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11 février 2015 3 11 /02 /février /2015 19:00

        Film qui aura bien fait parler de lui suite au piratage des données informatiques de Sony, The Interview nous est finalement parvenu en salles en ce début d'année 2015 pour notre plus grand bonheur (ou non). Je ne reviendrai pas davantage sur la polémique liée à ce piratage, est-ce un coup de pub volontaire ou involontaire, car je m'en fous un peu à vrai dire. Je laisse donc le soin aux amateurs de théories du complot de décortiquer tout cela et de nous dire que ce piratage est le résultat d'une conspiration menée par l'impérialisme américain. Bref, c'est pas spécialement le genre de film qui m'intéresse en temps normal. Je m'attendais à voir un truc gras qui allait plus me faire grincer des dents que rire. Ce qui, je dois l'avouer, m'arrive souvent avec les comédies récentes, qu'elles soient américaines ou française (même si la bonne comédie existe toujours, ne nous méprenons pas). Alors finalement, que vaut cette interview qui tue? 

 

 

          On peut déjà émettre un avis qui aura du mal à être remis en cause: le titre français peut facilement concourir à la palme de la traduction la plus foireuse depuis 2010. Parce qu'autant la traduction de In Time par Time Out c'était rigolo, celle de Nightcrawler par Nightcall c'était marketing. Mais là c'est quoi ce titre nanar? Le distributeur français a vraiment cru qu'un titre pareil allait rameuter du monde en salles? Il y a des gens payés pour faire des traductions aussi débiles? Enfin, fermons la parenthèse et parlons du film (puis tant mieux si la traduction de ce titre a pu assurer un emploi au vu du contexte économique morose)

 

       Le film dure 1h50 et j'ai dû soupirer pendant les trois quarts de sa durée. En fait, The Interview fait à peu près l'inverse de The Dictator et c'est là où le bât blesse. Là où Sacha Baron Cohen n'hésite jamais à aller toujours plus loin (parfois trop loin), The Interview reste quant à lui tout sage, tout gentillet, cantonné à l'humour anal. Et c'est ce qui est dommage, le film dépasse rarement le stade de l'humour potache et n'est jamais subtil pour un sou. Et le rythme n'est pas forcément terrible étant donné que le film met une plombe à démarrer réellement. Dans The Dictator tu es directement plongé dans le bain, ici tu passes facilement 3/4 d'heure en Amérique sans que ce soit palpitant, aussi bien au niveau de l'intrigue que de l'humour. Mais on veut voir ce présentateur TV débile avec Kim Jong-Un bordel ! Vendez-nous du rêve ! Vous êtes bien américains non? Bon après, je dois quand même avouer que le début avec Eminem m'a fait sourire avec un détournement d'image très cocasse.

 

       Mais globalement il y a quand même un gros souci d'écriture. Il faut voir la qualité de certaines répliques du type "trolol mon zizi pue". C'est assez lamentable. J'aurais certainement dérouillé mon appareil dentaire à force d'en rire à 13 ans mais là j'en ai 10 de plus, et ça ne passe plus. L'humour est gras, vulgaire, stupide bien qu'il assume clairement et ouvertement sa stupidité. Mais à quoi ça sert d'assumer sa connerie si c'est pour ne pas la pousser jusqu'à son paroxysme? (et encore une fois, je ne peux que citer Sacha Baron Cohen). Pourtant, les deux personnages principaux sont paradoxalement assez attachants entre un Franco totalement déjanté et un Rogen dont la bouille rondelette est sympathique. Mais il en faut quand même plus, tu ne peux pas faire un film sur l'assassinat de Kim Jong-Un en te contentant de ça. Mais fort heureusement, à la fin ça bouge plus et le film commence enfin à amorcer un véritable élan comique.

 

 

       On assiste alors à un généreux mélange entre du Baron Cohen (encore lui) et du Tarantino. Ca y va d'ailleurs gaiement sur le gore et le dégueulasse. Et ça fait du bien après une bonne heure de film insipide. Les mecs se lâchent enfin. Ca ne vole toujours pas haut bien entendu, mais ça part dans un délire gentiment con que j'ai trouvé irrésistible parce que les acteurs donnent tout ce qu'ils ont et cabotinent comme jamais. Mais la problème c'est que ce n'est qu'une vingtaine/trentaine de minutes dans un ensemble de presque 2 heures. Autant dire que ça reste très léger et les bonnes idées de comédie ne sont pas forcément monnaie courante.

 

       The Interview se renouvelle également peu au niveau de l'humour, exception faite du dernier quart du film. Le projet sur le papier était assez sympa mais le film est hélas fait par des américains pour des américains. Et donc ça se nourrit de références culturelles pauvres, calibrées pour le public US et ça n'exploite pas totalement le potentiel fun que vous pouvait arborer la visite d'un présentateur TV débile en Corée du Nord. On assiste également à une simili-critique des médias poubelles mais ça reste trop en surface, et le côté attachant du personnage de Franco ruine un peu toute la crédibilité de cette critique. Mais dans le fond je ne crois pas que le tandem Goldberg/Rogen voulait dénoncer certains excès américains en profondeur. Le film est juste une pantalonnade qui tacle légèrement quelques sujets sociétaux en se moquant joyeusement de la Corée du Nord et de son régime grotesque. Et au fond, c'est pas plus mal que ça ne se prenne pas au sérieux.

 

         En conclusion on ne peut pas dire que j'ai vraiment apprécié ce film. Si vers la fin je trouvais ça assez drôle, je ne peux pas non plus oublier que je me suis emmerdé pendant une bonne partie du film. Car l'humour est gras, répétitif et ne pousse jamais le bouchon trop loin. C'est paresseux quoi. Mais ce n'est pas forcément antipathique pour autant surtout que j'ai bien aimé les acteurs. C'est pas forcément le film qui me fera aimer la comédie US récente (pas de ma faute si je préfère Keaton, Chaplin, Wilder ou encore Lubitsch) car The Interview ne dépasse pas le seuil du simple divertissement inoffensif. Mais voir Franco se foutre une mine avec Kim Jong-Un en écoutant du Katy Perry c'est quand même cool.

 

4,5/10

 

Romain

        

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25 novembre 2014 2 25 /11 /novembre /2014 17:00

       Attention, ce flim n'est pas un flim sur Kavnisky*. Et ce flim** est, à l'évidence, encore une victime du syndrome franco-français qui consiste à traduire un titre anglais... Par un titre anglais. Non mais je veux bien comprendre que les français ont un peu de mal avec l'anglais mais au pire ils auraient prononcé Naïte cralère*** à la caisse et ça n'aurait pas forcément nui aux entrées du fli... film. Parenthèse à part, une fois encore, je ne savais pas à quoi m'attendre en voyant Naïte col réalisé par Dan Gilroy qui signe ici son premier long-métrage. Ca passait en avant-première, juste avant le souper, alors j'y suis allé sans savoir à quoi m'attendre.

 

 

       Pour faire simple, Nightcrawler raconte l'histoire d'un type qui vit de petits larcins jusqu'au jour où il découvre l'univers du journalisme freelance. Et ce fait, il découvre qu'être au bon moment et au bon endroit avec une caméra peut être une activité bien lucrative, d'où l'intérêt de passer des nuits à traquer la prise de vue que les télévisions s'arracheront.

 

        Ce postulat de départ s'installe assez vite dans une narration qui sera centrée sur l'ascension de ce type qui n'aura pas froid aux yeux pour tenter de décrocher en premier les images tant convoitées. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que cette "chasse" est vraiment prenante. J'ai pris un malin plaisir en effet à suivre ce personnage sans scrupules qui ne reculera devant rien pour se faire de l'argent.

 

         Et forcément vu le sujet, le film arbore un côté cynique loin d'être déplaisant. Le film fonctionne surtout grâce à ça d'ailleurs. Le protagoniste principal veut juste gagner du blé sans se soucier des principes moraux et Gilroy ne va jamais chercher à le remettre en question. Il met en place une véritable success-story qui prendra ses racines dans la recherche avide de l'événementiel.

 

        Mais en ça, Nightcrawler n'est pas un monstre de subtilité. On peut même dire qu'il enfonce des portes ouvertes en critiquant ces médias qui cherchent à décrocher l'exclusivité des images d'un événement tels des vautours gravitant autour d'une proie attirante. Mais cette critique reste bien dosée dans l'ensemble. Elle ne surchage pas le récit et est nécessaire car ce sont les médias qui feront le bonheur de Lou, "reporter" improvisé. Plus de finesse aurait été souhaitable mais ce qui est dit sur le sensationnalisme des médias reste vrai. La critique reste plutôt adroite malgré tout.

 

     

      Jake Gyllenhaal réalise une nouvelle fois une prestation intéressante. J'aime bien cet acteur et ça fait plaisir de le voir dans des bons films dernièrement. Faut dire que le mec se remet d'un drame terrible et sûrement très traumatisant. En effet, il y a 10 ans il a tourné dans un Emmerich.

 

       Bon par contre je ne comprends pas pourquoi cette transformation physique car le rôle ne le nécessite absolument pas. Dans Raging Bull la transformation physique de DeNiro avait un sens mais maintenant j'ai l'impression que les acteurs font plus ça pour épater la galerie qu'autre chose. Bon ceci dit Gyllenhaal joue bien sans ça du coup ça ne me gêne pas trop. Mais si il gagne l'oscar du meilleur acteur, je risque de revoir mon jugement et de hurler à l'arnaque car il y a quand même eu mieux en 2014. Le reste de la distribution s'en tire plutôt bien également, ça fait deux fois que l'on revoit Bill Paxton dans l'année d'ailleurs, lui qui avait disparu de la circulation dans les années 2000.

 

       Concernant la mise en scène, Nightcrawler s'en tire honorablement avec notamment une action claire, limpide et de bons moments de tension. Et la photographie est vraiment agréable, elle sublime cette ambiance nocturne très sympathique. Mais quelque part j'aurais préféré plus de prise de risques. Je trouve le film très agréable, bien foutu et avec de bonnes idées mais dans l'ensemble ça reste assez "sage" à mon goût. Je pense qu'il y avait moyen de faire quelque chose d'encore plus sombre, plus oppressant, plus glauque.

 

       La séquence de l'assassinat de la maison est une bonne illustration de ce léger manque d'audace. On aurait pu faire quelque chose de plus terrifiant même si le propos du film justifie aussi ce manque de tension. Car Nightcrawler centre plutôt ses enjeux sur ce personnage déshumanisé et qui semble dénué de toute émotion. Risquer sa vie lui importe peu, seul le fric compte. Et au fond, c'est peut-être ce qui est le plus effrayant.

 

       Nightcrawler constitue donc une bonne surprise pour ma part même si ça aurait gagné à être plus fin et à développer une atmosphère plus malsaine. L'expérience aurait été plus perturbante et de ce fait plus marquante. Mais dans l'ensemble on a là un film bien fait, bien écrit avec un Gyllenhaal en pleine forme et un humour noir très appréciable. Ne boudons pas notre plaisir de voir un bon film à défaut d'un grand.

 

7/10

 

Romain

 

* Si tu as vu le film qui parle de ouiches lorraines tu m'auras sûrement compris. Le reste m'aura sûrement pris pour un dyslexique, un étourdi ou un teubé.

** Faute volontaire. Tu m'as vraiment pris pour un dyslexique, un étourdi ou un teubé? 

*** Ce type de prononciation de mots anglais peut être parfois entendu dans des campagnes reculées.

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21 novembre 2014 5 21 /11 /novembre /2014 09:15

       Woody Allen c'est comme le Beaujolais, on l'attend chaque année. A presque 80 ans, le réalisateur new-yorkais ne semble pas prêt à prendre sa retraite et nous présente sa nouvelle cuvée 2014 du nom de Magic in the Moonlight. Et c'est en France que nous retournons, trois ans après un succulent Minuit à Paris qui m'avait vraiment transporté. Ce qui n'est pas forcément le cas de tous les Allen, tantôt géniaux, tantôt "seulement" bons (cela dit ne faisons pas la fine bouche vu la tronche de la majorité des films qui sortent au cinéma...). Nous voilà alors en droit de nous attendre à un film de qualité sans savoir à l'avance si ce nouveau cru nous marquera comme étant un incontournable de son auteur. Ce 49ème long-métrage de Woody Allen sera-t-il haut placé dans le top des films du cinéaste à l'heure où l'on fera les comptes finaux d'une carrière très bien remplie?

 

 

        Son avant-dernier film Blue Jasmine m'a autant déprimé que ce Magic in the Moonlight m'a réjoui. C'est là qu'on voit aussi le talent de Woody Allen, capable de réussir dans les registres comiques et dramatiques. Et cette dernière cuvée du réalisateur est l'exemple-même de la comédie légère et très rafraîchissante. 

        Pas besoin d'en faire des tonnes. Le film dure 1h30, le scénario et les dialogues sont bien ciselés, la mise en scène est très bonne et les acteurs excellents. Que demander de plus après tout? Allen n'a rien perdu de ses qualités d'écriture, à croire d'ailleurs qu'il sort un film par an pour ne pas perdre la main. Nous revoilà donc servis par un petit plaisir de cinéma à la fois simple et efficace.

 

       Colin Firth incarne ici un personnage qui reprend beaucoup de facettes du personnage que Woody lui-même a souvent incarné. Le côté rationnel, sarcastique et cynique qui se retrouve chamboulé par le simple sourire d'une jolie femme (en même temps qui ne succomberait pas face au sourire d'Emma Stone?). J'y ai d'ailleurs retrouvé un peu de moi dans ce personnage, ce qui a fait que j'ai pleinement adhéré au film. Et comme à son habitude, Allen sort un vrai film de personnages qui gravite autour d'un duo savoureux.

 

        On a donc d'un côté ce personnage arrogant (le côté so british de Firth lui sied parfaitement d'ailleurs) qui est destabilisé par la fraîcheur et la joie de vivre d'une (prétendue?) médium incarnée à merveille par Emma Stone. Et ça fait réellement du bien de trouver un duo qui fonctionne réellement dans une comédie romantique, où une véritable alchimie se ressent à l'écran. D'autant plus qu'il y a ce mystère qui plane sur les réelles attentions de la jeune femme, ce qui amplifie le dilemme pour le personnage de Firth qui lutte contre ses sentiments pour garder un semblant de raison.

 

        La relation des deux personnages est d'ailleurs déterminée par le dilemme. Choisir entre la passion et la raison, que ce soit pour Firth ou pour Stone qui a le choix de se marier avec un autre homme aussi riche que bête. Si l'issue de la relation est relativement prévisible, l'écriture reste tout de même remarquable avec des personnages pas parfaits mais juste humains. Et on ne va sûrement pas se plaindre de voir des personnages qui existent vraiment, c'est tellement plaisant. En ça, Magic in the Moonlight apparaît comme étant un parfait feel-good movie. Rien de tel pour se regonfler le moral.

 

 

       D'un point de vue purement technique, ce dernier Allen est remarquable. La photographie est un régal avec ces couleurs feutrées en intérieur et cet éclairage naturel en extérieur qui met si bien en avant les belles couleurs de la Provence. Woody Allen n'a jamais vraiment fait dans le contemplatif mais il soigne tellement bien ses cadres qu'il est capable de proposer des plans proches de tableaux. Je trouve notamment magnifique ce plan où le grand benêt joue un air d'ukulélé face à la mer.

 

        L'humour de Woody Allen est toujours présent. Un humour cynique sans être cruel qui fonctionne bien grâce aux dialogues et à l'interprétation. D'ailleurs pour revenir succinctement sur ce point, ça fait du bien de voir Emma Stone dans un bon film car elle est vraiment charmante et pétillante. Ca tranche vraiment avec The Amazing Spider-Man où elle joue avec son mec dans la vraie vie sans qu'il y ait d'alchimie à l'écran, un comble!

 

        Le contraste entre les deux personnages principaux est justement la source de cet humour avec toutes les contradictions qui en découlent. Et Firth est particulièrement bon avec sa diction du parfait aristocrate anglais qui rend le personnage encore plus cynique. Et j'aime ce genre de personnage: désagréable sur le papier mais sympathique dans le fond. La relation entre Firth et Stone est juste envoûtante bien que basée sur des illusions et des mensonges. Le petit message du film sur l'amour est également appréciable car tellement vrai. L'amour rend bête, aveugle mais heureux. Et c'est le principal. 

 

        Magic in the Moonlight est, pour ma part, un film abouti qui fait partie du haut du panier de la filmographie de Woody Allen. Bon certes je n'en ai pas vu des masses mais en tout cas il fait partie de mes préférés chez le cinéaste new-yorkais. Car sa recette est toute simple mais elle est pure, magnifique. Ca met du baume au coeur et on en ressort le sourire aux lèvres. Un très beau film.

 

8/10

 

Romain

 

 

       

 

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2 novembre 2014 7 02 /11 /novembre /2014 23:50

       En une dizaine d’années, Christopher Nolan est passé du statut de réalisateur à suivre avec Memento, Insomnia et Le prestige à celui de roi du « blockbuster intelligent » avec The Dark Knight et Inception. Une ascension fulgurante et un succès incontestable, lui donnant les moyens de tenter un peu ce qu’il voulait. De quoi se lancer dans cette grande odyssée spatiale qu’il semblait avoir mis de côté un certain temps.

 

 

       De son aveu, ses inspirations principales sont à chercher du côté du 2001 de Kubrick (on s’en serait douté), de Terrence Malick avec notamment Tree of Life et de L’étoffe des héros de Philip Kaufman, pour son approche réaliste de la conquête spatiale. Pouvoir se permettre un film de 2h50 traitant de la (possible) fin de l’humanité et avec un succès garanti, ça a de quoi faire des jaloux, ce n’est pas Ridley Scott qui dira le contraire. Le petit renouvellement du casting chez Nolan n’est pas déplaisant non plus, avec tout un tas de bons acteurs, il ne reste que Michael Caine qui commence à être assez redondant dans son rôle de figure paternelle bienveillante. A part ça, McConaughey continue sur son excellente lancée actuelle, Anne Hathaway est convaincante (c’est déjà bien), et les acteurs secondaires comme Jessica Chastain et Casey Affleck n’ont rien à se reprocher. Il y a même une belle surprise en cours de film avec un acteur non crédité, façon Seven avec Kevin Spacey dont le nom était absent de l’affiche et du pré-générique pour ne pas que les spectateurs se doutent de qui il était. Bien évidemment dans quelques années tout le monde le saura, mais je vous laisse la surprise.

 

       Comme je disais plus haut, Nolan ambitionne ici de traiter la fin du monde et l’exploration spatiale de façon aussi réaliste de que possible, se basant sur des théories scientifiques pour l’exploration des trous de vers et l’écoulement du temps qui en résulte. Elles ne restent bien sûr que des théories faute de preuves, on se doute du pourquoi, donc il faudra choisir d’y croire pour se plonger dans le film. De même que la fin du monde n’est pas réellement expliquée, d’une part elle a commencé une dizaine d’année avant le film, d’une autre elle n’est pas vraiment achevée puisque les conditions de vie continuent à se dégrader. Ca n’empêche pas ce scénario de faire un peu froid dans le dos par sa crédibilité, entre la surpopulation qui génère un manque de nourriture et les maladies des plantes qui empêchent de cultiver certaines denrées. On découvre dans toute la partie terrienne un côté un peu écolo qu’on ne connaissait pas de Christopher Nolan, qui n’a rien de particulièrement militant mais montre plutôt de façon détachée une issue très possible de nos modes de vies actuels.

 

 

       Dans ce contexte, Cooper (McConaughey) est recruté pour ses qualités de pilote dans une mission de la dernière chance, ayant pour but de trouver la planète la plus prometteuse parmi une sélection découverte en passant un trou de vers.  Les éléments promettant de grands dilemmes tragiques sont tout de suite mis en place avec le fait qu’ils n’auront pas le carburant pour visiter beaucoup de planètes, surtout s’il faut retourner sur Terre en cas d’échec. Les choix seront forcément difficiles à faire, entre considérations pragmatiques, données scientifiques et raisons personnelles. Je ne cacherai pas que tout en étant intrigué par les promesses de ce film, j’avais peur d’une certaine prétention sur le côté scientifique et réaliste annoncé, et l’éventualité d’une fin un peu facile qui provoquerait moult débats.

 

       Finalement, j’ai trouvé l’espace bien mieux exploité dans ce film que ne l’étaient les rêves dans Inception. Le déroulement de l’histoire, les dialogues, les rebondissements apparaissent beaucoup moins mécaniques que dans des deux derniers films, les personnages sont plus denses, plus vivants, au moins on s’attache à eux et à leur destin rapidement. Avec un changement bienvenu de directeur de la photographie (le précédent étant allé se planter en réalisant Transcendence), nous voilà gratifiés de plans assez époustouflants, écrasant leur frêle vaisseau dans l’immensité terrifiante de l’espace. Le genre de plans et de séquences qui évoquent en effet 2001 ou Tree of Life, les hommages ne sont pas cachés ni désagréables. L’exploration des planètes est également un gros point fort visuellement, avec des décors inhospitaliers et grandioses, et des scènes au suspense éprouvant.

 

       Hans Zimmer est avec Michael Caine le seul rescapé des précédents Nolan, et même lui ne vient pas trop gâcher la fête. Il semble s’être inspiré cette fois du compositeur Philip Glass, avec des mélodies plus douces et collant mieux aux thèmes que sont l’exploration et l’inconnu. Il ne résistera tout de même pas à faire péter les watts à quelques reprises, rendant certains passages si tonitruants que ça en devient ridicule. On ne se plaindra pas trop quand même, c’est une agréable surprise comparé à ses compositions récentes, celle de The Amazing Spider-Man 2 étant particulièrement ratée. En fait, le seul vrai reproche que je puisse faire au film, c’est son dénouement. Sans rien en révéler bien sûr, je l’ai trouvé assez décevant au sens qu’il n’est pas à la hauteur de l’ambition déployée tout au long du film. Il y a une certaine rupture de ton et de logique qui dérange un peu, sans que ce soit non plus une catastrophe. Ce serait de toute façon une erreur de s’appesantir lourdement là-dessus comme si ça annulait tout ce qu’il y avait eu de bien pendant les deux heures trente qui précédaient.

 

 

       Un autre point sur lequel je tenais à revenir est celui de l’humour, qui n’est rarement mis en avant chez le réalisateur, plutôt connu pour être sérieux. Aussi étonnant que cela puisse paraître, son film le plus déprimant est aussi celui qui contient le plus d’humour, souvent un peu noir, grâce aux robots du vaisseau. Difficile là aussi de ne pas penser à 2001 avec son mythique HAL, mais la référence est assumée et les robots du film ont une vraie personnalité. Cet humour est d’autant plus bienvenu qu’il évite une ambiance trop plombante sous prétexte de sérieux, et qu’il me semble tout à fait réaliste de la part de personnes effectuant un tel travail, pour évacuer la pression.

 

       De façon générale il ne faut pas y aller en s’attendant à un scénario millimétré et des twists qui font débat pendant des années, on est plus dans la grande aventure spatiale à la fois grandiose et terrifiante, avec une histoire somme toute assez simple. Il est certain que les théories développées et certains passages relativement complexes vont faire parler, mais ce n’est pas l’intérêt premier du film. Comme l’a déclaré Nolan, il a voulu proposer une expérience cinématographique totale, en même temps que son œuvre la plus humaniste. Un pari en grande partie réussi, et de quoi espérer qu’il se lâche encore plus sur ses prochains films, sans peur de déboussoler un peu son public.

 

 

8/10

 

Arnaud

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30 octobre 2014 4 30 /10 /octobre /2014 18:20

       Partant de la constatation que nous laissions passer des critiques par manque de temps ou d’inspiration pour écrire une critique complète, voici un premier essai de critique en vrac (nom et principe inspiré par le Lieutenant Schaffer, jetez donc un œil à son blog : http://carnetsdulieutenant.blogspot.fr/).

 

 

 

      Mommy, de Xavier Dolan

 

       Pas facile de parler de Mommy, comme il n’est pas facile de parler de Dolan. Le jeune prodige, c’est un peu le personnage qui peut facilement irriter, surtout quand on fait des films aussi stylisés que les siens. Cinq films en cinq ans à seulement 25 ans, non seulement ça rime mais surtout ça impressionne. Surtout quand il ne se contente pas d’être réalisateur, mais également acteur, scénariste, producteur, monteur et j’en passe.

 

 

       Ayant exploré dès son premier film, J’ai tué ma mère, sa jeunesse quelque peu compliquée, il revient au sujet par la fiction avec Mommy. J’avais vu et adoré Les amours imaginaires et Lawrence Anyways parmi ses précédentes réalisations, mais Mommy place la barre un peu plus haut. En si peu de temps, il semblerait que son cinéma a évolué de façon assez significative, devenant plus mature et moins chargé esthétiquement, ce qui pouvait lui être reproché. Il ne se trahit pas non plus, les ralentis avec des choix musicaux parfois surprenants sont toujours là, mais avec peut-être plus de sens. Et surtout, comme dans Lawrence Anyways, le scénario est fort, distillant sur la durée des scènes d’une rare intensité.

 

       Une mère célibataire qui doit réapprendre à vivre avec son fils hyperactif et violent, il est compréhensible que ça ne fasse pas rêver tout le monde, tant ce genre de sujet a pu être abordé au cinéma, et souvent de façon bien lourde et larmoyante. Si Mommy est bouleversant, c’est de maîtrise de son sujet, abordé de façon frontale et toujours juste. Pour prendre un exemple récent, comme avec La vie d’Adèle le film atteint une certaine universalité sans que l’on soit directement concerné par le sujet (qu’Adèle soit lesbienne ou que le garçon soit hyperactif ne sont pas des éléments qui définissent l’histoire). Les joies et les peines, les douleurs, les traumas des relations parents-enfants sont exposés sans fard, sans détour, et vous cueilleront souvent quand vous vous y attendrez le moins.

 

       Parlons rapidement de la technique, avec une utilisation remarquée du format carré 1:1, qui ne manque pas de surprendre au début du film. L’objectif assez clair d’enfermer les personnages dans un cadre resserré, de nous faire ressentir leur étouffement est une réussite, et Xavier Dolan joue avec ce format de façon virtuose à plusieurs reprises. Il tire également le meilleur parti de ses acteurs, que ce soit dans les scènes dures ou plus légères, on oublie vite qu’on est face à un film. Une grande réussite sur tous les plans, on ne peut qu’attendre avec impatience son prochain film.

 

8.5/10

 

 

 

       White Bird, de Gregg Araki
 

       Gregg Araki forme avec Larry Clarke, Harmony Korine et Gus Van Sant un quatuor majeur des réalisateurs américains actuels spécialisés dans l’adolescense. Chacun sa patte bien définie, du frontal, de l’expérimental, de l’éthéré, il y en a pour tous les goûts. Je n’avais vu que Mysterious Skin d’Araki, mais on retrouve immédiatement son goût pour les marginaux, les couleurs flashys et la bonne musique (ici c’est un peu la compilation des meilleurs synthés des années 80, avec Depeche Mode, Talk Talk, Tears for Fears, New Order et j’en passe). Pas difficile avec tout ça de se sentir plongé en 1988.

 

 

       Encore une fois le sujet va être le mal-être adolescent, mais abordé avec un angle assez original qui est celui du thriller. Coïncidence étonnante d’avoir le même mois trois films articulés autour d’une disparition, avec Gone Girl et Horns, et le faisant tous d’une manière radicalement différente. Pas de fantastique, d’examen du couple au scalpel ou de battage médiatique ici, la mère de l’héroïne disparaît, point. On sait dès le début que l’enquête n’a rien donné, et que l’on va plutôt suivre cette fille qui essaie tant bien que mal de se construire après un évènement tragique et surtout resté sans réponse. Il se maintient pourtant de vagues soupçons autour de son père qui donnent une ambiance particulière au film, mais comme dans les deux autres films cités, ils existent surtout parce qu’il est le coupable idéal aux yeux de tous.

 

       Ici aussi les performances d’acteur sont décisives pour emporter l’adhésion à cette histoire somme toute assez simple, et ils ne sont pas en reste. Eva Green bien sûr, on accrochera ou pas du tout à son rôle désormais bien rôdé de femme hautaine et glaciale, à la limite de cabotiner parfois mais semblant se régaler à jouer de cette image. Christopher Meloni est parfait lui aussi dans le rôle du père soumis à sa femme, simple et honnête comme le Ben Affleck de Gone Girl.  De même il est toujours plaisant de revoir Thomas Jane dans un bon rôle, lui qui n’est pas forcément gâté ces dernières années.

       En tout cas il ne faut pas y aller pour voir un thriller, vous risqueriez d’être déçus, mais c’est un bon moyen de découvrir Araki avec un film très accessible, qui sans être majeur reste une agréable surprise.

 

7/10

 

 

 

        John Wick, de David Leitch et Chad Stahelski

 

       Le bon petit thriller d’action (actioner outre-Atlantique), ou le film de vengeance, ne connaissent pas tellement de bons représentants ces dernières années. On a bien Liam Neeson qui mouline des bras et encastrent des têtes dans des murs depuis Taken, mais ça ne vole pas bien haut et c’est surtout hautement redondant. John Wick, c’est le petit dernier qu’on n’a pas tellement vu venir, par des réalisateurs dont c’est le premier film. Les deux sont en effet des cascadeurs aux carrières bien remplies, avec quelques sommets comme Matrix.

 

 

       Retrouvant donc un Keanu Reeves ayant du mal à retrouver une crédibilité depuis la fameuse trilogie, ils s’attachent à créer un film de vengeance à l’ancienne rappelant un certain Payback, ou ce qu’aurait dû être l’adaptation de Max Payne. On retrouve certains similitudes avec l’homme qui a tout perdu (classique je l’admets), la mafia russe, la multitude de personnages secondaires marquants comme la femme fatale également tueuse, et les lieux de fusillade comme la maison, la boîte de nuit et l’église.

 

       Comme dans le jeu d’ailleurs, l’histoire est relativement épurée et va à l’essentiel, les personnages secondaires sont charismatiques et bien définis en quelques lignes de dialogue, les enjeux sont simples et le film ne se perd jamais en sous-intrigues inutiles. La bande-annonce n’était pas mensongère à ce sujet pour une fois, le type était un ancien tueur à gages ultra-efficace, on lui tue son chien, il va tuer des russes (beaucoup). Une des choses les plus appréciables au niveau du scénario est le refus ou le contournement des clichés habituels de ce genre d’histoire, avec par exemple un méchant loin d’être diabolique et sadique, juste froid et professionnel, comme le héros. On évite les longs discours moralisateurs et les « on aurait pu faire tant de grandes choses ensemble ! », ce qui n’est pas pour me déplaire.

 

       Ne nous mentons pas, on va tout de même voir ce genre de films pour leurs scènes d’action, et sur ce point John Wick ne déçoit pas. Il est évident que l’expérience de cascadeurs des réalisateurs a été décisive sur le tournage, chaque combat étant une vraie prouesse de chorégraphie et d’intensité, où l’accent est fortement mis sur l’efficacité, « à la Jason Bourne ». Mine de rien, cela ajoute un vrai quelque chose au film et au personnage, qui ne fait pas dans le détail mais reste pragmatique avec son attirail bien fourni et, ô miracle, un gilet pare-balle. C’est tout con mais on ne voit pas ça souvent, et ça suffit à rappeler qu’il n’est pas un surhomme malgré ses capacités.

 

       Côté Keanu Reeves, il faut bien avouer qu’il est agréable de le voir revenir en forme comme ça et jouer de son image d’acteur inexpressif tout au long du film. Difficile de ne pas voir quelque chose de personnel dans sa réplique "People keep asking if I'm back… yeah, I'm thinking I'm back". Si ce côté bourru fonctionne à fond dans des moments comme celui-là, on sent quand même une certaine limite sur des dialogues plus banals. Rien qui ne gâche le film non plus, mais disons qu’il n’a pas l’ampleur d’un Tom Cruise qui sait transcender des rôles mineurs, par exemple.

 

       Notons enfin une utilisation de la musique assez jouissive, entre morceaux bien dynamiques pour les scènes d’action et une utilisation judicieuse de chansons comme une inédite de Marylin Manson, collant parfaitement à l’ambiance du film. A l’arrivée on a un bon divertissement sans prétentions de révolutionner le genre, mais qui ne prend pas ses spectateurs pour des jambons, c’est toujours appréciable (Luc, si tu me lis).

 

7/10

 

Arnaud

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23 octobre 2014 4 23 /10 /octobre /2014 17:25

       Si vous êtes un minimum amateur du genre, vous ne devez pas être sans savoir que le film de guerre est une espèce en voie de disparition. Il faut remonter à Démineurs pour la guerre moderne et au dyptique Iwo Jima pour la Seconde Guerre Mondiale si on veut trouver des œuvres de qualité, ce qui remonte déjà un peu. Et là surprise, c’est David Ayer qui après un piètre Sabotage probablement tourné par-dessus la jambe nous offre un film se concentrant sur l’équipage d’un tank à la fin du conflit, et promettant une approche sans concession.

 

 

       Fury est un film pétri d’influences diverses, et pas des moindres. Autant aborder ça dès le début pour éviter le name-dropping un peu lourd étalé sur toute la critique (du moins c’est mon raisonnement). Il est évident dès le début que Sam Peckinpah a été une influence majeure avec Croix de fer, un autre film montrant des hommes sales, usés et se traînant dans un enfer de boue à longueur de journée, de plus une référence visuelle est trouvable. On pense également à La Horde sauvage et par extension John Rambo qui s’en inspirait, pour leur violence physique et morale ainsi qu’un acte précis du film. On retrouve quelques inspirations du côté d’Il faut sauver le soldat Ryan pour les situations et la progression, et peut-être plus étonnamment de La Chute du faucon noir pour l’impact visuel et sonore des combats, la violence crue et l’absence de tout patriotisme. Enfin, difficile d’oublier Le Bateau de Wolfgang Petersen qui nous embarquait avec l’équipage d’un sous-marin. Ici l’accent est beaucoup moins mis sur la claustrophobie de cet espace confiné, mais l’aspect découverte du quotidien de ces soldats reste dans la même optique.

 

       On pourrait donc se dire qu’avec tout ça le film manque de personnalité, ce n’est heureusement pas le cas. David Ayer pose une vraie ambiance dès les premières scènes, définit bien ses personnages sans trop en faire, ce qui reste primordial vu qu’on s’apprête à passer deux heures avec eux. Les enjeux sont simples : tuer des nazis jusqu’à gagner la guerre. Ici pas de fleur au fusil, pas de grandes tirades sur la guerre, pas de sentimentalisme déplacé, les gueules sont burinées et les esprits apathiques après toute l’horreur dont ils ont été témoins. Au lieu d’avoir tout un groupe de soldats découvrant l’enfer de la guerre comme c’est souvent le cas, on a ici un petit nouveau remplaçant l’artilleur du groupe qui va permettre l’identification au spectateur.

 

       C’est d’ailleurs par lui que va passer une grande partie de la violence psychologique du film. On aura rarement vu un personnage « neutre » en prendre autant plein la gueule que dans ce film, de façon assez justifiée puisque l’équipage du Fury ne veut pas d’un bleu qui mettrait leurs vies en danger par ses erreurs. Les autres membres se montrent extrêmement durs avec lui, personne n’a le beau rôle tout simplement parce qu’il n’y a pas de place pour ça dans de telles conditions. Entre ceci et la violence physique montrée sans détours (attention aux âmes sensibles), le film se montre implacable avec son spectateur. Le film dans son ensemble est cruellement réaliste, même si on pourra débattre sur son dernier tiers, et tout se déroule de façon logique, sans pitié pour ses personnages. La pause dans la petite ville et le combat contre le Tigre restent les meilleurs exemples, sans rien en dévoiler.


 

       Parlons de ça puisque c’est quand même le sujet du film : tout ce qui a trait au tank est une incroyable réussite à tous les niveaux. La tension des affrontements est parfois assez insoutenable grâce à une mise en scène très lisible sur les manœuvres et les actions de l’équipage, ainsi qu’une musique oppressante. Le fait que le film se déroule en Allemagne et que par conséquent les embuscades sont monnaie courante n’y est pas innocent. De plus, les tanks allemands comme le Tigre étaient très nettement supérieurs à la plupart des tanks américains, ce qui demandait une stratégie sans faille à ses derniers pour espérer s’en sortir.

 

       Je dois quand même dire que j’ai un profond respect pour le réalisateur d’avoir réussi à monter un projet pareil. C’était en partie le cas pour Sabotage avec sa violence et son esprit old school qui aurait pu fonctionner du tonnerre, mais dont le scénario était un beau ratage (on mettra ça sur le compte de Skip Woods vu sa carrière). Proposer donc un film aussi dur pour le spectateur, qui a tendance à laisser un peu sur le carreau une fois le générique arrivé, ça n’a rien de vendeur et je ne serais pas étonné si le film ne cartonne pas. On retrouve vraiment l’esprit de films des années 1970 en ça, encore une fois Peckinpah vient à l’esprit, qui n’avaient que faire du politiquement correct. Ca n’est pas destiné à tout le monde, mais il est essentiel que de tels films existent encore sans être marginalisés.

 

       En 2013, Ridley Scott nous avait offert avec Cartel le même « genre » (si je puis dire) de film à gros casting accompagné d’une campagne de pub conséquente, et qui avait sévèrement perturbé le public. On notera également que c’est encore un beau choix de rôle pour Brad Pitt qui évite la facilité et continue à incarner des personnages ambigus (bon pas 12 Years a Slave), c’est tout à son honneur. En bref, si vous voulez voir un bon film de guerre et que vous savez à quoi vous attendre, foncez, c’est clairement à voir au cinéma.

 

 

8/10

 

Arnaud

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14 octobre 2014 2 14 /10 /octobre /2014 18:31

      Toutes les critiques le disent, David Fincher sort de bons films (au minimum) avec une régularité de métronome depuis des années, et ne fait que confirmer à chaque nouvelle œuvre son statut de réalisateur majeur du cinéma américain actuel. Maniaque de l’image, obsédé par la perfection, il est l’un des rares à pouvoir tirer de véritables succès autant artistiques que financiers de projets casse gueule comme le fameux « film sur Facebook » ou une réadaptation de Millenium. Après avoir abandonné plusieurs projets prometteurs comme 20000 lieues sous les mers, le voilà sur l’adaptation d’un thriller littéraire à succès, Gone Girl.

 

 

      Disons le tout de suite, ce qui pouvait à première vue passer pour un petit film « tranquille » entre de plus gros projets s’avère être un de ses plus denses et passionnants (j’évite de dire « un de ses meilleurs » vu sa carrière, ça n’a plus de sens à force). De la même façon, si le casting de Ben Affleck a pu faire grincer des dents, force est de constater qu’il est dirigé à la perfection et joue de son image de mec simple et bourru (même son menton est important dans le film, c’est dire). Nous partons donc de mec simple Nick Dunne, dont la femme a disparu le jour de leur anniversaire de mariage. Son comportement en apparence désinvolte et l’absence de vrai alibi va faire de lui un suspect idéal assez rapidement, et je ne spoile rien, ce n’est que le début du film ou du moins ce que montrait la bande-annonce.

 

      Des thrillers avec enlèvement/disparition, tout le monde en a vu son quota et il devient vraiment difficile de surprendre. Les films noirs de la grande époque en particulier ont retourné le thème dans tous les sens et proposé de nombreux twists surprenants, donc on pourrait se demander comment tenir deux heures et demie sur le sujet en 2014. En premier lieu, et ce n’est pas une grosse surprise de la part de Fincher, c’est l’approche thématique qui va nous changer un peu et surtout apporter de la profondeur au film. Comme pour The Social Network qui parlait de Facebook sans vraiment en parler, en se focalisant sur ses personnages et leurs trajectoires, ici l’enquête compte moins que le couple formé par Nick et Amy, et leurs proches.

 

      Toutes les méthodes classiques sont pourtant bien là, avec battues, interventions publiques, appels à témoins et distribution de tracts. La différence, c’est qu’au lieu de les traiter par le prisme traditionnel de l’enquête et des policiers, le tout est vécu du point de vue de Nick. Je n’en ai peut-être pas vu assez, mais pour moi c’est seul thriller qui se concentre autant sur les médias. De nombreux documentaires portent sur l’acharnement médiatique dans des affaires criminelles, et je ne pourrais que conseiller l’excellente trilogie Paradise Lost au passage, mais rarement des fictions. Le sujet est certainement difficile à vendre, surtout quand la charge est aussi virulente. Talk-shows racoleurs, journal télévisée, manipulation de l’information et de l’audience, journalistes charognards, badauds sans gêne, tout y passe. On voudrait parfois se rassurer en se disant que la charge virulente tient de la satire, mais les affaires ne manquent pas pour montrer que la violence de la tempête médiatique peut être extrême.

 

 

      Le plus passionnant dans cette thématique précise du film est de loin la guerre médiatique que Nick se retrouver à livrer avec son avocat (surprenant Tyler Perry) afin de contrer les rumeurs sordides qui se multiplient. Je précise que je ne vous spoile rien quant à la culpabilité du personnage, son avocat étant adepte des causes tordues et les coupables ayant droit à une défense comme les autres. Il est en tout cas fascinant de voir comment peut se retourner en un rien de temps l’opinion publique avec quelques révélations bien placées. On peut y voir une transposition du film de procès classique à rebondissements dans les médias actuels, où l’on cherche à démolir l’image d’une personne si on ne peut rien prouver par les faits.

 

      Ca n’a bien sûr rien de nouveau, mais comme dans l’excellent Autopsie d’un meurtre que j’ai vu peu après, c’est le fait de décortiquer chaque détail de cette routine si particulière qui nous scotche. Le Preminger se concentre en particulier sur un procès pour un meurtre établi, depuis le recrutement de l’avocat jusqu’à l’annonce de la sentence, mais la démarche reste similaire. Dans le deux cas, on gagne ou on perd sur les apparences, sur la perception que l’on peut donner au public par des tonnes d’astuces et une maîtrise totale du discours.

 

      Et le mieux dans tout ça, c’est que ce n’est qu’un des aspects du film ! L’enquête en est un autre dont j’ai déjà parlé, et si elle est plus classique elle parvient très bien à nous impliquer aux travers de découvertes bien dosées et de deux enquêteurs qui ont bien du mal à faire leur travail sans être influencés par les médias, justement. L’autre aspect majeur donc, c’est bien l’étude, pour ne pas dire la dissection, du couple modèle des Dunne. Là aussi vous n’allez pas sauter au plafond si je vous dit que les apparences sont trompeuses, que le couple est loin d’être aussi lisse et parfait que leurs proches le croient ou que la fameuse Amazing Amy ne l’est pas tant que ça. On pourrait résumer en disant que pris séparément, les thèmes du film n’ont rien de novateur, mais la maestria de Fincher à tout mêler de façon fluide et cohérente en fait un grand film. Il y a plusieurs films en un, et de quoi méditer pendant quelques jours.

 

 

      Au rayon des félicitations, n’oublions pas le duo Trent Reznor/Atticus Ross, qui reviennent pour leur troisième collaboration avec Fincher. Leur compositions minimalistes et métalliques font toujours autant mouche, tantôt planantes et mystérieuses, tantôt lourdes et menaçantes, elles jouent énormément sur le ressenti du film. Elles ont surtout l’énorme qualité de faire corps au film, à la mise en scène, aux personnages, si bien qu’on ne la remarque pas, et ça n’a rien de péjoratif. C’est toujours un régal en des temps où on a tendance à verser dans le tonitruant et l’envahissant, sans forcément réfléchir à ce qui colle le mieux à l’ambiance.

 

      Que dire de plus ? On tient là un des thrillers les plus denses et les plus passionnants vu depuis un moment au cinéma, une écriture riche et millimétrée, un Fincher totalement à son aise dans le cynisme et la cruauté de ce récit, qui nous gratifie d’une ambiance et d’une tension anxiogènes, c’est tout simplement à voir. Vous n’en ressortirez pas indemne.

 

 

8.5/10

 

Arnaud

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8 octobre 2014 3 08 /10 /octobre /2014 18:20

       Trois ans après Piranha 3D, Alexandre Aja revient au cinéma avec son nouveau film Horns, adapté du roman éponyme de Joe Hill. Le synopsis m'intriguait. Forcément, des cornes qui poussent sur la tête d'Harry Potter, ça ne peut qu'intriguer. Je connais très peu Aja, n'ayant vu que son film de piranhas justement. Film que je trouvais jouissif par moments avec ces piranhas qui bouffaient des kikoos mais que je trouvais plombé par sa romance et son histoire familiale à deux balles. Je n'attendais finalement pas grand chose de Horns, si ce n'est un film potentiellement sympathique. Verdict.

 

 

       Dès le début, le film est envoûtant. On ne peut pas réellement classer Horns dans une catégorie tant le mélange des genres est important. Principalement fantastique, le film lorgne également du côté de la romance, de la comédie et du thriller. Pour des résultats tantôt réussis, tantôt mitigés. Mais, quoi qu'il en soit, on sent néanmoins toute la passion d'Aja pour ce type de cinéma bien que j'ai trouvé l'ensemble assez sage.

 

       Déjà, le mec sait filmer, ça ne fait aucun doute. J'aime beaucoup l'introduction avec ce travelling qui part d'une scène romantique (un peu nunuche certes) pour se terminer sous terre, comme une descente aux enfers. On comprend alors les enjeux pour le personnage principal qui devra essayer de se laver d'un crime qu'il n'a pas commis. D'où le côté thriller du film qui est malheureusement entaché d'un gros problème: c'est trop prévisible. Forcément, quand on identifie le tueur dès sa première apparition, ça la fout un peu mal. Bon après tout le monde ne devinera pas forcément tout de suite mais je trouvais justement que son introduction était un peu ratée, ce qui m'a un peu sorti du film. 

 

       Après, fort heureusement, le film ne se repose pas uniquement sur ça. Il contient une atmosphère vraiment prenante et intrigante car si le mystère sur le meurtre est assez vite disparu, il y a toutes les idées à côté qui maintiennent le suspense. Forcément, l'apparition des cornes sur Radcliffe et le pouvoir qu'elles engendrent suscite l'intérêt, apporte une touche mystérieuse. J'ai adoré ce côté-là d'ailleurs où les personnes qui croisent le personnage principal avouent leurs vices cachés, leurs envies de meurtre. Il y a ce côté humour noir qui me séduit particulièrement. Une idée de base vraiment sympathique ma foi.

 

       Et des idées, le film en a. La mise en scène d'Aja est inspirée, aidée parfois de musiques connues qui contribuent à l'ambiance spéciale du film. La séquence du début sous Heroes de Bowie est superbe, la bagarre sous fond de Personal Jesus repris par Manson est jouissive. L'ensemble du film est plutôt bien fait mais c'est quand même trop lisse. Ca manque justement de scènes puissantes, qui ne se refusent rien. Bien que l'audace y soit parfois. Je pense notamment à ces 10 dernières minutes qui ont dû en déstabiliser plus d'un (moi compris).

 

 

        D'où mes quelques réserves vis-à-vis du rendu final. Je ne peux m'empêcher d'être un peu déçu de certains points car Aja ose et réussit à faire un film fantastique d'un bon niveau mais le film semble bridé. Ce n'est pas aussi diabolique et subversif que ça n'aurait dû l'être. La romance qui prend une part importante dans le récit est trop simple, trop idéalisée et légèrement bâclée de ce fait. C'est dommage d'ailleurs car certaines scènes étaient plutôt belles, comme celles dans la cabane, mais l'histoire d'amour est vraiment trop classique. Avec un tel sujet, on pouvait justement s'attendre à autre chose, à un traitement différent. Je pensais d'ailleurs qu'Aja pouvait en détourner les codes mais ce n'est pas le cas. Dommage.

 

        Cependant difficile de bouder son plaisir face à une oeuvre qui reste assez généreuse et qui est surtout rafraîchissante. Car si tout le film est bien à prendre au sérieux, la dose de second degré est bien présente. Les touches d'humour sont réussies. Elles tranchent pourtant avec une partie plus sombre, plus tragique mais sans que cela choque. Aja a su trouver le bon équilibre entre ce qui était sérieux et ce qui ne l'était pas. Et cette formule rend vraiment le film sympathique et digeste.

 

        Horns n'est pas parfait, c'est clair et net. Mais le film en a quand même dans le bide et le moment passé est agréable. Certes c'est parfois un peu mièvre, certes ça manque d'amoralité vu le sujet, certes c'est parfois prévisible, mais la mayonnaise prend. Radcliffe est d'ailleurs très convaincant dans son rôle grâce à l'évolution progressive et bien foutue de son personnage. C'était la première fois que je le voyais en dehors d'HP et c'est la première fois que je le trouve bon. Il y a du progrès donc et j'espère qu'il saura retrouver des rôles du genre à l'avenir. Le reste du casting est plutôt correct. Juste une mention à Juno Temple qui a un charme fou. Juste de quoi me faire perdre mon objectivité en quelque sorte.

 

        Horns est donc l'archétype du film sympa, qui essaie d'aller au bout de ses idées bien qu'il soit un peu bridé, légèrement aseptisé même. Mais de l'autre côté on a quelques bonnes idées de cinéma, un aspect fantastique qui tient bien la route et quelques scènes belles et marquantes. J'en attendais pas grand chose et j'ai finalement passé un bon moment. Que demander de plus après tout? J'espère retrouver un Aja encore plus en forme la prochaine fois car le talent est bien là.

 

6.5/10

 

Romain

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7 octobre 2014 2 07 /10 /octobre /2014 12:11

       Le projet d'un biopic sur un grand couturier, pour ma part, c'était chiant sur le papier. Mais le projet d'un biopic sur un grand couturier réalisé par Bertrand Bonello, auteur du sublime L'Apollonide, ça a tout de suite plus de gueule! Malgré mes attentes, j'avais tout de même une petite pointe d'appréhension car le monde de la mode ne m'intéresse absolument pas. De plus, le biopic est un genre parsemé de films souvent bien linéaires et convenus qui présentent vraiment peu d'intérêt d'un point de vue cinématographique. Mais la force d'un bon réalisateur c'est aussi de t'intéresser sur n'importe quel sujet, du moment que le traitement de celui-ci est bon. Bonello est-il donc parvenu à réaliser une biographie intéressante, espèce rare et en voie de disparition?

 

L'homme qui aimait la femme (et les hommes)

 

        Biographique, le film ne l'est pas totalement. La période principalement traitée par Bonello est celle entre 1967 et 1976, période où Yves Saint-Laurent était déjà célèbre et au sommet de son art. Toutes les personnes qui s'attendent à un horrible machin didactique qui s'apparente à une page wikipédia animée seront déçues, car Bonello s'éloigne fort heureusement de ce schéma-là.

 

       Les enjeux du film se focalisent donc sur la personnalité de la star de la haute couture, et il est intéressant de voir de quelle façon Bonello s'est approprié le personnage. A priori, si certaines scènes collent à la réalité, d'autres seraient purement fictives bien que fortement inspirées de la personnalité d'YSL. On suit donc un personnage narcissique, orgueilleux, caractériel, assez détestable en fin de compte mais fidèle à sa ligne de conduite, bosseur acharné et doté d'un certain humour. Un personnage ambigu mais entier et unique, ce qui m'a maintenu intéressé tout le long du film.

 

       Comme dans l'Apollonide, le spectateur est plongé en immersion totale dans l'univers du film où évoluent ses protagonistes principaux. Dans son précédent film, nous ne sortions quasiment jamais de la maison close aux allures de prison dorée, il en va de même pour Saint Laurent. Que ce soit dans les coulisses ou dans les boîtes de nuits et appartements chics, nous ne quittons pas le monde d'YSL. Une manière justement de comprendre ce personnage atypique.

 

        Il y a, à un moment donné dans le film, une superbe utilisation du split-screen où l'on voie alternativement un défilé de plusieurs collections YSL et des événements extérieurs comme Mai 68. Cette séquence est géniale car elle illustre l'indifférence de ce monde pépére de la bourgeoisie parisienne face au tumulte et à la réalité du monde environnant. Jamais ce monde ne sera perturbé par les aspects extérieurs. Dehors il se passe des choses, la France gronde, mais l'univers à part de la haute couture reste intact, loin des préoccupations du peuple.

 

       

 

       Cet univers-là est justement propice aux excès et à la déchéance. Et c'est là où Bonello brille, en situant son film entre la réalité quotidienne d'YSL et le rêve éveillé. C'est justement en s'intéressant à l'homme sans faire une simple description chronologique que Bonello réussit à rendre son biopic osé. Ce monde fantasmé était l'échappatoire d'un YSL souvent en proie aux doutes, et les longues séquences proches du spleen illustrent parfaitement cette envie de se laisser aller face à la pression. Pression exercée par un compagnon envahissant, par une peur de manquer d'inspiration, par la peur d'aimer également. Et ces scènes qui s'enchaînent ne font que confirmer l'aspect "prison dorée" déjà présent dans l'Apollonide où Yves Saint Laurent est prisonnier du monde qu'il a créé.

 

       Ce qui est également génial chez Bonello, c'est son utilisation de la musique. Celle-ci est intégrée directement dans la mise en scène, elle n'est pas juste là pour faire du remplissage sonore. La musique peut paraître hors sujet (car après tout je ne pense qu'YSL écoutait Creedence ou The Velvet Underground) mais elle est toujours utilisée de manière à sublimer une scène pas forcément majeure. Elle souligne juste une émotion, une ambiance, une atmosphère, et toujours avec subtilité.

 

       Ca n'a pas l'effet d'un air de violon joué lors d'une scène triste par exemple. Après, malheureusement, aucune scène du film n'a l'impact de la danse des prostituées sous Nights in White Satin dans l'Apollonide. Scène qui a dû chambouler une majorité des personnes ayant vu ce film. Mais après, difficile de blâmer Bonello pour ça tant l'utilisation de la musique et sa mise en scène sont réfléchies.

 

        Car visuellement, nous avons le droit à un film abouti. La photographie est superbe, notamment dans les scènes en boîte de nuit avec cette multitude de couleurs. Puis cette utilisation du split-screen... Entre cette séquence que je raconte plus haut et les autres (notamment pendant le défilé), on peut dire que Bonello maîtrise. J'aime cette idée de filmer une même scène selon plusieurs points de vue, ce qui nous sollicite sans cesse et nous permet d'avoir une vision encore plus riche de ce qui se passe sous nos yeux. Bonello sait filmer, c'est indéniable. Dommage que les scènes qui s'enchaînent n'aient pas toutes autant de puissance que ce qui pouvait se passer dans l'Appolonide. Enfin, après inutile de toujours comparer. Saint Laurent c'est déjà bien comme film, on va se contenter d'avoir une oeuvre bien foutue et avec des idées de cinéma. Ce n'est pas rien dans le paysage cinématographique actuel, et surtout dans le genre du biopic.

 

 

 

       Je reproche toutefois certains points au film. Comme je l'ai dit plus haut, le monde de la haute couture ne m'intéresse pas. Et quand Bonello s'éloigne du personnage pour présenter son univers de travail, ça m'ennuie un peu. Bien sûr, cela reste personnel mais comme je suis certain que je ne suis le seul dans ce cas... Le défilé à la fin me semblait assez interminable avec une narration décousue épuisante sur la longueur. Les scènes d'YSL dans les années 70 et celles où il était en fin de vie s'alternant sans cesse. Si le parallèle est judicieux et bien foutu, il lasse un peu à la longue car on ne découvre plus grand chose sur le personnage, ça n'avance plus. Je déplore quand même cette baisse de rythme sur la dernière demi-heure malgré une toute fin très réussie (avec, en prime, un beau foutage de gueule face à la presse).

 

        Un point aurait pu me déranger, c'est celui de l'interprétation. Souvent dans les biopics, les acteurs s'acharnent à imiter les personnes dont leurs rôles sont inspirés. Mais ici ce n'est pas le cas, fort heureusement. Pourtant Ulliel utilise une voix fluette qui passe cependant très bien grâce au traitement accordé au personnage d'YSL qui semble toujours au bord de la dépression. Ulliel est justement très bon, l'intonation de sa voix est géniale lorsqu'il assène des petites remarques incisives. Le contraste entre ses propos crus et sa petite voix douce est vraiment surprenant. Ca contribue également à l'humour du film, teinté d'ironie et de cynisme. La scène sous acides avec le chien en est un parfait exemple. Scène terrible d'ailleurs.

 

       L'interprétation est du même calibre en règle générale avec notamment Jérémy Rénier qui campe un Pierre Bergé très intéressant. On le voit écrasé par l'aura de Saint Laurent tout en cherchant à le manger, à se l'approprier. L'empire financier qu'il a bâti autour du simple nom d'YSL est d'ailleurs le signe de cette volonté. Bergé est montré comme étant très protecteur à la fois de l'homme qu'il aime et du business qu'il représente. Une ambiguïté comme on aimerait en retrouver plus souvent au cinéma. Belle apparition de Louis Garrel dans le rôle de l'amant d'Yves Saint Laurent. Celui-ci apparaissant sur certaines des scènes les plus marquantes et poignantes du film.

 

       Enfin, si le visionnage peut parfois être pénible à cause d'un rythme pas toujours maîtrisé, je dirais qu'en revanche il est difficile de ne pas être imprégné de l'atmosphère du film après coup. Personnellement, celle-ci m'est bien restée en tête pendant plusieurs jours. Cette plongée dans l'univers du film est le signe justement d'une mise en scène réussie, qui implique le spectateur. 

 

        La haute couture ne m'intéresse toujours pas, et pourtant Bonello aura réussi à me convaincre avec son film sur une grande figure de la mode. Osé dans son traitement (plutôt couillu même) avec un personnage principal haut en couleurs et une réalisation inspirée, Saint Laurent est un film qui a du contenu. C'est une oeuvre riche en effet, avec des séquences qui marquent. Ce Saint Laurent est donc un bon film, audacieux et plein d'idées. Un biopic haut de gamme en quelque sorte, pourquoi s'en priver?

 

7.5/10

 

Romain

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9 septembre 2014 2 09 /09 /septembre /2014 10:02

       On ne se mentira pas, le secteur de la comédie en France est, en grande majorité, intensément lamentable. L'hégémonie actuelle des Dany Boon, Kad Merad & compagnie est déjà le signe d'une médiocrité qui s'est installée depuis très longtemps et qui dure, dure. Et ce n'est pas la percée des Kev Adams, Norman ou autres dans le cinéma qui risque d'arranger les choses. La comédie dans l'Hexagone c'est que du lourd en somme (et pas dans le bon sens du terme). Donc quand une bonne comédie française sort, il faut le signaler. Ce que je fais aujourd'hui avec Les Combattants, premier long-métrage signé par Thomas Cailley. 

 

 

       Qualifier ce film de simple comédie serait cependant bien réducteur. Les Combattants est plus riche et brasse plus de genres que ça. Non pas que la comédie pure soit à blâmer (après tout quand c'est bien fait, c'est bien) mais ici le ton change parfois subitement, ce qui donne lieu à pas mal de surprises d'ailleurs au niveau de la narration.

 

 

       L'histoire se concentre sur la rencontre entre deux jeunes. Le premier suit son frère dans la reprise de l'entreprise familiale tandis que l'autre est une étudiante parano qui se prépare à survivre à une éventuelle apocalypse. Tout le film traitera justement de cette relation entre ce jeune homme paisible et cette fille un peu folle. Ce postulat de départ pouvait très bien donner naissance à tous les clichés de la comédie romantique niaise et insupportable mais bien heureusement ceux-ci sont habilement contournés.

 

       Il faut tout d'aborder noter le gros point très agréable du film, c'est sa légèreté. A l'inverse de pas mal de comédies où tout est surjoué, maniéré à l'extrême et ponctué de gags bien souvent plus minables les uns que les autres, ici tout est dans la sobriété justement. Il suffit parfois d'une phrase, d'un regard ou d'une réaction tout à fait banale mais authentique pour déclencher le rire. Ce qui montre à la fois un véritable talent d'écriture et d'interprétation. 

 

       C'est un film qui confirme que j'aime définitivement la simplicité, surtout en matière de comédie. On peut prendre l'exemple d'Intouchables récemment dont l'aspect comique avait été plutôt bien réussi mais qui était passablement alourdi par un côté socio-familial plus écrasant qu'autre chose. Dans les Combattants pas de tentative de faire pleurnicher et pourtant l'aspect dramatique est bien présent, l'un des personnages a perdu son père et est en manque de repères, l'autre semble dépourvu de sensibilité mais justement ces aspects-là n'empiètent pas sur le récit de manière balourde car ça ne s'attarde pas dessus. Pas de violons ou de musique au piano triste comme dans Le Rôle de ma vie en gros, le film assume sa légèreté.

 

 

       La musique justement est agréable. Douce, entraînante, pas omniprésente. Une bonne composition qui contribue à créer l'atmosphère sympathique du film. Comme je l'ai mentionné en vitesse précédemment, l'interprétation est de qualité. Adèle Haenel montre une fois encore qu'elle est une valeur montante dans un paysage cinématographique français qui manque malheureusement de figures féminines charismatiques ces derniers temps.

       A ses côtés, le jeune Kévin Azaïs est épatant de naturel en jeune de 17 ans pas forcément très intelligent mais qui a du coeur. Les personnages secondaires ne sont pas en reste non plus avec le lieutenant instructeur aux répliques incisives qui est vraiment hilarant ainsi que le pote mollasson du début (qui joue dans cette horreur qu'est Soda d'ailleurs. Comme quoi on peut jouer dans Soda et être bon. Suivez mon regard...)

 

       Après, bien sûr, le film n'est pas exempt de défauts. Le dénouement est, pour ma part, un peu décevant d'autant plus que 10 minutes avant le film basculait dans une séquence pour le moins inattendue et brutale avant de se terminer de manière un peu simpliste pour le coup. C'est aussi un peu le problème global du film, on a un rythme pas forcément maîtrisé. Autant chaque séquence se suit et ne ressemble pas, autant l'intérêt n'est parfois pas aussi fort. Le film souffre d'un passage à vide après une heure où l'histoire commence à tourner un peu en rond. Après ce n'est pas forcément très gênant dans la mesure où ça ne dure pas longtemps mais cette baisse d'intensité est un peu regrettable.

 

       D'un point de vue purement formel, ça tient la route. Même si certaines séquences sont moins inspirées que d'autres, on a un travail globalement propre avec quelques plans-séquences pas désagréables. Puis le réalisateur a le bon sens de ne pas placer des effets de style inutiles, ce qui est très appréciable. Le passage dans l'armée est peut-être le passage le plus classique du film mais il se joue parfaitement des clichés et propose également des instants très drôles. La réplique du Flamby devrait rester je pense. C'est aussi la force du film, arborer et revendiquer un côté classique tout en proposant quelque chose de frais et plutôt ambitieux malgré tout.

 

       Original et fort sympathique, Les Combattants est la bonne petit surprise de cette fin d'été. Avec son duo d'acteurs étonnant, sa narration pleine de surprises et son humour bien dosé, ce film est tout à fait recommandable. Les quelques petits défauts ne gâchent pas un visionnage d'ensemble très agréable. Simple et efficace tout en étant parfois osé, ce film prouve qu'en France on sait quand même faire de la comédie sans en faire des caisses. Un nouveau réalisateur à suivre j'espère, après toutes les qualités de ce premier long-métrage ce serait dommage de se priver de films de cet acabit à l'avenir.

 

 

7/10

 

Romain

 

 

[L'avis d'Arnaud]

Pas grand chose à ajouter à cette critique puisque mon ressenti était à peu de choses pès le même, mais Les combattants mérite largement d'être découvert. Pour un film qui n'est pas tout à fait une comédie, j'ai beaucoup plus ri que dans beaucoup récemment vendus comme tels, et ce n'est déjà pas rien. Pour une première oeuvre, on a déjà le petit supplément d'âme qui fait la différence, avec des personnages attachants, un humour qui frôle souvent l'absurde, une très bonne composition musicale et des acteurs qui y croient à fond, même les plus secondaires. Que le film soit divisé en plusieurs actes au ton assez différent ne gâche rien, au contraire cela lui permet de se renouveler et de surprendre, en prenant des risques dont on ne se rend compte qu'une fois le générique arrivé. Tout ne marche peut-être pas à la perfection, mais difficile pour ma part de reprocher grand chose pour une première oeuvre aussi drôle et touchante.   -   7.5/10

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Published by Romain - dans Films de 2014
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