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27 août 2014 3 27 /08 /août /2014 20:12

       Ces Gardiens de la Galaxie sont un peu les intrus d’une « Phase 2 » trop bien huilée, et on ne s’en plaindra pas. C’est déjà la seule nouvelle licence, après un Iron Man 3 tiraillé par l’envie de bien faire de Shane Black et la logique implacable de Marvel Studios, et un Captain America 2 qui se voulait ambitieux mais confié à des réalisateurs qui n’avaient rien à faire dessus. Encore une fois, je n’ai pas vu les Thor et n’en ai pas l’envie, vous m’en excuserez.

 

 

       Marvel Studios sont coupables d’un lissage général de leurs œuvres, mais il ne faut pas se leurrer : ils ne dictent pas non plus leur façon de faire aux autres studios. La logique des blockbusters se veut de plus en plus « sans faille », impliquant forcément une recherche du plus grand dénominateur commun et une absence généralisée de prise de risque, rendant les classifications Rated R et NC-17 quasi taboues. L’arrivée de James Gunn, ayant débuté chez Troma et réalisateur du jouissif Super, dans cet univers avait tout d’une surprise. Ce dernier ne s’est pas privé de répéter durant la promotion du film qu’il avait eu bien plus de libertés qu’il espérait de la part d’un studio d’une telle ampleur, notamment sur son humour.

 

       Un humour qui, dans les derniers Marvel, tendait lui aussi à devenir de plus en plus générique et fade. Le seul qui se détachait sensiblement des autres restait finalement Iron Man premier du nom, personnage qui ne semble pas interchangeable parmi les autres Avengers et assez bien dessiné (du moins dans ce premier film, les deux suites laissant à désirer). Alors, James Gunn a-t-il eu suffisamment de libertés pour faire voler en éclat ce moule Marvel de plus en plus étouffant ? Oui et non. Sans vouloir être binaire dans mes reproches, on sent quand même vite de qui viennent les éléments les plus pénibles, notamment au niveau du scénario. La trame globale n’est guère surprenante, pour ne pas dire prévisible même dans ses gros rebondissements, et surtout au niveau des méchants.

 

       Un autre problème majeur dans les films Marvel Studios (ou le MCU pour faire bien, encore une fois), le seul méchant qui avait retenu mon attention restant le Mandarin joué par Ben Kingsley, voire Red Skull parfait dans l’esprit pulp du premier Captain America. Les méchants du MCU sont encore et toujours cantonnés à des rôles de mégalos destructeurs et dominateurs, aux raisons plus ou moins interchangeables dont on se moque rapidement. Ici, entre un Collectionneur inutile, un Thanos qui ne fait peur à personne avec sa gueule de chewing-gum cassis et Ronan qui braille et parle très fort pour faire peur, ça ne va pas chercher bien loin. Le plus triste, c’est que les trois sont joués par des acteurs que j’adore, mais qui ne sont vraiment pas mis en valeur. Un certain Joker faisait bien plus peur avec son petit couteau à cran d’arrêt qu’un être quasi invincible dont le marteau dopé peut détruire une planète entière. Les méchants du MCU manquent à la fois d’enjeu et de chair, on ne croit pas en eux, ni au danger qu’ils représentent, bien souvent parce qu’on sait que les héros s’en sortiront et en viendront à bout.

 

       Ce schéma, James Gunn le tord à sa façon jusqu’à ses limites, avec par exemple un numéro de da nse/diversion assez génial, mais ça ne distrait qu’un instant l’issue attendue. C’est en quelque sorte comme ça que fonctionne le film, ce qui me laisse penser qu’il y a deux façons de l’aborder. Soit on s’attend à une révolution chez Marvel et on risque d’être très déçu, soit on part avec les attentes habituelles et on est déjà très agréable surpris de voir ce qui a été permis. Pour être parfaitement honnête, je m’attendais à plus délirant vu les promesses qui avaient pu être faites, mais j’ai quand même énormément apprécié le changement proposé par rapport à la norme du MCU.

 

 

       Il est évident que là où James Gunn a eu beaucoup de libertés sur les personnages (sauf les méchants) et l’humour, car on s’attache rapidement à cette équipe de bras cassés intergalactique des plus improbables, et les répliques font mouches à de nombreuses reprises. La vanne citant Jackson Pollock, je n’aurais certainement pas cru possible d’entendre ça dans le MCU auparavant. C’est le genre de détails et de personnages qui me donnent envie de voir une suite en sortant du film, qui explore plus l’univers spatial mis en place, encore un peu effleuré ou expliqué de force à ce stade-là. Par rapport aux précédents Marvel que j’ai critiqué, c’est un film dont les défauts ont tendance à m’apparaître avec le recul, mais qui ne m’ont pas gêné pendant le visionnage.

 

       Il est certain que Gunn n’est pas le meilleur metteur en scène du monde, avec des combats parfois un peu brouillons (mais déjà à des années-lumière de Captain America 2), des ralentis un peu gratuits et des cadres manquant parfois d’inspiration. Mais d’un autre côté, il y a une vraie générosité de sa part, rien qu’avec l’utilisation de musiques un brin kitsch, un amour pour ses acteurs avec lesquels on sent qu’il aime tourner, un univers qui semble assez complet même si éparpillé, des personnages secondaires qu’on aime revoir (Yondu le premier, Michael Rooker oblige), et ainsi de suite. J’ai bien un pincement au cœur en me disant qu’on n’aura probablement jamais plus osé ou plus virtuose que ça dans le MCU (un certain Edgar Wright pourra en attester), mais en l’état je suis déjà très content qu’ils arrivent à se sortir d’un certain marasme créatif.

 

       Comme j’ai pu le lire dans plusieurs articles, le fait qu’un film basé sur une nouvelle licence inconnue du grand public et avec des personnages assez improbable cartonne est en soi une bonne nouvelle. Je préfère voir des adaptations qui sortent de l’ordinaire qu’une énième suite avec des personnages dont on ne sait plus quoi faire, et qui fera plus parler pour ses scènes post-génériques qu’autre chose. Je me retrouve à plus attendre les séries du MCU, surtout Daredevil avec son casting alléchant, que la plupart des films à venir. Netflix, comme d’autres chaînes, a l’avantage de ne pas avoir à censurer son contenu, on peut donc attendre quelque chose d’assez sombre de ce côté.

 

       Niveau films, Ant-Man était ma plus grosse attente avec Wright à la réalisation, maintenant je n’y crois plus des masses. Avengers 2, «j’irai le voir mais j’en attends rien », Doctor Strange j’attends de voir le casting mais le réalisateur ne me dit rien qui vaille, ce qui fait des Gardiens la dernière lueur d’espoir concrète que j’ai dans le MCU. Espérons un chouia plus de liberté pour James Gunn sur le deuxième opus, qui sait vu que le premier fait un carton ?

 

 

7.5/10

 

 

Arnaud 

 

 

5.5/10

 

 

Arnaud 

5.5/10

 

 

Arnaud 

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20 août 2014 3 20 /08 /août /2014 16:32

       Le Rôle de ma vie est le dernier film réalisé par Zach Braff après un premier succès rencontré 10 ans plus tôt avec Garden State. Je n'ai jamais entendu parler de ce film et encore moins de Zach Braff. Moi inculte? Peut-être. C'est donc sans aucune attente ni appréhension particulière que je me suis aventuré au cinéma pour découvrir ce film qui avait une affiche plutôt cool. Quelques recherches sur Google plus tard, j'apprends que le film a été financé grâce à une campagne de levée de fonds lancée sur Kickstarter. De quoi s'assurer un joli coup de pub même si le mode de financement est légèrement douteux. Mais pour quel résultat en fin de compte?

 

 

       Je ne connaissais donc strictement rien du film et du sujet initial avant de rentrer dans la salle. Les 10 premières minutes m'ont agréablement surpris avec un humour que j'affectionne. Voir ce père de famille un peu tocard sur les bords demander à ses enfants de se comporter en bons juifs pour ne pas froisser le grand-père, j'aime bien. Ca ressemblait un peu à A Serious Man d'ailleurs, il y a pire comme référence.

 

       Le film arbore des allures de comédie dès le départ avec justement ce personnage principal qui galère à trouver un job de comédien en participant à divers casting de manière désespérée. L'histoire simple d'un type qui galère dans la vie et doit faire des concessions pour ne pas se retrouver à la rue.

 

       Un sujet de départ sympathique qui aurait gagné à ne pas sombrer dans la quête initiatique vers le sens de la vie. C'est bien simple, Braff ne semble pas savoir où se mettre, le cul entre deux chaises. C'est bien beau de faire une comédie acide et décalée, mais si le reste tombe dans le conventionnel l'intérêt devient moindre.

 

      Car c'est bien ça le problème du Rôle de ma vie, ça manque sérieusement de relief. Au fond nous voilà dans une chronique familiale banale, sans rien de plus ou presque. Les relations familiales sont terriblement bâclées, aucun personnage n'est réellement creusé. Braff reste en surface de son sujet, n'inculque aucune profondeur. A la place on place une intrigue convenue avec une bonne dose de pathos en plus (les terribles violons notamment).

 

      Les personnages sont sympas pourtant. J'aime bien les ratés au cinéma, je les trouve attendrissants. Et j'aime voir les ratés essayer de sortir de leur condition sans jamais forcément y arriver, ce qui est d'ailleurs le cas ici. Certaines séquences ne dégagent tout de même rien du tout et cèdent parfois même dans la caricature (la rencontre avec les rabbins notamment). Le potentiel est bien là mais Braff manque d'ambition, de mordant. Je ne lui demandais pas non plus de faire du Altman comme dans Short Cuts mais de porter un regard plus critique, plus osé. Quitte à insuffler une partie dramatique dans son film, autant le faire à fond.

 

       Il y avait d'ailleurs cette relation père-fils entre le patriarche et ses deux rejetons ratés qui aurait pu avoir plus d'impact. Le problème vient du fait que ça tente d'être cynique. Je précise bien "tente" alors que cette relation est traitée de manière cynique pour finir en pleurnicherie dispensable. Comme si, justement, Braff évitait d'être trop méchant pour ne pas gâcher l'aspect feel-good de son film.

 

 

       D'un point de vue technique, le film peine aussi à se montrer intéressant. C'est bien filmé, bien cadré, la photographie est assez belle aussi mais l'ensemble est alourdi par des ralentis sous fond de musique pop-rock assez inutiles et qui sentent bon le film américain indépendant qui veut se la jouer cool. Sauf que ça ne marche pas forcément, n'est pas Wes Anderson qui veut. J'ai l'impression que ce genre de scènes se reproduit comme des lapins depuis Little Miss Sunshine.

 

      On a quand même une interprétation qui est globalement réussie, j'aime bien l'énergie de Braff en tant qu'acteur. Une énergie qu'on ne retrouve pas tellement dans sa réalisation malheureusement. Les gamins arrivent à ne pas être énervants, ce qui est une prouesse aujourd'hui (d'ailleurs la fille joue aussi dans White House Down où elle y est absolument insupportable donc Braff > Emmerich en direction d'acteurs, c'est déjà ça). Puis l'alchimie fonctionne quand même entre les différents membres de la famille. A défaut d'être profondes, elles restent convaincantes, c'est le principal.

 

       Pas réussi sans être une abomination, Le rôle de ma vie fait partie de ses films qui ont de bonnes intentions mais qui n'en font presque rien de peur de brusquer le public. Le ton qui navigue sans cesse entre drame et comédie en est la preuve, Zach Braff ne se positionne pas concrètement, n'ose pas. Le Rôle de ma vie reste quand même plutôt drôle, il n'excelle clairement pas dans le drame mais ça se laisse regarder sans problème. C'est un film pas désagréable basé sur des personnages attachants mais malheureusement sans envergure. Facilement oubliable en somme, dommage.

 

5/10

 

Romain

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19 août 2014 2 19 /08 /août /2014 10:19

       "Lucy... Luuuucy c'est moooooi je sais..." Telle était ma première réaction quand j'ai découvert l'existence du nouveau film de Luc Besson. "Crève connard avec tes films de merde" était celle à la sortie de la salle. J'aurais tant à dire sur ce monsieur mais je risque de sombrer rapidement dans la vulgarité. Je pense que ses productions sont parmi les choses les plus infâmes vues sur les écrans depuis une quinzaine d'années à l'exception d'une toute petite poignée de films. Je n'avais pas encore eu une véritable occasion de détester le Besson réalisateur ayant vu ses films précédents depuis trop longtemps mais c'est désormais chose faite. Et quelque chose me dit qu'il vaudrait mieux que j'évite de les revoir car avec Lucy, Besson a frappé très fort dans l'art de la connerie abyssale.

 

 

       C'est drôle car on pourrait considérer Lucy comme un condensé de ce qu'il ne faut pas faire. Et pour le coup, Besson le fait très bien. La catastrophe est à la hauteur de l'ambition du bonhomme: immense.

 

       30 secondes. Il n'a fallu que 30 secondes pour Besson arrive déjà à me dégoûter avec deux clins d'oeils bien lourds envers deux de mes films préférés. Allez hop on case un primate hominidé pour faire référence à 2001 et on place des passages de foules accélérés pour montrer qu'on a bien vu Koyaanisqatsi. Bien Luc, l'originalité et la créativité tu connais? La référence peut très bien être utilisée mais quand tu en places plusieurs dans ton intro c'est qu'il y a quand même quelque chose qui cloche...

 

       Besson a voulu faire son 2001. Le problème c'est que Besson n'est pas Kubrick. La précision du cadrage, l'harmonie son-image et les réflexions métaphysiques ce n'est pas pour Besson qui emploie une nouvelle fois toute la méthode Europacorp: le bourrinage sans saveur. 

 

        Le grand défaut de Lucy (parmi les quelques 13 568 défauts du film) est que ça ne tient jamais debout, le film est affolant de stupidité. Déjà l'idée de base comme quoi nous n'utilisons que 10% de nos capacités cérébrales est une légende urbaine totalement fausse. Comment tu veux façonner un récit cohérent à partir d'un postulat de départ complètement faux? Mais le public lobotomisé par la machine à fric de Besson ne le sait pas et va gober tout ce qu'il dit. De toute façon on s'en fout hein? Tout ce qu'on veut voir c'est Scarlett Johansson en débardeur moulant qui va buter du chinetoque.

 

       Et c'est bien là que nous retrouvons la production Europacorp type. Le bourrin avant tout. Il fallait bien sûr qu'on rajoute une histoire de trafic de drogue inintéressante avec des méchants chinois (enfin des coréens mais bon, pour le fan de Taxi 2 ça reste la même chose). Tout ce qui aurait pu être creusé scientifiquement ne l'est jamais mais bon quelque part tant mieux, surtout quand tu vois les âneries qui sont dites. 

 

       Mais le pire c'est que Besson y croit et que ça a l'air de marcher vu que certains sont admiratifs devant ça. Quelques énergumènes arrivent à y voir une réflexion métaphysique alors qu'il n'y en a même pas un embryon! C'est juste un film d'action Europacorp lambda qui cherche à se différencier par son sujet de base. Mais quand tu évites soigneusement toute réflexion ou questionnement épineux, ça ne reste qu'un produit de consommation basique, sans aucune envergure.

 

 

       Besson n'arrive jamais à élever son sujet et ce n'est certainement pas sa mise en scène qui sauve l'ensemble. Il n'y a qu'à voir les 5 premières minutes et ce dialogue interminable entre le mec au chapeau et Johansson. Aucun rythme, des champs/contre-champs ennuyeux à mourir et cette scène qui s'éternise avec des dialogues bidons... Et le pire c'est que le film dure 1h30 et ne se repose uniquement que sur ce genre de séquences.

 

       Johansson, parlons-en justement. J'adorais cette actrice à une époque, ce film réussit presque à me la faire détester. Comme quoi tourner pour Allen et Besson ce n'est pas la même chose. Il suffit de voir la séquence au début où elle est kidnappée par les coréens. J'ai rarement vu un jeu aussi catastrophique... Il faut la voir jouer la peur face aux "méchants"... C'était d'un grotesque, j'étais vraiment mal à l'aise de la voir se ridiculiser ainsi. Puis vient Morgan Freeman, une des bouilles les plus sympathiques parmi les acteurs actuels. Mais le mec joue le même rôle depuis plus de 15 ans, il est une fois encore la transparence incarnée. 

 

       Mais le plus douloureux c’est quand même Choï Min-Sik. Le mec a envisagé d’arrêter sa carrière, il a joué dans Old Boy et I met The Devil ce qui n’est quand même pas rien. Et le voilà là, à faire le kéké pour Besson. Et que de clichés sur les asiatiques…  De toute façon les non-blancs chez Besson sont soit cons, soit de la chair à canon ou soit les deux en même temps. C’est navrant de voir encore ça au 21ème siècle.

 

        Besson ne changera jamais. C'est fou de voir à quel point il se plante malgré toute l'ambition du monde. Il veut parler des capacités cérébrales mais il confond l’intelligence avec le savoir, les sens avec les sentiments. C’en est prodigieusement ridicule. Et du coup tout semblant de cohérence s’effondre. Comment croire à cet univers ? Besson lui-même ne comprend rien à ce qu’il fait mais il trouve ça cool.

 

 

       En fait je peux résumer mon impression sur Lucy en un simple "pourquoi?". Pourquoi elle arrive à changer la couleur de ses cheveux en un quart de seconde? Pourquoi est-ce qu'elle ne tue pas le méchant quand elle en a l'opportunité (elle devait pourtant être à 20% de capacités cérébrales utilisées soit deux fois plus que l'être humain lambda selon Besson)? Pourquoi elle arrive à s'infiltrer dans un téléphone portable (en fait comme dans Watch Dogs mais sans appareil)? Pourquoi les flics ne voient pas les asiatiques s'armer en pleine rue à 10 mètres d'eux? Pourquoi personne ne s'indigne de voir une blondasse descendre un simple chauffeur de taxi gratuitement? Pourquoi personne ne s'inquiète de voir la même blondasse débarquer dans un hôpital avec une arme à la main bien visible? Pourquoi (et surtout comment et où) a-t-elle chopé un tel arsenal? 

 

      En définitive on peut aussi résumer le film à ce "pourquoi?"-ci: Pourquoi est-ce que Luc Besson s'acharne à nous ouvrir le crâne à la scie-sauteuse pour y uriner gaiement dedans? A force de tenir son spectateur par la main pour lui expliquer son scénario de merde, Besson ne signe pas seulement là le navet de l'année. Il signe le film le plus irritant, le plus irrespectueux, le plus débile de l'année et certainement le plus gratiné de sa filmographie.

 

        L’être humain n’utilise que 10% de ses capacités cérébrales. Lucy est à 100%. Je suis descendu à 1% à la fin de la séance, abruti par ce que je venais de voir mais aussi en colère face à un film aussi énervant. Après peut-être que le coup de la scie-sauteuse n'était pas étranger à cela. En tout cas, pour ma part, Lucy est un film plus qu'évitable. Il suffit de voir les 10 dernières minutes et de gloubi-boulga indigeste où on essaie de tout t'expliquer en enchaînant conneries sur conneries pour aboutir sur une issue moralisatrice à souhait. Mais je ne laisse pas berner par cet étron. Il ne faut pas se Lucy faire, ne Besson pas nos frocs!

 

1.5/10 (le demi-point en plus c'est vraiment pour faire du social)

 

Romain (ou ce qu'il en reste)

 

 

[L'avis d'Arnaud]

Si j'avais écrit cette critique, j'aurais peut-être été moins agressif mais le fond n'aurait pas changé: c'est jusque là mon pire film de l'année. Et j'ai vu la suite de 300 et Transformers 4. Ces films ont au moins le mérite de ne pas se prétendre intelligents, et même d'assumer pleinement leur bêtise. Besson pense clairement faire son chef-d'oeuvre avec cet étalage de prétention débordant, semi-plagiat d'une bonne dizaine d'oeuvres différentes, totalement indigeste et bordélique. Ca m'est personnellement insupportable, et je n'ai rien trouvé à sauver dans le film.   -   2/10

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4 avril 2014 5 04 /04 /avril /2014 20:58

       A ce stade-là, on ne présente plus la machine de guerre Marvel Studios, donc l’introduction sera brève. Captain America premier du nom faisait partie de la Phase 1, dans le but d’introduire le personnage, ce qui n’était pas chose aisée tant son potentiel de ringardise est élevé, mais le tout s’était avéré être une plaisante surprise. Fun, pas prétentieux, pas si idiot que ça sur le patriotisme, j’en garde un bon souvenir. Ce second opus a la lourde tâche de s’inscrire dans le post-Avengers avec tout ce que ça sous-entend de sérieux, d’attente et de liens à gogo avec le reste de l’univers Marvel (MCU pour le cinéma pour faire simple).

 

 

       Difficile de se dire qu’il y a tout juste une quinzaine d’années, les seuls superhéros correctement adaptés au cinéma étaient Superman et Batman, en gros les plus connus. Je ne sais pas pour vous, mais pour moi c’est comme essayer de me rappeler comment on regardait des vidéos avant Youtube, ça paraît trop lointain. Après l’énorme échec autant critique que public de Batman & Robin en 1997, il a fallu attendre un peu avant que la machine reparte. Durant les années 90, trois projets majeurs de superhéros Marvel flottaient dans les limbes hollywoodiennes, réputés inadaptables car demandant un budget faramineux : X-Men, Spider-Man et Les 4 Fantastiques. Après un nombre incroyable de traitements différents, de réécritures et de délais, c’est finalement le jeune Bryan Singer, auréolé du succès d’Usual Suspects, qui acceptera de porter à l’écran la fameuse troupe de mutants.

 

       En parallèle, le projet de Spider-Man a vécu les mêmes rebondissements sans fin, et après avoir eu James Cameron pressenti pendant des années, ce fut Sam Raimi qui en hérita. Ces deux films, pour lesquels j’ai beaucoup d’affection et qui restent parmi les meilleurs films de super-héros avec leurs deux suites respectives, ont malheureusement la responsabilité d’avoir ouvert la boîte de Pandore en matière d’adaptations. A quelques exceptions près, à savoir Ang Lee pour Hulk, Guillermo Del Toro pour les Hellboy et Christopher Nolan pour les nouveaux Batman, peu de réalisateurs dignes d’intérêts furent appelés ou intéressés par la vague, pour ne pas dire le tsunami de super-héros qui allait déferler. Tout ce qui était plus ou moins adaptable y est passé sur une période d’à peine 5 ou 6 ans, résultant en un engorgement du genre et un certain désintérêt du public pour les adaptations vite fait mal fait telles que Ghost Rider, Les 4 Fantastiques, Elektra et j’en passe.

 

       Les tentatives d’aller plus loin, avec des personnages plus sombres, dans des films comme The Dark Knight et Watchmen furent saluées, mais ce dernier marqua également la mort prématurée des blockbusters matures et sanglants en raison de son semi-échec. La seconde vague de super-héros devait venir de Marvel Studios, qui rachetait une à une ses précieuses licences pour mieux contrôler les futures adaptations et les inclure dans un univers, le MCU donc. Louable intention, mais qui se traduisit en premier lieu par une salve de films à la qualité et à l’intérêt inégaux, dont le meilleur reste Iron Man. L’aboutissement de cette Phase 1 avec Avengers semblait tout à fait logique et j’avais beaucoup apprécié ce dernier.

 

       Par contre, ce qui m’avait déjà beaucoup plus gêné avec leur suivant, Iron Man 3, c’est que l’on sentait déjà un manque de personnalité à beaucoup de niveaux, alors que l’on disposait d’un Shane Black à la réalisation. Pour Thor 2, un des réalisateurs oeuvrant sur Game of Thrones fut placé à la barre, mais suite à de nombreux différends il n’eut pas son mot à dire sur le montage. Voilà qui devient déjà gênant et qui semble confirmer que Marvel Studios ne laisse pas beaucoup de marge de manœuvre aux créatifs. Enfin, pour ce Captain America, le choix s’était posé sur les frères Anthony et Joe Russo, réalisateurs et producteurs sur la série Community. Quel semblant de sens derrière une telle décision ? Je suis pour laisser le bénéfice du doute à de possibles talents en devenir, mais il y a tout de même des limites.

 

 

      C’est pour cela que je profite de ce film pour en faire non pas une critique « classique », mais pour faire un point sur la production de films de super-héros, après ce petit historique qui j’espère ne vous aura pas fait fuir. En bref, tout ça pour dire que j’aime pas mal de films de super-héros et que le potentiel est assez énorme dès qu’il y a quelqu’un de talentueux derrière le projet. Ce deuxième épisode cristallise à lui seul pourquoi les films Marvel divisent tant, surtout depuis Avengers, les amateurs de l’univers et les cinéphiles (évidemment, certains font partie des deux et doivent choisir leur camp).

 

       Pour les premiers, le film s’inscrit dans une logique de fan service total (je ne dis pas ça péjorativement), en adaptant une histoire intéressante, en multipliant les personnages de l’univers, les clins d’oeil dans tous les sens, les scènes d’action explosives et les traditionnels bonus de fin après le générique. C’est même un peu moins banal/idiot que d’habitude niveau trame d’ensemble en nous proposant un ennemi intérieur qui change des méchants terroristes et des génies humiliés en quête de vengeance (même si la fin endommage fortement cette ambition initiale). Le tout a même un rythme plus que correct avec ses nombreux rebondissements qui fait qu’on ne s’ennuie pas malgré la durée conséquente.

 

       Le problème de taille, c’est qu’à peu près toutes les autres composantes du film se révèlent assez faibles. La seule qualité de la bande-son est d’être anecdotique, nous évitant la cacophonie d’un Iron Man 3. La photographie est inexistante, des tons grisâtres et pâlichons, contrastant très fortement avec l’identité du premier, flagrant lors des flash-backs. Je conçois que ce soit certainement voulu pour coller à l’époque et au côté plus « sombre » du film, mais par rapport à un The Dark Knight, c’est tout de même bien moche.

 

       Parmi les acteurs, les habitués se débrouillent correctement, mais il est assez triste de voir un Robert Redford qui semble perdu dans son rôle après sa performance bluffante dans All Is Lost. Il ne semble jamais convaincu par ce qu’il dit, et on le comprend car les dialogues ne volent pas non plus très haut. Signalons tout de même le passage hilarant de début de film avec des terroristes français qui ont pris en otage un bateau, dont le chef parle avec un fort accent québécois, mais dont on dit par la suite qu’il est en fait algérien ! Entre ça et de magnifiques phrases comme « Partez le bateau ! », on sent le professionnalisme du truc dès le début.

 

       Mais le vrai fléau qui plombe totalement ce film reste la mise en scène, de loin. Comme dit plus haut, les frères Russo ne semblaient pas un choix des plus pertinents pour un film de super-héros, en venant d’une sitcom, et cela se confirme à tous les instants. Passe encore sur les phases de dialogues, du champ/contre-champ scolaire à gogo, mais les scènes d’action sont un vrai massacre à ce niveau-là. Cédant à la mode de la caméra qui gigote dans tous les sens pour donner une impression de « réalisme » et de nervosité, les frères Russo semblent s’obstiner à rendre illisible combats, fusillades et poursuites, qui pourtant ne manquent pas d’idées. La gamin fan de super-héros en moi aurait été ravi si le tout avait été filmé correctement, au lieu d’avoir les yeux qui saignent à cause d’un montage épileptique et d’une 3D ignoble.

 

 

       Dans tout ça, le meilleur exemple de la fracture dont je parlais plus tôt reste ce fameux Soldat de l’hiver tant annoncé. Je n’ai pas lu les comics, mais de ce que j’ai compris il y avait un certain impact au fait que ce soit Bucky qui se révèle être un adversaire redoutable du Captain, car on suivait les personnages depuis un moment. Dans le film, cet impact est proche du néant car le personnage n’avait pas tant d’importance dans le premier, je ne me rappelais pas de lui, du coup on nous met la dose de flashbacks pour insister sur leur amitié passée. Rien à faire, ça ne marche pas, il n’y a aucune émotion qui se dégage du truc car on n’a pas investi dans ces personnages ou leur relation par le passé. C’est là qu’on voit à quel point le film s’adresse aux fans, les seuls à pouvoir compléter les gros blancs laissés dans le scénario, qui font du Soldat de l’hiver un simple méchant masqué et muet, qui tente d’être vaguement badass mais ne fait jamais bien peur.

 

       Ceux qui se foutent royalement de l’aspect technique en auront eu pour leur argent, par le gigantesque brassage de l’univers Marvel qui est effectué, les annonces de futurs films en filigrane (Doctor Strange cité notamment), les références, l’action, les blagues et ce qui est teasé pour la suite. Ceux qui s’y connaissent peu et veulent voir un bon blockbuster  risquent bien plus d’être déçus tant l’impitoyable machine Marvel continue à tout écraser sur son passage, sans recherche de qualité particulière. Tant que ça marche, pourquoi se priver ? Les frères Russo ont d’ores et déjà été confirmés sur Captain America 3 et Kevin Feige, patron du studio, a annoncé avoir des projets planifiés jusqu’à 2028.

 

       Malgré tout ça, je crois fortement dans les Guardiens de la Galaxie, qui s’annonce bien fun et totalement second degré, et Ant-Man grâce à Edgar Wright, qui saura très certainement en faire quelque chose de génial. Le fait qu’il y ait des gens un minimum doués et que les personnages soient nouveaux à l’écran joue pour beaucoup, à côté les énièmes suites me semblent beaucoup moins alléchantes s’il n’y a pas d’efforts conséquents sur la qualité.

 

 

5.5/10

 

 

Arnaud 

 

 

 

8/10

 

 

Arnaud 

8/10

 

 

Arnaud 

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14 mars 2014 5 14 /03 /mars /2014 15:36

       Ah, le plaisir de découvrir un film sans en connaître la moitié à l’avance… Je connaissais par contre la réputation de Spike Jonze et de sa filmographie (un sans-faute), l’accueil critique de son dernier plus que chaleureux outre Atlantique, une belle avant-première qui se présente, j’ai sauté sur l’occasion. Une salle pas bien grande, peu de spectateurs, une ambiance feutrée, on se retrouvait donc entre cinéphiles, ou curieux du moins, les conditions idéales pour se laisser porter par un film.

 

 

       Pour une fois, comme je le disais, je ne connaissais pas à l’avance les principales évolutions de l’histoire, ni les enjeux, et je fus agréablement surpris à de nombreux niveaux. Il sera par contre difficile de parler des grandes lignes du film sans évoquer quelques points de départ, donc si comme moi vous aviez fui la bande annonce et le synopsis, vous pouvez sauter le paragraphe suivant pour garder toute surprise intacte.

 

       Theodore Twombly, notre « héros » du futur proche (je ne crois pas que ce soit clairement indiqué dans le film, mais Wikipédia dit 2025), est un homme solitaire à première vue, faisant traîner un divorce un peu compliqué et très investi dans son travail. Ce dernier consiste à écrire de belles lettres (faussement) calligraphiées pour des gens qui n’ont pas le temps ou l’inspiration nécessaire pour le faire, dans un monde hyper-connecté où tout le monde semble pressé. Le point de bascule du film est l’investissement que Theodore va effectuer dans le révolutionnaire OS 1, un système d’exploitation doté d’une intelligence artificielle, avec lequel va s’engager une relation amoureuse complexe et passionnante.

 

       Parmi les nombreux traits de génie du film, il y a celui d’imaginer notre futur de façon totalement plausible et avec une intelligence rare. Quand on pense 2025, difficile de ne pas penser aux innombrables films de science-fiction ayant pris cette future décennie comme époque, avec tous les gadgets et innovations délirants que ça comporte. Spike Jonze envisage notre futur de façon bien plus prosaïque, comme une suite logique de notre vie actuelle, sans révolution mais avec une myriade de petites évolutions.

 

       Tout est plus lisse, arrondi, chaleureux, le bois et le métal sont bien plus présents sans surcharger les décors, de telle façon qu’on se sent « bien » dans cet environnement dès le début du film. Le design des ordinateurs et de l’OS 1 est indéniablement inspiré par Apple avec également des formes douces et rassurantes, un aspect convivial et simple d’accès qui domine, et qui semble tout à fait logique également. La mode évolue plus ou moins discrètement, on remarquera très vite que les hommes portent le pantalon jusqu’au nombril, ce qui fait forcément sourire. D’un autre côté, en dix la mode change beaucoup, qui ne s’est jamais moqué de styles vestimentaires passés ?

 

 

       Il est surtout des plus intéressants que Spike Jonze ne cherche jamais à juger ce futur qu’il nous imagine, il nous le propose simplement. Certains aspects sont attirants, d’autres beaucoup moins, mais il laisse au spectateur le soin d’en juger. Les personnages y évoluent de façon totalement naturelle, comme s’ils n’avaient connu que ça, et il est bien vu de ne pas faire usage de trop de nostalgie par rapport à notre époque, ce qui pourrait nous sortir du film et surtout le dater, à terme. Même le fait que les gens paraissent tous pressés dans la rue, leur attention captée par une conversation téléphonique, n’est pas montré comme un avertissement façon « regardez vers quoi on se dirige avec notre comportement absurde », mais comme une simple constatation de ce vers quoi nous évoluons.

 

       Et encore, ceci n’est qu’un des nombreux aspects du film, qui a de fascinant les multiples approches qu’il permet. Plus le temps passe, et plus les pistes de réflexion viennent se superposer, s’entrecroiser, bousculer gentiment nos convictions, sans jamais entraver l’intrigue amoureuse. Le fait que Theodore tombe amoureux d’une intelligence artificielle est abordé avec une pudeur remarquable : la situation semble, si ce n’est commune, au moins globalement acceptée (difficile de ne pas faire un parallèle avec l’homosexualité à l’heure actuelle), et il est donné un certain poids à leur relation par le fait que son OS est tout à fait capable de repousser ses avances, il n’est pas son esclave.

 

       A parti de là, Spike Jonze étire et repousse les limites conventionnelles de ce que nous appelons amour, nous interroge sur les possibilités qui nous serons offertes et la façon que nous aurons de les aborder, avec leurs dérives. Est-il forcément ridicule de tomber amoureux, ou de devenir ami, d’une intelligence artificielle capable de rivaliser avec un humain ? Si quelqu’un s’avérait plus heureux dans cette situation, serait-on en droit de le juger ? Jusqu’à quel point le contact physique est-il nécessaire dans une relation ? Bref, je ne vais pas lister les questionnements posés par le film, j’ai d’ailleurs peur de les rendre plus triviaux qu’ils ne sont en les retranscrivant par écrit.

 

       Tout dans ce film est une histoire de juste mesure. La romance n’empiète pas l’intelligence du récit, et inversement. Le type d’amour futuriste décrit plus haut a son lot d’avantage, mais aussi de frustrations et de difficultés qui ne sont pas épargnées au personnage et au spectateur. Je n’en ai pas parlé jusque-là car la transition ne venait pas, mais les personnages sont (évidemment) très crédible, encore une fois l’écriture est sans faille, et les acteurs, juste parfaits. Difficile de rester de marbre face à un tel casting, parmi lequel même les rôles secondaires parviennent à briller.

 

 

       Personnellement, je n’ai pas souvenir d’une romance aussi intelligente et émouvante depuis déjà dix ans, avec Eternal Sunshine Of A Spotless Mind. Si le style visuel de Gondry n’a que peu de rapport avec la sobriété de Jonze, leurs deux films ne sont pas sans points communs, avec un travail excellent sur les souvenirs, la nostalgie, la douleur, des choix musicaux envoûtants (ici la bande son est signée Arcade Fire) et un scénario irréprochable. On remarquera pour l’anecdote que les deux films n’ont gagné qu’un seul Oscar, et c’était celui du meilleur scénario original, comme quoi il n’y a pas de hasard.

 

       Je pourrais passer encore longtemps à parler du film sous d’autres angles, à donner d’autres pistes de réflexion, mais autant laisser ceci à votre libre interprétation, car il y a de quoi faire. Au rayon des reproches, par contre, je dois bien dire que sur les 126 minutes du film, il y a un petit coup de mou vers les deux tiers environ, avec des situations peut-être un chouia répétitives, mais cela n’a en rien endommagé mon appréciation globale du film. Pour ne pas finir sur une note négative, je ne peux que vous inviter à foncer dans les salles obscures découvrir ce qui devrait être un des meilleurs films de l’année, et à fredonner une certaine Moon Song un peu contagieuse en sortant, le sourire aux lèvres et la tête pleine de questionnements sur le sens de la vie. C’est beau le cinéma quand même.

 

 

8/10

 

 

Arnaud 

 

 

 

8/10

 

Arnaud 

 

 

8/10

 

Arnaud 

 

8/10

 

Arnaud 

8/10

 

Arnaud 

8/10

 

Arnaud 

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12 mars 2014 3 12 /03 /mars /2014 23:50

        Ma curiosité naturelle, mêlée à un choix de films restreint sur un créneau horaire pas évident et dans un ciné qui ne propose que 10% de sa programmation en VO m'a poussé à voir ce Monuments Men en avant-première, le premier film réalisé par George Clooney. Ah... On me souffle dans l'oreillette qu'il s'agit de son cinquième long-métrage, pardonnez mon inculture. Ceci dit vu la qualité du scénario et de la mise en scène, je pensais vraiment qu'il s'agissait là du brouillon d'un débutant maladroit. Si ses talents d'acteur sont bel et bien là, je dois cependant avouer que Mr "What else?" ne m'a pas convaincu derrière la caméra.

 

 

       Même si je n'en attendais rien de spécial, je pensais aller voir ne serait-ce qu'un film sympathique et bourré d'humour avec une flopée de bons acteurs. Et si ce dernier point demeure vrai, le reste est loin de l'être. Un beau casting et un thème assez intéressant ne suffisent pas quand il n'y a pas de réelle vision de cinéaste derrière.

 

        Si je devais résumer ce Monuments Men en speed et presque sans troller, ce serait ça: George Clooney et ses potes se trimballent d'un point A à un point B dans une Europe en guerre sans jamais en baver ou presque. Une sorte de Grande vadrouille avec une bande de stars et qui se foire sur presque toute la ligne.

 

       C'est bien simple, le film raconte l'histoire d'une incroyable expédition et ce côté expédition n'existe pas car le scénario est ultra bancal et les ellipses incroyablement ratées. On commence en 1943, la scène d'après les alliés ont débarqué en Normandie, ensuite le groupe se sépare, un duo va à Bruges, un bonhomme va à Paris, un autre groupe va par-ci, par là, etc... Et ils n'en chient pas! Les mecs sont tous des conservateurs de musée, des historiens, des professeurs. La majorité d'entre eux ont un certain âge mais ils traversent l'Europe, en pleine seconde guerre mondiale, quasiment les mains dans les poches et presque sans danger. Dans le genre vision bisounours de la guerre, on aura difficilement fait mieux.

 

      Quand bien même le film lorgne davantage vers la comédie, ce n'est pas une raison pour bâcler autant le contexte historique. D'autant plus que du péril il y en a mais la tension est inexistante et les personnages tellement pas creusés qu'ils peuvent tous crever sans qu'il y ait un quelconque pincement au coeur pour le spectateur.

 

        Pourtant le casting, au risque de me répéter, est très sympa. Mais ils interprètent des personnages fades, parfois drôles, mais avant tout complètement banals. A l'image du film en fin de compte qui n'est pas antipathique mais qui agace sur bien des points.

 

       Le fait de voir Damon parler français est drôle. C'est voulu, car il joue l'américain qui se la pète parce qu'il sait parler français alors que c'est incompréhensible. Le fait de voir Blanchett parler français est drôle aussi. Mais c'est pas voulu car elle joue une française. Là on atteint un des points les plus regrettables du film: chercher le casting 5 étoiles et non l'authenticité. C'était si compliqué de dénicher une actrice française ou parlant correctement le français George? 

 

 

        Et c'est ce genre de détails qui me fait malheureusement croire que le film a été réalisé par un américain lambda, avec une vision de la guerre digne d'un américain lambda. Car à quoi bon mettre en scène un pan méconnu de la Seconde Guerre Mondiale si c'est pour proposer un truc ultra convenu qui se contente d'un humour un peu pataud, de scènes d'action dépassées et d'un scénario paresseux?

        

        Monuments Men est victime du syndrome "inspiré d'une histoire vraie". On vient te raconter une leçon d'histoire mais on ne te fait rien vivre. Ni réelle tension, ni émotion. L'académisme le plus primaire, le genre de film qui me gonfle. 

      Sans compter que l'on tombe parfois dans le pro américanisme basique. La "course poursuite" avec les russes à la fin est particulièrement pathétique, sans oublier ce triomphalisme de bas étage qui nous montre encore une fois que le pays de l'Oncle Sam est le meilleur. Si ce n'est pas non plus très envahissant, je trouve cette glorification totalement désuète. Je pensais que Clooney était quand même un mec plus malin que ça.

 

      Tout n'est pas à jeter mais rien n'est vraiment à sauver, Monuments Men aborde un sujet intéressant mais se vautre. Outre le fait d'être particulièrement vide, il souffre de si gros défauts scénaristiques qu'il est difficile de pardonner entièrement ce film raté qui abandonne toute crédibilité historique pour nous offrir un gloubiboulga qui oscille entre comédie et drame sans jamais se trouver. Reste que l'on s'ennuie pas trop, mais avec un tel potentiel de départ on ne peut s'empêcher de déplorer cet immense gâchis.

 

4/10

 

Romain

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28 décembre 2013 6 28 /12 /décembre /2013 11:19

      Dire que j'attendais impatiemment le dernier film de Martin Scorsese ne serait qu'un doux euphémisme. Pour certains, Noël c'est l'occasion de se retrouver en famille, s'échanger des cadeaux, passer de bons moments. Pour ma part ce Noël cuvée 2013 c'était se retrouver en famille, s'échanger des cadeaux, passer de bons moments et la sortie du Loup de Wall Street. Je l'attendais presque autant que le Père Noël celui-là. Après un Hugo Cabret très sympa mais un peu faiblard dans la filmographie du maître, j'espérais voir la nouvelle oeuvre majeure de Scorsese, celle qui entrera dans la postérité. Autant dire d'emblée que c'est très bien parti.

 

 

       Car à 70 ans passés, Martin Scorsese en a toujours dans le pantalon et signe ici un des films les plus fous et ambitieux de sa carrière. Celui-ci est basé sur les mémoires de Jordan Belfort, ancien trader à Wall Street ayant mené une vie de débauche, brassé des millions de dollars et trempé dans diverses magouilles en tout genre. Plus qu'une critique du monde de la finance, Marty nous offre une véritable plongée dans un monde totalement dégénéré où l'argent et la folie règnent en maître.

 

       Ma première grosse surprise vient du fait que le film est très drôle. Aimant cette forme d'humour noir et cynique, j'avoue avoir pris un pied terrible pendant les trois heures de ce film qu'on ne voit absolument pas passer. Car Scorsese a un sens du rythme inégalable et que son oeuvre est tellement généreuse et énergique qu'il n'y a aucune place pour l'ennui. Rien n'est laissé au hasard et chaque séquence est à sa place, a son sens, est là pour faire progresser cet univers et ces personnages décadents.

 

       Là où le film brille c'est dans sa volonté de ne pas juger ce qui se passe à l'écran, de ne pas juger ses personnages et ses spectateurs. Marty envoie la sauce, ça baise, ça se défonce, ça part toujours très loin et pourtant il me paraît difficile de ne pas ressentir une certaine forme de fascination envers ce monde et les personnages qui l'animent. Et c'est paradoxal car ces excès sont écoeurants, les protagonistes sont lamentables mais ils réussissent, ils arrivent à leurs fins et empochent des quantités phénoménales d'argent. Et pour créer un univers aussi envoûtant que dérangeant, il faut être très fort. 

 

 

        J'ai adoré l'introduction de ce monde complètement fou avec l'arrivée d'un DiCaprio, jeune courtier idéaliste, face à une bande de dégénérés qui s'insultent et hurlent sans cesse. Et là on voit Matthew McConaughey, le mec qui a connu une carrière quelconque avant de véritablement exploser ces dernières années (et pour voir un très grand rôle de sa part, je vous tourne de nouveau vers Killer Joe, la grosse baffe sortie l'an dernier). Et la scène du restaurant entre DiCaprio et McConaughey est en passe de venir culte et mythique. J'ai rarement autant ri au cinéma, cette situation incroyablement absurde est juste hilarante. A l'image d'un film qui ne lève jamais le pied et semble se renouveler sans cesse malgré des séquences qui peuvent sentir le déjà-vu.

 

       Techniquement, le film est fabuleux, audacieux. La mise en scène est d'une classe et d'une énergie folles. Les effets utilisés lorsque les personnages sont sous l'emprise de la drogue sont juste incroyables, rarement on aura senti un tel malaise. La scène où Jordan se traîne jusqu'à sa voiture est un sommet de noirceur, le personnage est humilié, se traîne comme une loque et on ressent plus que jamais l'effet de ce qu'il a ingurgité. On n'avait pas vu ça depuis Las Vegas Parano.

 

       En termes d'interprétation, DiCaprio offre une performance que je trouve particulièrement hallucinante. Allez allons même plus loin, je pense que c'est la meilleure performance qu'il ait pu livrer jusqu'à présent. Ca fait plaisir de le voir se lâcher totalement, d'en faire presque des tonnes mais de toujours rester dans la mesure et dans la maîtrise. C'est quelque chose de dingue, et tout le reste du casting est à la hauteur de cette prestation. Jonah Hill est incroyable également, aussi drôle et pathétique qu'inquiétant.

       A noter aussi l'apparition d'un Kyle Chandler en agent du FBI intègre, qui nous offre également une sacrée séquence sur le yacht. Rien n'est à jeter à ce niveau, rien. Même Jean Doujardine campe un rôle intéressant et dans le ton du film. Quant à la jeune Margot Robbie, elle assure. Aussi sexy que Sharon Stone dans Casino, et tout aussi excellente.

 

 

       Le Loup de Wall Street peut sembler être une sorte de "suite" des Affranchis et de Casino. La structure scénaristique et les thématiques ne sont pas étrangères, il y a dans ces trois films des histoires de montées en puissance, de jeux de pouvoir et de déchéances. Pour autant, le dernier bébé de Scorsese est loin d'être un copié-collé de ses deux autres films cultes. Celui-ci est davantage une comédie noire, et malgré cet aspect comique et absurde très prononcé, demeure très profond. Plus qu'une critique du capitalisme, Marty dresse un constat amer de l'humanité. Il ne vient pas nous faire la morale, il vient juste titiller la nôtre. Car cette débauche qui nous est offerte pendant 3 heures est tout aussi repoussante qu'attirante, on ne sait même plus sur quel pied danser.

 

      La séquence finale va dans ce sens. Et sans vouloir spoiler, on voit que la crapule riche peut toujours trouver une porte de sortie. Que l'Amérique continue et continuera toujours de faire vivre ses démons, voire même de les encourager à se développer de nouveau. Cela sonne comme un terrible cycle sans fin. Le film a beau être hilarant, il est dans le fond vraiment noir et pessimiste.

 

        Je pourrais encore en parler des heures de ce film, car il explore des thématiques intéressantes avec brio, car il n'a pas froid aux yeux, car il n'en finit plus d'être épatant. D'ailleurs l'Académie des Oscars a réservé un accueil houleux au film lors de sa projection avec insultes envers Scorsese à la clé. Forcément, dès qu'on ne va pas dans leur sens de la masturbation et que l'on met du cul et que l'on dresse un portrait peu flatteur de l'Amérique dans un film, ça leur fait mal. Les puritains hypocrites dans toute leur splendeur. 

 

      Mais après tout, qu'en a-t-on à faire de cette Académie qui récompense les films consensuels et sans prises de risque? Martin Scorsese signe un film abouti, complètement fou mais très maîtrisé. Un pur plaisir de cinéma, réfléchi et fait avec fougue et passion. Ne boudons pas notre plaisir car il s'agit d'un grand film, d'une oeuvre majeure. Et en plus on entend du Plastic Bertrand dedans.

 

8.5/10

 

Romain

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27 décembre 2013 5 27 /12 /décembre /2013 10:59

       Nouvelle saga en passe d'obtenir un grand succès financier au cinéma après avoir obtenu un joli succès littéraire, Hunger Games a su trouver son public. Bon généralement les adaptations de sagas littéraires qui plaisent aux djeunz, c'est quand même pas top. Je pense à Harry Potter qui a amorcé une belle chute dès le cinquième opus et la saga Twilight qui a subi une belle chute depuis.. Euh.. Enfin bref, vous avez compris l'idée. Le premier Hunger Games ne m'était pas antipathique sans être bon pour autant. Disons que la réalisation confiée à une personne atteinte de Parkinson et la violence édulcorée m'avaient vite refroidi malgré un ensemble pas trop con. Et mine de rien, j'attendais une amélioration dans ce nouveau volet, plus de profondeur, plus d'audace. Ma naïveté me perdra.

 

 

        Parce que Hunger Games 2 ne corrige pas le tir et fait même mieux: il reproduit la même trame que son prédécesseur. On commence dans le district, ça gronde un peu, les personnages vont chez les riches, nouveaux jeux et fin. Seulement on maquille ça par un semblant de sentiment de révolte naissante, un complot et on amplifie le triangle amoureux déjà bien merdique à la base. Non mais sincèrement, ils n'ont aucun amour-propre ces mecs? Ils craquent tous deux pour l'autre pétasse qui va faire des bisous à l'un et à l'autre et ça ne les choque pas? Ca ne leur met pas la puce à l'oreille concernant l'embrasement du postérieur de cette demoiselle? (seul vrai embrasement que l'on verra dans le film d'ailleurs)

 

         Voilà juste une mini-illustration du fait que Hunger Games soit passé du divertissement pas top mais pas trop con dans le premier film à un truc peu divertissant et plus con dans le deuxième. Je n'ose imaginer la gueule des suites si ça poursuit dans cette voie. Mais le pire dans tout ça, c'est que ça se veut intelligent. Pourtant au fond il y a de l'idée et l'univers aurait mérité d'être plus approfondi mais surtout, avant toute chose, être plus cohérent. 

 

       Là en gros, les méchants sont riches (forcément), exubérants et vraiment très très méchants. Ils soumettent le petit peuple, tuent le petit peuple dès qu'ils lèvent trois doigts au ciel en sifflotant et ils sont tellement pas malins qu'ils passent leurs émissions de télévision en direct histoire que n'importe qui puisse venir dire de vilaines choses concernant le régime. C'est du délire.

 

       Le mérite (si on peut appeler ça comme ça) du premier volet était de ne pas s'attarder sur son univers proche du grotesque. Là ça tente d'approfondir le truc, pour le malheur de ma pauvre mâchoire qui n'a cessé de supporter mes bâillements répétés. Parce que cet univers est CHIANT. C'est une dystopie à la con, caricaturale à souhait et qui utilise d'énormes ficelles pour ses thématiques comme la lutte des classes notamment, avec une dictature de pacotille. Sans rire, j'avais l'impression que le script était écrit par un élève de 3ème qui venait d'apprendre son premier cours sur le totalitarisme. Niveau écriture c'est vraiment du même niveau, c'est assez affligeant de voir que ça se prend archi au sérieux.

 

 

       En plus, le changement de réalisateur n'a strictement rien apporté. On lâche Gary Ross et son syndrome de Parkinson pour nous foutre Lawrence qui nous sort une mise en scène aussi plate que Jane Birkin. Puis quand ce n'est pas plat, c'est juste moche. Entre les images de synthèse ratées, les gros plans dégueulasses et ce magnifique plan en slow motion à la fin quand Katniss se fait ramasser, c'est juste incroyable de voir autant de mauvais goût assumé dans un ensemble désespérement fade.

 

       Le nouveau passage dans l'arène est d'un ridicule. Et dire que je m'attendais à me réveiller enfin après du blabla convenu et inintéressant autour d'un univers pathétique... Aucune tension, une action au mieux moche, au pire illisible. Josh Hutchercrotte qui fait semblant de claquer deux fois, DEUX fois grand dieux, DEUX FOIS. Déjà que ce genre de scène est un cliché sur pellicule, Lawrence nous la claque DEUX PUTAIN DE FOIS! C'est dire à quel point on atteint un point de non cinéma, de schémas vus et archi vus. Avec en prime une musique sans subtilité aucune, putain on est servis.

 

       Parce qu'entre la musique banale et bien pouin pouin lors des scènes d'actions et ces fichus violons lors des scènes tristes (ou plutôt censées être tristes), c'est un carnaval. L'orchestre chouchou du parfait petit tocard hollywoodien est en marche. Que Katniss soit séparée de sa soeur tout le monde s'en fout. Alors on fout des violons pour que le spectateur chiale. Autant foutre direct un panneau "SEQUENCE EMOTIOOOOON", ça ne sert à rien de s'emmerder à payer un compositeur. 

 

      Je reviens en vitesse sur cette dystopie puérile qui sert d'univers pour dire que c'est sorti après Snowpiercer qui lui, pour le coup, traitait des mêmes thématiques avec une audace et une subtilité incroyables (et un tout autre niveau de mise en scène). Et ça ne passe pas, j'ai l'impression que ce film a 50 ans de retard. Et même visuellement, les effets craignent. Et dire que ce bidule a coûté 130 millions de dollars. Ils seraient quand même beaucoup mieux dans ma poche. Avec ça ils auraient pu au moins payer des strip teaseuses pour voir des nichons. Mais non, aucun nichon. Et dire que la seule fois où on aurait pu en voir, l'actrice était filmée de dos. Bah oui, faut pas choquer l'américain de base. Le nichon c'est trop sexuel t'as vu.

 

      Je conclurai cette critique sur un point qui me gêne toujours autant dans ces adaptations de livres pour ados. Quand on a plus de 16 ans, on pense à autre chose qu'à se faire des petits bisous. Que ce soit dans Harry Potter, Twilight et ici Hunger Games c'est encore strictement la même chose. Ce n'est même pas pudique, ça reviendrait à faire l'amour en portant un jean et un pull-over, c'est juste conservateur et cul-cul à en crever. Résultat des courses: un film sans saveur au possible et passablement chiant. Je ne comprends même pas les personnes qui trouvent que cette chose est un bon divertissement. Mais Jennifer Lawrence est vraiment bien roulée ceci dit. Ca sauve le film du naufrage total.

 

3/10

 

Romain

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28 novembre 2013 4 28 /11 /novembre /2013 10:15

       Une salle de théâtre, deux personnages. C'est ce que nous propose Roman Polanski dans son dernier long-métrage La Vénus à la Fourrure. Un peu léger sur le papier me direz-vous? Et pourtant... Le réalisateur franco-polonais a beau avoir 80 balais mais il a la forme et ça se voit sur ce film qui a tout pour paraître dans le haut du panier de la grande carrière de ce cinéaste qui n'a décidément pas froid aux yeux.

 

 

         Thomas, metteur en scène, cherche l'interprète principale de son adaptation du sulfureux roman La Vénus à la Fourrure de Leopold von Sacher-Masoch (qui a donné son nom à une certaine pratique sexuelle connue, je suis sûr, de quelques-unes des personnes qui s'aventureront à lire ces lignes. Petits coquins...). 

         Après avoir auditionné des dizaines d'actrices bas de gamme, voilà que débarque Vanda, une blonde délurée, vulgaire et à priori bête comme ses pieds. Par pitié, Thomas lui accorde un essai. Mais sur scène, le vilain petit canard se transforme en cygne. Et on pourrait résumer ce dernier Polanski de manière très succincte à ça, un jeu du chat et de la souris teinté d'illusion et d'érotisme.

 

       Dans la forme, le film n'est pas sans rappeler Carnage, le dernier film du réalisateur. Le huis-clos est ici encore plus efficace dans le sens où l'on sent l'absence d'échappatoire. Il n'y a que ces deux personnages qui vont se livrer à un étrange jeu de domination et de soumission. Un bon jeu de sado-maso quoi, mais filmé avec classe et avec une tension grimpant crescendo. 

 

      On ne saura plus quand les personnages jouent ou ne jouent plus, il y a une ambiance juste incroyable dans ce film. Et c'est en ça que l'ont voit que Polanski est un très grand metteur en scène. Car sa réalisation est cinématographique et s'éloigne radicalement du simple théâtre filmé. La gestion de l'espace et de la lumière est admirable. Et la musique de Desplat rajoute vraiment quelque chose en plus. Je m'attendais à un truc sans subtilité aucune (Desplat quoi) mais force est de constater que sa composition est une sacrée valeur ajoutée dans la création de cette ambiance assez oppressante, proche du cauchemardesque. 

 

 

        Et c'est jouissif à tous les niveaux. Thomas joue avec Vanda, Vanda joue avec Thomas, Vanda joue avec les décors, Polanski joue avec ses personnages, joue avec nous. Le résultat est aussi troublant que fascinant, on entre dans quelque chose de presque diabolique à la manière d'un Rosemary's Baby (toutes proportions gardées, cela va de soi).

 

         Je n'ai pas lu le roman de machin Maso (de toute façon j'ai une culture littéraire de chiottes) mais ça me pousse à le découvrir, si c'est du même acabit que l'adaptation proposée par Thomas en tout cas. Le film grimpe peu à peu en tension, surtout en tension sexuelle. Et j'aime la tension sexuelle, j'aime voir des corps brûlants s'éloigner et se rapprocher, des regards appuyés, des gestes déplacés. Et tout ça grâce à une mise en scène précise en plus d'être très soignée sur un plan purement technique.

 

      Difficile d'en parler davantage, je préfère laisser l'effet de surprise sur ce film qui entre assurément parmi les meilleurs de l'année en cours. Je suis rentré dans ce jeu fascinant entre deux personnages servis par deux interprètes de talent et des dialogues ciselés. Amalric est génial en metteur en scène qui se laisse aller à l'obsession et Emmanuelle Seigner est très convaincante et troublante en plus d'être incroyablement sexy. On comprend mieux le malaise du personnage de Thomas face à cette femme qui l'entraînera dans un envoûtant tourbillon charnel!

        Voici donc un film remarquable, intelligent et surprenant. Roman Polanski ne perd pas de sa maestria en matière de cinéma et nous propose ici une oeuvre intense que je ne peux que vous recommander. Et y a même pas besoin d'être maso pour apprécier!

 

8/10

 

Romain

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9 novembre 2013 6 09 /11 /novembre /2013 17:42

       Après Le dernier rempart et Stoker plus tôt dans l’année, Bong Joon-ho est le troisième réalisateur coréen majeur à venir tâter du système hollywoodien. Une opération risquée dont leurs confrères hongkongais avaient pu faire les frais dans les années 90, dont il n’est resté dans les mémoires guère que le jouissif Volte/Face de John Woo. Qu’en est-il pour le réalisateur de Memories of Murder et The Host ?


 

       Il est intéressant de constater que sur ce projet, contrairement au Dernier rempart, nous n’avons pas affaire à une simple commande disposant d’un script moyen sur lequel on appose un réalisateur étranger. Ce Snowpiercer est réellement une œuvre internationale et multiculturelle, entre le fait qu’il soit adapté d’une bande-dessinée française (vous pouvez bomber le torse), réalisé par un coréen et joué par un casting hétérogène, du très britannique John Hurt au coréen Song Kang-ho en passant par l’ex-Captain America Chris Evans. Une caractéristique intéressante du film qui est de plus totalement cohérente avec son point de départ, à savoir un train faisant office d’Arche de Noé dans un monde post-apocalyptique dévasté par une période glaciaire.


       Partant de là, il n’existe pas des tonnes de possibilités pour passer deux heures de films en huis clos et rester passionnant. C’est un Chris Evans barbu que nous suivrons, prisonnier de la queue du train comme tous les plus démunis, mais qui a bien l’intention de ne pas y passer sa vie. Si la première demi-heure peut paraître longue et peu mouvementée au sein de ces derniers wagons, elle a le mérite de faire lentement monter la pression, ressentir l’attente interminable de ces opprimés qui ont soif de révolte et de détailler l’air de rien le fonctionnement et la hiérarchie du train. Avec son leader sanctifié et inatteignable à la locomotive et ses règles ultra strictes, le schéma de la lutte des classes peut paraître vu et revu, on pensera dans différents domaines à Metropolis, Soleil Vert, 1984 ou encore Bioshock.


       Mais ce qui va se révéler passionnant dans ce film, c’est plus d’observer la progression du groupe à travers les wagons et les surprises qu’ils réservent que de chercher à dénoncer vainement les riches ou les puissants. Chaque mètre gagné n’est qu’une fuite en avant alimentée par la rage qu’ils ressentent, une tentative désespérée d’échapper à leur condition initiale. Les derniers wagons sont livrés à eux-mêmes, nourris à base de blocs de gelée noire répugnante, se voient tabassés par les gardes au moindre mot de travers et leurs enfants sont régulièrement « sélectionnés » pour des soins ou un accès à l’école.


       Curtis est pourtant prévenu que personne n’est arrivé bien loin dans le train en 17 ans, que les révoltes qui ont parsemé l’histoire du train se sont finies tragiquement pour les derniers wagons, il ne reste pas moins obsédé par cette volonté d’arriver à la tête et de confronter Wilford, le fameux grand responsable. C’est par touches successives que le scénario et les pistes de réflexion, qui pouvaient sembler initialement limités, vont s’épaissir. Curtis ne souhaite pas devenir responsable en cas de succès, donc n’est-il pas poussé que par la vengeance et l’injustice qu’il a subie ? Comme la plupart des révoltes de notre monde, elle est motivée par la colère mais les morts qu’elle va causer sont-elles un mal nécessaire ou un simple carnage, qui ne sera pas plus défendable que ceux de l’autorité en place ? 


       Le film n’apporte pas de réponse simple, en évitant le cliché insupportable des gentils pauvres face aux méchants riches. Les défauts et les actes indéfendables sont présents des deux côtés,  et chacun a ses raisons, rationnelles ou non, d’agir comme il le fait. Cette absence de jugement rend indéniablement le film bien plus complexe, et il est difficile de ne pas se demander ce que nous aurions fait à la place de Wilford. Il est évident que sans leader craint et respecté, la population du train se serait entredéchirée. En mêlant toutes les classes et origines sociales, sans autorité intraitable, les conflits auraient rapidement éclaté, la nourriture n’aurait jamais été repartie équitablement ni cultivée et préservée de façon durable. En bref, il n’existe pas de solution miracle et équitable. Je ne vais pas non plus vous raconter le film, il réserve quelques surprises bien senties qu’il serait dommage de dévoiler.




       Sans avoir lu la fameuse bande-dessinée, j’imagine que le film lui doit beaucoup, mais il ne manque pas de qualités en dehors du scénario. Tout d’abord ce casting très divers et convainquant, auquel le réalisateur a réussi à intégrer parfaitement un Song Kang-ho ne parlant pas anglais. L’occasion rêvée de confronter des cultures et des approches, sans tomber dans la caricature et en glissant un humour un peu absurde comme on en trouvait dans ses précédents films (je ne suis pas sûr d’avoir compris le coup du poisson, mais j’apprécie quand même). J’avais déjà de la sympathie pour Chris Evans également, et sans être le rôle d’une vie, ce film me convainc qu’il est capable de jouer des rôles un peu plus complexes que ceux qu’il avait eus jusque-là.


       Les décors sont un autre gros point fort, qu’ils soient numériques pour l’extérieur ou construits pour l’intérieur, on croit à cette fin du monde et à ce train du début à la fin. Chaque nouveau wagon bénéficie d’un soin incroyable, tout en restant cohérent avec les nécessités de survie et le peu d’espace disponible. Il fallait une grande intelligence à ce niveau pour éviter le syndrome « jeu vidéo » qu’ont certains films récents, où l’évolution par paliers/étages/niveaux est bien trop visible et finit par lasser le spectateur. Ici, l’intérêt est sans cesse renouvelé, les surprises et les rebondissements sont nombreux mais logiques et justifiés, une fois la révolte en marche impossible de s’ennuyer.


       Si la fin a pu être décriée par certains, je la trouve au contraire très belle et cohérente (encore une fois) avec le reste du film. On évite l’émotion facile et on donne à réfléchir, c’est juste ce qu’il fallait. Après Alfonso Cuarón et en attendant Ridley Scott et Martin Scorsese, on peut dire que le blockbuster intelligent a décidément le vent en poupe en cette fin d’année, et on ne s’en plaindra pas !

 

 

8/10

 

Arnaud 

8.5/10

 

Arnaud 

8.5/10

 

Arnaud 

8.5/10

 

Arnaud 

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Published by thelastpictureshow
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