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1 juin 2013 6 01 /06 /juin /2013 15:00

Déjà deux ans que ce blog existe, mine de rien. Nous tenons bien évidemment à remercier tous ceux qui nous ont lu (surtout ceux qui sont revenus), et ceux qui l’ont fait découvrir à d’autres (s’il y en a). Un blog qui a parfois connu des chutes assez vertigineuses de publications, avec parfois rien à signaler pendant plusieurs semaines. Une raison simple à cela pour ma part, j’ai découvert d’excellentes séries, pour ne pas dire les séries tout court. Et je trouvais ça un peu frustrant de ne jamais en parler ici, pour être honnête. Pourquoi pas, après tout ? Les liens entre séries et cinéma sont de plus en plus nombreux, que ce soit par les acteurs, les réalisateurs, l’ambition démesurée de certaines productions et surtout le niveau d’exigence de certaines.

 

Je tiens à rassurer les sceptiques, cette nouvelle catégorie n’a pas pour but de devenir un fourre-tout bordélique pour parler de toutes les séries qui passent, mais plutôt pour mettre en lumière certains qui valent le coup d’être découvertes. Priorité donc aux nouvelles séries ou à celles qui, pour une raison ou pour une autre, restent relativement confidentielles.


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Maintenant que les présentations sont faites, venons-en au cœur du sujet : The Americans. Qu’est-ce que c’est donc que ça, me direz-vous ? Une série que j’attendais depuis un petit bout de temps principalement car c’était la petite dernière de la chaîne FX, nous ayant déjà apporté The Shield, Sons of Anarchy et Justified, parmi tant d’autres. Une chaîne qui, si elle n’a pas la liberté de ton légendaire d’HBO, est petit à petit devenue une nouvelle référence dans les shows matures, complexes et addictifs.

Le synopsis était à la intriguant et bien risqué, puisque les deux personnages principaux, Philip et Elizabeth Jennings, sont des espions du KGB installés aux Etats-Unis depuis années comme un couple « normal ». L’exemple type de l’idée qui aurait pu tourner au désastre très rapidement, mais il faut souligner le fait que Joe Weisberg (créateur et producteur) est un ancien agent de la CIA. Les plus pointilleux pourront souligner que la série ne parle « que » du KGB et du FBI, mais difficile de nier que bénéficier de quelqu’un avec ce passé à la tête de la série doit énormément jouer dans la crédibilité, comme un Tom Clancy à ses début de romancier.


Si vous le voulez bien, commençons par le commencement. Le pilote nous introduit la situation du couple en mettant en parallèle leur vies actuelles de parfaits petits banlieusards américains des années 80 (avec pour couverture une agence de voyages), leur vie beaucoup plus mouvementée d’espions et enfin des flashbacks nous ramenant une vingtaine d’années en arrière. Pour évacuer les défauts d’entrée, je dirais que ce pilote est trop chargé, entre le nombre de choses à nous faire découvrir, les flashbacks, l’action, la relative complexité liée à leur métier, même en 1h10 c’est peut-être beaucoup. J’avais un peu ce sentiment qu’ils avaient essayé d’en mettre le plus possible d’un coup pour être sûr d’intriguer suffisamment les spectateurs. 


Ceci étant dit, le pilote reste très solide et nous vend bien le contexte et les différents personnages. L’ambiance et les décors des années 80 sont parfaitement restitués, ce qui joue énormément dans l’immersion. Pour ce qui est de la trame initiale, j’en ai assez peu de souvenirs puisque j’ai vu le pilote à sa diffusion, mais le reste de la saison qu’après sa fin. Sans aller plus loin dans le spoil, je dirais simplement que l’introduction du personnage de Stan Beeman, agent du FBI, comme voisin du couple dès le pilote peut paraître excessif mais se révèle être une excellente idée.


Ce qui m’a bien plus frappé dès le second épisode et pour le reste de la saison, c’est à quel point la série se veut réaliste et méticuleuse, presque contrairement au pilote d’ailleurs. Le ton se rapproche bien plus du film La taupe que de James Bond, par exemple. Chaque opération doit être préparée avec un soin quasi maniaque, la moindre écoute est un casse-tête à mettre en place, les filatures, déguisements et séductions sont légion, et j’en oublie. Tout se fait à partir d’astuces et de règles assez simples, mais suffisamment bien racontées pour être passionnantes. Les combats également sont secs et brutaux, où chacun cherche le coup qui va permettre de mettre l’autre KO voire de le tuer. Dans toutes les situations (ou presque, allez), la cohérence et la crédibilité sont mises en avant, par exemple si un personnage doit mourir, ça sera le cas tout simplement, pas de deus ex machina absurdes.


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Cela joue énormément dans le fait que l’on croit aux personnages et que l’on s’y attache, leur vie peut être en danger à tout moment et souvent à cause d’un détail insignifiant. La série questionne également jusqu’où peut aller l’engagement, notamment au travers des points de vue divergents du mari et de la femme. Implantés dans un pays étranger depuis autant de temps, il est facile de perdre de vue l’idéal soviétique et de questionner leurs décisions parfois absurdes et déconnectées de la réalité. Difficile également pour un couple fabriqué de survivre à tant d’années quand les autres ne semblent pas y arriver. Des thèmes encore une fois complexes à aborder et qui peuvent sembler farfelus à la lecture, mais très subtilement mis en œuvre à l’écran. 


Comme dans les meilleures séries du genre, la multitude des points de vue permet d’évacuer d’emblée tout manichéisme. Toutes proportions gardées, on pensera à The Wire ou Oz, qui en brossant une galerie de personnages aux motivations bien différentes rendaient compte de situation qu’on ne peut se contenter de voir par le petit bout de la lorgnette. The Americans, en plus de nous présenter une situation qu’on pourrait penser un peu rebattue, a le culot de nous mettre du côté de ceux que le cinéma américain a stigmatisé des années durant, pour ne pas dire des décennies. Pas de fausse subversivité non plus, on ne tombe pas dans le cliché inverse des « gentils soviétiques contre méchants américains ». Chaque personnage est montré avec ses failles, parfois de façon très crue. Au cours de la saison, les rôles semblent s’inverser à plusieurs reprises, certains sombrant dans leurs travers, d’autres cherchant à se racheter, d’autres encore tirant le meilleur parti de ces temps troublé.


Un des thèmes récurrents, majeurs même, est la confiance. Confiance au sein du couple, entre collègues, entre agents, entre différentes niveaux de hiérarchie, chez le KGB comme le FBI. Comment faire entièrement confiance à quelqu’un en faisant ce métier-là, en connaissant les risques qu’il y a à divulguer la moindre information personnelle et en devant se méfier de tout le monde ? Comment faire confiance à ses indics quand il n’y a pas moyen d’être absolument certains qu’ils ne rendent pas des comptes à l’ennemi ? Ces différentes interrogations sont fort bien traitées par une multitude de situations, je citerai seulement (pour ne pas spoiler) la réticence tenace d’Elizabeth à avoir confiance en sa supérieure, et la relation que Philip doit entretenir avec une secrétaire du FBI pour gagner accès à des informations top secrètes. 


Rien ne se facilement, tout est affaire de patience et de longueur de temps. La saison est facilement à l’image de leur travail, une longue et passionnante mise en place, parsemée de moments explosifs qui conduisent à un sommet de suspense. Inutile de dire que tout ce travail n’aurait pas été aussi appréciable si la série ne bénéficiait pas d’efforts considérables dans tous les domaines. J’ai évoqué précédemment les décors et l’ambiance, mais que vaudrait ceci si la technique et les acteurs n’étaient pas à la hauteur ? Un énorme effort est visible sur la mise en scène, toujours propre au minimum, et souvent assez inspirée, nous offrant de belles envolées à de nombreuses reprises. On pense notamment à Justified dans les joutes verbales parfois cruelles et la tension toujours sous-jacente, très justement soulignée par des plans qui durent et une musique jamais envahissante. Les deux séries partagent également une utilisation des acteurs assez bluffante, qui semblent totalement s’investir dans leurs personnages et pouvoir démontrer leurs talents sur des situations remarquablement bien écrites. 


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Matthew Rhys le premier est souvent incroyable d’intensité, passant sans sourciller de père bienveillant à agent au regard glacial en passant par amant passionné pour les besoins d’une mission. Le genre de révélations que je serai qu’enthousiaste de voir un peu plus au cinéma. Même chose pour Keri Russell, dont le personnage est parfois incroyablement dur et professionnel dans les missions, mais qui se montre plus fragile qu’on ne croit en dehors. Sans citer tout le casting, je tiens également à mentionner Noah Emmerich en agent Beeman, plus torturé que son apparence lisse du pilote (montrant bien que la vie d’agent n’est pas plus enviable de ce côté de la Guerre Froide) et Margo Martindale en agent de liaison des Jennings, tout aussi géniale que dans Justified. 


Quelle réjouissance de voir que le dernier épisode utilise à la perfection tout ce qui a été fait auparavant pour nous servir des moments de tension incroyables, sans que l’on ne puisse jamais dire comment chacun va s’en sortir.  Un final d’une grande intelligence qui, en plus d’être un excellent épisode en soi, clôt parfaitement la saison sans frustration tout en redistribuant suffisamment de cartes pour annoncer une saison 2 passionnante. Difficile de faire mieux pour une nouvelle série, qui plus est sur un thème et un ton qui auraient pu ne pas remporter l’adhésion du public. Heureusement elle a été renouvelée, alors ne boudons pas notre plaisir de voir la qualité primer sur les sacro-saintes audiences dans le monde impitoyable qu’est la télévision.

 

 

8/10

 

Arnaud

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Published by Arnaud - dans (Hors) Séries
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29 mai 2013 3 29 /05 /mai /2013 23:18

Comme beaucoup, j’ai découvert Asghar Farhadi avec Une séparation, qui avait bénéficié d’une publicité méritée en remportant le César et l’Oscar du meilleur étranger. Un film poignant, pour ne pas dire bouleversant, qui m’avait marqué et me donnait une bonne raison d’attendre son prochain. La présence de Bérénice Béjo et le risque de tourner en français m’avaient laissé un peu sceptique, mais une nouvelle fois la critique était conquise, de quoi y aller serein.


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Si vous suivez ce blog depuis quelques temps, vous aurez pu lire ma critique de The Artist qui fut aussi sévère que la déception, et dans lequel Béjo m’avait passablement irrité. Peut-être n’était-elle pas aidée par la direction d’acteur de son mari, peut-être était-ce cette intention un peu ridicule de surjouer "comme dans un muet", mais ce n’était pas ça. Sans surprise, elle joue bien mieux chez Farhadi, elle est même très convaincante dans un rôle plus complexe que ses quelques derniers. Ce qui était la grande qualité d’Une séparation se retrouve ici, à savoir des personnages très bien écrits qui gagnent en épaisseur tout au long du film, pour devenir bien moins lisses qu’il ne pourrait y paraître au début.


L’histoire va de pair avec cette évolution des personnages, chaque fois qu’on pense avoir compris ou en savoir assez sur un point précis, de nouveaux développements arrivent, bousculent nos préjugés et nous forcent à prendre encore un peu plus de recul. Je ne peux m’empêcher de faire l’analogie avec un personnage qu’on découvrirait en très gros plan, et à travers un long dézoom on le découvre dans son entièreté, on comprend mieux ce qui l’entoure et en quoi ça l’a influé, et les différentes pièces du puzzle se mettent en place. Ou tout simplement, une démonstration de pourquoi les premières impressions ne sont pas "toujours les bonnes", tant il est difficile de juger quelqu’un sans le connaître.


En cela Tahar Rahim est parfait, ne nous donnant pas l’air de quelqu’un de bien dégourdi au premier abord, mais sans jamais tomber dans la caricature. Farhadi arrive à capter l’essence de chaque personnage et à les faire vivre sans qu’ils en fassent trop ni qu’ils empiètent les uns sur les autres, il nous met simplement face à des situations désagréables mais tout ce qu’il y a de plus banales en même temps. Même s’il laisse moins place à l’improvisation, on pourra penser à du Pialat en plus lumineux, dans le fait qu’il semble toujours laisser une place à l’espoir et à l’humanité des personnages, sans verser dans la sensiblerie de bas étage.

 

C’est sans doute cette universalité des sentiments et des blessures qui fait que ses films sont autant appréciés alors qu’ils pourraient être vus comme le cliché du film d’auteur barbant. Bien sûr, on ne conseillera pas ce film pour une sortie entre potes qui veulent se marrer un coup au cinéma, mais il est un très bon exemple de ce qu’on peut faire de passionnant en drame familial "classique". Une fois cela dit, difficile d’ajouter quelque chose qui ne soit pas redondant et sans spoiler, ce que je ne voulais pas faire pour justement inciter les curieux à aller le voir. En plus, les retournements de situations sont bien mieux que dans Trance (oui je ne savais pas comment finir, mais chut).

 

 

7.5/10

 

Arnaud

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27 mai 2013 1 27 /05 /mai /2013 20:57

 On a tous connu ce doute pervers à un moment, en partant de chez soi, de son travail ou d’un lieu public, cette petite voix qui insiste sur le fait que vous ayez oublié quelque chose. La fenêtre laissée ouverte alors qu’il va pleuvoir, la porte qu’on est "plus si sûr" d’avoir fermée ou le document à ne SURTOUT pas oublier… Un petit doute qui n’est généralement là que pour nous faire stresser, car il serait trop demander qu’il se produise quand on a réellement oublié quelque chose. J’en veux pour preuve que ce doute n’a pas du assaillir Danny Boyle une fois son scénario fini. Mais qu’a-t-il donc oublié ?

 

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Si vous voulez bien vous allonger, nous allons commencer la séance. Vous vous sentez de plus en plus lourd, vos bras, vos jambes pèsent contre le confortable matelas du sofa, si confortable… Vous vous laissez aller, vous sentez votre poids augmenter, il vous est peu à peu impossible de remuer un muscle… Vos paupières deviennent lourdes, le sommeil vous envahit, ma voix vous paraît de plus en plus distante, un lointain murmure qui faiblit, qui faiblit… Je vais compter jusqu’à trois et vous serez plongé dans un profond sommeil… Un… Deux… Trois…


Merde, c’était déjà la fin du film ? Ces fauteuils de cinéma sont décidément trop confortables. Et pourtant, ça commençait de façon assez prometteuse. Un vol de tableau de maître millimétré par des artistes du braquage, une rapide plongée dans le milieu des enchères, un Vincent Cassel en méchant français, un montage nerveux mais pas épileptique. Non vraiment je tiens à le dire M. Boyle, avec la bande annonce vous aviez ma curiosité, mais avec cette introduction bien plaisante vous aviez mon attention. Où se dissipa donc-t-elle ?


Pour comprendre, il va falloir revenir en arrière (oui c’est aussi chiant que le film), et vous rappeler de ma critique de Mud il y a une semaine. Du moins si vous l’avez lue, sinon faites-le, ça nous fera plus de vues. Si vous avez la flemme, je vous rappelle que je la concluais en soulignant que si l’on est biberonné aux twists et aux rebondissements incessants, il est en général plus difficile d’apprécier un film qui prend son temps pour développer ses personnages et raconter une bonne histoire, tout simplement. Avoir vu Trance par la suite ne dit que confirmer cette pensée.


C’est bien le plus frustrant avec ce film, il est loin d’être raté, Boyle a quelques idées niveau mise en scène (à part les plans penchés dans tous les sens à bannir), c’est bien joué dans l’ensemble mais, comme dans ses deux derniers films, il ne sait pas s’arrêter avant la surenchère. C’est en fait grâce à ce film que je me suis rendu compte que je préférais nettement ses films plus posés, plus contemplatifs, à savoir 28 jours plus tard et Sunshine. Les deux avaient un dernier tiers assez chargé, mais assez bien insérés pour ne pas pas gâcher le film. Depuis Slumdog Millionnaire, il semblerait que Danny Boyle n’est satisfait de ses scénarios que lorsqu’il se passe quelque chose d’étonnant toutes les trente secondes.


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S’il est évident que l’idée de départ se prêtait mieux à un rythme très soutenu que celle de 127h, pour citer Horace, "Il faut de la mesure en toutes choses". Tu peux noter ça pour ton prochain film Danny. Revenons donc aux twists, puisque c’était le point auquel je voulais nous amener. Eh bien pour faire simple, ce film, c’est l’exact contraire de Mud sur le scénario. Comprendre que les personnages sont désespérément plats et que l’on aura bien peu d’empathie pour eux, et qu’en parallèle (ou en cause de ça) le scénario enchaîne les rebondissements n’importe comment. Comme dans beaucoup de ces films misant trop là-dessus, la première moitié du film n’est pas désagréable mais se vautre dans un doux flottement, où on enchaîne quelques péripéties mais l’intrigue n’avance guère.

 

Par contre la deuxième moitié, alors là on enchaîne un crochet du droit avec une trahison, un uppercut avec un mort inattendu, puis quelques coups de boule avec twists à gogo. Du moins c’est ce que devait penser les deux yes men qui lui ont fait office de scénaristes devant leurs Macbook Pro, "ah ah ils l’auront jamais vu venir ça !". En fait, soit on l’a mais alors bien, bien vu venir, soit c’est purement et simplement grotesque. Bordel, une sacrée bonne idée de départ comme ça, pourquoi la gâcher en empilant de l’invraisemblable jusqu’à laisser le spectateur assommé ? Et pourquoi ne pas développer un peu ces personnages qui ne demandaient pas mieux ? Et je ne parlerai même pas de la fin qui évoque un autre film récent réputé avoir embrouillé les spectateurs, vraiment ridicule et inutile.


Il serait peut-être temps que Boyle recontacte Alex Garland, scénariste (je vous le donne en mille) de 28 jours plus tard et Sunshine. Ce serait donc lui le fameux élément oublié. Je pense d’ailleurs que l’arlésienne 28 mois plus tard, si elle devait signer leurs retrouvailles, serait à peu près la seule façon que j’attende impatiemment son prochain film. En l’état actuel des choses, son prochain film devrait être Porno, adaptation du livre faisant suite à Trainspotting. N’ayant pas vraiment aimé ce dernier (si si), je ne suis guère enthousiaste. On remarquera tout de même une chose, c’est que si Inception était censé être une "inception" sur le spectateur (du moins d’après certains amateurs de complots franc maçonniques), Trance est réellement une "trance" sur le spectateur, la preuve : je l’ai déjà oublié.

 

 

6/10

 

Arnaud

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19 mai 2013 7 19 /05 /mai /2013 20:28

      Jeff Nichols, c’est quand même devenu en deux films un réalisateur fiable, couvert d’éloges, dignement récompensé et à maintes reprises désigné comme héritier du Terrence Malick des années 1970. On a vu pire comme début de carrière. Le grand public l’a découvert avec son Take Shelter qui avait fait grand bruit à Cannes (vainqueur de la Semaine de la Critique), un drame rural teinté de fantastique porté par le formidable Michael Shannon. Avec Mud, le voilà revenu à quelque chose de plus classique et épuré.


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N’ayant pas tout à fait rejoint les qualificatifs de "chef d’œuvre" ou "film de l’année" pour son Take Shelter, qui s’appuyait un peu trop à mon goût sur son mystère pour maintenir l’attention du spectateur, je m’étais réjoui de cette nouvelle. Son premier long-métrage, Shotgun Stories, était en effet un très bon film sans être original. Une solide histoire de rivalité familiale sur fond de vie difficile au fin fond de l’Amérique, là aussi comportant Shannon au casting, qui m’avait convaincu à tous les niveaux. Un cinéma qui ne juge pas ses personnages, qui n’en fait pas trop, qui prend le temps de respirer et de laisser vivre son petit univers pour mieux nous immerger dedans.


La comparaison à Malick me semble à nouveaux plus justifiée sur ce Mud, qui a un certain nombre de points communs avec La balade sauvage du fameux texan chapeauté. Des personnages un peu naïfs en marge de la société, une fascination pour la nature, des dialogues simples qui vont à l’essentiel et toujours un sentiment de tragédie imminente distillée par différents éléments. Si Mud a déjà été beaucoup comparé au Huckleberry Finn de Mark Twain, côté cinéma j’y ai vu des réminiscences des années  1980 et de ses nombreux films sur les enfants, tels que Les Goonies, Stand by Me ou plusieurs Spielberg. Une certaine tradition qui s’était perdue, tant il semble difficile de trouver de jeunes acteurs crédibles et supportables, alors en trouver tout un groupe…


Le présent film retrouve en tout cas de cette simplicité bienvenue, avec une situation initiale exposée sans chichis : Ellis et Neckbone, deux gamins vivant sur les rives du Mississipi, découvrent au gré d’une expédition en bateau un mystérieux personnage reclus sur une île. Mud de son surnom, vous l’aurez deviné, ce type un peu louche ayant pour seules possessions une chemise et un pistolet va vite se révéler assez passionnant. Pas la peine d’en dire plus sur le scénario, il serait dommage de gâcher ainsi l’un des nombreux points forts du film. Je n’ai d’ailleurs même pas de reproche à faire au film, rendez vous compte. Dans la tradition des auteurs-réalisateurs, Jeff Nichols maîtrise totalement son film, et s’il se fait plaisir dans certaines scènes avec son budget un peu plus élevé, il ne trahit jamais l’esprit de son film et ne tombe pas dans la facilité.


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Il semblerait d’ailleurs que la première largesse qu’il se soit permise est au niveau du casting, avec pas moins que Matthew McConaughey, Reese Witherspoon, Sam Shepard, Michael Shannon, Ray McKinnon (Deadwood, Sons of Anarchy) et j’en passe. Un casting de sacrées gueules n’ayant pas hésité à s’enlaidir pour leurs rôles, McConaughey et Witherspoon les premiers, qui confèrent une authenticité appréciable au film. De façon plus générale d’ailleurs, le film sonne vrai, que ce soit les dialogues, la caractérisation des personnages, leurs relations, les divers évènements qui ponctuent le film et le dur apprentissage de la vie par lequel passent Ellis et Neckbone.


Et que dire de plus sans radoter ? C’est à mes yeux un film beau et simple, sur lequel je ne me vois pas discourir à rallonge puisqu’il ne justifie pas de grandes analyses (et ce n’est pas du tout un reproche), c’est ni plus ni moins que du travail superbement exécuté par un cinéaste prometteur et cohérent dans ses thèmes. Certains pourront trouver le film prévisible, et je le nierai pas, mais c’est difficilement un défaut devant du si bon cinéma classique (et assumé en tant que tel).

C’est avec ce genre de reproches systématiques devant des films soi-disant "pas originaux" qu’on se retrouve à voir encensé le moindre twist idiot qui vous retourne la tête en même temps que le semblant de cohérence initial du scénario. Bref, allez le voir et/ou regardez ses précédents, car voilà un réalisateur sur qui il faudra compter dans les prochaines années.   

 

8/10

 

Arnaud

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10 mai 2013 5 10 /05 /mai /2013 19:20

      L’annonce d’un remake du film d’horreur culte en aura fait frémir plus d’un. Après la vague reboots/remakes de slashers des années 2000 (Halloween, Massacre à la tronçonneuse, La colline a des yeux, Vendredi 13, Les griffes de la nuit… la liste est longue même en ne gardant que les plus connus), des projets encore plus casse gueule ont pointé le bout de leur nez comme le prequel de The Thing et le présent film. L’original et sa suite sont des références de la comédie horrifique, des films cultes notamment pour les idées de mise en scène démentes de Sam Raimi et la performance hilarante de Bruce Campbell.

 http://turntherightcorner.files.wordpress.com/2013/04/evil-dead-2013-eric.jpg?w=1024

 

La solution retenue pour se démarquer fut celle d’un remake "sérieux", quitte à en faire hurler certains. Si je doutais fortement de la qualité du truc à venir, je trouvais tout même l’idée assez courageuse et pas inintéressante, ce que la première bande-annonce confirmait. La promesse d’en faire quelque chose d’hargneux et jouissif, bien compacté sur une courte durée, et le réalisateur qui annonçait « la dernière demi-heure la plus brutale jamais vue au cinéma », ça avait de quoi redonner de l’espoir à des fans bien mal servis depuis des années. Remakes ou pas, le cinéma d’horreur populaire est en petite forme depuis longtemps, et les rares bonnes surprises passent de moins en moins par la case cinéma.

 

La plupart des slashers ont une structure en trois parties bien connues des amateurs, à savoir introduction des jeunes idiots qui vont servir de chair à pâté (et possiblement du boogeyman en parallèle), série de disparitions/morts horribles plus ou moins inquiétantes, et enfin confrontation d’un nombre restreint de personnages avec l’entité maléfique. La force des meilleurs films du genre est bien souvent de tordre cette structure, de la moquer, de privilégier le suspense au nombre de morts, de jouer sur le mystère et surtout de montrer un minimum d’inventivité. Ce que le premier Evil Dead faisait parfaitement, si peu de temps après Halloween, en nous présentant cette belle bande d’ahuris débarquer dans une bicoque vermoulue au fin fond des bois, passe beaucoup moins bien dans le remake.

 

Pourquoi ? Tout simplement parce que le second degré est absent. C’était le but (honorable) de ce remake, mais il est difficile de présenter la traditionnelle bande de jeunes de façon sérieuse quand on sait que la moitié ne servira de toute façon pas à grand-chose. Avec humour c’est bien plus facile, sinon il faut des personnages solides avec une psychologie un minimum soignée. Ce n’est pas le cas ici, loin de là. Entre la junkie dépressive (mais si, elle gribouille sur un carnet assise sur une vieille voiture au début – qui a dit cliché ?), son frère incroyablement fade avec qui elle partage un lourd passé familiale, les deux cruches de service… Ne reste guère que le chevelu qui manifeste à plusieurs reprises une certaine présence d’esprit qui pourrait leur permettre de s’en sortir, mais vu que les autres sont idiots personne ne l’écoute, bien sûr.

 

J’ai tout de même laissé le bénéfice du doute sur les 10-15 premières minutes pour voir si tout ceci serait quelque peu inversé par la suite, monumentale erreur ! A part le même chevelu qui restera toujours aussi peu ignoré après avoir eu raison à de nombreuses reprises, les personnages s’enfoncent dans des erreurs et des décisions stupides telles que je n’en avais pas vu depuis un bout de temps. Voir le même type se faire avoir bien cinq ou six par le fait qu’une des filles reparle "normalement", là aussi ça passait bien mieux dans l’original avec le second degré.

 http://cdn.bloody-disgusting.com/wp-content/uploads/2013/01/8-best-evil-dead-redband-trailer-2.png

 

Mais revenons à ce pourquoi le film était vendu : du gore à gogo et des effets spéciaux à l’ancienne. Rien à redire là-dessus, le film assure une quantité d’hémoglobine et de barbaque assez conséquente, même si on n’atteint pas la promesse du réalisateur. Avis aux âmes sensibles, il vous faudra passer par certaines scènes graphiquement éprouvantes durant ce film, bien plus que dans le film de Raimi. On notera également que Fede Alvarez (le réalisateur, il était temps de le citer) met bien en valeur ses divers bricolages, et de façon générale livre une mise en scène très soignée bien que sans génie.

L’abus de contre plongées et de jump scares éculés, bien trop annoncé par une bande-son irritante, joue à terme contre le suspens du film, tuant l’ambiance à coup de tentative de sursauts ratées. Il est d’autant plus difficile de sortir ceci après le très réjouissant La cabane dans les bois, sorti il y a à peine un an et qui démontait avec beaucoup d’humour les clichés et incohérences devenus des marques de fabrique du slasher.

 

 Le résultat de tout ça est malheureusement un film bâtard, qui devrait faire plaisir à voir à l’amateur d’horreur que je suis pour son amour affiché du genre et le grand soin porté aux divers effets, mais qui parallèlement est trop mal écrit pour se tenir d’un bout à l’autre. Le gore est bien présent, avec de sacrées idées et des passages chocs, mais sans vrai support, plus là pour la démonstration technique que pour renforcer l’ambiance. Les nombreux clins d’œil aux deux premiers volets ne font que renforcer l’envie de les revoir, plutôt que de servir vraiment le film, jusqu’à la scène post-générique totalement inutile qui se révèle être du pur fan service. Depuis cette déception, je me suis rendu compte que ma note à ce film complétait les deux dernières pour former 6-6-6, coïncidence ? Je ne crois pas.


 

6/10

 

Arnaud

 

[L'avis de Romain]

 

Le premier Evil Dead de Raimi était sympathique, drôle bien que parasité de quelques problèmes de rythme (je lui préfère largement le deuxième poussant le délire et la connerie beaucoup plus loin). Mais ce remake est clairement à la ramasse. Un début bien chiant où on nous présente ces personnages clichés dont on en a rien à foutre, une absence totale de second degré, des jump scares du pauvre et un côté ultra prévisible bien gênant. Ca reste cependant plutôt bien foutu, la mise en scène est propre mais c'est bourré de défauts qui plombent tout le film et qui ne rendent pas honneur aux talents du réalisateur. Quelques effets gores sont bien trouvés et c'est tout. Je me suis emmerdé sec devant ce film, je n'ai pas ressenti grand chose, rien de dérangeant ni de bien réussi. Un reboot inutile, autant se tourner vers les films originaux de Raimi qui avaient le mérite de ne jamais se prendre au sérieux.

Et l'anecdote de la mort qui tue pour la fin, grâce à ce film je sais maintenant que lâche se dit "Kukavica" en croate (j'ai vu le film en VO sous-titré croate à Zagreb). En fait si, ce film m'aura appris quelque chose.

4/10

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5 mai 2013 7 05 /05 /mai /2013 15:36

       Le cinéma d'épouvante/horreur est sûrement un des genres les plus populaires, surtout chez les djeunz. Donnant l'occasion de se faire peur et/ou d'essayer de ne rien paraître histoire de faire le vrai dur que rien n'effraie. Un genre qui, à mon sens, a réuni une poignée de grands films, pas mal de bons films et un paquet de belles merdes. Aujourd'hui je vais parler d'un film qui a marqué l'histoire du genre à savoir Le Projet Blair Witch sorti en 1999. Film qui a divisé et qui divise toujours aujourd'hui tant par son contenu que par sa réalisation. Voici mon humble avis sur le film en question.

 

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       Allez pas de faux suspense, je le dis d'entrée de jeu: Le projet Blair Witch m'a convaincu. Beaucoup de personnes reprochaient au film de ne rien montrer, d'être du vent parce que justement ça ne "raconte rien". Et bien au contraire, je trouve que ce procédé fait la force du film. Et puis ça ne raconte pas rien non plus, et en plus de cela on y retrouve une ambiance unique qui m'a bien dérangé.

       Trois jeunes étudiants en cinéma partent pour la forêt de Blair Witch pour y tourner un documentaire sur les fameux phénomènes paranormaux et meurtriers qui s'y seraient déroulés quelques années auparavant. Si le synopsis de base paraît relativement classique, le film l'est moins grâce à son traitement réellement novateur pour l'époque.

 

       Le film n'est pas le premier à utiliser le principe de la caméra vérité, il l'a quand même véritablement démocratisé (pour un peu de meilleur mais surtout pour le pire malheureusement). Je trouve que le concept passe très bien ici, favorisant une (véritable) immersion totale dans un milieu inquiétant qui m'a quand même filé une belle frousse.

       Car là où une bonne majorité des films d'horreur actuels passent principalement par l'effet et l'emploi de jump scares (en d'autres termes le fameux principe consistant à faire sursauter le spectateur en mettant un bruitage bien fort), ici c'est tout l'inverse. Le Projet Blair Witch évite ces procédés simplistes et nauséabonds qui visent à tromper le spectateur en lui donnant l'impression d'avoir peur. Ici c'est une vraie peur qui opère, une peur viscérale, profondément dérangeante.

 

       Bon ce film précis peut très bien laisser de marbre. Et si c'est le cas, ce sera dur de passer les 1h20 sans bailler. Je dirais que c'est un film à voir en conditions, plongé dans l'obscurité devant un bon écran avec un bon son. En tout cas c'est comme ça que je l'ai vu et ça a bien pris sur moi. Mais quoi qu'il en soit j'avais trouvé ça fou d'instaurer une telle ambiance avec quelques dollars en poche, trois cailloux et quelques arbres.

       On ne voit pas grand chose en effet. Et c'est ça qui rend le film plus angoissant à mes yeux, tout passe dans la suggestion, dans l'inexpliqué. Le spectateur est aussi paumé que ces trois jeunes qui tournent en rond, qui désespèrent. Grâce à cette sensation, j'étais particulièrement angoissé. Moins on en voit, plus ça effraie.

 

BLAIRWITCH2.png

 

       Le film n'est pas parfait, loin de là. Il ne peut définitivement pas plaire à tout le monde mais les idées sont bien là. Grâce à ce chaos visuel parfaitement rendu par la caméra vérité, la magie opère (ou plutôt la trouille ici). Pour peu d'être intéressé par la sorcellerie et autres phénomènes paranormaux, le film peut réellement séduire. Puis c'est tellement mieux foutu qu'un Paranormal Activity 3 (le seul que j'ai vu de la saga) par exemple où l'emploi de ce procédé technique relevait plus d'une paresse de mise en scène qu'autre chose. Ici l'emploi est justifié même si on pourra trouver bizarre que les personnages décident de filmer tant de séquences de leur excursion.

 

        Le film marche parce qu'il ne fait pas du tout dans l'excès. La tension grimpe progressivement et le film effraie par quelques touches parsemées ici et là. On pourrait reprocher un gros truc au film c'est son personnage féminin qui hurle pas mal et qui est assez crispante mais à part ça l'interprétation reste honorable. Les acteurs étaient d'ailleurs quasiment livrés à eux-mêmes durant le tournage, ce qui se ressent à l'écran et renforce l'immersion.

 

        Mais pour résumer, je trouve ce Projet Blair Witch vraiment bon et intelligent. Son atmosphère unique et dérangeante fonctionne bien pour ma part, le fait de suggérer et de ne pas montrer grand chose est particulièrement honorable et l'emploi du son est remarquable. Le film est souvent calme, et ce calme est malsain. Et quelques bruitages et effets sont particulièrement bien trouvés et terrifiants. Certaines scènes sont assez traumatisantes, et le plan final m'a glacé comme rarement. D'ailleurs les dernières minutes sont incroyables d'intensité, c'est l'apogée de la tension.

 

       Un bon film pour ma part ce Projet Blair Witch et une utilisation de la caméra vérité excellente, chose trop rare qui mérite d'être soulignée. Une oeuvre qui ne laisse pas indifférent c'est certain. Ce n'est pourtant pas alambiqué, la base est simple avec l'histoire de sorcières, de forêt nocturne, etc... Mais le film brille par sa maîtrise et est innovant, ce qui me suffit pleinement pour me convaincre en dépit des quelques petites imperfections qui en font aussi son charme.

 

7/10

 

Romain

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3 mai 2013 5 03 /05 /mai /2013 02:11

Il y a des films dont il est plus aisé de parler que d’écrire à leur sujet, et L’écume des jours en fait partie. J’ai discuté mon ressenti à la sortie de la salle, puis par la suite aux potentiels intéressés, mais au moment d’écrire, le syndrome de la page blanche. Vous vous doutez que si j’écris ces lignes, c’est que j’ai trouvé de quoi commencer en parlant justement de ce début difficile (attention la mise en abime vertigineuse que voilà !). Encore plus judicieux quand on pense au film dont l’histoire est écrite pendant son déroulement par des dizaines de personnes "à la chaîne". Ou peut-être était-ce totalement fortuit. Ah, au passage, je n’ai pas lu le livre, donc pas la peine de me le demander, je juge le film purement en tant que film.

 

http://www.lexpress.fr/medias/4704/2408660_l-ecume-des-jours.jpg

La perimère iéde qui m’éatit vneue aviat triat à cttee fmasue epxiércnee dtie "de l’Uvinertisé de Cmabrigde", puor rfeétler la floie abmnaite du flim, mais c’est juste hyper chiant de devoir transformer tous les mots un par un finalement. J’ai inverser également pensé à la phrase dans les mots, c’est moi pour plus simple, mais l’intuition que j’ai le long terme n’auraient guère apprécié sur les lecteurs.

Là normalement, vous vous dites la page blanche ça lui réussit pas trop au type. C’était peut-être aussi le meilleur moyen de faire ressentir au lecteur ce que le film m’a laissé comme impression, à savoir un amoncellement d’idées qui font sourire le temps d’une séquence mais qui se révèlent indigestes mises bout à bout.

 

Par exemple, si je change de sujet à chaque paragraphe sans aucun lien, mon semblant de critique va certainement se révéler pénible à lire, même si l’on pourra y voir une certaine inventivité (bon l’exemple est extrême, je ne me compare aucunement à Gondry ou Vian rassurez-vous). Mais je dois dire que de la part du réalisateur qui a quand même pondu une de mes romances cinématographiques préférées avec Eternal Sunshine of the Spotless Mind, je m’attendais à bien mieux. Si un film doit prouver à mes yeux qu’il n’est pas la somme de ses qualités, ça sera celui-là.

 

Il faut quand même bien dire que ça commence de façon très réjouissante, rafraichissante comme je l’ai souvent lu, c’est libre, c’est mignon, c’est bourré de stop motion et de machines délirantes, c’est rétro futuriste et garanti (presque) sans effets spéciaux numériques, tout pour plaire au spectateur exigeant en manque de poésie au cinéma. N’ayant, comme je l’ai précisé, pas lu le livre, j’ai quand même cru comprendre que les délires visuels du film sont censés transposer les déformations linguistiques du livre. Soit, mais j’ai comme l’impression que ça doit mieux passer dans le livre. Un certain Orange mécanique était bourré de néologismes, et Kubrick a su les intégrer à son film sans en faire des tonnes à côté.

 

Les fameux bricolages gondriesques qui ont fait sa réputation m’ont laissé le souvenir d’être parfaitement utilisés dans Eternal Sunshine ou Soyez sympas, rembobinez, car soigneusement distillés sur la longueur du film et rendus d’autant plus remarquables par cette utilisation régulière mais jamais envahissante. Là on a précisément l’inverse, et ce qui rend ce film difficile à critiquer pour moi c’est d’avoir conscience que cette "overdose de créativité" est totalement personnelle. Le film a d’ailleurs scindé la presse, d’un côté ceux qui le trouvaient lourd et vain, de l’autre ceux qui vantaient sa poésie et son inventivité. Eh bien sachez que c’est fort pénible d’être entre les deux. Je crois que j’aurais préféré détester le film tant pendant la séance je me suis vu tiraillé entre ce que j’appréciais et ce qui me gonflait, ou m’indifférait du moins.

 

http://www.tim-julien.fr/wp-content/uploads/2013/04/Le%CC%81cume-des-jours.png

Si le début me plaisait beaucoup, le fait que le schéma de petits sketchs successifs constitue l’essentiel de la première heure m’a vite lassé. La comparaison qui m’est venue sur le coup était que cela ressemblait à un Wallace & Gromit sans l’histoire, juste une succession de gags et d’inventions trop segmentés. Et ça, ça n’aide guère à s’impliquer dans l’histoire et les personnages. Peut-être que c’était pour ça, peut-être que c’était à cause des acteurs qui ne se montrent pas vraiment étincelants, peut-être que c’est encore autre chose ou le mélange de tout ce qui précède, mais toujours est-il qu’arrivé à la moitié je décrochais sévèrement.

 

Et puis ça finit par repartir avec une nouvelle dynamique, qui sans vraiment surprendre m’a peut-être plus convaincu car on commence enfin à sentir une certaine puissance littéraire qui se dégage de toute ça. On reste bien encombré par une foultitude de détails très redondants comme les poignées de mains ou la sonnette, mais au moins il y a du renouveau.

Il y a des trouvailles artistiques, les décors sont bien mieux utilisés, et enfin on touche à une vraie grâce cinématographique dans les dernières minutes, avec des plans qui figurent aisément parmi les plus beaux que j’ai vu au cinéma depuis longtemps. Mais le sublime se montre cruellement éphémère, déjà c’est la fin et la salle bruisse de "Tu l’avais lu toi ?" et autres "Ah quand même, je pensais pas que ça serait aussi fidèle !". J’ai eu la chance de le voir avec un ami qui l'avait lu ce fameux ouvrage, et nous étions étonnamment d’accord sur la plupart des défauts et des qualités du film.

 

PS : Tant que j’y pense, si vous avez adoré, par pitié utilisez de vrais arguments pour donner envie à d’autres de le découvrir. Le film ne sera visiblement pas un carton au box-office malgré les célébrités que comporte le casting, mais il y a tellement mieux à dire que "il faut donner de l’argent à un type qui n’utilise pas d’effets spéciaux numériques, il a du mérite". Non, je suis désolé, c’est idiot comme argument. Et pourtant après Pi ou le Hobbit je devrais être d’accord, mais c’est totalement indépendant d’un quelconque mérite, c’est un choix artistique et ça ne permet pas les mêmes choses.  Sur ce, finissons sur les mots de La Rochefoucauld qui justifiait si bien que je ne soignasse pas plus cette critique : "Il y a de belles choses qui ont plus d'éclat quand elles demeurent imparfaites que quand elles sont trop achevées".

 

 

6/10

 

Arnaud

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29 avril 2013 1 29 /04 /avril /2013 09:28

Les films de super-héros étant traditionnellement réservés à la période estivale, voilà un petit moment que nous n’avions pas eu l’occasion d’aborder le sujet. Avengers sortait il y a environ un an, marquant la fin de la « Phase I » pour le MCU (Marvel Cinematic Universe). Oui, ils aiment bien avoir leur propre jargon bien ronflant chez Marvel.  En bref, cela correspond à la reprise de quelques grosses licences par Marvel pour construire un univers dans lequel leurs différentes personnages coexistent, ce qui a donné les films Iron Man, Captain America, Thor et un nouveau Hulk principalement pour préparer le gros rassemblement qu’était Avengers. Celui-ci passé, dans ce premier film de la Phase II, nous retrouvons un Tony Stark plongé dans le doute et les angoisses et confronté à son plus terrible ennemi, le Mandarin.

 

http://utopiie.com/blog/wp-content/uploads/2012/10/Iron-Man-31.jpg

 

L’introduction, rétrospectivement, donne le ton du film : un mélange bâtard des qualités de scénariste de Shane Black et des défauts récurrents des films Marvel. La présence du scénariste de la saga L’arme fatale, réalisateur de Kiss Kiss Bang Bang, sur ces deux postes pour la conclusion de la trilogie me paraissait une excellente raison d’espérer quelque chose d’assez supérieur à la moyenne. Les seuls petits grains de sable dans les rouages de cet opus prometteur étaient le fait qu’on lui ait imposé un scénariste Marvel, comme il l’a dit en plaisantant il n’en avait pas besoin, il est scénariste de métier, ainsi que l’imposition d’une 3D qu’on savait d’avance inutile. Histoire d'évacuer ici le problème, signalons qu'elle est à fuir tant elle n'ajoute rien à part un voile sombre au film, pas idéal lors des nombreuses scènes de nuit.

 

Peu après, avec les premières bandes-annonces, un autre indice furtif du manque de contrôle de Shane Black transparaissait lorsqu’il se déclara gêné de voir qu’elles ne reflétaient pas l’esprit de son film. En effet, tout semblait fait pour donner l’impression que cette conclusion allait prendre un tournant bien plus tragique, avec introspection et remise en question, presque « à la Nolan » comme certains disaient.

 

On comprend mieux que le réalisateur se soit senti obligé de démentir en voyant le film, un exemple flagrant de publicité mensongère de la part de la production qui a certainement voulu s’insérer dans le créneau du héros torturé tant à la mode. Créneau qui ne me dérange absolument pas en soi, mais je déteste qu’on fasse passer un film pour ce qu’il n’est pas. Surtout que cet Iron Man ne lésine vraiment pas sur l’humour, que ce soit au travers du cynisme assez génial de Tony Stark ou de diverses péripéties que l’on ne spoilera pas tant elles peuvent surprendre (en bien comme en mal).

 

J’attendais donc de la part de ce scénariste que j’admire de la réplique bien sentie de partout et des joutes verbales qui claquent, lui qui m’avait agréablement surpris avec Le dernier samaritain que je voyais comme un film d’action tout à fait lambda avec Bruce Willis dedans. Quoi de mieux pour relancer une licence laissée en piteux état avec un Iron Man 2 à oublier ? Eh bien il aurait fallu qu’il soit plus libre ce bon vieux Shane Black déjà. Je n’ai pas pu m’empêcher de ressentir tout au long du film une espèce d’oscillement entre ce qui ressemblait à son style mordant et ce qui semble avoir été imposé.

 

http://www.empireonline.com/images/uploaded/Iron-Man-3-Official-Mandarin.jpg

 

La séquence (interminable) avec le gamin en est certainement le meilleur exemple : il est insupportable et fait grincer des dents, mais permet à Tony Stark de le vanner de façon assez peu conventionnelle à de nombreuses reprises. Malheureusement, ce schéma se répète assez souvent dans le film, ainsi que des incohérences et décisions foireuses assez évitables.

 

La chute du héros, ses doutes, ses remises en question, même si c’est du déjà-vu, il faut dire que ça se prête plutôt bien à Iron Man. Comme Batman, il est devenu plus un symbole qu’autre chose et n’a pas de pouvoirs, il ne peut donc compter que sur ses gadgets et son entourage. Mais paradoxalement, alors que le début du film le montre assez faible, vient une superbe double incohérence lorsqu’il donne publiquement son adresse au Mandarin.

 

Premièrement, c’est une décision totalement stupide à la base puisque mettant en danger ses proches et tout ce qu’il possède, deuxièmement son identité n’étant pas secrète comme Batman, il ne doit pas être bien difficile de trouver où un des plus gros hommes d’affaire du pays habite ? C’est tout de même difficile à croire.

 

Le film s’avère tout de même bien meilleur que le précédent opus, mais en même temps en-dessous du premier. Peut-être qu’il avait l’avantage de l’effet de surprise, mais je pense également qu’il était bien mieux construit, assez similaire au Hulk mal aimé d’Ang Lee par la construction lente du héros et le nombre restreint de scènes d’action. Une belle chute de qualité est observable au niveau de la bande originale du film, à l’origine composée par Ramin Djawadi (que l’on connaît maintenant pour le fameux thème de Game of Thrones) et contenant ce qu’il fallait d’AC/DC et de Black Sabbath.

 

Dans cet Iron Man 3, la composition de Brian Tyler, yes man s’il en est, se révèle fade et générique à un point assez extraordinaire. Rien de marquant, jamais mise en valeur, c’est tout juste si elle souligne décemment l’action. Des détails qui peuvent paraître insignifiants à la lecture, mais qui expliquent un cruel manque de puissance dans le film.

 

http://referentiel.nouvelobs.com/file/5691964-iron-man-3-tete-de-fer-et-gueule-de-bois.jpg

Autre exemple, les scènes d’action sont loin d’être mauvaises (surtout comparées au 2), mais elles manquent énormément d’enjeux. Le scénario dans sa globalité m’a semblé assez mal maîtrisé, partant dans une direction puis une autre, s’attardant trop sur des détails ou des lieux peu intéressants pour finalement ne pas raconter grand-chose, ou pas aussi bien qu’on l’aurait voulu. Reste bien évidemment ce qui faisait la force du premier film et a maintenu ses suites, à savoir Robert Downey Jr. Son personnage de Tony Stark étant écrit pour lui, ou inversement, on sent bien que l’on a misé de plus en plus gros sur sa performance.

 

Le film en vient d’ailleurs à le montrer assez peu en armure et bien plus souvent en position de faiblesse, forcé d'improviser tant bien que mal. Là aussi, ça part d’une bonne intention mais ça devient assez redondant sur les deux heures et aurait presque tendance à banaliser ce qui faisait le sel du personnage.

 

En somme, ce n’est pas si mal écrit que ça, il y a des rebondissements en veux-tu en voilà, Downey Jr. fait du Downey Jr., les scènes d’action sont divertissantes et la désormais traditionnelle petite scène post-générique est présente, mais aussi bien inutile. Cela suffira probablement pour que le film fasse un carton, mais difficile de ne pas être déçu devant le potentiel initial du projet. Espérons qu’Edgar Wright ne rencontrera par les mêmes problèmes de cahier des charges avec son futur Ant-Man, improbable et casse-gueule mais qui a toute ma curiosité.

 

 

5.5/10

 

Arnaud

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27 avril 2013 6 27 /04 /avril /2013 11:15

        Petite escale aujourd'hui chez un gros classique du cinéma muet signé Buster Keaton, à savoir Sherlock Junior sorti en 1924. Buster Keaton est, à l'image de Charlie Chaplin ou encore d'Harold Lloyd, une icône du cinéma comique muet. A l'instar de nombreuses stars de cette période, cet acteur-réalisateur n'a pas survécu professionnellement à l'arrivée du parlant et a sombré peu à peu dans l'oubli et l'alcoolisme. Fort heureusement sa carrière bien courte fut très prolifique et créative, et certaines de ses oeuvres demeurent aujourd'hui encore très efficaces et bourrées d'idées. Petit retour sur l'un des films phares du monsieur, une petite pépite.

 

http://www.doctormacro.com/Images/Keaton,%20Buster/Annex/Annex%20-%20Keaton,%20Buster%20(Sherlock%20Jr.)_03.jpg

 

       Une nouvelle fois je commence la critique en déclarant que malgré ses presque 90 ans, ce film demeure très accessible même pour un public néophyte en matière de cinéma muet (ou de cinéma tout court même). D'une part sa durée moyenne (environ 3/4 d'heure) est moins contraignante que celle d'un très long-métrage et d'autre part tout ce qui fait l'humour et l'ingéniosité de Sherlock Jr demeure intact. D'autant plus qu'il a bénéficié d'une restauration numérique, le Blu-Ray du film est d'ailleurs une belle réussite sans jamais le dénaturer.


       Contrairement à un Charles Chaplin très expressif, Buster Keaton se démarquait par son allure flegmatique, nonchalante qui contrastait avec toutes les péripéties les plus malheureuses qui pouvaient arriver à ses personnages. De ce contraste naissait une forme d'humour subtile et originale qui ne nécessitait pas vraiment de surjeu. Histoire de relancer une petite pique envers un film récent archi-oscarisé grâce à une bonne campagne marketing: prenez-en de la graine messieurs Hazanavicius et Dujardin!

 

       Le rythme du film est tellement soutenu que les temps morts n'ont pas le temps d'apparaitre, Buster Keaton nous embarque directement dans son histoire sans éléments superflus tout en gardant une fluidité exemplaire et une générosité permanente dans l'humour. Puis pas de l'humour à la The Artist façon "kikoo tavu kom le chi1 é draule" (bon ça fait deux piques), Keaton n'hésite pas à se mouiller et à risquer de se briser la nuque par ses cascades improbables (Buster signifiant "casse-cou"). D'autant plus que pas mal de gags passent par le génie de la mise en scène et du montage qui offrent un humour décapant, passant beaucoup par le visuel.

 

       En soi, chaque plan du film est une idée de cinéma. J'étais surpris d'ailleurs de voir une telle cohérence parmi ces petites trouvailles, toute la séquence dans le cinéma est un véritable sommet d'humour burlesque et d'inventivité. Ce doit être d'ailleurs le film le plus délirant sur ce point-là que j'ai pu voir dans la filmographie de Buster Keaton même si on retrouve cette constante générosité dans l'humour et les trouvailles dans des films comme le Caméraman et The Navigator.

 

http://image.noelshack.com/fichiers/2013/07/1360580918-capture-d-ecran-2013-02-11-a-12-02-26.png

 

       Puis le style Keaton ce n'est pas que du burlesque pur et dur. Il y a souvent cette touche romantique et ce côté poétique qui imprègnent ses films. On ressent de l'empathie pour ce petit technicien de surface minable qui tente de séduire une jolie femme mais qui multiplie les gaffes et se retrouve paumé en permanence, encore plus lorsqu'un imposteur tente de séduire sa dulcinée.

 

       Entre un déluge d'idées de mise en scène et cette touche romantique, Sherlock Jr frappe fort. Le film est un modèle de rythme et de fluidité, et je le répète encore une fois il demeure encore tout à fait accessible aujourd'hui. C'est un humour qui, au fond, ne vieillit pas trop et fonctionne encore. Puis mis à part quelques petits gags un peu fastoches, c'est quand même beaucoup plus fin que le pipi caca prout.

 

       C'est un film qui explorait déjà les capacités du cinéma tout en lui rendant hommage. Je me risquerai même à dire que le film propose une des meilleures courses-poursuites de l'histoire du cinéma bien qu'elle ne se situe pas vraiment dans le même registre que celles de Mad Max 2, Course contre l'enfer ou autres.

 

       Finalement j'ai passé un grand moment devant un grand film comique qui brille sur bien des aspects. Je n'ai pas été hilare tout le temps pour autant mais j'y ai pris un plaisir monstre. D'autant plus que la fin est un petit bijou de tendresse. Sherlock Jr est un film qui se mange sans faim, le temps passe à une vitesse folle et on ressort avec le sourire aux lèvres. Tous les critères de la comédie réussie sont réunis, profitons-en vu la qualité de la majorité des comédies actuelles!

 

8/10

 

Romain

 


       

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24 avril 2013 3 24 /04 /avril /2013 10:25

Ah que j’étais frustré à la fin de ce film ! (vous le sentez bien le procédé à suspense outrageux sur mon appréciation ?) Frustré d’avoir raté l’avant-première avec présence des acteurs, tout ça parce que la seule chose que l’on connaissait du film à ce moment-là était son affiche franchement ratée. Par-dessus ça, la bande annonce n’est pas franchement hilarante et reste assez loin du potentiel du film. En regardant les choses du bon côté, il est louable de ne pas utiliser les meilleurs gags du film dans celle-ci, mais il manque le petit truc en plus, le déclic qui pousse à aller le voir. Dommage, vraiment dommage d’être un peu à côté sur le plan marketing par rapport à d’autres qui le méritent bien moins.

 

http://www.lefigaro.fr/medias/2013/04/16/PHO54540d60-a5dd-11e2-80f6-a3a53a5a4c92-805x453.jpg

Ceci étant une de mes raisons pour écrire ce qui va suivre sur le vif (avec entre autres une bonne humeur due au film), entamons sans plus tarder. Je suis allé voir ce film en grosse partie pour Chabat qui me semblait plus à son aise que dans Turf – j’en frissonne rien que d'écrire le titre – et je ne fus pas déçu, loin de là. On retrouve ici l’ex-Nul tel qu’on l’avait furtivement aperçu dans son Marsupilami, mais que l’on n’avait pas vu aussi en forme depuis un bout de temps. C’est simple, il est parfait dans ce rôle de quinqua déprimé que tout irrite, à commencer par sa femme. Là je sais que je vais partir dans tous les sens sur les acteurs et les personnages, mais tant pis : Sandrine Kiberlain a elle aussi un rôle taillé sur mesure.

 

Avant que je ne dise la même chose pour tout le monde, je tiens à féliciter le travail d’écriture, on sent que chacun a été bien travaillé pour coller à son acteur et inversement. Leurs particularités sont savoureuses, dans le cas de Kiberlain ce sera les ONG humanitaires, le tofu et une curieuse façon de s’exprimer. Les autres seront peut-être plus classiques, avec le personnage principal présenté comme un loser fini dès le début, et celle qui va tomber sous son charme à coup de piques bien senties.

 

Contrairement à un Ted qui s’éternisait de façon assez gênante sur de la guimauve pour lâcher quelques blagues scato de temps en autre, Les gamins est bien plus équilibré, piochant un peu partout le meilleur de l’humour actuel. Un peu de quiproquos et de situations dignes du théâtre de boulevard, un peu de cru « à l’américaine » sur les blagues de cul et les seconds rôles délirants, beaucoup d’humour frontal de la part de Boublil et Chabat, et par-dessus ça des passages « bonus » purement pour la blague, tels que « Ca c’est papy Marcel ! » (je vous laisse la surprise) et quelques caméos savoureux.

Un mélange qui pourrait sembler indigeste à la lecture mais qui se révèle très agréable et, surtout, naturel. On ne se sent pas parasité par des coups de coudes du film sur les gags, ni envahi par les références ou le déjà vu. On est en présence d’une comédie bien écrite, inventive et sincère, tout simplement.

 

Il pourra sembler facile de la surestimer en raison de la pauvreté actuelle de la comédie au cinéma (surtout française), mais je pense que c’est tout à fait le genre de film qui fait autant rire en le revoyant pour le faire découvrir, par exemple. L’inverse fut le cas avec Intouchables, qui m’a fortement déçu en le revoyant car pas si osé que ça une fois la surprise passée. De plus, l’illustre inconnu qu’était pour moi Anthony Marciano, apparemment complice de longue date de Max Boublil, étonne à la réalisation. Attention, je ne dis pas non plus qu’on tient le nouveau Tati, mais il y a de belles idées.

 

Encore une fois tout est question de contexte, il y a quelques décennies il n’aurait probablement pas eu droit à cette remarque, mais dans une période de crise pour l’humour français et de banalisation d’un humour TF1 torché sans passion, c’est bête à dire mais ça fait plaisir à voir. D’autres cinéastes ont plus de talent, d’autres humoristes vont plus loin dans leurs spectacles, mais je me restreint volontairement au domaine de la comédie dans lequel ce film représente une très bonne surprise.

 

http://images.midilibre.fr/images/2013/03/12/les-gamins-max-boublil-a-ecrit-le-scenario-et-joue-le-role_540106_510x255.jpg

Je trouve en général difficile de bien parler d'une comédie, par rapport à d'autres genres où la critique m'est plus naturelle, car sa réussite repose sur quelque chose de profondément personnel, le fait de rire ou non. Si l'on peut tout de même différencier considérer certaines comme (bien) meilleures que d'autres, il sera difficile de reprocher à quelqu'un de ne pas avoir ri à telle ou telle bonne comédie. L'un des grandes qualité que je trouve à l'écriture de ces Gamins est justement de ne pas tomber bassement dans la recherche du plus grand dénominateur commun, qui mène droit à un humour fade et aseptisé. On sent au contraire une certaine liberté qui colle bien avec le joyeux bordel régressif servant de moteur au scénario.

 

Pas d'auto-censure en vue, ils ont tout simplement pris des risques et beaucoup investi dans ce film. J'ai pensé plusieurs fois au long métrage de Riad Sattouf, Les beaux gosses, qui de la même façon assénait avec une belle assurance un humour que l'on voit trop rarement dans le cinéma français, au risque de se planter totalement. Ce ne fut pas vraiment le cas, mais sans passer le million d'entrées on peut difficilement parler de gros succès.

 

Les gamins ayant les atouts non négligeables que sont Chabat et Boublil, auxquels va très certainement s'ajouter un bouche-à-oreille favorable, il devrait mieux marcher et c'est tout ce que je lui souhaite. Cela faisait longtemps que je n'avais pas autant ri au cinéma, et si ça doit être le seul argument qui vous décide à le voir, peu importe, allez-y ! (et je vous assure que je n'ai pas d'actions sur ce film)

 

 

7.5/10

 

Arnaud

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