête de James Franco sur une affiche ou dans une bande-annonce pour s’en douter). Le film prend un virage logique à partir du moment où il rencontre le groupe de filles, lâchant un peu le Spring Break lui-même, sujet difficile à tenir sur 1h30, pour traiter de gangsters de pacotille. Il y a quelque chose d’assez fascinant à voir évoluer un Franco totalement dans son personnage, ridicule et touchant à la fois en blanc ayant grandi dans un quartier noir et ayant adopté tous les tics possibles pour s’intégrer.

 

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La force du film reste surtout de raconter cette histoire qui tient sur un post-it de façon très détachée, en empilant des séquences plus ou moins contemplatives voire hors-sujet, sur fond de musique lancinante et de voix off qui se répètent, pour former un tout cohérent. Cette combinaison d’ellipses, de non-dits et de flash-backs permet de créer sur cette courte durée et avec des personnages qu’on connaîtra finalement peu, un sentiment de nostalgie pour un instant précis dans lequel elles auraient aimé vivre, mais que l’on sait pertinemment condamné à être un fantasme.


La question de savoir si le film, et le réalisateur donc, porte un jugement acerbe ou non sur une certaine jeunesse actuelle qui ne sait pas où elle va se révèle peu à peu inintéressante à mon sens. D’une part, Korine a dit lui-même que ce n’était pas son but, d’une autre il semblerait plutôt que son film soit juste assez ouvert pour que chacun y voit ce qu’il veut.

La seule chose qui me semble importante en allant voir ce film est de savoir un minimum à quoi s’attendre (parents, nous le répétons, n’emmenez pas vos enfants voir Selena Gomez et Vanessa Hudgens) et ne pas emmerder vos voisins si ça ne vous intéresse pas. J’avais senti venir le coup façon Drive ou Tree of Life, mais rien à faire, la rangée de derrière qui s’interroge cinq minutes sur le fait que « eh mais le dealer c’est pas le type de Spiderman là ? » (OUI C'EST LUI), ça sort un peu du film. Sur ce coup de gueule gratuit, merci de m’avoir lu et si ça vous a donné un tant soit peu envie foncez, vous ne verrez pas ça tous les jours au cinéma.


 

8/10

 

Arnaud

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15 mars 2013 5 15 /03 /mars /2013 15:00

       Petite escale aujourd'hui sur un grand classique du cinéma français, l'un des premiers films de la Nouvelle Vague, à savoir Les 400 coups de François Truffaut sorti en 1959. Ce mouvement cinématographique marqué par une volonté de changement et de jeunesse face à un cinéma français jugé ringard a été et est encore aujourd'hui une source d'inspiration pour les cinéastes contemporains. Film en partie autobiographique, les 400 coups est l'un des films les plus emblématiques, ou du moins les plus connus, du mouvement. Petit coup d'oeil sur cette oeuvre mythique.

 

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       Les 400 coups nous raconte l'histoire d'Antoine Doinel, un garçon de 14 ans vivant sous l'autorité d'une mère peu aimante et d'un beau-père frivole. Adepte de l'école buissonnière, c'est un gamin plein de bonne volonté mais bourré de maladresses qui multiplie les gaffes et bêtises en tout genre. Délaissant volontiers les cours pour aller au cinéma, Doinel est un garçon respirant la vivacité et la curiosité, prisonnier d'une société qui oppresse son désir de liberté.

 

       Le film est très intéressant dans sa démarche narrative. On constate que les scènes en intérieur (à la maison et à l'école notamment) soulignent l'aspect "carcéral" qu'éprouve le jeune Antoine dans un environnement peu propice à sa créativité et où on lui dicte constamment sa conduite. Je mentionnais le caractère autobiographique du film en préambule car Truffaut a lui-même connu une enfance difficile avec des parents peu aimants et des passages en maison de redressement ou prisons. 

 

        Et c'est en partie ce que Doinel subira durant le film. Le cinéaste embarque son personnage principal dans une spirale infernale le privant de la liberté et de l'amour qu'il demande. A une époque où l'enfant n'était pas encore considéré réellement comme un homme en devenir, le film surprend par sa violence psychologique. Du fait que le jeune Antoine ne fait que se rebeller face à une autorité parentale qui l'étouffe et face à l'institution scolaire qui ne permet pas l'épanouissement personnel du fait de son austérité et de sa fermeté, nous sommes pris d'empathie pour ce jeune garçon paumé dans un monde impitoyable envers lui.

 

       Le regard de Truffaut porte sur l'enfance est tendre mais toujours ancré dans une certaine forme de réalisme. Le film est très juste dans son approche, il respire l'authenticité. Le traitement reste assez léger, même si le ton du film reste plutôt rude, Truffaut filme quand même de brefs instants de bonheur qui parsèment le film. Une scène de joie familiale, la simple lecture d'un livre, le plaisir de jouer... Les 400 coups nous propose autre chose qu'une vision unilatérale et c'est tout à son honneur.

 

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       Visuellement le film est un régal. La photographie est somptueuse et va de pair avec le talent de mise en scène de Truffaut qui a réalisé brillamment son premier film. Gros plans oppressants en intérieurs, plans larges en extérieur, une mise en scène cohérente laissant souvent l'image parler d'elle-même. La séquence finale sur la plage est d'ailleurs d'une grande beauté, d'une grande classe. Le jeune Jean-Pierre Léaud impressionne déjà dans le film qui a lancé sa carrière faisant preuve d'un certain charisme et arborant l'air détaché qu'il emploiera dans beaucoup de ses rôles.

 

       Malgré son âge, le film n'a quasiment pas pris une ride. Certes le film se concentre sur l'enfance d'une certaine époque où Facebook n'existait pas mais le propos reste encore d'actualité concernant la délinquance juvénile mais aussi sur ce qui la cause. Ce qui en fait encore aujourd'hui une oeuvre importante et tout à fait accessible, même aux néophytes n'ayant pas une grande culture cinématographique puisque le film peut parler à tout le monde (oui, oui, ça parle un film).

 

      Le scénario et les dialogues sont réussis, grâce à leur authenticité notamment. L'écriture de Truffaut est fine et intelligente, aucun personnage n'est enfermé dans une conduite parfaitement dictée, il y a une réelle recherche de sincérité dans les 400 Coups. Drôle, touchant, beau, ce film est une indéniable réussite et demeure encore de nos jours un film français majeur à découvrir ou à redécouvrir.

 

8/10

 

Romain

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3 mars 2013 7 03 /03 /mars /2013 17:00

       Voilà dix ans que Governator n'a plus tenu de rôle principal au cinéma. La dernière fois, c'était dans le troisième et très dispensable opus de la saga Terminator. Depuis, deux mandats de gouverneur de Californie, quelques apparitions au cinéma et plus rien. Autant dire que le gamin qui a grandi avec Terminator (moi en l'occurence) avait hâte de revoir Schwarzy au premier plan. Après l'annonce officielle du retour au cinéma de Mister Univers dans un projet mené par Kim Ji-Woon (J'ai rencontré le diable...), je ne pouvais qu'être confiant! Ca promettait le retour d'un film d'action à l'ancienne réalisé par un des meilleurs cinéastes coréens actuels, de quoi me satisfaire pleinement donc. Le Dernier Rempart réussit-il cependant à répondre aux attentes qu'il a suscité?

 

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       Pour son premier film américain, KJW s'est entouré d'un petit casting assez sympathique avec en outre, en plus de Governator, Forest Whitaker, Johnny Knoxville, Peter Stormare et même le vétéran Harry Dean Stanton. Je m'attendais à quelque chose de vraiment bon, d'assez fou avec une mise en scène élégante comme le cinéaste coréen a l'habitude de nous livrer.


       Je ne saurais même pas dire si le film m'a déçu mais en tout cas je n'y ai pas retrouvé le Kim Ji-Woon habituel. Le film m'a donné l'impression d'être un nanar assumé du début à la fin, faisant la part belle aux stéréotypes et clichés en tout genre. La scène d'ouverture montre déjà un flic en train de déguster un beignet dans sa voiture, sûrement le cliché le plus tenace concernant les policiers américains. Mais plus on avance dans le film et plus on comprend que Le Dernier Rempart ne se prend absolument pas au sérieux et lorgne vers la série B. En somme, on aura le droit à un film bourrin qui ne se prend pas la tête et de temps en temps ça peut faire du bien.

 

       Le scénario est tout ce qu'il y a de plus classique. Un dangereux prisonnier s'évade et tente de rejoindre le Mexique. Pour cela il doit passer par le petit bled paumé où Schwarzy exerce sa profession de shérif dans un cadre paisible. En gros, on n'aura pas l'Oscar du meilleur scénario original 2014, ça c'est sûr. Mais quelque part vu la tournure que prend le film, heureusement qu'on n'en rajoute pas des tonnes. Le dernier rempart fait office d'actioner classique mais efficace.


       Pour autant même de ce point de vue-là ce n'est pas fameux. Le film lorgne vers la parodie, mais sans être brillant dans son écriture. Quelques punchlines fonctionnent, quelques instants font sourire tellement c'est con mais ça manque quand même sévèrement d'inspiration. Certains passages sont risibles et certaines vannes sont vraiment ratées. Mais si on prend tout ça au 20ème degré, ça peut encore passer.

 

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       Je reproche quand même au film sa paresse et son manque d'ambition. Merde quoi, quand tu as Kim Ji-Woon en réalisateur tu t'attends quand même à mieux que ça! J'ai rencontré le diable c'était malsain et psychologiquement violent, Le bon, la brute et le cinglé c'était barré et libre. Ici on sent plutôt le cahier des charges avec un film basique. 

      Schwarzenegger peine à bouger mais ça fait plaisir de le revoir le bougre. A côté rien de bien palpitant mais j'ai aimé Stormare qui en fait des tonnes et fait un bon vilain bien con. Whitaker ne s'en sort pas trop mal non plus. Les dialogues sont pauvres et minimalistes cependant, ce qui ne laisse pas l'occasion au casting de briller véritablement. Puis les personnages sont tellement stéréotypés qu'on s'en fout un peu d'eux entre temps. Ils font plus office de chair à canon et d'éléments permettant l'avancée de l'intrigue qu'autre chose.

 

       Le tout reste quand même assez bien mis en scène. KJW est en petite forme mais ça fait du bien de voir de l'action lisible de nos jours, à l'heure où l'action épileptique à la Taken fait des ravages en salle histoire de créer l'illusion d'un rythme. Les fusillades et courses-poursuite sont assez bien fichues avec ce côté surréaliste qui laisse penser qu'on retrouve quand même le réalisateur du bon, la brute et le cinglé derrière la caméra. La photographie est très agréable également. En revanche la scène finale sur le pont est un peu moche visuellement, je me demande encore pourquoi KJW s'est embarrassé d'effets numériques déjà vieillots.

 

       En gros, Le dernier rempart ne fera pas date, mais dans le genre film pop-corn qui se regarde tout seul ça se débrouille bien. Ca manque d'originalité mais le second degré de la chose nous facilite la digestion. On regrettera quand même que la patte personnelle de Kim Ji-Woon soit si peu présente et qu'un tel projet n'ait pas bénéficié de davantage de soin sur tous les niveaux. Un film qui assume son côté nanar et kitsch, à voir avec le cerveau sur pause. Bourré de défauts mais je ne peux définitivement pas être méchant avec un film qui bénéficie de ma sympathie malgré son beau niveau de bêtise.

 

6/10

 

Romain

 

 

 

[L'avis d'Arnaud]

Quelle attente, et quelle déception ! Le retour en fanfare d'une légende du cinéma, un réalisateur coréen dont j'adore les quatre derniers films qui fait son arrivée à Hollywood, un casting au fort capital sympathie et enfin une bande-annonce qui montrait de l'action efficace et un second degré assumé, que demander de plus ? J'attendais bien là un divertissement bourrin et jubilatoire qui livrerait (enfin) ce que ne cesse de promettre The Expendables sans jamais vraiment l'atteindre. Mais encore une fois il manque un élement fondamental, qui bien souvent fait la différence entre un bon film d'action et un autre qui se regarde du coin de l'oeil: un scénario digne de ce nom. Et je ne veux pas dire par là quelque chose de ramifié et complexe avec twists et rebondissements à gogo, non, juste quelque chose de bien écrit, avec des dialogues qui fusent et un rythme soutenu. C'était certainement trop demander, puisque l'on se retrouve avec quelque chose de fort mince du genre épisode de série étiré sur 1h30. Les scènes d'action y sont heureusement fort généreuses, avec une dose de violence brute qu'on voit rarement dans un blokcbuster d'action, mais le reste oscille entre fade et embarassant. On sent bien le réalisateur pas totalement convaincu qui a emballé son film pour passer à autre chose, qui a appliqué le cahier des charges et fait reciter à ses acteurs un script farci de vannes douteuses. A l'arrivée j'ai beaucoup ri, mais plus au dépend du film qu'à ses gags intentionnels, ce que j'ai plus l'habitude d'appliquer aux nanars qu'aux bons divertissements. Prions pour que Paul Verhoeven obtienne la réalisation de King Conan, histoire que ce cher Arnold puisse compter un bon film dans sa fin de carrière !   -   6/10 (parce que c'est très con donc)

 

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1 mars 2013 5 01 /03 /mars /2013 17:30

       C'est bien beau les critiques de films récents mais une fois de temps en temps il faut bien aborder certains films qui méritent qu'on les remette au premier plan. Laissons cet honneur au film Koyaanisqatsi réalisé en 1982 par Godfrey Reggio. Point de fiction ici, il s'agit d'un film documentaire expérimental sans voix-off ni interventions, bref un film sans paroles d'une heure et demie où seule l'image fait office de narratrice. Oui, oui, ça ne parle absolument pas et pourtant ce film en a des choses à dire. Qu'est-ce qui se cache donc derrière ce titre qui semble barbare à première vue?

 

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       Je ne savais pas réellement ce dans quoi je m'embarquais en lançant le Blu-Ray de Koyaanisqatsi. Mais une fois le voyage fini, je savais que je venais de vivre une des plus grandes expériences cinématographiques de ma vie. C'est bien simple, c'est un film qui m'a scotché sur mon fauteuil du début à la fin, et j'ai eu bien du mal à émerger suite au choc que je venais de recevoir.


      Ce documentaire aborde plus précisément l'évolution de l'homme contemporain et de son environnement. Les premières minutes du film font la part belle à de sublimes paysages américains, chargés d'histoire et berceau de leur civilisation. S'enchaînent ainsi les prises de vues plus sublimes que les autres nous montrant à quel point la nature est belle. Dit comme ça, on pourrait s'attendre à un film écologiste comme il en existe des centaines, mais c'est heureusement bien plus que ça.

 

       Si le film nous montre des choses sans aucune explication orale il n'est pas dépourvu de son pour autant. A vrai dire Koyaanisqatsi est une chorégraphie géante. Des états naturels nous passons directement aux avancées technologiques avec l'apparition de machines à l'écran en train d'aménager l'espace, avant de faire diverses escales dans des villes donnant l'impression de toucher le ciel avec leurs hauts buildings où vivent des millions de fourmis: les êtres humains.


       Reggio revient à l'essence-même du cinéma avec une narration par l'image rythmée par l'exceptionnelle composition de Philipp Glass. Rarement on aura vu une telle harmonie entre l'image et le son. C'est comme ça que Koyaanisqatsi nous raconte une histoire, par le biais d'un ingénieux montage couplé à une bande-son absolument délectable. C'est du délire cinématographique ! Koyaanisqatsi est une des oeuvres les plus audacieuses qu'il me fut donné de voir, j'ai eu l'impression permanente que Reggio, cinéaste pourtant très méconnu, réinventait le cinéma.

 

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        D'un rythme unique, Reggio nous embarque dans son monde, dans notre Monde. Toute cette vie grouillant dans les villes, avançant sans but, ne semblant vivre que pour travailler. Les plans fourmillent de détails, impossible de tout voir du premier coup. La caméra capte la vie mieux que n'importe quel oeil. Les connaisseurs ne manqueront sûrement pas de penser à l'Homme à la caméra, ou à la théorie du ciné-oeil en général, de Dziga Vertov qui disait que le cinéma pouvait retranscrire le réel de manière plus profonde encore grâce à ses multiples capacités formelles. Cette théorie prend tout son sens ici, par le biais de ralentis, d'accélérés et de multiples procédés techniques, Reggio nous offre une réflexion plus poussée sur l'homme, son origine, son présent et même sur son futur.

 

       L'être humain n'apparaît, à première vue, que comme du bétail qui s'entasse et semble dépourvu de personnalités. J'ai encore en tête ce plan où la Bourse semble occupée par des fantômes, ces plans où les escalators et les métros "vomissent" leurs utilisateurs. Couplées à ceci, nous retrouvons également ces multiples images qui semblent confirmer que l'homme se conduit lui-même vers sa propre perte en polluant, en détruisant. Mais Reggio ne vient jamais donner de coup de coude à son spectateur, il ne juge pas ce qu'il filme. Au contraire, le propos est d'une grande modestie, il ne fait que montrer. Et les images nous révèlent ce que nous sommes et ce vers quoi nous allons.

 

       Pour autant, l'être humain n'est pas méprisé. Si pendant une bonne heure nous avons l'impression de ne contempler que des fourmis, à un moment donné le défilé frénétique cesse et la caméra s'arrête dans la rue, en plein milieu d'une foule opaque. Elle capte quelques visages qui en disent beaucoup. On y voit des personnes regardant la caméra d'un oeil amusé, d'autre d'un oeil agacé, d'autre d'un oeil méfiant. On voit ce vieil homme contraint de mener des visites guidées pour s'en sortir financièrement pendant ses vieux jours, on voit cette femme qui galère à allumer une cigarette... On voit une multitude de visages, de personnes qui ont une petite histoire à nous raconter, une personnalité bien définie. L'occasion de montrer qu'il y a bien une vie dans cette fourmilière, des entités qui existent, ressentent des choses. Des esprits qui s'entrecroisent chaque jour sans y prêter attention.


       Même si un côté alarmiste et déprimant peut ressortir du film, il y a bel et bien une part d'humanité qui nous est révélée et qui nous prouve que nous existons bel et bien, qu'il y a un Moi derrière chacun. Koyaanisqatsi nous emmène loin dans la réflexion, nous pousse à questionner notre personne et le monde qui nous entoure sans pour autant pointer du doigt. Telle est la force de ce documentaire.

 

http://www.filmjunk.com/images/weblog/2013/01/KoyaanisqatsiReview.jpg

 

        Si je prends la peine de parler de ce film c'est parce qu'il m'a emmené très loin, me transcendant comme rarement. Visuellement c'est époustouflant, une véritable merveille esthétique. L'oeil n'a pas de répit, les plans magnifiques s'enchaînent sans pause. Les villes, symboles d'industrialisation galopante et de destruction de la nature, sont pourtant montrées telles que nous les connaissons. Belles et majestueuses. Ces plans symétriques des gratte-ciels, ces passages en accéléré sur des autoroutes ou dans d'autres endroits nous montrent une réalité tout aussi sublime que destructrice. Pour autant la forme ne contredit jamais le fond, on constate juste l'étendue du savoir-faire humain teinté de toute la beauté que celui-ci peut inculquer à ce qu'il créé.

 

       Le réalisateur a ainsi voulu nous montrer "la beauté de la bête" d'après ses dires, c'est réussi. Tour à tour nous passons d'une observation globale, d'un constat amer, d'une critique vive à la sensation que l'être humain a bel et bien une personnalité et une existence propres mais que sa liberté n'est qu'illusoire. Il y aurait matière à disserter des heures sur ce film, et pourtant le visionnage est une formalité. Il nous offre un plaisir immédiat et continue de nous hanter des jours et des semaines après visionnage. Bref, appelons ceci un chef d'oeuvre, c'est une définition plus simple.


        Ce documentaire nous fait vivre une expérience des plus exaltantes et malgré que ce qu'on pourrait croire, j'ai du mal à expliquer textuellement les raisons pour lesquelles ce film est juste grandiose. Intelligent dans son montage et sa manière d'aborder son sujet, profond grâce à la réflexion qu'il nous propose et audacieux dans son concept, Koyaanisqatsi est pour ma part l'un des plus grands films de l'Histoire du cinéma. Il a 30 ans et pourtant n'a jamais été autant d'actualité. Cette expérience sensorielle inouïe mérite d'être vécue pour tout ce qu'elle contient et ce qu'elle à nous proposer. Expérience si intense qu'à plusieurs moments les larmes me sont montées. Un voyage extraordinaire bercé par la sublime composition de Philipp Glass, une pépite qui m'a prise au tripes du début à la fin. Mais qu'attendez-vous donc pour le voir !

 

10/10

 

Romain

 

 

 

[L'avis d'Arnaud]

Que dire après une critique aussi complète et inspirée ? Ayant vu le film il y a quelques années il m'est difficile d'en parle aussi précisément, mais j'en garde un grand souvenir, celui d'une oeuvre bouleversante, terriblement lucide et visionnaire. Il y a trente ans, l'écologie était loin d'être une préoccupation aussi importante que maintenant, mais le réalisateur avait cerné avec précision la plupart des désastres à venir. L'absence de voix off est un procédé relativement courant chez les bons documentaristes, ceux qui savent le mieux laisser parler leurs images (sans dire que sa présence est un défaut bien sûr), mais l'absence totale d'interviews, de paroles est bien plus rare. Tout passe par la puissance des images, du montage et de la musique transcendante de Philip Glass. Je ne peux d'ailleurs jamais m'empêcher de sourire en me rappelant que je dois la découverte de ce film à Watchmen, qui utilise assez bien la superbe piste "Pruit Igoe". Entre cette pépite et le roman graphique Watchmen, il est amusant de constater que je dois la découverte de deux oeuvres majeures dans leur domaine à Zack Snyder, comme quoi ! Peu importe le chemin qui vous aura mené à ce film, si jamais c'est notre blog, n'hésitez pas à nous faire part de votre avis, ce sera toujours une grande satisaction d'avoir donné envie à quelqu'un de le voir.   -   8.5/10

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17 janvier 2013 4 17 /01 /janvier /2013 19:17

…du moins, au départ. Django Unchained, un titre à lui seul plein de promesses, invoquant une figure mythique du western spaghetti, transposée sur la personne d’un esclave noir aux Etats-Unis, le tout sous la direction de Quentin Tarantino. De quoi mette l’eau à la bouche, surtout au vu de la filmographie de ce dernier dans laquelle l’influence du western a toujours été très présente. Avec un casting prestigieux et une durée imposante de 2h45, c’était un peu quitte ou double pour « QT », qu’en est-il ?


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Django est avant tout le personnage principal, mystérieux et taciturne, d’un western spaghetti de 1966, relativement peu connu par rapport aux œuvres d’un certain Sergio Leone. Un personnage incarné par le charismatique Franco Nero, que l’on rencontra d’ailleurs dans le présent film au détour d’un sympathique clin d’œil, originalement tout vêtu de noir et traînant derrière lui un cercueil. Difficile de faire mieux en termes de classe, mais comme pour échapper à toute comparaison, le Django nouveau n’a presque rien à voir avec son prédécesseur. Pour tout dire, si ce n’était pour le nom, il est probable que l’on n’aurait pas spécialement pensé à l’original en voyant Django Unchained.

 

Nous voilà donc en plein milieu du XIXème siècle aux Etats-Unis où, si vous me permettez l’expression, l’esclavagisme bat son plein. Comme une évidence, le personnage nous est introduit pendant le générique avec en fond la musique composée pour l’original (« Djangoooooooooooo ! »), enchaîné et marchant péniblement aux côtés d’autres esclaves. Il ne faudra pas longtemps pour qu’un jovial et cultivé dentiste, incarné par le désormais reconnu Christoph Waltz, ne vienne le sortir de cette situation. Mais ne spoilons pas plus, il serait dommage de ne pas garder la surprise des évènements dans un tel film.

 

Comme l’a fait remarquer Tarantino en interview, l’esclavage est un thème quasi tabou aux Etats-Unis, extrêmement peu représenté dans leur cinéma. Souvent les plus prompts à analyser et employer des sujets récents tels que le 11 septembre ou la traque de Ben Laden, leur cinéma est bien plus frileux lorsqu’il s’agit de s’emparer de leurs plus grands traumatismes internes. Comment se saisir d’un tel sujet pour en faire un divertissement accessible sans déraper dans un sens comment dans l’autre ? Tarantino a probablement trouvé la réponse dans son style habituel, à la fois détaché, cynique et n’épargnant personne. S’il aide en quelque sorte le spectateur à choisir son camp avec un allemand cultivé qui s’oppose à l’esclavagisme et un ancien esclave prêt à mourir pour retrouver sa femme, il ne matraque pas pour autant les bons ou mauvais côtés des personnages.

 

Les défauts et contradictions des deux « héros » et de leur condition particulière seront par exemple régulièrement exposés par d’autres personnages tout au long de leur périple, et ceux à qui ils se retrouveront opposés ne sont pas si bêtement méchants. Tout le monde avait bien compris en voyant la bande-annonce que DiCaprio jouerait leur antagoniste majeur, et il n’y a pas de surprise là-dessus. Il est par contre très agréable de constater qu’il est loin d’être unilatéral, plus businessman que vrai sadique.


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Toutes proportions gardées, on peut penser au méchant du dernier James Bond, raffiné, propre sur lui, bien vêtu, éloquent, tout en gardant une pointe d’imprévisibilité et de folie qui le rendent d’autant plus imposant. Il faut dire que le rôle était parfait pour DiCaprio, enfin un rôle des plus ambigus sur lequel il peut passer par les différents registres de son jeu, et surtout sans jamais en faire trop. Comme Waltz dans Inglourious Basterds, il parvient à rester constamment sur le fil entre cabotinage et plaisir de jouer un salaud, ce qui n’est que plus délectable dans l’univers de Tarantino, à peu près le seul que je vois où un Calvin Candie ayant une propriété du nom de Candyland puisse être crédible.

 

L’autre intérêt du film, clairement mis en avant par la promo, était l’aspect « violence fun » (oui cette expression est incroyablement moche mais je n’ai pas trouvé mieux). Le rapport à la violence de Tarantino est un sujet qui aurait fait couler de l’encre plus que de raison sur à peu près toute sa carrière, se voyant reprocher de banaliser la violence ou de la rendre trop plaisante à l’écran. Des reproches passablement stupides qui sont depuis focalisés sur le monde du jeu vidéo, il est devenu quasi obsolète de critiquer cet aspect dans un film. On observera d’ailleurs que les polémiques autour du film proviennent plus des incartades de Spike Lee ou de l’usage fréquent du mot « nigger » que de l’utilisation de la violence, alors qu’elle est assez largement mise en avant.

 

Il a d’ailleurs souvent tendance à adapter la violence graphique au contenu du film, là où dans Kill Bill les démembrements donnaient lieu à de véritables geysers de sang totalement surréalistes, dans Django Unchained on retrouve quelque chose de plus proche de Peckinpah telle qu’il la concevait dans Croix de fer ou La horde sauvage, à savoir des explosions de poches de sang légèrement surdimensionnées. Avec ceci il fait d’une pierre deux coups, premièrement il évite l’utilisation d’effets numériques qui sont encore à l’heure actuelle difficiles à croire, et deuxièmement cette exagération vient quelque peu désamorcer cette violence qui aurait pu être choquante, pour la rendre assez jubilatoire. Il y a par contre un contraste entre l’utilisation des armes à feu où presque tout est exagéré, et celles du corps à corps ou d’objets contondants utilisés à bon escient pour rendre certaines scènes très dérangeantes.

 

Mais la personne qui connaît bien le cinéma du bonhomme pourra se demander, arrivé à ce point de ma critique, qu’en est-il des bons vieux dialogues pour lesquels il est si réputé ? Personnellement, je le voyais arrivé au point de rupture de son cinéma articulé autour de saynètes bavardes avec Inglourious Basterds et surtout Boulevard de la mort, constitués de longs dialogues d’une qualité assez inégale. Ici il semble avoir trouvé l’équilibre entre les deux volets de Kill Bill, l’un étant versé dans la vengeance, la violence et les travellings improbables sur fond de musique entraînante, l’autre sur les longs dialogues introspectifs et l’évolution des personnages.


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On retrouve un peu de tout ça dans Django Unchained de façon équilibrée et bien rythmée, ce qui fait que les 2h45 filent à toute allure. Les dialogues sont beaucoup moins « envahissants » que dans ses deux précédents films, Tarantino laisse plus parler la mise en scène et ainsi respirer son film, un changement assez agréable et inattendu. Soyez rassurés, on retrouve son goût pour les dialogues absurdes et les situations auxquelles il est typiquement le seul à penser dans une sorte de sketch sorti de nulle part sur les problèmes que peuvent rencontrer les porteurs de masques similaires au Ku Klux Klan. On frôle le hors-sujet, mais les différents personnages y sont tellement irréstibles qu'il sera bien difficile de bouder son plaisir devant cette scène.

 

Pour revenir à sa filmographie, Tarantino semble avoir ici atteint la conclusion d’un nouveau cycle, le premier allant de l’outrance de Reservoir Dogs à la sobriété de Jackie Brown, pour ensuite repartir en fanfare sur Kill Bill et retrouver une certaine sérénité sur ce dernier film. Difficile de ne pas être curieux de savoir quel sera son prochain projet après un film aussi généreux et bien pensé. Il avait annoncé vouloir faire une sorte de trilogie ayant pour thème la revanche des opprimés, qui a encore du potentiel pour un dernier film.

 

Si je dois faire un seul reproche plus ou moins objectif au film, ce serait sur l’utilisation de la musique qui, loin d’être mauvaise, se révèle tout de même moins inspirée que sur Pulp Fiction ou Kill Bill. Certains choix sont un peu faciles, d’autres peu convaincants, bien que cela reste mineur et ne gâche pas le film, on ne se retrouve pas avec quelque chose d’aussi iconique et fusionnel avec le long métrage sur les deux précédemment cités. Maintenant que j’y pense, j’aurais bien un second reproche qui serait le personnage de Samuel L. Jackson, initialement très drôle mais vite gonflant. Ce qui est finalement bien peu pour un film dont j’avais tendance à me méfier au départ, et qui se révèle être (enfin) une non-déception après tant d’attentes insatisfaites. Avec plus de blockbusters inspirés et généreux comme ça, on s’ennuierait moins souvent au cinéma.

 

 

8/10

 

Arnaud

 

[L'avis de Romain]

Guère plus de choses à rajouter. Tarantino nous livre une nouvelle fois un film dont lui seul à le secret. Une pure bouffée de générosité cinémtographique, très bien réalisée, très bien écrite, très bien interprétée. Des références savoureuses, de l'action jouissive, des dialogues jubilatoires. On en a pour son argent, Tarantino ne perd rien de son cinéma et nous offre, sans grandes surprises, un très bon film.   -   8/10

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5 janvier 2013 6 05 /01 /janvier /2013 19:26

2012 fut pour moi l’année des déceptions sur les grosses attentes et des bonnes surprises à côté, et ce n’est pas Bilbo qui aura changé la donne, malheureusement. Projet de longue date (lancé en production juste après le Seigneur des Anneaux) qui consistait tout d’abord en un très long film par Peter Jackson, puis deux de deux heures par Guillermo Del Toro, puis enfin trois films de trois heures par Jackson, le film porte quelque peu les stigmates de ce ballotage. D’abord très enthousiaste, je suis devenu sceptique à cause du simple calcul suivant : Bilbo est un livre environ moitié moins long que n’importe quel tome du Seigneur des Anneaux, et pourtant les deux trilogies cinématographiques vont faire la même durée. Comment la tenir avec six fois moins de matériau de base était a priori le principal défi pour Peter Jackson.

 http://smhttp.14409.nexcesscdn.net/806D5E/wordpress-L/images/The-Hobbit-640x360.jpeg

 

Qu’on se comprenne bien, je ne suis pas partisan de la fidélité extrême à l’œuvre, j’aime le bouquin mais je ne m’en souviens plus tellement, et peu importe les changements tant qu’ils sont judicieux sur le plan cinématographique. Pour ce qui est du respect de l’oeuvre, les fans hardcore du livre et de l’univers de Tolkien ont été satisfaits puisque rien n’a été enlevé, de façon assez logique on a plutôt affaire à des rajouts ou (surtout) des rallonges. Si je devais le comparer à une autre déception de cette année ce serait sans doute The Dark Knight Rises puisque j’ai retrouvé la même configuration d’ambition, de talent derrière la caméra, la générosité et la volonté de proposer quelque chose d’épique, mais aussi une liste de défauts longue comme le bras.

 

Puisqu’il faut bien commencer quelque part, ce sera tout simplement par l’introduction, de loin la partie qui a été la plus critiquée pour sa longueur. Après un long passage précédant le début de La communauté de l’anneau de façon peu subtile, on se dit que l’aventure va commencer. Au lieu de ça, il faut compter une bonne demi-heure de discours de Gandalf, d’hésitations de Bilbo et de gags pour enfants à base de nains qui rotent et qui pètent. Le pire, c’est que je caricature à peine. Si je peux tout à fait comprendre que beaucoup trouvent que cette bonne humeur grasse et paillarde correspond aux personnages et aide à entrer dans le film, sur la durée j’ai trouvé ça plutôt usant.

 

Pour en revenir à la comparaison avec le dernier Batman, de la même façon j’ai balancé entre satisfaction et déception tout au long du film. On sent que Jackson a donné de sa personne, qu’il a voulu faire de cette trilogie le nouveau Seigneur des Anneaux en multipliant notamment les clins d’œil et les liens avec la trilogie, même s’ils n’existaient pas dans le livre. En effet Tolkien avait écrit Bilbo bien avant de prévoir sa trilogie culte, et le conte n’avait donc pas du tout ce statut de préquelle épique.

 

Beaucoup de problèmes du film à mes yeux découlent du fait qu’il ait voulu transformer cette quête initiatique quelque peu naïve en quelque chose d’autre, ajoutant plus de dangers, plus de monstres, un grand méchant de service pour compenser l’absence à l’écran de Smaug, et plus de deus ex machina à base de Gandalf qui sauve tout le monde. Une ou deux fois c’était marrant et ça montrait bien son statut de magicien puissant que tout le monde respecte, mais là aussi à la longue ça devient trop facile et ça créé des incohérences : pourquoi attend-il toujours le pire moment pour se servir de ses pouvoirs ?

 

Même si c’est exactement ce que j’ai fait sur The Dark Knight Rises par léger manque d’inspiration, je ne suis pas trop fan de descendre un film en relevant ses incohérences, aussi nombreuses soient-elles, car souvent elles sont trop sujettes à débat et l’on peut trouver des justifications à presque tout. Sur celui-ci ce qui m’a dérangé reste de toute façon résumable au fait que j’ai trouvé tout trop long, même ce qui me plaisait initialement.

Radagast semble assez marrant au début, puis ça traîne et les lapins n’arrangent rien. Ah tiens, on revoit les elfes, sympa sauf que là aussi ça duuuuure pour ne rien dire. Le combat contre les gobelins sur les passerelles et les échelles commence du tonnerre, la mise en scène est très dynamique est lisible, mais au bout de quelques minutes ça devient très répétitif et même plus amusant. Un des passages que j’attendais le plus, la rencontre entre Bilbo et Gollum, m’a également paru fort étirée. Le jeu d’énigmes passe moins bien dans le film que dans le livre, avec pas tant de suspense que ça et un peu trop de clins d’oeils à ce que sera le futur Gollum.

 http://www.inquisitr.com/wp-content/2012/12/the-hobbit-2012.jpg

 

Je me dois également de préciser que je ne l’ai vu ni en 48 images/s, ni en 3D, donc je ne pourrai pas juger des évolutions technologiques qui semblent avoir fortement divisé le public, entre les conquis, les sceptiques et les réfractaires. Peut-être valait-il mieux, il paraît que le HFR fait trop ressortir les images de synthèse par rapport au décor, et j’ai déjà trouvé qu’elles étaient parfois loin du photoréalisme.

 

Le Seigneur des Anneaux avait l’avantage de comporter un bon paquet de bricolage "artisanal" à cause du budget serré, et d’employer beaucoup de figurants pour jouer les armées de Sauron. Ici il est évident que les images de synthèse permettent de créer des monstres plus complexes, mais pas forcément plus crédibles. J’ai été assez choqué par la laideur des Wargs dans leur poursuite avec Radagast, ou encore par la modélisation d’Azog qui semblait parfois sortir d’une cinématique de jeu vidéo.

 

Pour tempérer ce qui pourra sembler être une avalanche de reproches pour vous lecteurs, je dirais que les gros points forts du film sont d’arriver à ne pas nous ennuyer malgré ces longueurs, les presque trois heures passent vite, et à bien nous immerger dans ce monde. Jouer sur la nostalgie de la précédente trilogie fonctionne parfois assez bien, difficile de nier le plaisir que l’on a à revoir Gandalf et Gollum (on ne pourra pas en dire autant pour Saroumane interprété par un Christopher Lee amorphe).

 

Et dans tout cela, que donnent les nouvelles têtes ? Etant fan de Martin Freeman depuis son premier "grand rôle" dans The Office, je trouvais le choix judicieux. Mieux que cela, l'acteur est parfait dans le rôle, appliquant ses nombreuses mimiques aux réactions casanières de Bilbo, ainsi que par la suite à ses moments de bravoure. Il convainc parfaitement en novice de l'aventure qui peut se montrer plus futé que les autres, et surtout se distingue particulièrement dans une troupe de nains assez quelconques. Leur nombre fait qu'il est difficile de retenir qui est qui à part une poignée mise en avant, de plus certains comme le chef de la compagnie font trop humains pour être crédibles.

 

De même, si la fin nous laisse totalement en suspens jusqu’à l’année prochaine, je reste curieux de voir ce que donnera l’affrontement avec Smaug et quelles autres péripéties vont pouvoir compléter les deux prochains films. Il semblerait que Jackson ait puisé dans d’autres œuvres de Tolkien pour remplumer un peu les aventures de la troupe, ça ne sera pas pour me déplaire.

 

 

5.5/10

 

Arnaud

 

 

[L'avis de Romain]

Une grosse attente et une grosse déception. C'est bien simple je n'avais pour ainsi dire quasiment peu de souvenirs à peine le film fini puisque le scénario m'a semblé très vide. On subit d'abord une intro d'une longueur sans nom et usante au possible pour nous lancer ensuite dans un film qui ne sait jamais se situer entre film épique et comédie à l'humour joyeusement enfantin. Le récit est alourdi par un fan-service omniprésent (ce qui était prévisible malheureusment) et l'esthétique est vraiment trop tape-à-l'oeil. Contrairement à Arnaud je l'ai vu en 3D et 48 im/s pour un résultat que je juge assez laborieux. Reste le fait qu'on ne s'emmerde vraiment pas pendant près de 3 heures de film, que le casting est à la hauteur: Martin Freeman, Richard Armitage et bien entendu Ian McKellen en tête. J'espère vraiment plus de contenu et d'aventures lors des suites car cet épisode en demi-teinte est bien décevant.

5.5/10

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9 décembre 2012 7 09 /12 /décembre /2012 10:20

      Dans le monde impitoyable des films tirés d'une histoire vraie s'établissent plusieurs écoles. Celle du travail fait consciencieusement avec The Social Network de Fincher notamment ou encore The French Connection de Friedkin. On peut aussi avoir l'école du "je tire cette histoire de faits réels mais j'y apporte une touche perso et fantaisiste" comme dans le Marie-Antoinette de Sofia Coppola voire le Ed Wood de Tim Burton entre autres. Et on peut avoir, bien entendu, l'école du "Ouais vas-y Michel, rajoute D'après une histoire vraie au générique, comme ça on va faire de la merde tournée à la va-vite mais vu que c'est une histoire vraie les gens diront que c'est bien parce que c'est vrai". Et pour illustrer cette école, rien de tel que La Rafle de Rose Bosch, Frau Vouzêtedépissefroid! Bon ici à priori pas de devoir de mémoire lourdeau, c'est la révolution iranienne de 1979 et Ben Affleck qui s'y colle. L'acteur étant déjà passé derrière la caméra pour Gone Baby Gone et The Town revient de nouveau pour nous offrir une histoire insolite mais bien réelle. Après comme cet exercice est périlleux, il fallait voir comment l'ami Ben allait se débrouiller. Voici la critique (d'après une histoire vraie)

 

http://argothemovie.warnerbros.com/assets/img/_downloads/wallpapers/01_argo_wallpaper_1920x1200.jpg

 

       Pour la troisième fois, Ben Affleck se retrouve ainsi à la tête d'un long-métrage. J'avais bien apprécié son Gone Baby Gone et je partais assez confiant quant à cet Argo. Il faut dire que l'acteur-réalisateur amorce un tournant dans sa carrière qui fait plutôt plaisir. Il change enfin de registre, passant du minet insupportable de Pearl Harbor qu'on avait envie d'assommer à coups de godemichet à l'acteur-réalisateur plutôt sérieux qui fait du bon cinéma, à défaut d'en faire du grand mais c'est déjà pas mal.

       Ce que l'on pouvait craindre avec Argo c'était une vision ultra simpliste et manichéenne de la révolution iranienne avec les méchants barbus contre les gentils américains. Force est de constater que ce n'est pas ça, Ben Affleck propose une peinture beaucoup plus fine de cet évènement historique n'hésitant pas à mettre en avant la responsabilité des hautes instances américaines dans cette affaire.

 

       Le film se centre davantage sur le destin des 6 américains qui ont réussi à s'échapper de l'ambassade pour se réfugier chez l'ambassadeur du Canada (sympa le mangeur de pancakes à l'érable). La crise des otages de Téhéran restant à l'arrière-plan, telle une toile de fond. Car l'intérêt du film c'est de montrer comment une opération d'exfiltration complètement insensée a été fomentée par la CIA pour tenter de sauver ces personnes.

       Affleck campe le rôle de Tony Mendez, l'agent de la CIA spécialiste de l'exfiltration qui trouva cette idée loufoque de faire passer les rescapés américains pour une équipe de tournage canadienne en repérage à Téhéran pour y réaliser un film d'héroic-fantasy.

 

       Cet épisode de la crise irano-américaine restait assez méconnu et Ben Affleck arrive à rendre cette histoire palpitante. Dès le début il nous plonge en immersion dans le contexte de l'époque, prises de vue en caméra à l'épaule à l'appui mêlées d'images d'archives. Sur les 2 heures qui composent le film, Argo ne connait aucun temps mort grâce à une très belle maîtrise du rythme par un cinéaste qui s'avère tout de même plutôt talentueux.

 

http://www.slate.com/content/dam/slate/articles/arts/movies/2012/10/121011_MOV_Argo.jpg.CROP.rectangle3-large.jpg

 

       Ce rythme maîtrisé est aussi dû au fait que le film fait preuve d'une tension grimpant crescendo qui est véritablement prenante. Tout au long du film, on ressent cette tension vis-à-vis des américains échappés dont la vie est continuellement en péril. Si la tension est efficace, on pourra quand même regretter que Ben Affleck ait usé à l'excès de quelques ficelles sur la fin avec tous les "juste-à-temps". Mais bon ça reste du cinéma après tout.

 

       Malgré toutes ces facilités, le film demeure efficace. Il se base sur une mise en scène convaincante, un montage judicieux, un scénario prenant et une interprétation solide. Bryan Cranston trouve de nouveau un bon rôle au cinéma qui en appellera d'autres je l'espère. John Goodman et Alan Arkin sont excellents également, incarnant respectivement le maquilleur célèbre John Chambers et le producteur Lester Siegel. Globalement le film possède un bon casting.

       Puis le sujet demeure bien traité malgré tout. Le petit aspect documentaire n'est rien face au traitement du sujet. Il y a un regard intéressant qui est porté sur cette crise, sur les principes identitaires et culturels. J'aime ce bref passage où on voit des femmes voilées manger au KFC, dans une atmosphère pourtant anti-américaine. Il y a un véritable questionnement du cinéaste pour ces scènes visuelles insensées où le choc des cultures opère malgré de fortes divergences.

 

       Argo est un film qui m'a donc bien surpris, moi qui craignait le film fade estampillé "Histoire vraie" pour se vendre. C'est un bon film en général, intéressant dans le fond avec un sujet bien traité et un mélange d'action et de tension agrémenté d'une touche d'humour très appréciable.

        Le film tient parfaitement en haleine du début à la fin. A défaut de révolutionner le cinéma, Ben Affleck signe là un film très agréable qui a en plus le mérite d'abandonner tout manichéisme, ce qui n'était pas une mince affaire avec un contexte pareil. C'est plutôt intelligent en gros, et ça fait du bien cette petite bouffée d'oxygène dans un cinéma hollywoodien parasité de navets sans âme ni subtilité.

 

7/10

 

Romain

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Published by thelastpictureshow - dans Les films de 2012
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26 novembre 2012 1 26 /11 /novembre /2012 10:00

       Les sagas cinématographiques font souvent preuve d'inégalité entre les différents épisodes qui la caractérisent même si bien entendu des exceptions subsistent. La saga Astérix est un cas particulier. Commençant par un premier film très laborieux, la saga a brillé momentanément grâce à un second épisode réussi avec Alain Chabat aux manettes. Une comédie de qualité à laquelle a succédé un terrible étron intitulé Astérix aux Jeux Olympiques qui était juste une insulte adressée au public et au cinéma. Une chiasse sur pellicule tout simplement. Face à un début de saga en dents de scie, je restais réservé à l'annonce d'un quatrième volet et carrément dubitatif même quand j'ai su que Laurent Tirard qui a commis Le petit Nicolas était à la tête du projet. Après nous ne sommes jamais à l'abri d'une bonne surprise et il me semblait difficile de faire pire que le troisième volet. Mais bon, l'optimisme ça va bien 5 minutes, il y a des moments où dans la vie nous devons quand même conserver une part de rationalité.

 

http://www.casting.fr/img/actuality/asterix-et-obelix-au-service-de-sa-majeste-le-duo-de-choc-est-de-retour-dans-vos-salles-obscures-,AN1ATO,MFUTS9kT,wAjN,wAjN.jpg

 

       Mais pourquoi le deuxième Astérix était-il si bon et pas les autres? C'est bien simple, Chabat avait su apporter sa touche personnelle et se démarquer de l'humour de la BD tout en le respectant. Et le truc avec Astérix c'est que l'humour de la bande dessinée est très difficilement retranscriptible au cinéma, même si il fait mouche sur les planches des aventures imaginées par Goscinny et mises en images par Uderzo. Astérix et Obélix au service de sa majesté n'échappe pas hélas à une retranscription fidèle des deux albums d'origine. Je regrette vraiment qu'il n'y ait pas de réelles prises de risque sur ces adaptations car là c'est du service minimum très pauvre en idées et en qualité.

       

       On retrouve Edouard Baer cette fois-ci en Astérix après avoir incarné l'hilarant Otis chez Chabat. Dommage que son potentiel comique soit si peu exploité, il se contente de faire le job c'est tout. On a là un duo Astérix-Obélix qui fonctionne déjà mieux que dans le dernier volet qui n'avait décidément rien pour lui. Mais ce sympathique duo patauge péniblement dans un océan de débilité, de ce fait il est difficile d'en tirer le meilleur. Et quand on a un acteur de la trempe de Depardieu dans le casting c'est dommage même si ce dernier est un habitué de l'étron.

       Le fait que ce soient des francophones qui incarnent des personnages anglais est assez ridicule. On voit ainsi Catherine Deneuve, Guillaume Gallienne et Valérie Lemercier s'exprimer avec un accent anglais forcé absolument insupportable à la longue et plutôt pitoyable. Seule Charlotte Le Bon réussit à ne pas être irritante avec cette accent. Elle devrait féminiser son nom de famille d'ailleurs tant ses formes et son petit minois aguichant ont constitué un des rares intérêts du film pour ma part. Comme pas mal de spectateurs masculins je suppose voire quelques spectatrices, après tout chacun ses tendances ou chak1 c guou comme dirait Dylan, 13 ans.

 

        Le scénario reprend donc la trame d'Astérix chez les Bretons avec également une pincée d'Astérix et les Vikings. Une bonne partie des répliques originales sont présentes mais ça ne passe pas, ça sonne faux. Et les gags de la BD tombent complètement à plat, tout comme les autres tentatives désespérées de faire de l'humour à la sauce Tirard. C'est un humour juvénile à base de gags répétitifs à base de coups de poing et de grimaces qui ravira très sûrement les enfants. Après tout on peut leur faire bouffer de la merde comme ils veulent, ils ne sont pas encore exigeants. Pauvres marmots, j'avais hésité à contacter la DDASS pour dénoncer les parents dans la salle qui ont infligé ça à leurs gamins.

 

http://www.zag-rider.com/wp-content/2012/10/asterix-et-obelix-au-service-de-sa-majestee-le-film12.jpg

 

        Dans le film on peut relever un nombre assez conséquent de références cinématographiques. Entre l'introduction des vikings qui rappelle (ou plutôt pompe sur) Kill Bill, la scène sur la falaise évoquant 300 voire encore un clin d'oeil hideux à Orange Mécanique, nous sommes servis. Mais c'est tellement mal amené, du genre cheveu qui tombe sur la soupe, que ça ne fonctionne vraiment pas. On a même une petite référence à Star Wars dans une scène entre Astérix et César qui reste malgré tout assez sympathique grâce aux deux comédiens. Fabrice Luchini en César transmet comme d'habitude son énergie au film mais son rôle n'est pas à la hauteur de son talent, desservi par des textes honteusement pauvres.


         En gros le casting n'est pas réellement insupportable, chacun fait son taf sans grande implication et j'ai d'ailleurs vraiment eu l'impression que Depardieu se faisait bien chier sur ce tournage. En revanche Vincent Lacoste est insupportable, à l'image de son personnage Goudurix. Son côté bobo parisien naturel doit y être pour quelque chose, il est criant de naturel et véritablement tête à claques. Dommage que le Leatherface de Massacre à la tronçonneuse n'ait pas débarqué à un moment donné pour le découper en deux. Non seulement j'aurais apprécié la référence mais en prime on aurait eu le droit certainement à une scène jouissive. Mais malheureusement mon esprit torturé, pervers et malsain n'était pas à la tête du film et du coup, ça manque de sang et de boobs. Et dire qu'à la place Tirard arrive encore à nous faire passer un message sur l'héroïsme sous un air de musique épique. On se croirait chez Emmerich.

 

       Astérix et Obélix au service de sa majesté apparaît donc comme étant un film très insuffisant qui peine réellement à relever le niveau de la saga. L'humour fidèle à la BD ne passe pas, le style de la bande dessinée ne fonctionnant décidément que dans les albums. Puis on a juste l'impression d'assister à un enchaînement de blagues et gags en tous genres sans cohérence. La structure humoristique du film est tellement mécanique et prévisible qu'on sent que le travail fourni a été réalisé sans grande inspiration. Pas aussi irritant que Astérix aux Jeux Olympiques, ce film ne vole tout de même pas très haut, traîne trop en longueur et frôle trop souvent le ridicule pour être, ne serait-ce, qu'un simple divertissement correct. C'est juste un mauvais film en somme. Et en plus on se tape les BB Brunes à la fin. Monde de merde.

 

3.5/10

 

Romain

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17 novembre 2012 6 17 /11 /novembre /2012 19:44

Looper, c’est avant tout un concept bien pensé et facile à vendre, du pitch résumable en trois phrases comme les aiment les producteurs. Malins comme ils sont, le personnage l’explique même avec un rapide montage dans le film, du coup on retrouve le tout dans la bande-annonce, ça donne envie de le voir sans trop en dévoiler. Ce fameux concept donc, c’est d’utiliser dans le futur la machine à voyager dans le temps pour envoyer des gens se faire tuer par des professionnels dans ce qui est le « présent » du film. On pourra se demander pourquoi les mafias du futur n’ont pas de plans un peu plus ambitieux vu les possibilités offertes par le voyage dans le temps, mais bon ce n’est pas le sujet, on accepte le point de départ et en avant.

 http://screeninvasion.com/wp-content/uploads/2012/10/Looper_11.jpg


Les bases sont vite jetées, Gordon-Levitt incarne un de ces fameux « loopers » qui effectuent leur boulot froidement et sans poser de questions, contre un lot de lingots d’argent à chaque contrat. Leur vie est plus ou moins une routine parsemée de drogues futuristes et de prostituées, rien que l’on n’aurait déjà vu dans un film de gangsters, mais la transposition est assez bien menée. J’ai d’ailleurs trouvé que la partie purement introductive était la meilleure du film, environ le premier tiers, menée à un excellent rythme et fourmillant de bonnes idées. Difficile de ne pas spoiler, mais on a notamment une séquence de torture qui parvient à être troublante sans rien montrer, une scène assez forte du film.


L’élément perturbateur attendu, l’élimination de son futur moi par le héros, n’arrive en fait pas aussi rapidement que pouvait le laisser croire la bande-annonce. D’un côté ce n’est pas plus mal, tout n’est pas misé sur la présence de Bruce Willis au casting, et avant son arrivée on peut se délecter de la façon dont Gordon-Levitt imite ses tics faciaux à la perfection (bien qu’on le sente parfois un peu gêné par le maquillage). On arrive rapidement à mon autre passage préféré du film, le défilement assez inattendu de la vie du héros jusqu’à ce qu’il soit renvoyé pour être tué par lui-même, 30 ans plus tôt. Jusque-là, le tout reste, toutes proportions gardées, rationnel et il est difficile de trouver de grosses incohérences.


 On appréciera le travail du réalisateur qui, s’il n’est pas encore un grand nom du cinéma, ne se montre pas moins prometteur. Rian Johnson, puisque c’est son nom, n’a réalisé auparavant que Brick, petit thriller avec Gordon-Levitt en premier rôle, et deux épisodes de Breaking Bad dont un qui a marqué les esprits, ayant pour sujet une mouche.

Mais je digresse, revenons au film. Johnson se montre assez à l’aise pour poser une ambiance « semi post apocalyptique » dès le début, avec un fort contraste entre quelques personnes aisées comme les loopers et, semblerait-il, la plupart des autres gens qui vivent dans la rue et n’hésitent pas à tuer pour défendre leurs biens. Il faudrait juste lui signaler que sur le plan technique, les lens-flares ça commence à être pesant comme mode.

 

looper.jpg


Ensuite vient donc la confrontation avec Bruce Willis, très bien pensée dans sa première partie. Le héros est vite face au dilemme entre le tuer et l’aider pour une raison supérieure, ce dont découlent des situations intéressantes, si elles ne sont pas inédites. Comme beaucoup de critiques l’ont fait remarquer, Looper n’est ni un film prétentieux, ni un film qui cherche à faire dans l’originalité.

 

Dans leurs genres respectifs, on retrouve une configuration semblable au récent Des hommes sans loi, un film rondement mené, bien écrit, bien joué, à la violence sèche et sans grandes surprises, mais dans les deux cas je n’y vois pas un défaut majeur. Oui le scénario pille un peu de L’armée des 12 singes par ci, un peu de Retour vers le futur par-là, une vision du futur ou des véhicules qui ne nous sont pas totalement inconnus, mais le tout est profondément généreux pour le spectateur et ne le prend pas (trop) par la main comme le ferait un Inception, au hasard.


En bonus, revoir Bruce Willis dans un bon rôle ne fait vraiment pas de mal, même si ce n’est qu’une pause avant une rechute nommée Die Hard 5. Le voir donner la réplique à Gordon-Levitt est encore meilleur, les deux semblant avoir pris grand plaisir à jouer avec l’autre. On ne se plaindra pas non plus de revoir Jeff Daniels dans un rôle un chouia ambigu de chef des loopers venant du futur, doté de bons dialogues lui aussi.


C’est malheureusement le dernier tiers qui m’aura moins convaincu, voyant Willis et Gordon-Levitt se rencontrer peu au final, comme pour éviter les problèmes scénaristiques que cela aurait posé. Le scénario part là où je ne l’attendais pas, mais cette surprise est atténuée par un traitement parfois un peu lourd et un manque de renouvellement des idées. Ca sera quand même pour pinailler un peu, car on peut bien le dire, ça faisait longtemps qu’on n’avait pas vu un bon film de SF au cinéma, en tout cas en attendant l’arlésienne Gravity d’Alfonso Cuaron.

 

 

7.5/10

 

Arnaud

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