Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
7 novembre 2013 4 07 /11 /novembre /2013 11:30

          Plus de 2 ans après le sympathique True Grit, les frères Coen reviennent avec leur seizième long-métrage intitulé Inside Llewyn Davis. Ce film a fait parler de lui à Cannes cette année, laissant penser qu'il s'agissait d'un des meilleurs films des deux frangins. L'histoire de ce chanteur de folk qui vadrouille à travers les USA afin de pouvoir (sur)vivre de sa musique a touché Spielberg et sa clique au point de décrocher l'illustre Grand Prix du jury. Tous les signaux étaient au vert avant de rentrer dans la salle de cinéma, qu'en est-il finalement de cet Inside Llewyn Davis?

 

 

         Le film s'inspire librement de la vie du chanteur Dave Von Ronk (vous ne connaissez pas? Pas grave, moi non plus). Llewyn Davis est un musicien sans domicile fixe, qui survit de concerts dans des bars, de petits boulots mal payés et qui dort, au mieux, chaque nuit sur un canapé. Un synopsis terriblement dramatique sur le papier, mais c'était sans conter sur le talent des frères Coen qui évitent le drame balourd pour proposer un film, certes désabusé, mais chaleureux dans le fond.

 

        Car la célèbre paire de cinéastes sait rendre ses personnages attachants et ne nous assomme jamais avec leurs déboires. Oscar Isaac, acteur plutôt habitués aux seconds rôles, se voit offrir ici un rôle à la hauteur de son talent. Son personnage est rempli d'espoir mais enchaîne les désillusions sans jamais totalement perdre la foi qui l'anime. Le récit ne prend place que sur quelques jours, ce qui est suffisant pour comprendre le personnage, ses galères et qui évite d'en faire un biopic complet qui survolerait justement cette aventure au jour le jour, ce qui fait le sel de ce film.

 

       Car l'histoire de Llewyn Davis c'est ça, le déclin des artistes indépendants face à la montée impitoyable du show. On préfère favoriser les thèmes plus légers et les musiques plus gaies face aux chansons tristes et sincères d'un chanteur folk mélancolique. Et la vie de celui-ci se résume à cela, un tiraillement entre le fait de vouloir mettre en avant sa propre identité artistique et le fait de s'adapter aux nouvelles tendances pour pouvoir vivre plus confortablement mais en rentrant dans le rang. 

 

         Le film possède ainsi un aspect mélancolique et plutôt pessimiste, sans pour autant sombrer dans la déprime la plus profonde. Inside Llewyn Davis traite de la fin d'une ère où l'expression artistique devient de plus en plus muselée face aux contraintes des grands studios et de leur recherche de la plus forte rentabilité. Mais le traitement de cette ère mourante est admirable. Les Coen en font quelque chose de doux car ce personnage est un loser attachant, chaleureux dans ses rapports aux autres et dans sa musique. Et le film se suit avec plaisir sur un rythme fluide et maîtrisé, bercé par cette bande-son lancinante mais très entraînante. 

 

 

        Mais outre cet aspect mélancolique, l'errance de Llewyn Davis prend parfois des allures à la fois noires et poétiques. Je pense notamment à ce road-trip vers Chicago assez cauchemardesque où il doit subir les sarcasmes d'un musicien de jazz (excellent John Goodman au passage) tout en étant conduit par un chauffeur froid et taciturne. Dans cette séquence et dans d'autres, le film offre des moments d'une beauté incroyable. Le plan où Llewyn fait du stop la nuit dans la neige ou encore avec le chat sur la route sont d'une élégance rare. C'est intensément poétique, ça brille comme un éclat dans la nuit et c'est là que l'on voit que la forme chez les frères Coen est toujours aussi maîtrisée.

 

       Esthétiquement ce film est un régal. Outre les quelques exemples de séquences presque oniriques que j'ai pu cité, le film est mise en scène avec un tel sens du cadrage que ça en devient un pur régal rétinien. Associé à une superbe photographie qui arrive à user des teintes grises tout en rendant le tout chaleureux, le film est visuellement très abouti. Je n'ai d'ailleurs pas de mal à qualifier les Coen (enfin surtout Joel) comme étant parmi les plus grands formalistes en activité. Et ça fait du bien de voir des films aussi beaux au cinéma, de voir des films qui prennent leur temps de développer leurs personnages, de dégager une ambiance unique.

 

        Car Inside Llewyn Davis est bel et bien un film unique. On reconnaît la patte Coen mais on y retrouve, comme souvent, cette identité propre. J'ai toujours apprécié leurs films pour ça d'ailleurs, il y a souvent quelque chose de neuf. Que ce soit cette Odyssée version Grande Dépression d'O'brother ou l'incroyable thriller texan de No Country for Old Men, les frères Coen arrivent à utiliser des matériaux littéraires et cinématographiques déjà existants pour en faire des oeuvres uniques et sincères.

 

 

         Subtil, chaleureux, beau, intelligent. Il y a tant d'adjectifs qui pourraient coller à ce nouveau film des frères Coen. Tout est bon, j'émettrai juste une réserve sur le personnage de Carey Mulligan que j'ai trouvé un peu balourd (peut-être à cause de son interprétation un peu forcée). Mais globalement l'interprétation reste quand même de grande qualité. De plus, l'humour de certaines situations et de certains dialogues rajoutent de la légèreté dans ce film plutôt dramatique. Et c'est l'un des points forts des Coen en règle générale, mêler humour et cynisme avec une telle habileté.

        

        Inside Llewyn Davis est l'illustration brillante du parcours d'un raté à qui on aurait souhaité meilleur sort. L'histoire d'un type qui gâchera des opportunités, doutera mais s'accrochera toujours à ce qui est sa raison de vivre et son quotidien. Une oeuvre belle et poignante qui donne d'ailleurs envie de se plonger dans une session de musique folk et d'écouter la musique de l'artiste dont le film s'inspire. Une perle des frères Coen et l'un de mes gros coups de coeur de l'année.

 

8/10

 

Romain

Repost 0
Published by Romain
commenter cet article
4 novembre 2013 1 04 /11 /novembre /2013 12:09

        La comédie française, principalement des dernières années, est un genre rempli de merdes qui atteignent parfois des abysses de connerie tellement profonds qu'ils marquent les esprits par leur médiocrité. Et j'avoue que le mien a encore du mal à se débarrasser du Baltringue avec ce tocard de Lagaf' ou encore du Missionnaire avec Jean-Marie Bigard dont la finesse de l'humour est archi reconnue . D'eyjamachinull, des Dalton, de Brice de Nice, de Camping et de son horrible suite, d'Hollywoo, de Taxi 3, de... (bon arrêtons les confessions intimes ici). Et parfois, des étincelles surgissent, des films corrects arrivent à se frayer un chemin dans ce paysage nauséabond et sont tellement corrects que les gens s'extasient dessus (mais qui a dit Intouchables?). Et c'est le cas de 9 mois ferme cette année, même si l'ampleur médiatique n'est pas aussi importante. Mais bon, pourquoi vouloir se priver d'une comédie française qui vaut le coup d'oeil? (et oui, ça existe)

 

 

      9 mois ferme est le dernier film réalisé par Albert Dupontel, 4 ans après Le vilain. Je n'ai jamais vu de films de Dupontel, je le connaissais juste de nom. J'allais voir ce film sans de grandes attentes, et j'en suis ressorti plutôt agréablement surpris. Le gros problème de cette comédie est qu'elle est inégale et aurait pu bénéficier d'un meilleur soin d'ensemble, surtout sur la structure scénaristique. 

 

        L'histoire est celle d'une quadra carriériste qui tombe enceinte comme par enchantement. Dupontel a fait le choix d'en faire une sorte de conte loufoque et cet aspect est vraiment plaisant. En s'affranchissant de toute rationalité ou presque, l'humour du film apparaît décalé, absurde et cynique. Tout ce que j'aime sur le papier en somme!

 

        Mais le souci du film est qu'il souffre de gros problèmes de rythme rendant laborieux certains passages. On alterne ainsi le poussif et l'hilarant sur les 1h20 du film. Le film est poussif quand des séquences de cabotinage s'éternisent (merci Maître Trolos) ou encore quand l'humour devient un peu grassouillet.

 

       En revanche le film surprend par ses passages loufoques et gores (les hypothèses sur la nuit du crime sont juste hilarantes). Les petits détails lors des flashs infos rajoutent également au comique. On sent que le film ne se prend absolument pas au sérieux, et ça fait plaisir de voir des situations bien senties qui n'ont rien du running gag sans personnalité. On sent au contraire une vraie touche personnelle, une patte d'auteur. Pas parfaite certes, mais avec une énergie quand même très appréciable.

 

 

        Sur un plan formel on la ressent cette énergie d'ailleurs. Entre les petits effets et les plans bizarroïdes, on la voit même si c'est parfois un peu moche (bon rien de trop dramatique ceci dit). 75% du film est composé de plans obliques mais bon quelque part c'était pas si mal, ça rajoutait au côté décalé de l'objet.

        Au niveau de l'interprétation, Dupontel patauge parfois un peu à cause d'un personnage pas assez creusé bien que bien sympathique. Sandrine Kiberlain étonne dans son rôle, rendant son personnage coincé assez surprenant par moments. Je regrette juste les seconds rôles souvent anecdotiques et parfois irritant (et je me répète encore, le Maître Trolos est juste insupportable)

 

       Ce qui est dommage c'est que le film ne soit pas plus mesuré que ça, on sent tout que Dupontel a du talent humoristique mais qu'il ne l'exploite pas assez et le balance de temps à autre sans une construction scénaristique digne de ce nom. C'est dommage que le film soit si inégal car il y a des moments qui m'ont fait rire aux larmes. Mais à la fin on ne peut s'empêcher de penser que ça aurait pu être mieux sans les quelques faiblesses d'écriture.

 

       Néanmoins je ne déconseille pas ce film qui se montre divertissant et très drôle par instants. Avec un soupçon d'inventivité et un "aspect conte de fées décalé" Si il n'est pas indispensable, il dégage un capital sympathie bien agréable pour ma part. Une comédie qui se regarde tranquillement et qui fait passer le temps sans abrutir son spectateur. Et ça quelque part, ce n'est pas anodin.

 

6/10

 

Romain

Repost 0
Published by Romain
commenter cet article
30 octobre 2013 3 30 /10 /octobre /2013 15:12

         Beaucoup de films font parler d'eux en ce moment et c'est notamment le cas de Prisoners, le premier film états-unien du québécois Denis Villeneuve, connu pour Incendies et Polytechnique. Sur le papier, c'est l'occasion de voir un thriller s'annonçant haletant avec un casting plutôt alléchant et le grand Roger Deakins à la photo. Tous les ingrédients étant réunis pour du lourd, les avis presse et spectateurs sont enthousiastes mais Prisoners est-il un film aussi génial que ça?

 

 

      D'emblée, je dirais que Prisoners est un film abouti artistiquement. L'introduction mettant en place la disparition des fillettes dure assez longtemps pour instaurer un climat plutôt angoissant. L'ambiance du film est particulièrement réussie, et ce grâce à un visuel de grande beauté. Entre la mise en scène impeccable de Villeneuve et la sublime photographie de Deakins, Prisoners est un régal rétinien. Non seulement c'est beau mais ça met en valeur ces décors froids, perdus dans un grisâtre et morose climat automnal. L'atmosphère du film devient plus tendue, plus sombre, et si quelques tics de réalisation surgissent de temps à autre (du style le délire du gros plan inutile sur un arbre), l'ensemble reste un modèle de mise en scène.

 

      Pendant 2 heures, Prisoners jouera avec nos nerfs (et surtout ceux des personnages) avec finesse et intelligence. Le flou autour de la disparition des fillettes et le temps qui est compté pour avoir une chance de les retrouver en vie contribuent au suspense haletant du film, alignant subtilement mystères et fausses pistes. Si le scénario n'est pas ce qu'il y a de plus novateur, force est de constater que sa maîtrise (du moins dans les 2 premières heures) fait plaisir à voir. D'autant plus que ce scénario est sublimé par une réalisation intelligente. Et ça, dans le paysage cinématographique actuel, ce n'est pas forcément anodin (coucou Taken).

 

       Prisoners pose aussi plusieurs questionnements moraux, sur le fait de faire justice soi-même, sur le fait de voir jusqu'où l'homme peut aller quand on touche à son entourage (c'était le cas de Mad Max par exemple). Et j'aime cette thématique, j'aime voir des mecs ordinaires frôler la démence pour tenter de résoudre la situation. Le film évite ainsi le manichéisme primaire pour nous livrer une partie de chasse à l'homme haletante. 

       Le personnage de Jackman est intéressant dans la mesure où il oubliera tous les principes moraux pour arriver à ses fins et sauver les deux petites filles. L'ennui c'est l'interprète. Jackman nous sort toute la panoplie de l'Actors studio, il beugle à tout bout de champ, il fronce les sourcils pour montrer qu'il n'est pas content. Une prestation quand même correcte dans l'ensemble mais il en fait des caisses et c'est dommage.

 

        En revanche Gyllenhaal est beaucoup plus convaincant, plus équilibré dans son jeu d'acteur. Son personnage est intrigant lui aussi, un enquêteur semblant toujours à la limite de dépasser les règles imposées par sa fonction. Le reste du casting est anecdotique. Hormis Paul Dano, rien de bien à signaler. Même Maria Bello peine à convaincre en mère éplorée (il faut dire que voir sa performance après celles des actrices de la Vie d'Adèle ça pique un peu). 

 

 

        Si je précisais avant que le scénario était maîtrisé et haletant pendant 2 heures, c'était pour rajouter que malheureusement il y a quand même une demi-heure derrière. Et diable que cette dernière demi-heure est convenue... Comme si Villeneuve prenait le soin de détruire tout ce qui faisait la force et la crédibilité de son scénario. La fin n'est pas vraiment mauvaise, elle est malheureusement terriblement maladroite.

 

      Sans vouloir trop spoiler (au pire vous pour ceux n'ayant pas vu le film, ne lisez pas ce paragraphe), le coup du personnage secondaire lambda qui s'avère être le grand méchant depuis le début, pitié quoi. Une énième fois on se retape un Machiavel du pauvre qui expose tout le mal qu'il a fait (ô Marie, si tu savais...) et qui t'explique comment il a fait et pourquoi. Le cliché par excellence quoi. D'autant plus que la réaction de cette personne quand la police débarque est ridicule et incohérente, préférant achever le travail sans opposer de résistance plutôt que de vouloir sauver sa peau.

 

       Si le film était plutôt fin jusque là, dommage que les dernières minutes soient si convenues et grossières. Toutefois j'aime le plan final de filou, ouvert sans l'être et qui évite le happy-end bien gras. Une manière de conclure le film de la meilleure manière qui soit après un dénouement assez décevant.

 

       Mais dans l'ensemble ne boudons pas notre plaisir. Prisoners reste un bon film, un thriller de qualité. Si il ne transcende pas le genre, il m'a quand même plu par son ambiance intéressante et une histoire quand même bien prenante et globalement bien foutue (hormis vers la fin, vous l'aurez compris). Ça n'atteint pas les pépites que sont Memories of Murder et The Chaser, aux scénarios plus poussés et aux personnages mieux développés, mais le film contient ses grands moments et se glisse pour ma part parmi ce qui s'est fait de mieux en matière de thriller depuis l'an 2000.

 

7/10

 

Romain

Repost 0
Published by Romain
commenter cet article
23 octobre 2013 3 23 /10 /octobre /2013 09:10

        J'imagine la réunion entre les scénaristes du film avant sa réalisation. "Hé Michel t'as vu le volcan qui paralyse l'Europe, il a un nom rigolo hein ouais?", ce à quoi son collègue Jean-Jacques a répondu "Ouais, honk honk honk, et si on en faisait un film?" "Oh oui déliiiiiiiiiree" rétorqua Dylan, le stagiaire. De cette réunion riche en idées est né un film: Eyjafjallajökull (merci à la fonction copier/coller). Avertissement: Attention, ce film est susceptible de vous prendre pour des cons et d'assassiner sauvagement ce qui reste de votre cervelle en lambeaux.

 

 

        Du coup nous voici avec un film ayant pour toile de fond l'éruption du volcan connue pour avoir bloqué le trafic aérien pendant de longues journées. Deux ex-époux doivent se rendre en Grèce pour assister au mariage de leur fille et bien entendu, ceux-ci se détestent. Et bien entendu 2, le retour, ils devront s'entraider afin d'arriver à destination à temps, tout en prenant soin de se pourrir la vie durant cette aventure.

 

        On se retrouve dans une comédie française typique du vingt-et-unième siècle qui délaisse quelconque acheminement scénaristique pour proposer une succession de sketchs poussifs et rien de plus. Donc voici une fois encore un problème récurrent de la comédie française moderne: il n'y a pas de scénario.

        La comédie est un genre qui nécessite quand même une certaine qualité d'écriture, qu'elle soit au niveau de l'histoire, des personnages et plus généralement de l'enchaînement de chaque séquence du récit. Mais là on te balance direct dans le bain avec des personnages stéréotypés qui ne prennent jamais le temps d'exister et sont crispants au possible. Le film n'ira jamais plus loin que la petite guéguerre entre divorcés, à base de vacheries et de dialogues écrits par des élèves de CP.

 

        Nous revoilà donc sans surprise dans un énième truc formaté par TF1 et destiné au spectateur lambda qui tombera dans les pièges du marketing en pensant aller voir quelque chose de sympathique. TOUS, absolument tous les acteurs en font des tonnes et bon sang ce que c'est pénible. Valérie Bonneton doit être la bonne femme la plus exécrable que j'ai pu voir au cinéma depuis 10 ans. Et en plus c'était à croire qu'il y avait une mention dans son contrat explicitant qu'il fallait montrer une partie de ses miches à l'écran (mais une partie seulement hein, et heureusement d'ailleurs...)

         Elle hurle, elle grimace, elle est irritable et surtout on s'en fout. Et ça ne s'arrange pas non plus pour Dany Boon qui continue dans la voie de la médiocrité. Enfin vu le cachet qu'il a du toucher, je le comprends quelque part. La merde c'est rentable.

 

 

        Puis il n'y a aucune idée de comédie, c'est juste lourd, lent, horripilant, horriblement chiant. Quand on est pas dans le gag éculé, on tombe dans la caricature la plus grotesque. Ce foutage de gueule des autres pays européens quoi... Les albanais montrés comme étant des sauvages, les polices locales incompétentes... En plus d'être passablement raté au niveau de l'humour, ce film se permet d'être ouvertement méprisant envers les populations du Sud-est de l'Europe. C'est le bouquet. Quitte à user du cliché, autant le faire avec finesse et talent. Mais là ça tombe dans la moquerie gratuite. C'est stupide, sans intérêt, insultant. Ce n'est juste pas tolérable de voir ça au cinéma.

 

       

        Puis la mise en scène sérieux... Entre les gros plans dégueulasses sur Bonneton, le côté carte postale pour les nuls et les cadrages faits à la va-vite, on est servis. Sans oublier le montage hideux, notamment à la fin où Boon chante une chanson à sa fille et qu'on enchaîne trois fois sur le visage de celle-ci qui fait semblant de jouer l'émotion (oups j'ai spoilé, hihihi). Mais merde quoi, c'est pourtant pas compliqué de bien filmer. Enfin vu la gueule du scénario et des personnages, l'ensemble a au moins le mérite d'être cohérent.

        Je ne sauverai qu'un seul truc dans ce film, c'est Denis Ménochet. Les moments où il apparaissait en adepte de Jésus ont été les seuls où je n'ai pas souffert et même esquissé un sourire. Ce qui n'est pas le cas du reste malheureusement, qui navigue entre le mauvais goût et les gags clichés sans saveur (trololol ma fame ronfle et jla fé tonbé du lit, hihi). Ce film s'est foutu de ma gueule pendant 1h30.

 

         Eyjamachintrucnull est un torche-cul, le genre de tumeurs qui poussent sans cesse dans le paysage du cinéma français et lui donnent mauvaise réputation auprès des profanes. Ca m'énerve de voir que ce truc fait plus d'entrées que de vrais films français. En tout cas retenez bien ce nom: Alexandre Coffre. Car ce tocard reviendra certainement nous anesthésier mentalement avec ses nouvelles comédies à l'avenir. Même un clip des One Direction est moins abrutissant que ce truc.

 

1.5/10

 

Romain

Repost 0
Published by thelastpictureshow
commenter cet article
15 octobre 2013 2 15 /10 /octobre /2013 23:16

       Difficile de ne pas attendre déraisonnablement un film comme Gravity. Les fils de l’homme est un de mes films préférés, Alfonso Cuarón un des réalisateurs actuels les plus intéressants, le projet en lui-même tout simplement dingue… En ajoutant George Clooney et les rumeurs d’un plan-séquence d’ouverture dantesque, je ne pouvais être plus impatient. Ma seule réserve restait Sandra Bullock, qui de choix douteux en prestations peu mémorables n’a guère marqué le cinéma depuis Speed, il y a déjà vingt ans.

 

 

       Le point de départ est simple : deux astronautes en mission de réparation voient leur station détruite par des débris, et vont lutter pour survivre. Rassurez-vous, je ne révèlerai rien sur la suite du film scénaristiquement parlant.

       Les lumières s’éteignent, un son angoissant et assourdissant retentit avant de laisser la salle dans un silence de cathédrale, puis le fameux plan séquence d’ouverture est là. Et quel plan ! Un véritable ballet chorégraphié à la perfection entre la navette, les astronautes et la Terre, rythmé par des dialogues simples et malins, qui donnent rapidement de la profondeur aux personnages.

       On pense forcément au 2001 de Kubrick, qui avait eu l’idée de mettre en scène un arrimage sur fond de musique classique. Ici, c’est dans la première minute que l’on peut voir une des références les plus évidentes au film, avec la navette se mouvant très lentement jusqu’à atteindre la caméra et à l’entraîner, suivant un George Clooney virevoltant autour de la station, s’arrêtant sur une réparation, le tout avec une fluidité et une virtuosité étourdissantes.

 

       Le génie de ce plan-séquence est d’arriver à parfaitement mettre en place les personnages, la situation et le décor et de nous conduire l’air de rien, en faisant très graduellement monter la pression, jusqu’à l’élément perturbateur. Montrée de façon quelque peu excessive dans la première bande-annonce, avec du bruit absent du film (il faut bien appâter le spectateur moyen), la destruction de la station est tout bonnement à couper le souffle. De l’action intelligente qui n’a pas pour finalité le simple spectacle visuel, mais qui met nos nerfs à rude épreuve en plongeant les personnages dans une situation cauchemardesque. Difficile de faire plus angoissant que d’être condamné à une mort lente, à la dérive dans le vide.

 

       Par la suite, Cuarón pousse le vice et la virtuosité jusqu’à nous faire entrer à l'intérieur du casque de Sandra Bullock, dont le personnage moins expérimenté sert de relais au spectateur. Ceci afin de se retrouver en vue subjective alors que le plan partait de sa dérive filmée de l’extérieur, sinon ce serait trop facile. C’est ce genre de prouesses qui sont pour moi la preuve que le cinéma peut encore évoluer et nous surprendre.

       Il y a encore quelques dizaines d’années, on ne pouvait que rêver de réaliser de tels plans, et encore plus un tel film. Loin d’être gratuits, les nombreux plans à la première personne confèrent quelque chose de terriblement anxiogène aux situations les plus difficiles, où chaque détail comme la buée à l’intérieur du casque ou la respiration paniquée du personnage ont leur importance.

 

 

       On touche là, très rapidement dans le film, à ce qui définit la proposition de cinéma faite par Cuarón. Les fils de l’homme était un film à l’histoire et à l’univers riches et complexes, porteurs de nombreuses réflexions sur l’homme et son avenir, qui se permettaient d’être transcendés par une mise en scène grandiose et un casting béton. Sept (longues) années plus tard, le réalisateur nous propose quelque chose de bien plus épuré à ce niveau, d’entièrement focalisé sur la survie et ne s’encombrant pas de philosophie ou de métaphysique.

       Ce point précis est à la fois un choix totalement assumé que je comprends, qui ne pose jamais problème dans le film car il est à vivre comme une pure expérience sensorielle, mais c’est également la raison qui l’empêche d’être un chef d’œuvre à mes yeux. Par cette relative absence de fond, le film ne laisse quasiment rien sur quoi le spectateur puisse méditer, ce petit truc qui fait qu’on repense encore au film une semaine, un mois, un an plus tard.

 

       Par contre il est évident que dans son but d’être une expérience de la survie dans l’espace, le film est à peu près aussi parfait que je pouvais l’imaginer. Une fois n’est pas coutume, la 3D et les images de synthèse sont une réussite qui dépasse toutes les attentes. Pour un budget de cent millions de dollars, relativement modeste à l’heure actuelle, Cuarón repousse les limites du numérique et nous offre des effets spéciaux tellement aboutis que pas une fois je n’ai éprouvé ce pincement désagréable face au détail bien raté qui nous sort du film. La profondeur est exploitée à merveille, c’est pour ma part la 3D la plus convaincante que j’ai eu l’occasion de voir. Les quelques passages avec un objet frôlant l’écran ne sont pas gadgets, le relief toujours judicieux pour montrer l’échelle ou les distances, bref son utilisation n’est pas gratuite et je ne peux que vous conseiller d’en profiter.

 

       C’est un film à voir au cinéma pour une multitude de raisons : l’immersion, la 3D, le traitement du son, le suspense qui vous cloue au fauteuil, pour vivre l’immensité du décor… Le découvrir « plus tard à la télé » n’aura indéniablement pas le même impact, et je vous le promets, je n’ai pas d’actions sur le film. Il mérite pourtant de cartonner, ne serait-ce que pour garantir l’avenir de Cuarón et lui permettre de réaliser ce qu’il souhaite sans que l’aspect financier puisse être un problème.

 

 

       C’est aussi un film à voir au cinéma parce qu’il est un des meilleurs de l’année, tout simplement. Dans sa formule, il touche au blockbuster ultime pour plusieurs raisons. Déjà, comme je l’ai développé, les effets spéciaux sont sublimes et le scénario, s’il est simple et tourné vers l’efficacité, ne se montre pas idiot pour autant. Les dialogues sont très bons et toujours judicieux, ni trop, ce qui casserait le réalisme, ni pas assez, ce qui aurait pu rendre certains passages un peu longs. Les scènes d’action sont parmi les plus impressionnantes que l’on ait pu voir depuis longtemps, et nous impliquent plus qu’à l’accoutumée car les personnages ont été développés au préalable. Incroyable, non ? Le fléau des mauvais films d’action, de plus en plus répandu, est que même si les scènes les plus mouvementées sont bien filmées, si le spectateur n’a pas d’empathie, alors elles sont vaines.

 

       Dans Gravity, les personnages sont en danger mortel à chaque minute, et l’angoisse atteint des sommets à de nombreuses reprises. Offrir un spectacle visuel total, sans gaspiller une seule minute de son temps et en maîtrisant chacun des outils et des artifices cinématographiques, ce n’est pas donné à tout le monde, et ce n’est certainement pas demain que l’on reverra un film aussi complet et généreux à tous ces niveaux. C’est tout juste si j’émettrai une réserve vis-à-vis de la bande son, que j’ai trouvée sobre et angoissante dans les scènes de suspense, mais parfois bien balourde et pompeuse pour souligner l’émotion. Vraiment un détail mineur, et vu le niveau de la musique dans les blockbusters actuels, je n’en tiens pas rigueur.

      

       Pour tout le reste, si vous cherchez un film qui vous en mettra plein la vue sans vous prendre pour le dernier des demeurés, un film à grand spectacle au sens le plus noble du terme, dont vous ressortirez des étoiles plein les yeux après avoir réussi à lâcher votre accoudoir, vous savez ce qu’il vous reste à faire. 

 

 

8.5/10

 

Arnaud 

Repost 0
10 octobre 2013 4 10 /10 /octobre /2013 10:00

       Woody n'a pas encore envie de retourner à New York, ou du moins pas totalement. Pour cette cuvée Allen 2013, direction la baie de San Francisco pour y suivre la destinée d'une Cate Blanchett au bord de la crise de nerfs. On connait tous la filmographie de Woody Allen, capable de nous pondre un grand film avant d'enchaîner sur une petite oeuvre modeste et sans grand relief. On ne sait jamais vraiment à quoi s'attendre, à voir si ce cru annuel aguiche nos papilles ou nous laisse un arrière-goût de travail bâclé.

 

 

       On ouvre sur le plan très "asylumien" d'un avion, brrrrrrh que c'était moche (bon je chipote, ça dure 5 secondes). Puis on enchaîne sur l'introduction du personnage de Cate Blanchett, femme de la "haute" qui ne cesse jamais de jacasser sur sa formidable vie... Qu'elle a perdu très subitement. Et Blue Jasmine c'est ça: l'histoire d'une femme qui est passée d'une vie luxueuse à rien du tout, dans l'obligation de se reconstruire complètement pour ne pas plonger. Un ton plutôt dramatique qui tranche avec les derniers films du célèbre réalisateur new-yorkais. Et encore une fois, Allen brille dans l'écriture de ses personnages.

 

       Jasmine débarque ainsi chez sa soeur qui a toujours vécu modestement. Ce fossé qui sépare les deux soeurs, et plus globalement cette confrontation bourgeoisie/prolétariat, constitue la structure du film. Woody Allen arrive à créer un humour subtil sur cette opposition le temps d'un film et ce en évitant toute moquerie gratuite, bien au contraire. Que ce soit la soeur, son nouveau mec et son ex, il y a toujours de la dignité dans leurs comportements, les rendant terriblement attachants malgré leurs innombrables défauts. Après ce n'est pas toujours très fin, mais ça a le mérite de ne pas tomber dans une dualité sommaire et lourdingue.

 

       Mais le personnage prenant le plus d'importance est bien entendu Jasmine. Cette femme semble frôler l'hystérie à chaque scène, et pourtant Allen parvient à développer de l'empathie pour ce personnage. On la sent perdue, à bout de souffle et pourtant pleine de volonté. Mais son passé dont elle est nostalgique sera le principal frein à sa reconstruction, la condamnant à une chute sévère.

 

       Une nouvelle fois, comme souvent chez Allen, les dialogues sont parfaitement ciselés et l'interprétation de grande qualité. Je pense ne pas être le premier à le dire, mais Cate Blanchett est tout bonnement impressionnante dans son rôle. Toujours dans le ton juste, elle semble pouvoir basculer subitement dans la folie à tout moment et sans jamais surjouer. Les seconds rôles sont solidement interprétés également, j'aime particulièrement les deux amours de la soeur de Jasmine, deux balourds très humains dans le fond.

 

       

 

        Visuellement le film est un régal. Un découpage propre et une photographie soignée le rendent très agréable à l'oeil. D'autant plus que la narration alterne les scènes passées/présentes avec une fluidité exemplaire. Celles-ci se répondent, laissant la part belle aux surprises et donnant aux personnages secondaires beaucoup plus d'épaisseur au fur et à mesure que l'intrigue avance.

 

       Après je reproche quand même au film son rythme inégal, mettant quand même un certain temps à se mettre en place. Mais une fois les personnages secondaires introduits c'est un petit régal. Plutôt cynique, le film se révèle assez drôle finalement dans sa peinture d'une déchéance totale. Sans vouloir trop en raconter, la scène finale est particulièrement terrible et bien déprimante. On n'atteint pas des sommets de cruauté comme dans Match Point par exemple, mais on se retrouve assez surpris finalement d'un tel désespoir.

 

        Blue Jasmine apparaît sous un jour plus dramatique que les derniers films de Woody Allen, dans l'ensemble assez légers. Si le film n'évite pas certaines maladresses et manque un peu de substance, il reste agréable à voir grâce à ses personnages notamment et son cynisme concernant les relations humaines. Certainement pas une oeuvre majeure chez Woody Allen, mais ça reste un film surprenant, pessimiste dans le fond mais vraiment plaisant.

 

 

7/10

 

Romain

Repost 0
9 octobre 2013 3 09 /10 /octobre /2013 07:38

       C’est un peu rouillé niveau rédaction de critiques que je m’attaque à celle d’un des films que j’attendais le plus cette année, La vie d’Adèle (anciennement Le bleu est une couleur chaude, nom de la bande-dessinée adaptée). Quoi de mieux qu’un immense coup de cœur pour reprendre ? Je casse un peu le suspense, mais on sait tous que vous irez voir la note avant d’avoir fini la critique alors bon, je vous épargne le coup de l’hésitation factice dans l’introduction.

 

   

   De Kechiche, je ne connaissais que Vénus Noire qui avait été une grande claque au cinéma, et je ne doutais pas une seconde du potentiel de son dernier film. Passons sur diverses polémiques qui ont entouré le film, comme son soi-disant opportunisme au moment du débat sur le mariage gay ou les conditions de travail, qu’elles aient un fond de vérité ou non, elles n’ont gagné de l’ampleur que pour vendre des magazines et faire bruisser les réseaux sociaux.

 

       Car oui, même si l’affiche ou le titre ne le montrent pas clairement, ce film parle d’homosexualité. Je vais insister sur le verbe parler, je n’utilise pas « traiter » comme on le fait pour un film qui va prendre position et aborder le sujet de façon militante. Ce film parle d’homosexualité pour parler d’amour, et c’est une de ses grandes forces. Adèle est une adolescente normale élevée par des parents normaux (vous pouvez mettre tout ça entre guillemets si la normalité vous semble offensante), qui se questionne sur sa sexualité. Kechiche filme tout cela sans se poser de questions, du moins en apparence, sur ce qui pourrait choquer ou déranger, passe outre les artifices de la comédie ou du drame romantique pour livre des émotions brutes.

 

       C’est exactement le genre d’adaptation qui aurait donné un film plat et consensuel si elle avait été récupérée par le premier faiseur venu. Se concentrer sur les personnages et leurs sentiments permet de se dégager d’emblée des polémiques évoquées plus haut, en tant que spectateur nous sommes impliqués dans une histoire d’amour passionnelle, où l’homosexualité importe finalement peu.

 

       Un point souvent débattu à propos des films de Kechiche est sa recherche du réel, que ce soit par sa mise en scène, ses dialogues ou les très nombreuses prises parfois nécessaires pour obtenir ce qu’il souhaite. Il est évident que l’appréciation du film est conditionnée par l’adhésion ou non à cette façon de concevoir le cinéma. En tant que spectateurs nous sommes inconsciemment baignés depuis nos premiers films dans des codes bien précis, qui modifient notre perception du réalisme au cinéma. Les dialogues vulgaires, crus, banals ne sont pas la norme dans un art qui va le plus souvent à l’essentiel, par des phrases fonctionnelles plus ou moins bien déguisées.

 

       Aussi incongru que cela puisse paraître, je n’ai pas pu m’empêcher de faire au début un rapprochement avec Les beaux gosses. Dans les deux films il est plus facile de dire que c’était vulgaire et ridicule que de reconnaître ce qu’il y a d’universel sur une période complexe de notre vie. Sans faire de grand discours, l’énorme avantage de cette façon de concevoir le récit est que l’empathie et l’immersion sont décuplées, il est bien plus aisé de s’identifier aux personnages. La grande durée du film permet de réaliser cette introduction de façon très progressive, et de découvrir la vie du personnage par petites touches successives, comme elle se découvre elle-même.

 

 

       Lorsque vient la rencontre qui va changer la vie d'Adèle, c’est une explosion de sentiments que nous ressentons, comme le personnage. Les scènes de sexe qui ont fait parler pour leur caractère explicite et cru ne comportent aucun voyeurisme, elles sont totalement cohérentes dans le développement des personnages et du récit. Elles contribuent à donner plus de passion et d’intensité à la relation, là où 95% des films ne montrent pas plus qu’un drap couvrant pudiquement la poitrine. Attention, je ne dis pas non plus que chaque romance cinématographique devrait comporter des scènes aussi explicites, simplement que voir quelque chose d’aussi beau et sincère dans ce film ne le rend que plus fort.

 

       Par-dessus le tout, Kechiche montre encore qu’il est un des plus grands directeurs d’acteurs actuels, en donnant son meilleure rôle à Léa Seydoux et en révélant la bluffante Adèle Exarchopoulos (merci Google), pour un duo atteignant des sommets d’intensité par le simple regard. La durée du film lui permet de respirer, de multiplier les moments simples du quotidien, les gestes en apparence anodins mais qui en disent plus sur les personnages que de longs dialogues. L’alternance entre ces pauses et les conversations riches et passionnantes permet un rythme assez idéal, je n’ai pas du tout vu les trois heures passer.

 

       Pour peu que l’on adhère dès le début, on se retrouve pris dans un maelström d’émotions, on vit le film et ses rebondissements avec Adèle, on est balloté au gré de ses changements d’humeurs et des aléas de sa vie. On est impuissant, gagné par ses regrets, ses colères, ses déprimes qui ne rappellent que trop celles que l’on a pu vivre. On a le cœur serré, épuisé par la passion, étouffé par les non-dits, les rumeurs, les malentendus.

 

       Enfin on en ressort lessivé mais heureux, heureux d’avoir vu une si belle déclaration d’amour à la vie et un film qui va chercher le spectateur aussi loin dans son confort, pour mieux l’attraper par le col et lui mettre une paire de baffes. Trois heures de vie, trois heures de vrai (donc de beau ? vous avez 4 heures), trois heures d’amour qui donnent mon film préféré de 2013 jusque-là. S’il est bien un signe qui ne trompe pas pour ma part, c’est quand des émotions liées au film rejaillissent immédiatement en voyant une simple affiche ou une image.

       Une chose qui ne m’était pas arrivée de manière aussi forte depuis bien longtemps, et qui ne fait que me confirmer que je vais me jeter sur le reste de la filmographie de Kechiche. Si mes divagations sur son dernier film vous ont rendu curieux, je ne peux que vous inciter à faire de même, mais je préviens : je ne rembourse pas si vous détestez, il faut savoir prendre des risques ! 

 

 

8.5/10

 

Arnaud 

 

7.5/10

 

Arnaud 

 

8/10

 

Arnaud

8/10

 

Arnaud

Repost 0
7 octobre 2013 1 07 /10 /octobre /2013 11:22

       Recette du films à Oscars - Facile à préparer - Budget abordable 

 

 

 

       Commencez d'abord par parler d'une histoire vraie sans prendre de grands risques. Quoi de mieux que de parler de la ségrégation raciale aux Etats-Unis? Après tout le racisme c'est pas bien et si on le dit pendant deux heures, il y a moyen qu'on décroche notre Oscar. Pensez ensuite à la palette de stars. Ne vous inquiétez pas, ça ne coûtera pas cher. Ils prendront tous plaisir à jouer dans ce film pour peau de chagrin et dire aux interviews télé qu'ils ont accepté de jouer un rôle car ce film est essentiel pour le devoir de mémoire et autres conneries qui passent bien pour soigner son image. Encore une fois, il y a moyen que l'on décroche quelques oscars dans les catégories d'acteurs.

 

       Donc voilà, déroulez votre film de façon chronologique. Commencez dans les années 1920 dans le Sud des Etats-Unis. Montrez une femme de couleur violée et l'assassinat de son mari dans la minute qui suit par un méchant blanc parce qu'il a osé dire "Hey". Plus tard vous remontrerez ce méchant blanc histoire de dire "Vous avez vu comme il était méchant? On revient de loin hein?"

       Ensuite procédez de la façon suivante. Parlez de l'histoire des Etats-Unis au vingtième siècle, mais expédiez-la histoire de tenir les 2 heures sans soucis. Mentionnez vite fait Eisenhower, il a fait des trucs biens pour les afro-américains mais on s'en fout, il est républicain. Ensuite faites-en des caisses sur Kennedy car c'est le premier à s'être vraiment mouillé pour les droits des noirs américains (puis il était démocrate). Saupoudrez la scène de son tragique assassinat par de bonnes doses de musique triste jouée au piano ou au violon (au choix).

 

       Bien entendu, pensez à parler de la vie de famille de Forest Whitaker, alias Le Majordome. Déjà faites-le jouer un rôle de gentil soumis, il a le physique pour. Puis le public l'aimera, il aura son Oscar. La vie du vrai majordome devait être assez chiante en fait, alors rajoutez-lui un fils Black Panther et qui tombe par hasard sur le Ku-Klux Klan au coin d'une rue. Comme ça on fait une bonne opposition père-fils qui se réglera par un gros câlin (sur fond de violons).

      Rajoutez Oprah Winfrey, la personnalité la plus influente de la télévision, et vous attirerez l'américain moyen en salles très facilement. Et filmez les scènes du quotidien où il ne se passe rien. Vous voilà avec un film plat, mais le label "histoire vraie" accompagné d'une sauce de stars assurera sans problème le succès du film, même si c'est chiant.

 

Attention, Mariah Carey sera visible 37 secondes à l'écran sans dire un mot, profitez-en!

 

       Et puis voilà, pas besoin de creuser pour donner du goût à votre mets. Survolez votre sujet, vous vous en foutez, vous parlez de la ségrégation raciale aux Etats-Unis et la ségrégation raciale c'est le Maaaaaaaal. Empruntez des schémas remplis de facilités avec une dualité blanche-noire primaire et terminez sur la victoire, sur la délivrance. Terminez sur la victoire de Barack Obama que vous célébrerez en dix minutes à la fin avec des violons et des larmes. En fait voilà, réglez toute l'affaire par un gros bisou démocrate et vous torcherez votre film sur une note joyeuse.

 

      Bien entendu vous aurez pris soin de ridiculiser Nixon une fois de plus en faisant jouer Cusack dans le rôle pour mieux l'enterrer (de toute façon on s'en fout, il était républicain). Ah oui puis montrez aussi que Reagan était un fin calculateur qui ne pouvait inviter le majordome à sa table sans être calculateur. De toute façon on s'en fout, il était républicain (mais incarné par Alan Rickman et ça, c'est la classe!)

 

       Donc voilà, une fois toutes ces étapes respectées, vous aurez accouché d'un bon film à Oscars qui devrait faire son effet. Prenez des raccourcis historiques, faites un bon pudding aussi consensuel qu'indigeste. A savoir un machin trompe-l'oeil et particulièrement vomitif une fois que l'on gratte la couche d'académisme et de bien-pensance. En gros vous pensez avoir affaire à un gâteau au chocolat, mais il s'agira d'un étron faussement profond, profondément faux et simpliste au possible. Mais pas grave, ça marchera. Ah oui puis n'oubliez pas l'argument marketing de dernière minute: le héros dont on fait l'éloge à la fin a pleuré devant. Servez-vous en!

 

3/10

 

Romain

Repost 0
19 septembre 2013 4 19 /09 /septembre /2013 18:15

       Top! Tocard de nationalité allemande, je réalise des films de propagande américains dénués de tout sens artistique, j'ai filmé Will Smith en train de cabotiner après avoir abattu un vaisseau extra-terreste, j'ai fait croire qu'un monstre aussi grand qu'un building pouvait se cacher dans les égoûts, j'ai tourné un film sur la fin du monde où une faille poursuivait le personnage principal, j'ai osé mettre des mammouths sur une pyramide. Je suis, je suis? Roland Emmerich! Le maître. Celui qui fait des films sur les USA, pour les USA et qui nous montre que même menacés et touchés, les USA sont les plus beaux, les USA sont les meilleurs et même que leur président est cool car il porte des baskets.

 

 

       Ce n'est même plus une surprise, je me demande encore comment j'ai pu espérer un petit film correct venant de la part de l'ami Roland. Il faut dire que j'avais bien apprécié son The Patriot à l'époque pour son côté très violent et sanglant, parce que moi j'aime le sang, les tripes et les larmes (puis Mel Gibson disait "Vive la France" dedans et ça c'est bien). Mais ici non, il n'y a même pas ce mince intérêt. Emmerich a décidé de nous emmener directement à l'autel du temple de la bêtise pour nous forcer à nous y agenouiller devant la toute puissance dévastatrice de neurones que représente Hollywood à l'heure actuelle.

       A un moment donné il faudrait quand même arrêter de déconner et surtout d'arrêter de prendre les spectateurs pour des cons. Je sais bien que c'est récurrent chez Emmerich mais merde, on ne peut plus se laisser pisser dans le crâne ainsi. Tout, mais absolument tout, est merdique dans ce film.

 

      Déjà, une fois encore, on se tape un énième film de propagande pro-US. Une fillette de 11 ans est fan du président qui oeuvre pour la paix dans le monde (ha ha ha... non, rien), qui est trop cool car il va au contact des enfants pour être en vidéo sur leur blog (oui, oui, vous avez bien lu) et qui porte des Air Jordan tout en cognant les méchants qui tentent de les lui arracher (oui, oui, oui, vous avez toujours bien lu). 

       Nous avons atteint ici le summum de la bêtise mes enfants, le nirvana de l'abrutissement. Je me doute bien que le scénario de l'actioner lambda sortant sur grand écran n'est pas le point le plus important mais ici la débilité est si immense qu'on ne peut décidément pas l'ignorer.

 

      Déjà c'est archi prévisible, on devine le comploteur dès la première séquence où celui-ci apparaît, on sait bien sûr qu'il y en a d'autres puisque son dessein est révélé au début du film et bien sûr on sait que Tatum se rabibochera avec sa fillette car encore une fois, la famille vaincra, l'Amérique vaincra, votre cerveau dépérira. Puis que cette fillette est agaçante, encore une qui rejoint le club des gosses têtes-à-claques au cinéma. D'autant plus que toutes les scènes où elle est présente sont ridicules. En particulier une, vers la fin. Où armée de son courage et de sa détermination, elle s'en va saisir le drapeau de la présidence pour l'agiter sous une musique héroïque et en slow-motion.

 

      Je pense avoir déjà dit ça dans plusieurs de mes critiques mais là pour le coup je suis on ne peut plus formel et sûr de moi, cette scène est juste la scène la plus ridicule que j'ai pu voir au cinéma depuis un long, long, long, looooooong moment. C'était l'apothéose de ce chef d'oeuvre du nanar, la délivrance pour mon système lacrymal qui a décidé d'exploser à ce moment-là. J'en pleurais de bonheur, c'était juste fabuleux, le plus bel instant nanar que j'ai vu sur grand écran, un prodige cinématographique!

 

 

       Car il s'agit bien de ça pour ma part: Un beau nanar. Ca se prend tellement au sérieux mais c'est juste pathétique et pourtant si (involontairement) drôle. Je pourrais décrire en détail chaque scène tordante de ce film mais la critique serait trop longue. Il y a quand même cet instant fabuleux où la femme du comploteur tente de raisonner son mari en lui demandant de retourner à la maison. Ben oui bien sûr, tu tentes d'enlever le président, t'as tué plein de gens mais si tu te grouilles tu pourras rentrer à temps pour boire le thé. Déjà bien drôle à la base, il fallait en plus qu'elle décide de retourner sa veste 20 secondes après pour nous livrer une fois encore un fabuleux moment nanar. 

       Ce film est ridicule et ça me fait de la peine de voir des acteurs que j'estime là-dedans. Jamie Foxx cabotine comme jamais, Tatum que je ne déteste pas ne dégage rien dans ce film mais le pire c'est James Woods quoi. J'adore cet acteur mais pourquoi va-t-il s'enterrer là-dedans? Malgré la bonne dose de rire que le film a su me fournir, j'étais quand même triste de voir de bons comédiens patauger ainsi dans la gadoue.

 

      Et même en temps que film d'action ça ne vaut pas un clou. La caméra reste miraculeusement assez stable mais le film est bourré de CGI plus dégueulasses les uns que les autres, ce qui donne un rendu visuel d'une laideur sans nom, fond vert rpz. Le simple plan de la voiture dans la piscine disponible dans le trailer annonce la couleur. C'est juste moche, grossier et déjà dépassé. Puis c'est dix fois trop long également, ne rendant même pas ce film efficace en temps que divertissement.

 

      Puis il y a aussi ce détail. Le héros s'appelle John Cale, il porte un marcel blanc, a des problèmes familiaux, se retrouve tout seul au mauvais endroit au mauvais moment face à une équipe de terroristes dont l'un est un hacker et son best friend ever est un noir. J'ai envie de vous dire sur un ton très ironique que toute ressemblance avec Die Hard ne serait que simple coïncidence, mais bon j'imagine que les connaisseurs avaient déjà saisi l'idée.

 

 

      Résumons donc ce bel objet. Action moche, scénario horrible, personnages sans saveur, président américain trop cool avec des baskets, Chaning Tatum qui parle avec un écureuil (ah oui j'avais oublié de mentinner ça), un patriotisme pacifiste (la nouvelle tendance trop SWAG aux USA)... Bref, arrêtons les frais pour aujourd'hui. White House Down est un film ridicule sur tous les points mais qui conserve cependant un certain intérêt du fait de son potentiel de nanardise très élevé. Au fond n'ayez crainte, vous verrez un film de merde mais qu'on peut prendre comme une excellente comédie. Pour peu d'avoir quand même un peu de second degré parce que sans ça, WHD c'est un peu le fric ou Tché-Tché. Tu donnes le fric mais Tché-Tché quand même.

 

      Roland Emmerich m'a surpris une fois de plus car jamais je n'aurais pensé assister à un spectacle aussi abrutissant qu'hilarant. Une nouvelle perle du nanar, White House Down est un blockbuster indispensable pour enfin comprendre ce qu'est un mauvais film d'action. Et en plus il a osé faire un clin d'oeil à un autre chef d'oeuvre de propagande signé de sa plume, le fabuleux Independence Day. Décidément Roland, Ich liebe dich.

 

2/10

 

Romain

Repost 0
24 juillet 2013 3 24 /07 /juillet /2013 18:37

        Nous avons inauguré les critiques de séries à l'occasion des deux ans de ce blog, voilà que nous innovons une deuxième fois en peu de temps, confronté que nous étions à un problème insoluble. Ce qui devait arriver arriva, après tout ce temps passé à avoir un avis relativement proche sur les films vu par les deux, Pacific Rim a créé une scission dans cette belle harmonie. Voici donc devant vos yeux ébahis la première critique VS, qui vous présentera deux opinions forts différentes d'un même film. Voilà, je vous souhaite donc une bonne lecture ! (et vous invite par la même occasion à conspuer Romain dans les commentaires, il le mérite)

 

- - -

 

       Après une (pas si) petite pause en début d’été, retour aux choses sérieuses. Et quoi de mieux pour ça que le dernier Guillermo Del Toro, l’homme aux mille arlésiennes ? On attend ses Montagnes hallucinées depuis bien des années, Pinocchio reste à l’état de projet, Hellboy 3 est un jour une possibilité, un autre non… En attendant, c’est sur son projet de loin le plus coûteux que nous le retrouvons. Presque 200 millions de dollars, c’est le genre de budget hollywoodien qui a fait tourner la tête de plus d’un, et qui implique déjà une sacrée prise de risque de la part du studio (son impressionnant Hellboy II n’en avait coûté « que » 85 en comparaison).

 

  Et là, c'est le drame.

       

      A côté de cela, le mexicain a démontré à de nombreuses reprises sa capacité à assimiler les règles d’Hollywood et à tenir un budget serré, mettant toujours en avant sa créativité et une profonde sincérité, une véritable passion pour son travail qui le distingue du tout venant des réalisateurs de blockbusters. Du modeste film de monstre ultra référencé (Mimic) aux superhéros, en passant par le conte horrifique (L’échine du diable et Le labyrinthe de Pan), Del Toro réussit tout ce qu’il tente, parce qu’il ne tente que ce qui le passionne. Même dans une simple commande comme Blade II, il s’implique suffisamment pour en faire quelque chose de plus personnel et bien plus jouissif que les deux autres, une vraie leçon pour tous les yes men du milieu. Pour l’anecdote, il a n’a accepté la 3D qu’à la condition que la conversion démarre dès le début du tournage, là où elle se fait habituellement en un ou deux mois vite fait avant la sortie, résultat elle est plutôt efficace et pas désagréable à l’œil.

 

       Assez digressé, revenons à nos robots. Des robots géants contre des monstres géants (ou jaegers contre kaijus, ça sera plus court), c’est un rêve de gosse qui se réalise pour Del Toro. Difficile de ne pas repenser à cette période où deux figurines de plastique que l’on entrechoquait à coup de « boum », « vvviiiiiouuuum » et autres « krrssshhh » (dur de faire une explosion ou un effondrement à l’écrit) suffisait à nous amuser pendant des heures. Ici, il nous propose de nous amuser pendant deux heures avec la version adulte de cet univers, et de retrouver un peu de ce que l’on perd tous avec l’âge : une imagination débridée couplée à une fascination béate. C’est un peu le film que l’on aurait tellement voulu voir gamins. Peut-être vraiment faire plus régressif et brutal que des robots et des monstres se foutant des mandales en détruisant la moitié d’une ville ?

 

       C’est normalement là qu’il se trouve quelqu’un pour dire que c’est bien beau tout ça mais quand même Michael « Explosions » Bay l’a un peu fait avant avec trois opus de Transformers. Seul souci, ce dernier est autrement plus cynique et moins passionné que Del Toro. Ses Transformers n’étaient jamais que l’adaptation d’une marque de jouets, dotés de budgets pharaoniques et d’effets spéciaux photoréalistes, mais aussi de personnages insupportables, d’un humour pathétique et d’une réalisation rendant les combats totalement illisibles. Sans donner une leçon définitive en terme de scénario, Pacific Rim a au moins le mérite de présenter des personnages soit attachants, soit drôles de par la caricature poussée à l’extrême de leur fonction. C’est même le seul vrai défaut du film, ne pas se montrer à la hauteur dans les scènes concernant les humains, entre deux bastons monumentales. On notera également quelques flottements  sur les d2h10, mais rien de vraiment gênant puisque le tout s’enchaîne finalement de façon assez fluide.

 

       Sur tous les autres points, Del Toro délivre ce qu’il avait promis : des combats titanesques, foutrement beaux et bien mis en scène. Il ne nous fait par exemple jamais perdre de vue les échelles, en utilisant judicieusement voitures, bateaux, immeubles et humains pour nous faire ressentir le gigantisme des monstres et des robots. On sent immédiatement que tout a été soigné avec une infinie patience, notamment les déplacements et le poids de ces titans, qui se meuvent de façon plus ou moins lente et s’assènent toujours des coups d’une extrême violence. Les effets spéciaux dans leur ensemble sont d’ailleurs à applaudir, c’est bien simple, pas une fois dans le film je ne me suis dit que tel ou tel élément était mal fait. Les titans de chair et d’acier sont criants de réalisme, ils semblent denses, lourd, le jeu des reflets et des trombes de pluie ne faisant qu’accentuer cette impression. Mais encore une fois, tout ça ne serait rien entre de mauvaises mains.

 

  Enough said.

 

       Il n’était apparemment pas question de faire trépigner le spectateur d’impatience puisque le film s’ouvre sur un premier combat, sorte de mise en bouche des plus réussies avant la fin du monde annoncée. Une fois n’est pas coutume, c’est en milieu de film que se trouve le combat le plus impressionnant, une succession de moments de bravoure épiques à peine croyables tant la furie et la destruction atteignent des niveaux insoupçonnés, pour donner une des meilleures séquences d’action que l’on ait vu au cinéma depuis bien longtemps. On pourrait avec cette phrase penser à Man of Steel, et il y a quelques points commun dans l’envergure de ces combats, mais ce qui créé une vraie différence c’est bien leurs enjeux. Là où d’un côté les protagonistes pouvaient fracasser toute une ville sans perdre leur brushing, de l’autre il est clairement établi que les robots, aussi puissants et imposants qu’ils soient, restent relativement fragiles face aux kaijus. Ce doit d’ailleurs être un des rares blockbusters où la fin imminente de notre planète se fait vraiment sentir, et où la menace d’un autre monde est réellement terrifiante.

 

       Il faut également remercier pour ça le formidable boulot accompli sur le design général, avec des kaijus massifs et terrifiants (on sent un petit relent des Grands Anciens de Lovecraft), des jaegers complexes et variés réservant quelques surprises et des décors incroyablement crédibles, comme la base principale des humains à Hong-Kong (la ville jouissant au passage d'une photographie à base de néons assez incroyable, rappelant Enter the Void). Je remarque maintenant que dans ma critique comme dans le film, les humains passent au second plan, mais il serait injuste de ne pas glisser quelques mots sur les acteurs, en particulier Idris Elba. Le fameux Stringer Bell de The Wire semble décidément à l’aise dans tous ses rôles, il est ici parfait en commandant autoritaire et incontesté, mais cachant comme il se doit quelques secrets. On retrouve également la paire de Sons of Anarchy, Ron Perlman étant ici hilarant en boss du marché noir de Hong Kong, et Charlie Hunnam qui fait un bon boulot comme personnage principal, sans atteindre l’intensité qu’il peut montrer dans la série.

 

       En somme, un film qu’il ne faut pas non plus attendre comme le messie car il accuse des défauts assez évidents et ne constitue pas non plus le divertissement ultime, mais une sacrée claque visuelle à ne rater sous aucun prétexte au cinéma. Premièrement, parce qu’il vaudrait mieux que le film se rembourse si on veut avoir droit à du Lovecraft par Del Toro, et deuxièmement parce que l’on peut d’ores et déjà parier qu’il ne sortira rien de plus jouissif et généreux que ce film dans le reste d’une année bien terne pour les blockbusters. Croyez-moi, ça nettoie les yeux.

 

 

7.5/10

 

Arnaud 

 

 

VS

 

       

 

 

       Et oui. La belle harmonie qui régnait ici a été brisée. Il faut dire que je ne pouvais laisser un 7.5 seul en conclusion de la critique élogieuse de ce film qui s'est avéré être, pour ma part, une épouvantable déception. C'est bien simple, Pacific Rim est un film que j'ai déjà vu avant. Je suis même sûr qu'une majorité de personnes ayant eu accès à un cinéma et à une télévision dans les dernières années l'ont déjà vu aussi. C'est bien simple, vous l'avez tous vu. "Mais il est fou! Le film je l'ai pas vu moi m'sieur!" ouïes-je de loin. Oh vous avez vu Independence Day? Armageddon? Transformers ou je ne sais quelle autre oeuvre d'exception? Ah tout de suite vous vous sentez plus concernés? C'est normal puisque Pacific Rim c'est ça mais en mieux filmé. C'est ainsi que je me pose cette question culinaire essentielle: Un étron, enrobé de chantilly, aura-t-il forcément meilleur goût?

 

"Bonjoul, nous etles lusses, nous selvil a lien, nous chail a canon, guelle floide pas finie"

 

       Alors ce que je vais dire par la suite peut s'apparenter à du spoiler. Ca peut. Mais vu que vous avez déjà vu le film, au pire ce n'est pas bien grave. C'est bien simple, le scénario de Pacific Rim était déjà pourri à la base mais là il a dépassé la date de péremption depuis un moment, ce qui le rend encore plus moisi et immangeable. "Mais faut pas s'attendre à un film d'auteur en allant voir Pacific Rim !!!". Certes, en revanche on peut s'attendre à un bon film construit sur une bonne base avec un scénario bien plus travaillé que ça. Moi j'en espérais bien mieux de cette histoire de robots géants qui combattent des monstres géants. Rien d'incroyable, juste quelque chose de cohérent et bien écrit. Mais non, le scénario repousse toutes les limites de l'infâme ou presque. 

      Bon déjà on a ce gentil pilote de robot géant qui perd tragiquement son frère en mission dès le début le tout sous une musique dramatique (clichéééééééé). Ce gentil héros perd donc la foi et change de vie (clichééééééé) mais vu qu'il était génial, son chef va le faire revenir tout en le faisant changer d'avis en 17 secondes (Clichééééééé) grâce à un discours lui demandant si il préférait mourir comme un ouvrier ou COMME UN HEROS LE TOUT SOUS UNE MUSIQUE HEROIQUE (CLICHHHHHH....)... Hum, bon je vais m'arrêter là parce que ça pourrait me prendre des heures, et je n'ai plus envie de perdre trop de temps pour cette daube insipide comme on nous en sort à tire-larigot depuis bien trop longtemps. 

 

       Nous voilà donc avec un scénario archi éculé qui se permettait déjà le luxe d'être mauvais. Les personnages sont insipides au possible. A partir du moment où ça cloche à ce niveau, je ne vois aucune implication émotionnelle possible. Leurs psychologies sont survolées, il n'y a aucune émotion qui se dégage. L'histoire de la petite fille qui perd ses parents c'est tragique pourtant mais rien n'y fait. Nous voilà donc avec un héros fade, qui se coltine une nana fade même si on sait déjà dès leur première rencontre qu'il y aura du zizi dans la bou-bouche à la fin (mais ça bien entendu, on ne le montrera pas). 

       Et en plus, c'est bourré de Deus ex machina. "Mon dieu ces monstres sont imbattables avec nos robots tout récents, on va mouuuuurir"... "Mais non, il nous reste l'ancien modèle. Il est... tadam... Musique héroïque en route.... NUCLEAIRE". Et paf, ça fait des chocapics... Enfin et paf, ça débloque une situation. Il n'y a que ça pendant tout le film, ce n'est pas un scénario, c'est une accumulation de deus ex machina. Il n'y a aucune fluidité, un rythme au ras des pâquerettes et surtout aucune originalité.

 

"J'ai vu une grosse bête" - Godefroy de Montmirail

 

        Donc on l'a bien compris, archétypes à gogo, stéréotypes et tout le tintouin. Mais Guillermo Del Toro est un as de la mise en scène me souffle-t-on à l'oreillette! Ah? Un as vraiment? Ca y est il réussit l'exploit incroyable qui consiste à stabiliser une caméra et ça devient un dieu. Dès le début, ça puait un peu. En tout et pour tout on retrouvera trois combats dans le film. Rien à dire au niveau des effets spéciaux, le design des robots et des monstres est très convaincant. Peu varié mais convaincant. Le premier combat survient dès les premières minutes, comme une sorte d'amuse-gueule. Et bien, je ne sais pas si ce sont les plans courts, les coupes sauvages dès qu'un coup est donné ou tout simplement le fait que la scène se passe de nuit mais je n'ai rien compris. Tout était rapide, guère lisible et même pas beau quoi. 

        Pourtant visuellement dans sa globalité le film reste correct. Le vrai gros boulot apparait surtout au niveau de la photographie. Il n'y a rien à dire pour le coup, elle est vraiment belle, soignée, léchée, tout ce que vous voulez. La réalisation m'a moins convaincu. Moi les plans de 2 secondes dans des scènes sans action pour donner l'illusion d'un rythme et ne pas emmerder Dylan, ça me blase. C'est agressif quoi, c'est bien beau de poser ta caméra Guillermo mais si c'est pour nous sortir une mise en scène banale sur un scénario déjà banal (et nul), c'est quand même pas top. Puis allez, il y a une vingtaine de minutes de combat dans le film. Le premier est nul et les deux autres tellement incohérents qu'ils perdent toute crédibilité.

 

        Parce que bon, le coup des deux monstres qui attaquent pour finalement se séparer dès qu'un autre robot arrive en renfort c'est débile. Pas mal pour une intelligence collective évoluée. Puis le dernier combat sous-marin où le connard de service sauvé par le héros se sacrifie avec le grand chef n'est pas mal non plus. Pour la connerie qui en émane bien sûr mais surtout pour le fait que ce combat sous-marin semble se dérouler en plein air, grâce à des cris et bruitages plus vrais que nature et des débris qui s'écrasent au sol. A priori, Guillermo était un gros nul en sciences.

        Les deux derniers combats ont le mérite d'être assez lisibles et dynamiques. Ils sont juste cons. A l'image de ce film paresseux, qui ne joue même pas sur les clichés et qui s'engouffre en plein dedans. Pacific Rim c'est la même soupe hollywoodienne en mieux filmé, à partir de là rien de transcendant. Le film accuse de sérieux problèmes de rythme et de fluidité, ce qui n'en fait même pas un divertissement convenable à mon sens. 

 

        Je suis sûr que Guillermo voulait bien faire, qu'il a une réelle passion pour ces gros monstres mais le résultat ne transpire pas de cet amour, le film ne dégage rien, les scènes d'actions restent correctes mais trop rares et bien trop répétitives. Reste un Idriss Elba très bon dans son rôle et l'apparition de Ron Perlman qui a au moins eu le mérite de me faire sourire. 

        Nous voilà donc avec un bien mauvais film bien loin du blockbuster ultime. Ca ne voulait pas viser plus haut que le film pop-corn XXL jouissif, ça n'en arrive même pas à la cheville. Un beau visuel ne changera rien, Pacific Rim n'assume même pas sa connerie mais prend bien le soin de nous l'enfoncer dans le crâne à grands coups de poings. A jeter. Dans la mer, comme là où la faille surgit de nulle part. A l'eau, non mais à l'eau quoi.

 

3/10

 

Romain (qui heureusement ne surnote pas les blockbusters dès qu'il y a un plan stable, coucou Arnaud <3 )

 

 

 

 

8/10

 

Arnaud

8/10

 

Arnaud

Repost 0
Published by Arnaud le surnoteur & Romain le blasé - dans Les films de 2013 Les critiques VS
commenter cet article