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10 mai 2015 7 10 /05 /mai /2015 18:58

       Franchement, le MCU, plus le temps passe et moins j’ai de choses à dire sur les films qui en sortent. Le paradoxe, c’est qu’en moins d’un an sont sorties mes deux œuvres préférées de cet univers, les Gardiens de la Galaxie et la série Daredevil sur Netflix. Des œuvres qui à mon goût avaient surtout la possibilité d’être meilleures grâce aux personnes en charge et au relatif éloignement qu’elles avaient avec les Avengers. Ce projet un peu dingue de se créer un univers cinéma avec minimum un film par super-héros avant leur réunification avait le mérite d’être ambitieux et unique, il faut le reconnaître. Mais maintenant qu’ils vont attaquer la phase 3, il serait temps de se demander si c’est encore bien nécessaire de multiplier les projets et refiler ça à des yes-men incapables de réaliser un blockbuster.

 

 

      Joss Whedon lui-même l’a dit, chez Marvel ça pioche dans les réalisateurs de films indépendants bien fauchés ou les réalisateurs de séries pour les sous-payer et faire des économies. On se demande franchement à quel point c’est nécessaire quand on voit que le film le moins rentable reste Captain America avec quand même pas loin de 400 millions de dollars d’entrées, et je doute que le salaire de Joe Johnston ait créé un gros trou dans le budget. Toujours est-il que pour la suite, on s’est retrouvé avec les frères Russo aux commandes, tout droit venus de l’univers de la sitcom et ne sachant en aucun cas mettre en scène un tel film. Qui se soucie encore de ces détails dans le MCU ? Pas le grand manitou Kevin Feige en tout cas, vu que les deux frères nous reviendront sur Captain America 3 et les deux prochains Avengers (la digestion s’annonce difficile).

 

      L’important, c’est que tout soit connecté ! Si cela ne plaisait pas à Edgar Wright, il n’avait qu’à aller voir ailleurs (pour rester poli), et c’est ce qu’il a fait, le réalisateur de Yes Man prenant sa place – délicieuse ironie. Comme annoncé, je disserte sur tout et n’importe quoi parce que je n’ai pas grand-chose à dire du film. Puis-je encore dire à ce stade là que j’ai été déçu ? Pas tellement, les différentes bandes-annonces m’avaient parues très lourdes, orientées dans la surenchère sans développer grand-chose à côté. Ca annonçait la grosse redite du premier (que j’avais vraiment apprécié) sans amener de bouleversements majeurs, et c’est exactement ce qu’est le film.

 

      Un début tonitruant pour attaquer une place forte où Whedon nous remet une petite dose de travelling numérique en pleine baston, des vannes dans tous les sens, un méchant qui fait le malin, pas de toute nous sommes en terrain connu. Franchement, jusque-là ça ne me gêne pas, sans être extraordinaire je trouve encore ça plutôt fun. Le film se tient assez bien jusqu’à la fête dans la tour Avengers où chacun essaye de soulever le marteau de Thor, mais après ça part vite en vrille. Deux semaine après, je ne me rappelle déjà pas bien dans quel ordre se déroulent les évènements, juste qu’après ce dont je viens de parler il y a la création d’Ultron, la rencontre avec les jumeaux et surtout la pause chez Hawkeye. Une telle pause, ça peut être bien voire indispensable dans un tel film pour donner un peu de répit, mais encore faut-il savoir gérer le rythme. La rumeur veut que Renner a exigé une telle scène pour son personnage, déçu d’avoir été un « méchant » dans une bonne partie du premier car possédé (on a d’ailleurs une blagounette sur ça quand Scarlet Witch essaye de le manipuler).

 

 

      Tout ça pour dire qu’on a cette longue séquence posée qui est censée développer son personnage en montrant sa famille, mais le tout est tellement artificiel qu’on ne s’attache pas une seconde aux personnages. Par-dessus la bonne morale familiale des Barton, il faut subir la romance naissante entre Banner et Black Widow, là-aussi assemblée de toutes pièces et sans alchimie aucune. En fait, le principal problème du film au-delà de la qualité de son écriture, c’est que tous les développements sont bâclés, dès qu’une piste intéressante pointe le bout de son nez, elle est écrasée par une scène d’action. Rien ne semble complet, à part les séquences les plus mouvementées justement. Nombreux sont ceux qui ont imputé ça aux coupes faites pour arriver à 2h20, au lieu des 3h rêvées par Whedon ou des 2h40 un temps annoncées. Ca n’excuse pas tout, Exodus est bien sorti en salles avec seulement 2h30 sur les 4h idéales, et le film se tenait parfaitement.

 

      Dans tout ce bazar, on oublierait presque qu’on était censé avoir un méchant terrifiant et implacable avec Ultron, doublé en VO par James Spader tout de même ! Lui qui était capable de porter sur ses épaules une série tout à fait banale comme The Blacklist, s’amusant comme un petit fou à jouer le criminel plus malin que tout le monde, semblait un choix idéal. Effectivement, rien à redire sur sa performance, mais on ne peut pas dire la même chose sur ce qui lui est donné à jouer. Ultron est un programme créé par Stark et Banner pour protéger la Terre, mais en fait Ultron est méchant. Point. Sérieusement ? L’idée qu’une I.A. en vienne à la conclusion qu’éradiquer l’humanité est l’unique moyen de sauver la Terre, et donc qu’elle fasse son travail de façon mécanique et froide, c’est quand même fascinant. Là non, on se retrouve juste avec un méchant robot qui « est sur l’internet » et qui veut tout démolir, annihilant donc l’intérêt du personnage et toute remise en question de Stark, au-delà des quelques excuses qu’il concède sur la fin.

 

 

      Il aurait également été possible d’en profiter pour critiquer l’interventionnisme éhonté des Avengers, forcés de poursuivre la création de l’un d’entre eux ou de stopper Hulk avec une armure spéciale en rabotant quelques pays pauvres au passage. Et encore ces derniers devraient être contents de les voir débarquer, lorsque l’on voit les habitants du pays de l’Est fictif caillasser les armures de Stark, ils sont clairement montrés comme ingrats. The Dark Knight ou Watchmen arrivaient très bien à remettre en question le statut des super-héros et à questionner leurs limites, mais on sent bien qu’ici ce n’est pas le but et ça ne restera qu’effleuré. Même constant que sur le second Captain America, qui prétendait nous montrer une Amérique rongée de l’intérieur par le sécuritarisme, pour envoyer tout valser dans un twist final assez grotesque.

 

      Au lieu de ne pas savoir sur quel pied danser, il serait plus cohérent pour ces films d’arrêter de se prendre au sérieux sur le fond et de parsemer tout ça de blagues inoffensives, et de s’assumer comme gros divertissements bourrins. Pour l’instant, Daredevil est à mes yeux leur seule création qui parvienne à équilibrer correctement le sérieux et l’humour, surtout grâce à des personnages aux caractères bien définis. Au cinéma, ça paraît bien plus difficile à réussir jusque-là, et ce n’est pas la suite du planning qui va me rassurer.

 

5/10

 

Arnaud

 

[L'avis de Romain]

Je rejoins globalement l'avis d'Arnaud et me permettrai de rajouter quelques mots. L'ensemble du film est vraiment mou, paralysé par le terrible manque d'enjeux et l'action est brouillonne au possible. Quand ce n'est pas illisible, c'est juste poseur et tape à l'oeil, il n'y a pas de juste milieu. Je ne trouve ça même pas fun, même pas divertissant, un comble pour un blockbuster. Sans oublier le fait que l'on ait affaire à des personnages trop nombreux et peu développés. Mention quand même à Hawkeye qui a le droit à son approfondissement... qui n'approfondit rien du tout, que du lieu commun, que de la superficialité. Le méchant ne vaut pas tripette non plus, pas réellement menaçant et plus cabotin qu'autre chose. Le premier Avengers était plutôt sympathique mais là on a juste le droit à une resucée grotesque sans la moindre once d'originalité et qui se prend définitivement trop au sérieux. L'ère d'Ultron... L'ère d'étron ouais.

3.5/10

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5 mai 2015 2 05 /05 /mai /2015 12:59

       Tout juste auréolé de son Ours d’or remporté en février dernier, Taxi Téhéran nous est parvenu en salles en ce mois d’avril 2015. Interdit de réaliser des films dans son pays pour une bonne dizaine d’années encore, Jafar Panahi récidive pour la troisième fois en nous proposant ce film tourné clandestinement  et dans l’illégalité la plus totale. Je n’avais pas encore vu de films de ce réalisateur qui m’intéresse pourtant depuis un moment. Mais j’ai des priorités moi, il fallait que je consacre du temps pour le Debbouze, Panahi pouvait attendre ! La sortie de ce Taxi Téhéran donnait donc l’occasion non seulement de découvrir ce cinéaste mais aussi de voir quel genre de film peut être réalisé avec des moyens aussi bridés.

 

 

        Pour le coup, on peut dire je suis vraiment très partagé sur ce Taxi Téhéran. On assiste à un mélange entre fiction et documentaire qui n’est pas forcément une réussite pour ma part car c’est tantôt subtil, tantôt maladroit. On a quand même un bon point d’entrée de jeu : le film est très immersif. Nous sommes plongés au cœur de la capitale iranienne vue de l’intérieur de ce petit taxi avec sa caméra embarquée et son chauffeur particulier. La réalisation d’ensemble est faite de manière à créer l’illusion du réel, comme si l’on captait quelque chose d’authentique à chaque plan. Mais il me paraît difficile de louer l’authenticité de ce film étant donné qu’il est bien trop écrit pour paraître vrai.

 

        Pour ma part, se situer à la frontière entre la fiction et le documentaire n’est pas le parti-pris le plus pertinent qui soit dans ce cas présent. Autant faire quelque chose de 100% vrai (un peu risqué vu le pays cela dit) ou quelque chose de 100% fictif mais qui s’assume tel quel. Car là, on sent les rouages du scénario, on sait où Panahi veut nous mener, on sait que chaque séquence sera l’occasion de pointer du doigt un dysfonctionnement ou un abus typique du pays. Et cette scénarisation nuit à la subtilité des propos véhiculés par ce film, c’est trop « joué », trop didactique.

 

       La société iranienne est forcément critiquable sur bien des points avec certaines de ses positions et décisions socio-politiques très discutables. Chaque société d’ailleurs est critiquable, quelle qu’elle soit. Le problème ici c’est qu’on a une critique unilatérale et mécanique qui est quand même un peu lourde. Chaque scène est clairement construite dans le but de dire « Bouh c’est pas bien » sur un fait de société ou sur une décision du gouvernement. Quand bien même ce n’est pas « bien », je trouve dommage de s’apitoyer de la sorte.

       Après forcément je ne peux pas juger  pertinemment de ce qui se passe là-bas, moi le petit français qui vit loin de l’Iran dans son confort et qui peut librement écrire cet avis. Mais ici on sent que le cinéaste se plaint via les personnages qui apparaissent à l’écran. Et se plaindre en faisant la morale ne fait pas forcément avancer les choses et ne renforce pas ce que tu cherches à dénoncer. Mais fort heureusement,  l’ensemble de ces critiques formulées par Panahi reste bien dissimulé derrière une légèreté de ton qui rend le film digeste et son visionnage appréciable même si le tout reste très convenu.

 

       De mon point de vue, le problème vient surtout du fait que le film est centré sur Panahi et ses propres problèmes. Le cinéaste est le personnage principal du film et va même jusqu’à pratiquer l’autoréférence en se filmant dans sa prison à ciel ouvert. Certes son sort est triste dans la mesure où son propre pays lui interdit de pratiquer son art et qu’il est « obligé » de réaliser des films clandestinement. Mais le peuple iranien n’est pas Jafar Panahi. Si le film s’était contenté de filmer tous ces passagers du taxi venant de tous horizons et ayant plein de choses à dire sur le quotidien ou sur la société, là ça aurait été plus intéressant. Avec un chauffeur de taxi qui n’est pas réalisateur maudit mais qui est un chauffeur de taxi comme un autre. Mais ici les discours des différents passagers sont trop rôdés et politisés pour créer cette sensation de vrai. C’est un procédé artificiel.

 

 

       Je peux donner l’impression de ne pas avoir du tout aimé ce film mais ce n’est toutefois pas le cas. Comme je l’ai déjà dit, la légèreté du film fait facilement passer la pilule. On évite justement de tomber dans la pleurnicherie pure et simple qui aurait pu rendre ce film totalement indigeste, même si cette pleurnicherie est réelle bien que très implicite. Du coup, même si on n’est pas forcément d’accord avec la façon de délivrer le message, on peut apprécier l’humour de certaines scènes. Le passage des petites vieilles avec leurs poissons est notamment plutôt drôle, tout comme les discussions entre l’oncle Panahi et sa nièce. Tous ces petits dialogues qui s’éloignent du cadre politique sont vraiment agréables, légers. Le film aurait gagné d’ailleurs à contenir plus de scènes de ce genre avec la simplicité et la pudeur qui les caractérisent.

 

      Un autre point d’appréciation reste aussi cette mise en scène de qualité, qui renforce l’immersion dans ce pays pas forcément très accessible et assez méconnu des occidentaux. On reste toujours dans le cadre de ce taxi, tel un observateur du Monde qui entoure ce petit monde. On a cette sensation d’être « à l’abri », d’être dans un espace de convivialité qui contraste avec la dureté des lois du pays qui ne se ressentent cependant pas à l’écran. Aucune menace ne semble peser sur ce taxi et son chauffeur particulier.

 

       C’est dans cet aspect, je pense, qu’on retrouve la plus grande subtilité du film. Car le taxi de Jafar Panahi est un espace de discussions et d’échanges sur des thématiques variées, on aime ce lieu car la pensée n’est pas interdite ou limitée et que l’on peut parler de tout. C’est donc là le plus grand paradoxe (et gâchis) du film à mes yeux. Si tout n’était pas aussi orienté et scénarisé, on aurait peut-être eu affaire à quelque chose de plus vivant, de plus authentique et qui aurait quand même soulevé des choses sur les différents aspects sociétaux de l’Iran. Mais les ficelles sont hélas trop visibles même si, à côté, la réflexion sur le vol (thématique archi présente dans Taxi Téhéran) est pertinente. Panahi se met lui-même en scène d'ailleurs dans sa condition de voleur d'images malgré lui. Il expose cette sensation d'être considéré comme un voleur dans un monde lui-même rempli de voleurs. A commencer par ces personnes qui lui ont "volé" une partie de sa liberté. C'est l'un des aspects du film qui m'a le plus parlé justement, qui me paraissait très juste. Dommage que la subtilité de ce propos contraste avec la balourdise de certaines autres séquences.

 

 

       Puis il y a aussi cette déclaration d’amour faite au cinéma qui ne peut pas me laisser insensible. Panahi aime le cinéma, il aime faire du cinéma, il aime regarder ce que ses compères font jusqu’à déclarer que « tout film mérite d’être vu et que le reste est une question de goûts ». Phrase un peu naïve mais qui a du sens au vu de la situation traversée par le cinéaste. Bon après on peut se poser la question sur tout ce qui est Divergente, 50 nuances de Grey, etc… Mais je suis certain que Panahi ne pensait pas à ce genre de trucs quand il a dit ça. Généralement j’ai aimé toutes les séquences qui se rapportaient au cinéma, notamment avec ce trafic de films non approuvés par le régime qui circulent sous le manteau.

       Le mieux restant tout de même les passages avec la nièce qui liste tout ce qu’il faut faire pour rendre le film diffusable, ce qui est plutôt cocasse. Jusqu’au point où elle est prête à engueuler un enfant pour qu’il fasse quelque chose de « moral » pendant qu’elle le filme. Une des scènes les plus drôles du film d’ailleurs, qui dit en plus pas mal de choses sur le processus de création artistique en Iran. Mais après tout, ces limites n’empêchent pas certains réalisateurs de faire de très bons films. Je pense à Abbas Kiarostami notamment qui arrive d’ailleurs à soulever des problématiques sociétales sans s’attirer les foudres du régime (ou du moins pas à ma connaissance).

 

       Dans la globalité, j’ai quand même apprécié le visionnage de ce Taxi Téhéran pour toutes les raisons citées ci-dessus. Même si je ne peux que déplorer ce côté trop plaintif que je peux toutefois comprendre. Après tout, difficile de se mettre dans la peau d’une personne qui ne peut plus faire son métier librement et dont les moindres faits et gestes sont surveillés. Ça reste quand même impressionnant de voir que ce type ait pu faire deux longs-métrages et participé à un autre alors que ça lui est strictement interdit. Mais ça peut aussi soulever des questions sur sa vie et sur le fait de savoir s’il vit dans un si grand « enfer » que ça… N’aurait-il pas dû faire un tour en prison après son « Ceci n’est pas un film » ? Après tout il a bravé les interdits au vu et au su du monde entier, ce qui aurait pu légitimement mettre les dirigeants iraniens en colère… Pourtant, il récidive. Intolérable ! Si j’étais dicta… Leader suprême bien-aimé d’un pays et qu’un cinéaste osait critiquer mes méthodes, ça fait bien longtemps qu’il finirait dans un cachot à regarder la daube de Jamel Debbouze en boucle. Ça lui aurait passé l’envie de tourner des films tiens !

 

        Enfin je ne suis pas dirigeant contesté d’un pays, je reste un citoyen français lambda et je vais revenir à cette condition pour boucler cette critique (même si être dictateur ça doit être bien sympa avant qu’on vienne te trancher la tête). Taxi Téhéran est un film que je conseille malgré les quelques reproches que j’ai pu lui faire car il permet d’aborder des questions et problématiques très intéressantes. Sur la société iranienne, sur les actes contraires au bon fonctionnement de cette société, sur le cinéma, sur la liberté d’expression et d’opinion. On peut même développer la réflexion en s'appuyant sur l'exemple de notre propre société occidentale. Le film dure 1h20 et le rythme est suffisamment maîtrisé pour suivre son déroulement avec plaisir même si on peut légitimement tiquer sur quelques aspects du scénario. Le prix reçu à Berlin me paraît quand même plutôt exagéré et délivré davantage pour le geste plutôt que pour les qualités intrinsèques. Je poursuivrai quand même volontiers sa filmographie mais peut-être avec ses films tournés « légalement ». Je pense à Hors-Jeu ou encore à son film sur le Racing Club de Lens. Affaire à suivre.

 

6/10

 

Romain

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28 avril 2015 2 28 /04 /avril /2015 12:49

        Je n’avais pas envie de voir ce film. Et donc tout naturellement je l’ai vu. Pas pour son intérêt cinématographique évidemment mais davantage pour son intérêt linguistique. Pourquoi? Parce qu’en fait ce film est un très bon support pour ce jeu qui consiste à chercher tous les termes péjoratifs pour décrire un film pendant 1h30. Et mine de rien, il y en a beaucoup. Tu as les traditionnels « nul » et « daube ». Tu peux aussi utiliser « atroce », « lamentable », etc... Et tu dérives forcément sur « caca » et ses synonymes à un moment donné. On peut aussi chercher le plus d’insultes disponibles dans notre langue merveilleuse sur ce laps de temps. Ou faire un jeu à boire et avaler un verre cul-sec à chaque fois qu’il vous prend l’envie de dire « Mais qu’est-ce que c’est naze ». Mais ça, c’est un peu plus risqué vu qu’il y a de fortes de chances de tomber dans un coma éthylique. Mais il faut bien s’occuper devant Pourquoi j’ai pas mangé mon père car, croyez-en mon expérience, cette chose viendra tester votre résistance et vos limites mentales.

 

 

       Tiens, démarrons cette critique par un petit constat qui pourrait paraître rigolo s’il n’était pas profondément gerbant. On peut remarquer depuis la sortie de l’étron que les Community Managers rattachés à la promotion du film ont fait une descente sur tous les sites ou réseaux sociaux susceptibles d’être vus par des millions de personnes. Prenons l’exemple d’Allociné où la moyenne des spectateurs a atteint une note incroyablement basse de 1.6/5. Sachant que la majorité des utilisateurs de ce site est issue du grand public qui n’aura pas forcément de grosses exigences en termes de qualité cinématographique, on pouvait donc constater que ce film est un carnage complet incapable de plaire à qui que ce soit.

 

      Pour remédier à ça, une multitude de faux comptes ont été créés avec des messages presque similaires du type « on a passé un très bon moment en famille devant ce film drôle et à la morale remarquable ». En une nuit d’ailleurs, la moyenne est passée de 1.6 à 2.2/5 grâce à un petit nettoyage d’avis négatifs complice de la part d’allociné. Tout ça couplé à des notes/avis volontairement boostés pour remonter une moyenne déjà pas glorieuse. Ce trafic de l’opinion publique est quand même très gênant et n’a rien à envier à certaines pratiques qui ont pu être menées dans ces régimes totalitaires que l’on a pu étudier dans nos livres d’Histoire.

 

      Sans compter le fait que la boîte de production quémande carrément sur sa page Facebook que le public du film aille délivrer du 5 étoiles en masse pour le film de Jamel. C’est dire à quel point ils sont désespérés face au bide critique ET commercial que rencontre le film, la fameuse double accréditation qui fait cauchemarder tous les producteurs du monde. Il faut dire qu’avec cette promotion qui dépassait aisément le stade de l’overdose, ils avaient mis les moyens pour que ce soit un succès financier. Et, fort heureusement, ceci est un flop. Pas un fiasco retentissant hélas, mais ça reste un bide. Et ça fait plaisir.

 

       Je n’ai pas pour habitude de me réjouir de l’échec d’un navet puisque je participe moi-même au box-office de ces choses par pur plaisir masochiste et que je me fiche un peu de leurs scores. Mais là je ne dissimule pas ma joie face au flop de ce machin. Je n’ai d’ailleurs même pas donné d’entrée pour ce film, et cela sans télécharger le truc de façon illicite ni même entrer dans le cinéma de façon illégale. Je vous laisse deviner la méthode.

 

       Bref, revenons à nos moutons et énumérons ensemble les quelques qualités que le film possède malgré tout.

 

 

        Voilà, maintenant que c’est fait attaquons-nous à tout ce qui fait de ce film une merde inqualifiable. Déjà, je mets au défi quiconque de ne pas être irrité au plus haut point pendant les cinq premières minutes du film qui sont déjà un condensé du supplice que vous allez subir tout le long du bidule. Ca hurle tout le temps, l’animation est du niveau d'une cinématique de PS2 et l’humour est pathétique. Paie ton cocktail qui testera tes limites nerveuses d’entrée de jeu. Tu as mal au crâne dès le départ et tu peux déjà commencer à chercher des insultes à lancer contre Debbouze et son navet. Au bout d’une heure j’avais déjà tout épuisé en français et en anglais. Du coup j’ai dû continuer en allemand jusqu’à la fin. Et mine de rien, j’en connaissais pas mal.

 

        Non mais sérieusement c’est juste pitoyable quoi, en 20 ans Jamel Debbouze n’a pas évolué sur le plan de l’humour. On retrouve encore une fois ce personnage qui fait des fautes de français volontaires censées faire rire. La première fois ça peut être drôle, quand tu es pré-ado. Mais ça fait 20 ans qu'on a fait le tour du style humoristique de Debbouze qui ne se lasse pourtant pas de ressortir les mêmes ressorts comiques. Et ce film c’est clairement le film de Jamel, avec Jamel, pour la gloire de Jamel.

        A aucun moment on ne voit le personnage d’Edouard, on voit juste Jamel Debbouze, le mec qui est le même à la fois au cinéma et sur un plateau de télévision. Et c’est juste super lourd. Au début du film on voit même la séquence qui justifie le fait que le personnage d’Edouard garde une main dans son pagne. Tout ça pour que l’on voit bien qu’il s’agit de Jamel et rien que de Jamel car avec les techniques d'animation, on peut aisément gommer ça. Il me fait penser à ces gens-là qui essaient toujours de se montrer à l’école, au boulot, dans les lieux publics pour qu’on les remarque même si ils sont inintéressants. Le genre d’individus à baffer de toute urgence en somme.

 

        Niveau écriture c’est quand même une belle misère. Les gags se résument à des « trolol je me cogne » ou à des « trolol je tombe », et l’humour verbal à une compilation de fautes de français mêlée à un langage populaire actuel pour faire trop anachronique t'as vu. Mais Chabat a déjà fait ça mon grand. Désespérant. Le mec va quand même claquer sans arrêt un running gag où le pote tend son postérieur et où Jamel répète à chaque fois « non je t’épouillerai pas le ‘uc ». Ça c’est de l’humour finaud dis donc, ça révolutionne le comique verbal, ça enterre Desprogres et Devos une deuxième fois ! DU GENIE ! Et le coup du "Zimzine Zidane"... Mais tu l'as déjà sorti dans H en 1998 sombre abruti! Et je suis certain que tu t'en rends même pas compte que cette vanne est archi réchauffée à tel point qu'elle devient juste indigeste !

 

       Et les personnages sont tellement irritants et vides. Ils hurlent tout le temps, ils sont inintéressants et donc aucun attachement ne peut se créer. Le pompon c’est quand même cet espèce de simili De Funès (mal) animé à partir des mimiques de l’acteur défunt. C’est d’une vulgarité, c’est vraiment déterrer un cadavre pour l’imiter et créer un personnage censé le représenter. Dans le genre moralement discutable, je pense qu’on fait difficilement pire. Puis c’est bon quoi, le mec est mort il y a 30 ans et a tourné dans très peu de films de qualités dans lesquels il a toujours joué le même rôle. Il faudrait peut-être arrêter de le sacraliser un beau jour… On va quand même jusqu’à capter ses mimiques pour les calquer dans un film d’animation merde. C’est du délire ! Et dire que la famille De Funès a accepté ça… Remarque, il faut bien renflouer le compte en banque. Qu’est-ce que c’est moche la cupidité.

 

 

        Mais le pire dans ce film, c’est que je ne peux même pas critiquer le scénario car il n’y en a pas ! Le film est une accumulation de sketches sans aucun liant, des personnages apparaissent et disparaissent subitement sans aucune cohérence. L’exemple le plus flagrant étant l’ami inséparable du héros que l’on ne voit absolument pas disparaître du récit avant de le voir réapparaître à la fin pour des retrouvailles. Mais rien ne justifiait son départ du récit et on ne l’a pas vu ! C’est dire à quel point tout a été bâclé dans ce film. Pour les péripéties c’est pareil, les mecs partent en plein jour d’un endroit très proche de l’arbre des simiens et arrivent à l’arbre en pleine nuit. Ils ont dû parcourir. Pfiou. 200 mètres? 

       Jamel a voulu être acteur et réalisateur en même temps. Mais au lieu de devenir Orson Welles, il devra se contenter d’être Ed Wood. Et encore ce serait insulter Ed Wood parce que ses films étaient rigolos eux et avaient quand même des idées et surtout une vraie générosité. Quoique Jamel est généreux dans ce film. Mais uniquement pour flatter sa propre personne...

 

        Allez, petite séquence "Incohérences-dropping" pour le fun. On peut citer le fait que le personnage d'Edouard sache parler bien qu'il ait évolué à l'écart de la civilisation avec un bêta incapable de s'exprimer. On peut aussi citer que tout le bois à un moment est bouffé par des termites mais que les personnages se déplacent tout de même avec des torches en bois sur le plan suivant. On peut également citer qu'un arbre est naturellement bourré d'explosifs. On peut également citer cette scène incroyable où les singes découvrent ébahis leur reflet dans l'eau grâce à une "invention" de Jam... Edouard. Bah oui, ils ont vécu pendant des années mais n'ont jamais vu leur reflet dans l'eau. Continue à nous prendre pour des cons Jamel. Et je passe volontiers sur l'instant musical où les singes découvrent la musique car Jamel a tapé deux fois sur un objet et que ça a produit du son. C'est vraiment un film crétin.

 

          Concernant l’animation, Pourquoi j’ai pas mangé mon père accuse purement et simplement 15 ans de retard. Les expressions du visage sont primaires, la synchronisation labiale est désastreuse. C’est juste hideux. Même les moutons de Shaun ont des expressions faciales plus réalistes. Et ils sont en pâte à modeler nom d’un chien ! Et bien sûr ce n’est pas le sens de la mise en scène de Debbouze qui va créer quoi que ce soit. Ce film c’est juste rien du tout en terme de comédie pure et encore moins en terme d’intérêt cinématographique. On a souvent cette impression que les personnages sont sur une scène avec un fond vert derrière. C'est d'une pauvreté visuelle hallucinante.

 

 

       Puis on va te claquer une morale de tolérance et de pardon, blabla… Le tout sans aucune finesse alors que le film aurait pu mille fois jouer sur l’ambiguïté de la nature humaine et ses parts d'ombre. Le récit de base aurait pu donner lieu à un film intéressant qui soulève de vraies questions tout en étant drôle. Mais ce serait demander à Debbouze de réaliser un film intelligent alors qu’il cherchait juste à faire son one-man show animé avec des gags façon peau de banane, qui arriveront à peine à décrocher le rire d’un enfant de 8 ans.

 

        Une heure et demie de spectacle affligeant sur absolument tous les plans, Pourquoi j’ai pas mangé mon père est le genre de films détestable de bout en bout. Ce n’est même pas du cinéma, c’est une succession de sketches animés avec un humour désastreux et un fond nauséabond. Rien de plus. Tout ça financé par les copains de la télé pour faire plaisir à un type à l’égo surdimensionné qui a juste besoin de faire parler de lui. Sans oublier le fait que ça pompe ouvertement le Roi Lion dans la trame et ça en calque même carrément des scènes. Et ce ne sont pas des clins d'oeil. 

        Ce film n’est même pas un plaisir masochiste car le masochisme implique que l’on ressente une certaine part de plaisir dans la douleur. Et on ne peut pas ressentir de plaisir face à cette chose, c’est physiquement impossible. Un cancer cinématographique à fuir de toute urgence.

 

1/10

 

Romain (qui va commencer sérieusement à réduire sa consommation de daubes sous peine de développer des tumeurs)

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27 avril 2015 1 27 /04 /avril /2015 12:50

      Dernier né des studios Aardman, Shaun le Mouton a quitté le format télévisuel pour être adapté sur grand écran. Marque de fabrique d’Aardman, l’animation à base de pâte à modeler a été popularisée notamment par la célèbre saga Wallace et Gromit. Et c’est une technique qui a toujours de quoi fasciner surtout quand on sait qu’il faut une journée de travail pour produire environ 2 secondes de film. Au vu de l’énergie fournie par ces créateurs généreux et passionnés, difficile de partir avec l’envie de ne pas aimer ce genre de projet. Mais bon, fournir un gros travail n’est pas toujours synonyme de succès. Il paraît d’ailleurs qu’un certain film de Jamel Debbouze a nécessité 7 ans de boulot et quand on voit le résultat… Qu’en est-il alors de ce Shaun le Mouton ?

 

 

      J’ai beaucoup aimé les quelques films en « patanimation » que j’ai pu voir auparavant, avec une mention spéciale pour cette pépite qu’est Un Mauvais Pantalon. Et ce Shaun le mouton ne déroge pas à la règle, c’était vraiment un moment de cinéma très sympathique. J’ai bien ri et souri devant ce spectacle aussi inventif que dynamique. Car si l’humour et le scénario ne sont pas toujours très fins, il est difficile de s’ennuyer face à cet enchaînement de péripéties sans aucun temps mort. 

 

       On peut noter tout d’abord la qualité de l’animation qui, au risque de me répéter, a demandé un travail titanesque et qui est ici remarquable de fluidité. L’action est retranscrite sans anicroches, on en oublierait presque qu’il s’agit de personnages et objets en pâte à modeler filmés en stop-motion. En plus c’est bourré d’idées et créatif. Visuellement ce Shaun le mouton est vraiment génial, l’univers est notamment garni de détails qui le rendent vraiment vivant et riche. L’atmosphère du film est aussi captivante grâce à ces références sociétales qui peuvent prêter à sourire. On retrouve dans Shaun le Mouton une retranscription de notre société avec ses phénomènes de mode ou encore cette vie urbaine que nous connaissons bien et qui est ici gentiment tournée en dérision.

 

       J’avoue d’ailleurs m’être amusé comme un gamin face à ce déferlement de gags et de rebondissements. Les trouvailles et inventions loufoques m’ont ramené des années en arrière à l’époque où je créais des histoires avec des jouets, des dessins et même de la pâte à modeler. Comme quasiment tous les gamins du monde en quelque sorte. Et quelque part je suis sûr que c’est aussi pour ça que le film m’a parlé car ça m’a donné envie de faire comme les réalisateurs du film, de recréer ces petites histoires d’enfants. Comme quoi à l’heure du tout numérique, ça fait du bien de retrouver un bon film artisanal comme ça réalisé avec cette générosité qui ne peut qu’attirer de la sympathie.

 

       Après le film n’est pas forcément exempt de tous reproches dans la mesure où il emprunte des sentiers assez convenus. Forcément, c’est une œuvre tous publics qui cherche aussi à s’adapter à une gamme de spectateurs élargie, la fameuse tranche de 7 à 77 ans. Donc c’est tout mignon, parfois un peu facile et sans forcément une grosse audace sur le plan du scénario. Toutefois je dirais que paradoxalement c’est aussi ce qui fait la force du film, il est capable de fédérer tout le monde grâce à un humour qui touchera parfois plus les petits que les grands, et inversement. Et comme tout ça se déroule sur un rythme effréné, personne n’est laissé de côté. Et mine de rien, peu de films savent vraiment faire ça, trouver ce savant dosage qui formera un film tous publics et pas seulement pour enfants. Et c’est aussi à ça qu’on reconnaît un film d’animation grand public de qualité.

 

 

       Globalement le film reste vraiment drôle et évite justement de trop sombrer dans l’humour caca-prout. C’est plus inventif que ça et heureusement. Il y a d’ailleurs un running gag excellent dans la fourrière avec le chien aux yeux rouges qui faisait toujours son petit effet à chaque coup. Puis cette bande de moutons accompagnée du chien berger est attachante. Aucun dialogue n’est prononcé par qui que ce soit mais on a quelques personnalités qui se dessinent, ce qui donne vie à ces personnages, ce qui les fait exister. On s’attache donc plus facilement à eux, ce qui amplifie toutes les émotions que l’on peut ressentir dans ce genre de films. Au niveau de l’humour bien sûr mais pas seulement. A ce titre d’ailleurs, j’ai trouvé la scène où ils improvisent un orchestre pour redonner le sourire à l’agneau vraiment attendrissante. Cette touche poétique légère mais bien réelle est très appréciable, elle contribue à figer ce petit sourire qu’on peut facilement arborer tout le long du film. En ça, on peut dire que ce Shaun le Mouton est un feel-good movie très réussi.

 

       Voilà donc une très bonne surprise car je n’en attendais pas forcément grand chose. Ce n’est pas parfait, on peut reprocher quelques défauts à juste titre mais il me paraît très difficile de pouvoir détester ce film. Il a cette capacité de réveiller nos âmes de gamins, est très divertissant et a ce qu’il faut d’inventivité pour ne pas s’essouffler sur la durée. Le scénario est bien mené et ficelé, ce qui donne un véritable liant et confère habilement au film cette sensation d’aventure. Il a en tout cas su plaire au jeune adulte et grand enfant que je suis, et j’en suis sorti avec un énorme sourire figé sur les lèvres. Et après tout, quand on regarde une comédie c’est tout ce qui compte. Un petit régal, vraiment agréable.

 

7.5/10

 

Romain

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Published by Romain - dans Films de 2015
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24 avril 2015 5 24 /04 /avril /2015 12:45

        Qu’est-ce que je peux aimer les sagas pour adolescentes ! J’en ai toujours pour mon argent, j’y retrouve toujours tous les pires défauts que je viens chercher et on peut dire que ce Divergente 2 a amplement répondu à mes attentes. C’était nul mais d’une force ! Quelque part j’admire les personnes derrière ce genre de projets tant ils doivent répondre à des critères bien précis pour rameuter leurs cibles en salles. C’est toute une machine qui se met en place, tout un processus ultra rôdé et calibré qui est souvent synonyme de succès quand il est bien mené. Et là ça fonctionne, ce nouvel opus de Diverchiante a attiré les foules en salles. Et vu que j’aime bien m’auto flageller, c’était évident qu’il fallait que je voie ça sur grand écran !

 




        Quelques semaines avant ça, j’ai rattrapé mon retard par le fabuleux Divergente et son univers d’une bêtise affolante que j’avais malheureusement loupé au cinéma. Je devais traverser une période trouble où je décide de ne voir que de bons films, ça m’arrive de temps à autre… Non mais sans rire, qui peut croire une seule seconde à ce système de factions d’une idiotie sans nom ? Peut-on créer un univers encore plus con ? Dire que je me plaignais d’Hunger Games et de sa dictature pas crédible pour un sou… Mais là on se tape quand même un univers où des abrutis qui courent en faisant « youhou » et en faisant des roulades sont considérés comme audacieux… Je vais me ramener comme ça au boulot tiens pour montrer mon audace mais je pense qu'on me qualifiera d'autre chose qu'audacieux... Et puis c'est aussi un univers où il y a des culs-terreux appelés fraternels qui sont des hippies Peace and Love qui te délivrent un message d’amour en te servant ton repas à la cantine… Des baffes qui se perdent dans la nature je vous jure.


       On suit donc la suite des aventures de Triss, une Katniss bis (à croire qu’il y a un théorème qui affirme que chaque héroïne d’une saga merdique doit avoir un prénom en –iss). Sauf que Jennifer Lawrence a un vrai charisme tandis que la Shailene Woodley ne dégage absolument rien, une pure tête à claques. Puis le coup du « Je me coupe les ch’veux pour oubliay mon passay » pitié quoi. Tu sens le personnage fabriqué pour plaire à la jeune donzelle en fleurs qui se reconnaîtra dans cette fille banale que le destin a choisi. Ainsi que le beau gosse. Tout est fait pour que la puc... pré-adolescente s'identifie au protagoniste pour espérer le même destin et le même type de mec dans son lit pour l'honorer tous les soirs. Hélas pour elle, dans la vraie vie, c'est Dylan l'acnéique en jogging qui essaie de la pécho en faisant du wheeling sur son scooter. Triste sort, triste réalité.

       On le sent quand même le pur film de producteur qui surfe sur le succès d’HG en suivant plus ou moins la même recette avec la fille qui devient forte, blabla... Et forcément, tout devient prévisible et on peut prendre un malin plaisir à essayer de finir chaque dialogue d’un personnage avant lui. Et comme je suis taquin, je ne me suis pas privé. Il n'y a que de cette manière que l'on peut trouver le film drôle. Sinon le temps risque de passer trèèèèès lentement.


       Le scénario est une nouvelle fois des plus crétins. On creuse encore les différentes factions histoire de voir, de manière plus approfondie encore, à quel point cet univers n’a aucun sens et ne tient pas debout. Et puis derrière on enchaîne les Deus Ex Machina et les Juste-à-temps qui sont aussi fréquents que risibles. C’est si dur que ça de créer des séquences cohérentes et une véritable tension ?

        Sans blagues, tu sais à chaque fois que c’est impossible que quelque chose se finisse mal vu que tu as toujours un retournement de situation improbable pour sortir les personnages de la galère. Je ne comprends toujours pas pourquoi le beau gosse est toujours en vie à la fin alors qu’il s’est retrouvé seul face à une dizaine de tireurs à même pas 5 mètres de lui. Enfin, je dis que je ne comprends pas mais si… Faut surtout pas choquer la jeune fille en fleurs qui risquerait de pleurer et de ne pas voir les suites vu qu’il n’y aura plus de beaux mecs… Parce que bon, c’est pas Caleb et sa tête d’ahuri qui va attirer de la minette en salles. Tout comme le pauvre Miles Teller, absolument insupportable dans cette saga alors qu’il crevait l’écran dans Whiplash récemment… Quelle misère !
 



       Ce scénario c'est vraiment le vide créatif. Rien que le coup de la « prophétie » est téléphoné à des kilomètres. Evidemment que la boîte allait dire que les divergents sont la solution vu que seuls eux sont capables de l’ouvrir… Comme si on allait dire « Voilà les divergents sont trop forts, ils ont osé résoudre l’énigme ! Mais tuez-les, ils sont néfastes, ils ne peuvent apporter aucune solution c'est évident ! ». Je ne comprends d’ailleurs toujours pas pourquoi ils ne constituent pas une faction à eux seuls puisqu’ils ont tous les mêmes caractéristiques à peu près. Enfin, chercher de la cohérence dans ce genre de navets c’est comme chercher des nichons, du sang et des guns dans un épisode de Joséphine Ange Gardien ou un plan qui dure 3 secondes chez Michael Bay.


       En tout cas le résultat de cette prévisibilité, c’est que les scènes d’action ne font rien. Il n’y a pas cette tension qui pourrait leur donner du piquant puisque tout est calculé d’avance et que le suspense est absent. Et la violence est tellement édulcorée… Sans compter les séquences d'action dans les scènes de rêve tape-à-l'oeil qui puent le fond vert à plein nez. C'est moche, juste moche...

       Mais le pire du pire c’est que la saga met quand même deux films pour arriver à une conclusion déjà évidente depuis le début du premier. Mais sortez de cette foutue clôture nom de dieu, bande de débiles profonds ! Sans oublier tous ces dialogues exceptionnels avec un mec qui hurle qu'il s'appelle Quatre. Tu peux répéter ce dialogue dans toutes les langues du monde, je pense qu'il peut facilement conserver son ridicule. Qu'est-ce que c'est nul mon dieu... Comment peut-on prendre ce genre de film au sérieux?


        Il est évident qu’il n’y a aucune qualité cinématographique dans ce désastre affreusement chiant et dénué de quelconque émotion. Que peut-on ressentir pour des personnages aussi stéréotypés, vides et surtout aussi cons ? J’avoue franchement ne pas comprendre, même en me mettant dans la peau de Cindy, 13 ans, qui se tape des barres devant l’intégrale des spectacles de Kev Adams et qui viendra voir Divergente 2 trois fois avec toutes ses amies tout en se gavant de popcorn et envoyant des selfies sur snapchat avec leurs bouches en culs de poules en marquant « trOw poseey’ au ciney’ ac mey bestahs <3 ». Comme l'aurait si bien écrit l'ami Kurtz: Drop the bomb, exterminate them all.



        Pierre angulaire du cinéma dit « de merde pour pucelles », Divergente 2 est un condensé de ce qu’il faut faire pour attirer les filles de 10 à 15 ans qui regardent trop W9 et de ne ce qu’il ne faut pas faire pour créer un film de qualité. Toutefois je ne peux que souhaiter une longue vie à cette saga car je prends toujours un gros plaisir coupable devant. J’adore m’infliger cette souffrance d'ailleurs, c'est vraiment relaxant. Ça peut d'ailleurs être plus efficace chez moi que certaines comédies même si cet opus n’est pas ce qu’il y a de plus hilarant. Vivement la suite !
 

1.5/10 

 

Romain le faquin

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11 mars 2015 3 11 /03 /mars /2015 12:44

       Birdman était un film qui me tentait depuis des mois et la dernière cérémonie des Oscars n'a fait que renforcer mon attente autour d'un film qui s'annonçait très prometteur. Je ne m'intéresse pourtant pas des masses aux Oscars en règle générale, la faute aux palmarès récents très décevants faisant la part belle aux films académiques. Mais cette année l'académie semblait enfin avoir eu bon goût. Puis le fait de retrouver Inarritu à la réalisation avec notre sosie de Julien Lepers préféré accentuait mes attentes. J'avais adoré Babel et Amours Chiennes du réalisateur à l'époque, films que j'avais trouvé émouvants et très maîtrisés techniquement. Or Birdman semblait s'éloigner assez radicalement du style dramatique arboré par le cinéaste depuis son premier long-métrage. Et si dans les faits le film s'apparente plutôt au drame dans ce qu'il aborde en filigrane, on peut aussi constater qu'il brasse d'autres genres en parallèle avec une dimension humoristique très présente. Finalement, que vaut le nouveau bébé du réalisateur mexicain?

 

 

        Enfin! Pour une fois depuis No Country for Old Men en 2008, la statuette a enfin été décernée à une oeuvre méritante et pas calibrée de A à Z (bon, à la rigueur, Démineurs ne l’avait pas volé en 2010). Car Birdman est un film aussi généreux qu'audacieux avec une maîtrise incroyable. Le synopsis de départ était d'ailleurs intrigant et alléchant. Une ancienne star de cinéma, connue pour avoir joué le rôle d’un super-héros, tente de sortir de sa galère et de monter un spectacle à Broadway pour donner un nouvel élan à sa carrière.

 

        Le fait que Michael Keaton interprète ce personnage fait forcément écho à sa propre filmographie. L'acteur a incarné le Batman de Burton, ce qui l'a rendu célèbre avant de disparaître presque totalement de la circulation dans les années 2000. Inarritu met alors en scène ce personnage qui a déjà existé, qui existe et qui existera toujours dans le monde impitoyable du cinéma. On peut notamment citer un autre Keaton, Buster, dont la carrière a fortement décliné avec l'arrivé du cinéma parlant. Et les exemples ne manquent pas malheureusement.

 

       Plus que le cinéma d’ailleurs, le cinéaste nous offre une vision acide du monde du spectacle où il faut batailler, s’accrocher et surtout s’adapter pour éviter de plonger. Ce n’est pas le premier film à révéler un envers du décor peu enviable. Rien que l’année dernière, Cronenberg nous offrait sa version d’un Hollywood complètement pourri dans Maps to the Stars. Mais le traitement demeure intelligent car Inarritu distille toutes ces critiques en filigrane dans son histoire. Plus que de critiques, il s’agit plutôt de constats sur tout ce qui gravite autour du monde du spectacle sans qu’il y ait de jugements bien lourds et appuyés dessus. 

 

        On a beaucoup parlé de la réalisation d’Inarritu qui a tourné son film exclusivement en plans-séquences rabotés de manière à donner l’illusion qu’il n’y a qu’un seul et unique plan tout le long du métrage. Pour être honnête, je craignais un peu cette méthode, m’attendant à quelque chose de pompeux et mécanique. Et finalement je n’ai pas ressenti ça le moins du monde, bien au contraire. Cette technique sert le propos du film avec classe et surtout avec pertinence. Ce (faux) plan-séquence de 2 heures renforce l’immersion dans ce théâtre et dans les préparatifs laborieux de la pièce qui va être lancée dans quelques jours. On a une unité de temps continue et bien définie qui renforce toutes les sensations que l’on peut éprouver dans ces moments cruciaux. On voit toute la tension, tous les antagonismes, tous les imprévus qui rythment la création du spectacle. Et c’est vraiment captivant car on ne lâche jamais cette troupe de comédiens et de préparateurs qui semble être sur le point d’exploser d’un instant à l’autre.

 

 

        La mise en scène est vraiment vertigineuse avec une caméra qui navigue sans répit entre les divers protagonistes, rendant les 2 heures de film encore plus intenses. Certains crieront à la surenchère, et ils n’auront pas forcément tort. Mais comme c’est bien filmé et jouissif, j’ai trouvé l’ensemble particulièrement palpitant. Inarritu dispose d'un réel talent et d'une virtuosité assez impressionnante. Le film fait forcément penser à la Corde d'Alfred Hitchcock dans sa construction formelle avec ce vrai faux plan-séquence qui définit précisément l'unité de temps.

 

       Après la comparaison s'arrête là, d'autant plus que l'action de Birdman s'étale sur plusieurs jours. Et c'est vraiment incroyable d'ailleurs d'imaginer toute la maîtrise qu'il fallait derrière, toute la précision dans la mise en scène. Et ce qui est super en plus dans tout ça, c'est que l'action n'est jamais mécanique. Toutes les séquences s'enchaînent naturellement et c'est un excellent point pour l'immersion.

 

        Birdman est un film très cynique dans l'ensemble. Et en plus d’être cynique, le film s’avère être également très drôle. Et c’est justement grâce à cela que l’humour fait mouche. Tout y passe, tout le monde en prend pour son grade. Les acteurs, les critiques pédants, les films de super-héros, Hollywood en général. Birdman c'est la rencontre entre un côté assez bourrin où les critiques fusent de façon bien explicite tout en abordant plus subtilement le "revers de la médaille" de l'univers du spectacle. Et ce en captant des dialogues, des réactions, des situations qui défilent inlassablement durant ces deux heures très denses. Et j'ai trouvé cette alternance entre la critique frontale et ces constats plus posés vraiment jouissive.

 

       On assiste alors à un portrait nuancé et intéressant sur le métier d'acteur. L'opposition entre le cinéma et Broadway est aussi passionnante à analyser. On a d'un côté un monde où le marketing dicte le succès au box-office et de l'autre un univers où la critique fait la loi. Nous avons alors un regard complet sur la difficulté de percer dans un de ces milieux quand on provient de l'autre. Et le film distille toutes ces réflexions dans cet univers chaotique en perpétuelle ébullition, d'où sa densité et sa richesse.

 

 

       Puis Birdman c'est aussi un film de personnages. Le personnage de Riggan est, comme je l'avais évoqué précédemment, intéressant à voir évoluer puisqu'il incarne cette idée de l'acteur qu'on enferme à jamais dans un seul rôle. De plus, Keaton est explosif dans son rôle, son personnage est vraiment jouissif au fur et à mesure que l'intrigue progresse. A ses côtés on retrouve Edward Norton qui campe à merveille l'acteur prétentieux, à la fois insupportable et tendre. On ressent d'ailleurs toute la tendresse qu'Inarritu peut éprouver pour ses personnages en les rendant attachants et humains, avec toute la complexité que cela entraîne. La relation entre Norton et Emma Stone est vraiment touchante d'ailleurs. Une preuve encore, après le dernier Allen, que cette actrice mérite définitivement mieux que The Amazing Spider-Man! 

 

       Véritable pépite aussi bien sur la forme et la fond, Birdman est le grand film de ce début d'année 2015. Aussi drôle que jouissif, le film est une virée inépuisable de 2 heures dans les coulisses du spectacle avec un regard toujours très juste sur ce qu'il aborde. Bercé par une musique inspirée, le film déroule cette vision acerbe de ce monde sur un rythme infernal. La mise en abyme est furieuse et prenante. Génial sur tous les points.

 

8.5/10

 

Romain

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9 mars 2015 1 09 /03 /mars /2015 14:35

       Ce n’est un secret pour personne que Clint Eastwood se traîne une image de facho à tendance NRA depuis L’inspecteur Harry. C’est malheureusement un problème récurrent au cinéma et surtout à Hollywood, que les spectateurs aient autant de mal à différencier un acteur de ses rôles (et un réalisateur des thèmes qu’il aborde, au passage). L’acteur/réalisateur est clairement patriote, fier du pays qui lui a donné sa chance alors qu’il ne partait de rien, étant d’origines modestes et ayant subi de plein fouet la Grande Dépression. Pour autant, le grand Clint n’est pas de ceux pour qui le patriotisme vient avec des œillères, bien au contraire. Il est humaniste avant tout et n’a, comme il le rappelait dans ses récentes interviews, jamais été favorable aux interventions de son pays en Afghanistan et en Irak. Tout simplement, il n’est même pas favorable aux armes à feu telles qu’elles sont utilisée dans son pays. Son diptyque sur la bataille d’Iwo Jima devrait être une preuve suffisante de ses convictions, et il n’est assurément pas devenu gâteux depuis.

 

 

       Le problème, à mon sens, est que le film est plus jugé pour son sujet que pour son traitement. Comme si le simple fait de réaliser un film sur Chris Kyle le glorifiait ou justifiait ses actions. De même, que tout ne s’y déroule pas à 100% « comme en vrai » ne rend pas le film moins bon ou moins intéressant. C’est une problématique quelque peu stérile qui est soulevée sur beaucoup de biopics récents, mais qui semble intéresser nettement moins lorsque l’on parle de classiques (au hasard Titanic ou La liste de Schindler, qui se permettent quelques libertés). Tant qu’il n’y a pas de mensonge éhonté du moins, je n’ai aucun problème avec cela, l’important reste que les modifications soient au service du film, des motivations des personnages, et ici c’est le cas. Le parfait exemple reste le fameux sniper ennemi, qui a bien existé mais qui n’a pas livré un tel duel avec Chris Kyle. Pourtant il est bien vu d’avoir un alter ego dans le camp adverse au sein du film, une sorte de némésis qui le pousse à revenir et à prendre plus de risques que nécessaire, et qui donne quasiment un sens à sa mission.

 

       Ironiquement, le succès du film et l’émotion qu’il a pu susciter aux Etats-Unis joue contre lui, donnant des raisons faciles de l’étiqueter comme de la propagande. Il faut dire que les réactions extrêmes avec d’un côté ceux qui voient dans le film un superbe hommage à Chris Kyle, et de l’autre ceux qui y voient une justification de l’interventionnisme du pays, n’aident pas à approcher l’œuvre de façon neutre. Pourtant c’est bien ce qu’il faudrait faire, c’est qui rejoint au mieux à l’approche du réalisateur. Cela peut déranger certains qu’il ne prenne pas vraiment parti, mais d’un côté les (très bons) films antimilitaristes ne manquent pas, il est donc intéressant de voir quelque chose de plus nuancé. En fait, un des points que je trouve passionnants est que Clint Eastwood a dû composer avec l’image d’un soldat vu comme un héros par une partie de son pays ainsi qu’avec la famille qui, bien entendu, était très vigilante sur l’adaptation de l’autobiographie en question. Il serait inutile et naïf de prétendre le contraire, dans ce genre de situation n’importe quel réalisateur n’aurait pas totalement eu les mains libres. Rien ne dit non plus qu’Eastwood aurait abordé le sujet différemment sans ces conditions, en tout cas je ne l’ai pas senti si coincé que ça.

 

    Dans ce contexte, il est donc passionnant de voir comment il va réussir à esquiver cette forme de « censure » et livrer un portrait du soldat riche et complexe sans pour autant trahir ce qu’il représentait. Sans surprise, il faut chercher des raisons aux convictions de Chris Kyle du côté de son éducation, avec un père fier de son pays, qui lui inculque une vision quelque peu simpliste du monde, l’initie tout jeune à la chasse et donc aux armes à feu. Mais contrairement à ce qu’on pourrait croire, il ne s’est pas enrôlé dans l’armée à la sortie du lycée, ce fut l’électrochoc causé par des attentats contre ses compatriotes au Moyen-Orient qui va l’y pousser. Il se révèle être un tireur d’élite extrêmement doué, mais surtout un soldat profondément intègre, qui ne sera pas du genre à remettre en cause l’engagement de son pays dans ces conflits, même quand d’autres autour de lui perdent la foi. Lui enchaîne les tours dans le but de faire son devoir du mieux qu’il peut et sauver toujours plus de soldats américains, une cause bien évidemment sans fin et de plus en plus dangereuse au vu des risques qu’il prend.

 

 

C’est bien dans ces contradictions que se dessine le portrait d’un homme plus torturé qu’il n’y paraît, profondément miné par ce qu’il a vécu à la guerre (ses deux premières victimes notamment), et qui a du mal avec le statut de « légende » qu’on lui prête. Etre forcé de se convaincre que tuer des femmes et des enfants peut faire partie de son travail est à l’évidence un exercice périlleux, qui l’amène à chercher des justifications comme il le peut et à considérer ses ennemis comme des sauvages. Comment ne pas craquer dans le cas contraire, face à des actions aussi contraires à notre conscience, notre morale et même aux valeurs qui lui ont été inculquées ? Eastwood ne cherche clairement pas des excuses en démontrant comment un soldat intègre, loin d’être un psychopathe (ce qui n’aurait aucun intérêt), est lentement mais sûrement rongé de l’intérieur par les évènements et les dilemmes rencontrés dans une guerre, n’importe laquelle que ce soit.

 

La condition de soldat est un sujet fascinant et traité par des milliers d’œuvres de différents arts, et le cinéma n’est pas en reste. Peut-être qu’il y a une question d’habitude qui entre en jeu, puisque les meilleurs films sur le sujet dénoncent l’absurdité et la violence de la guerre, quand ce n’est pas clairement le cas ça paraît louche. Je pense simplement que ce film est complémentaire d’autres œuvres faites sur le sujet, qu’il n’est pas nécessaire que tout soit montré pour comprendre le point de vue d’Eastwood. Par exemple, le fait de montrer un tortionnaire chez les ennemis mais pas dans l’armée américaine ne veut pas dire que le sujet est occulté, simplement le film nous fait suivre Chris Kyle et ne prétend pas être une étude de l’armée dans son ensemble. Cela avait déjà été montré, avec polémique à la clé, dans Zero Dark Thirty, tous les films n’ont pas vocation à en parler. Comme la mini-série Generation Kill (qui partage trois acteurs avec ce film et que je recommande chaudement) n’a pas vocation à parler de torture et ne montre pas autant de combats que le présent film, car elle se concentre sur l’absurdité de la guerre pour les soldats, par le manque d’action et les contradictions hiérarchiques.

 

       Pour revenir au film, j’ai vraiment du mal à comprendre comment on peut voir de la propagande dans l’histoire de Chris Kyle telle qu’elle nous est présentée, un homme qui n’arrive plus à vivre en dehors de la guerre, qui perd tous ses repères, s’éloigne de sa famille, de ses amis et ne supporte que très mal son statut de héros. Comme d’autres l’ont noté, l’utilisation du drapeau américain est quand même loin d’être hasardeuse au sein du film, et contraste fortement avec l’affiche d’assez mauvais goût. C’est simple, à l’exception du générique de fin, on ne le voit que deux fois : lorsqu’il est plié en triangle dans un enterrement pour être remis à la veuve, et lorsqu’il recouvre les cercueils avec lesquels Kyle fait un de ses voyages de retour aux Etats-Unis. Difficile de trouver une quelconque glorification là-dedans.

 

 

       De même, le générique de fin m’est apparu comme clairement désabusé et inquiétant, en aucun cas dégoulinant de patriotisme. Après avoir disséqué son parcours et son statut durant tout le film, quoi de mieux pour conclure que les images démontrant à quel point il était vu comme un héros dans son pays ? La glorification du personnage et sa légende sont déjà pleinement existantes aux Etats-Unis, ce n’est pas le film qui allait y changer quelque chose, et encore fois ce n’est pour moi clairement pas le but d’Eastwood. Au contraire, après ce qu’il a exposé, quelle meilleure conclusion que de montrer la vénération portée à ce qui est au final un tueur professionnel, engagé dans une guerre des plus discutables ? En ayant au passage épinglé l’héritage de la violence et des armes à feu par Kyle qui amène son propre fils chasser, qui aide des vétérans mutilés qui continuent pourtant à faire du tir dans leur temps libre, il me semble qu’un certain malaise généralisé est plus que criant.

 

       Qu’on se comprenne bien, je n’ai aucun mal à concevoir que l’on n’accroche pas au film pour tout un tas de raisons (le rythme, le nombre de scènes de combat, le fait que ça ne soit pas plus incisif), mais je trouve cela assez inquiétant qu’il puisse être aussi mal interprété dans un sens comme dans l’autre. Clint a-t-il besoin que ses messages soient aussi prémâchés que dans Gran Torino ou Invictus pour se faire comprendre ? Voilà une bien triste perspective. En tout cas, moi qui avais été déçu ou carrément pas tenté par ses derniers films, j’en veux bien un nouveau par an s’ils sont de cette trempe.

 

 

8/10

 

Arnaud

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2 mars 2015 1 02 /03 /mars /2015 15:08

Histoire de rattraper un peu de retard sur une actualité ciné plutôt chargée, je vais publier plusieurs critiques à peine plus courtes que d'habitude regroupée par deux ou trois.

 

 

 

      It Follows, de David Robert Mitchell

 

       La plupart des amateurs du genre le répètent, ces dernières années l’horreur au cinéma vit un peu sous perfusion. Beaucoup de jeunes réalisateurs arrivent à tirer leur épingle du jeu en direct-to-video, mais ça ne fait que souligner un gros problème de distribution. J’aurais rêvé de voir l’éminemment jouissif, généreux et inventif Wolf Creek 2 sur le grand écran, pour n’en citer qu’un. A part ça, les sorties horrifiques en salle sont partagées entre remakes, reboots, suites et autres found footages sur des sujets de plus en plus débiles, bref les surprises se font rares. Dans ces conditions, difficile de ne pas s’enthousiasmer quand un film d’horreur un peu ambitieux se voit distribué au cinéma.

 

 

       A l’inverse, j’ai aussi appris à me méfier un peu des critiques à ce niveau, qui encensent parfois à l’excès ce genre de films par faute de concurrence (il suffit de voir l’affiche, un peu racoleuse à ce niveau-là). Enfin, on ne juge pas un film sur l’affiche ou les critiques, donc passons. Dès l’intro, très réussie et bel hommage à Halloween, le réalisateur pose une ambiance lourde et menaçante, sans expliquer d’où vient le danger. Cela viendra un peu plus tard, sauf si vous avez lu le synopsis bien sûr. Je vais de toute façon en parler, car sans ça difficile d’élaborer sur le reste du film. L’idée, simple mais terrifiante, est qu’une entité vous poursuit et cherche à vous tuer si vous avez des relations sexuelles avec une personne déjà maudite/infectée (on ne sait pas d’où c’est parti mais on s’en fout). De plus, cette entité peut prendre la forme de n’importe qui, un inconnu comme un de vos proches. La seule façon de s’en débarrasser est de coucher avec quelqu’un d’autre, mais elle reviendra à vous si cette autre personne meurt.

 

      On remarque donc que les plus grosse influences du film sont des œuvres de John Carpenter, que le réalisateur semble tenir en haute estime. Halloween comme je le disais plus haut, pour les quartiers résidentiels, la saison, le plan-séquence d’introduction, l’entité lente mais indestructible. Il y a également un côté The Thing et Invasion Los Angeles dû au fait que cette entité puisse prendre l’apparence de n’importe qui, ce qui créé une parano constante des personnages poursuivis. Un héritage largement confirmé par la très bonne composition de Disasterpeace, qui fait écho à celles de Carpenter, et par la mise en scène, qui sait prendre son temps. Actuellement, on en arrive presque à dire qu’un film d’horreur s’annonce bien s’il ne mise pas sur les jumpscares comme seule façon de faire peur. Le film n’en est pas dénué, mais comme chez Carpenter (encore une fois), ils sont bien amenés et cohérents, pas juste là pour faire sursauter gratuitement.

 

      Si on a peur dans ce film, c’est bien parce que la parano s’installe dès le début, et qu’un rythme calme est fermement maintenu, jouant habilement avec les attentes du spectateur. Une chose est certaine, vous n’aurez jamais autant scruté les figurants au second plan que dans ce film. Une des scènes les plus tétanisantes du film voit apparaître un géant de plus de deux mètres dans l’encadrement d’une porte, sans aucune surenchère, pourtant vous risquez bien d’oublier de respirer pendant quelques secondes. On retourne en quelque sortes aux fondamentaux, pas seulement à ce qui a marché dans les années 80. Trop de films récents se sont pris les pieds dans l’hommage à cette décennie culte à beaucoup de niveaux, sans proposer quelque chose de personnel.

 

       Ici nous avons un petit groupe d’ados suffisamment bien définis pour les besoins de l’histoire, que l’on peut mettre dans des cases en restant en surface, mais qui se révèlent attachants au cours du film. Les archétypes existent de toute façon dans la vie, l’important c’est que les personnages soient crédibles, et ils le sont. C’est ce qui manque à trop de productions du genre, sans croire aux personnages, il peut bien se passer n’importe quoi, on ne sera pas impliqué. Le fait de choisir des ados en pleine découverte de la sexualité et de les confronter à cette menace évoque forcément le SIDA, là encore un sujet abordé indirectement dans beaucoup de films des années 80. Comme certains ont pu le faire remarquer, il semble étrange dans cette optique que l’on puisse s’en débarrasser en couchant avec quelqu’un d’autre. Ce serait oublier que le film a tendance à prouver le contraire, par les principes mêmes énoncés plus haut, on ne peut jamais totalement s’assurer d’en être débarrassé (et pourtant les personnages iront de plus en plus loin, par désespoir, pour trouver une solution).

 

      Voilà donc un film d’horreur nettement plus intelligent et sincère que ce que l’on peut voir en moyenne au cinéma, qui a aussi ses défauts comme un dernier acte pouvant céder à la facilité, mais il serait dommage de bouder son plaisir pour ça.

PS : le film n’est pas sexiste, ne vous laissez pas influencer par n’importe qui juste parce qu’il y a des jolis dessins.

 

7.5/10

 

 

 

      Jupiter Ascending, d'Andy et Lana Wachowski

      

       Pour tout vous dire, je ne sais plus trop comment me situer par rapport aux Wachowski. J’aime beaucoup Matrix premier du nom, mais j’ai un peu peur de le revoir. Les deux suites, ça part déjà pas mal en vrille. Je n’ai pas tellement aimé Cloud Atlas malgré son ambition, pour une tonne de raisons que je n’aborderai pas ici. Reste à voir Bound et Speed Racer qui, en fait, semblent être les plus à même de me plaire (un film plus « posé » et un délire total assumé). Du coup j’attendais ce Jupiter avec une certaine curiosité teintée de scepticisme (ou l’inverse), surtout après la bande-annonce.

 

 

       Et il n’y aura pas plus de surprise dans le film que dans ma critique, vu que l’on y retrouve tout ce que j’aime et n’aime pas chez les deux cinéastes. Ils ont toujours pour eux une incontestable générosité, une sincérité qui fait que l’on a envie d’y croire, de se laisser emporter dans leurs délires mixant toujours plus d’influences, pour le meilleur et pour le pire. Commençons par un des premiers problèmes du film, c’est qu’il a dû être réduit à deux heures, simplement parce que les producteurs n’avaient aucune envie d’investir des sommes colossales après les bides de Speed Racer et Cloud Atlas. On a donc un film qui en contient quasiment trois, et qui aurait pu durer quatre  ou cinq heures, voire être une mini-série. On se retrouve par conséquent avec un rythme totalement forcé et bourrin, sans jamais être effréné dans le bon sens du terme.

 

       L’introduction est peut-être l’exemple le plus parlant, avec une tonne d’infos qu’on nous balance à la figure, des personnages dont on comprend à peine les motivations et qu’on voit quelques minutes, avant de passer à autre chose. Même si ça se calme un peu après ça, il reste à subir un nombre conséquent de dialogues d’exposition, avec une Mila Kunis servant bien trop visiblement à poser les questions du spectateur, et Channing Tatum ou Sean Bean à expliquer longuement les tenants et les aboutissants du scénario. On a le sentiment que les Wachowski n’ont pas voulu laisser tomber trop de détails sur l’univers contenus dans le script de base, et ont cherché à tasser un maximum d’informations dans les deux heures, du coup on frôle l’overdose à plusieurs reprises. Difficile de croire à autant de lieux, de personnages et de concepts qu’on ne fait qu’évoquer au détour d’un dialogue, tout en ayant la sensation que le film ne nous offrira pas plus qu’un aperçu de l’univers déployé. Un peu comme si on essayer de comprendre ce que représente un puzzle en ayant une poignée de pièces devant nous, on pourra avoir une vague idée mais pas une vision claire de l’ensemble.

 

       Tout ceci est vraiment dommage, ce qui est montré est assez varié, les décors ont de la gueule, pas mal de plans spatiaux sont juste superbes, mais les efforts monumentaux déployés à ce niveau-là (en excusant quelques détails ratés) ne servent finalement qu’une histoire bien plate et décevante, pas aidée par des dialogues balourds à souhait. Je n’ai aucun problème avec le classicisme et la revisite de schémas bien rôdés comme celui de la princesse et de son chevalier blanc, quand ça dépasse la simple structure narrative. Ce n’est malheureusement pas le cas ici, la relation entre les deux évolue sans aucune surprise, et leur dynamique se résume à « la princesse se fout dans la merde toute seule, le chevalier déboule et la sauve dans un deus ex machina de toute beauté ». Au bout de trois ou quatre fois, c’est légèrement pénible. Surtout quand elle arrive à se faire avoir par des méchants aussi prévisibles et peu subtils que ceux du film.

 

       Malgré tous ces défauts, il reste évident que le bide annoncé du film peut être rageant comparé à d’autres blockbusters bien moins bons qui cartonnent à côté. Depuis Matrix, les Wachowski n’ont pas su rééditer l’exploit de proposer quelque chose de personnel qui attire suffisamment le public pour pouvoir financer sereinement leur prochain film, et du coup leur situation est loin de s’arranger. Mon avis sur eux n’a donc pas changé avec ce film, je reste curieux de voir quel sera leur prochain film mais sans trop y croire.

 

5/10

 

 

Arnaud

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25 février 2015 3 25 /02 /février /2015 18:00

      Dimanche 22 février 2015, Los Angeles. Le verdict est tombé, l'impensable vient de se produire, les frères Weinstein sont en PLS, The Imitation Game n'a pas décroché l'oscar du meilleur film. Mais qu'est-ce qui a bien pu manquer dans la recette de la soupe à l'oscar pour ne pas remporter la précieuse statuette, celle dont les studios américains raffolent? Pourtant tout y était, et ils ont même mis le paquet. La fameuse phrase "tiré d'une histoire vraie" au début, un acteur principal dont on dira "wah il joue trop bien" sans trop de raisons particulières, la défense d'une cause juste (ici la dénonciation de la persécution des homosexuels il y a 70 ans), des violons. Tous les ingrédients étaient réunis mais, cette année, l'académie des oscars a décidé de ne pas récompenser la facilité.

 

 

          Soyons clairs dès le début, je n'ai pas détesté The Imitation Game bien que ce soit le genre de films qui, sur le papier, me gonfle déjà. Mais je ne peux que déplorer le fait que ce film rejoigne la grande majorité des biopics et ne cherche pas à avoir plus d'ambition que de te réciter une leçon d'histoire pour décrocher un oscar. On tient alors un film didactique au possible. Mais comme j'ignorais presque tout sur Turing et son apport aux alliés durant la guerre, on va dire que j'ai plutôt apprécié le cours. Mais même quand je vais voir un cours au cinéma, je m'attends à ce qu'il y ait justement un minimum de cinéma.

 

        The Imitation Game est hélas purement calibré du début à la fin et ne s'écarte jamais des sentiers battus et archi battus du biopic. Pourtant parfois tu peux assister à des biographies de qualité, je pense notamment à The Social Network sorti récemment. Ou encore Saint Laurent tiens, film qui fourmillait d'idées visuelles et qui n'hésitait pas à prendre des libertés vis-à-vis de la réalité. Mais là c'est juste plat. Intéressant, mais plat. Il n'y a pas une scène que tu retiendras en particulier car le travail de réalisation est purement fonctionnel. De ce fait, je vois mal comment le spectateur peut être impliqué émotionnellement dans ce récit.

 

         Le film s'attarde beaucoup plus sur la vie d'Alan Turing que sur son travail qui a visiblement été un élément essentiel dans la victoire finale des alliés. Le problème c'est que le personnage n'est pas forcément ce qu'il y a de plus intéressant. Et les personnages secondaires ne sont pas fascinants non plus. Centrer les enjeux du film sur la destinée des personnages aurait pu être une bonne chose, mais si la base est aussi faible c'est forcément peu palpitant. Et puis on parle quand même de la création d'une machine qui a réussi à percer le mystère du codage nazi et permis de prendre un avantage stratégique sur l'adversaire durant la guerre la plus meurtrière de tous les temps. Alors pourquoi diable ne s'attarde-t-on pas plus sur la fameuse machine que Turing a inventé? 

 

 

       Mais non, le film reste tout gentillet et met juste son histoire en images sans entrer dans le détail. Abreuver le spectateur de détails scientifiques n'aurait pas été la solution la plus pertinente pour l'accrocher, je le conçois bien. Mais bon, tu sors du film et tu ne sais toujours pas comment la machine a fonctionné pour déchiffrer les codes. C'est quand même un peu frustrant de survoler autant le fonctionnement technique de la machine. Je voulais tout savoir moi ! On touche alors au plus gros problème de ce film. Que ce soit sur la fameuse machine ou sur les personnages, il reste continuellement en surface.

 

       Après je dirais que le film n'est vraiment pas désagréable dans son ensemble. Je l'ai même trouvé étonnamment digeste et peu ennuyeux malgré tout le calibrage qui me fait bâiller en temps normal. Peut-être est-ce dû à un Benedict Cumberbatch qui interprète son rôle tout en sobriété (donc pas de surjeu en mode "I want my fucking award"), à une réalisation fade mais proprette (hormis ces plans immondes sur les avions et les bateaux), à un scénario si bien huilé et calculé qu'il en devient finalement plutôt prenant. Mais bon, derrière t'as quand même les éternels défauts des biopics lambda, et pas des moindres.

 

        La fin du film par contre est assez détestable. On te rebalance les phrases explicatives qui dénoncent des choses qui se sont déroulées il y a 70 ans. La statistique sur les homosexuels persécutés en Angleterre qui intervient à la fin est d'ailleurs à la limite du hors-sujet. Je n'aime pas ce genre de procédés destinés à faire chialer sous les chaumières et à choquer sur ce qu'il s'est passé il y a des décennies. Quand tu veux choquer, autant le faire sur un sujet d'actualité, un truc plus brûlant, qui poserait les bonnes questions. Car là bon... Ca fait une paire d'années que des personnes ne sont plus condamnées pour homosexualité en Europe à ce que je sache. Je ne vois pas trop l'intérêt de ressasser ça.

 

       The Imitation Game n'est donc ni plus ni moins qu'un énième film conventionnel taillé pour obtenir l'adhésion d'un large public qui, dans sa grande majorité, découvrira quelque chose et croira assister à quelque chose d'intelligent. Mais voilà, il y a des jours où ça ne passe pas au niveau des récompenses et heureusement. La machine de Turing était beaucoup mieux élaborée que la machine à oscars des Weinstein qui a bien rouillé pour le coup. Il va falloir revoir votre stratégie les gars pour l'année prochaine. Un film très moyen dont on ne retiendra que l'histoire et non pas ses qualités cinématographiques. 

 

4.5/10

 

Romain 

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Published by Romain - dans Films de 2015
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20 février 2015 5 20 /02 /février /2015 17:56

       A chaque fois que je vois un mauvais film, j’ai toujours tendance à dire « j’en ai vu des daubes, mais alors là… ». Et je décide donc de perpétuer la tradition car j’en ai vu des daubes, mais alors là… Soyons donc très clairs et sans concessions dès le début : 50 nuances de Grey est une abomination. Je m’attendais à la catastrophe et sur ce point, on ne peut pas dire que j’ai été déçu. Je n’ai pas lu le bouquin de base et je m’en foutais un peu, ne partageant donc pas les avis négatifs qui ont pu être émis sur le présumé torchon. Mais voilà, il y avait un fait annonciateur de la catastrophe cinématographique : une interdiction aux moins de 12 ans pour un film qui ne parle que de cul (mais vraiment que de ça). Quand tu penses que certains films se ramassent des -16 pour trois paires de nichons entrevues… On pouvait déjà penser qu’on allait assister à un porno chic complètement aseptisé. Un truc détestable d’avance en somme. Allez, prenons notre courage à deux mains et enfonçons encore un peu plus les portes ouvertes en critiquant un film déjà très critiqué et critiquable.

 

 

       En fait le terme porno chic ne colle même pas à 50 nuances de Grey. On peut lui juste lui affubler le terme d’érotisme soft, et encore je suis gentil. Car ce film est incroyablement fade et totalement dénué de tension sexuelle. Un comble ahurissant quand tu repenses au scénario de base. Nous voilà donc en train d’assister à la naissance d’une « romance » entre une jeune étudiante gentiment coconne et un multimilliardaire adepte du fouet. Quitte à voir un bon film avec un mec qui agite un fouet, autant regarder Indiana Jones… Non mais vraiment, ce qui m’a réellement frappé tout le long du métrage c’est sa stupidité XXL.

 

       On peut en fait résumer le film en un « Je t’aime moi non plus » sans amour et sans passion. Pardon ? Ah ? C’est censé être une histoire d’amour et il y a bien des sentiments entre les personnages me souffle-t-on dans l’oreillette. Et c’est vrai, en fait le film est censé parler d’amour. Mais il n’y a aucune alchimie entre les deux personnages, tout sonne faux. Alors forcément, impossible de ressentir une quelconque passion, une quelconque tension. Ce film c’est juste le néant le plus absolu en termes d’émotions.

 

       Puis il y a quand même quelque chose de gênant dans ce film : il est purement sexiste, et pas forcément dans le sens que l’on croirait au premier abord. Il est évident que c’est un film destiné aux femmes, réalisé par une femme à partir d’un livre écrit par une femme. 50 Nuances de Grey c’est quand même l’histoire d’une jeune femme qui prend le pouvoir sur un homme puissant grâce au cul. Car elle le « possède » bel et bien, en témoignent les multiples dilemmes moraux rencontrés par le personnage censé être un queutard compulsif dénué de sentiments. Belle mentalité, belle idéologie, bel exemple pour les jeunes filles. On façonne un personnage lambda, imparfait et nunuche histoire que tout le monde féminin puisse se reconnaître dedans et on fait croire qu’il est complètement sacralisé par le richissime homme d’affaires. C’est un film (et certainement un livre donc) qui vend du rêve à chaque femme « normale ». Et le faire de la sorte, c’est juste puant.

 

 

       Mais s’il n’y avait que ça… Le film est risible du début à la fin. Risible mais pas hilarant car c’est quand même plus ennuyeux qu’autre chose. 50 Nuances de Grey souffre clairement d’un énorme problème d’écriture au niveau des péripéties, au niveau des personnages, au niveau de tout. Tenez ça me donne une idée, on va jouer à Questions pour un champion. Prenons un exemple basé sur le thème « répliques débiles ».

 

       Q : Situons le contexte. Vous êtes une jeune femme. Un homme ultra sexy et richissime vous regarde sans cesse d’un air langoureux. Il s’est déshabillé devant vous une fois et vous a roulé une pelle du tonnerre dans un ascenseur (hahahahaaaa en apesanteuuuur). Il vous invite chez vous, continue à vous regarder d’un air coquin et a clairement envie de votre cul. Il vous fait visiter, s’arrête devant une porte et dit « This is my playroom » tout en continuant de vous lorgner d’un air vicieux et en adoptant un ton grave. A ce moment-là vous dîtes :

 

       A) C’est ici que tu t’adonnes à l’acte sexuel ? Salle de jeux car le sexe est pour toi un jeu ?

       B) Tu as parlé de « goûts spéciaux », tu as clairement envie de moi… Tu serais pas un peu SM sur les bords avec une installation… spéciale ?

       C) Ah, c’est ici que tu ranges ta Xbox ?

 

         Je pense que vous avez deviné la réponse… Cette séquence est vraiment représentative de la connerie manifeste du personnage. Ce n’est plus de l’innocence, c’est de la bêtise pure et dure. Puis ce scénario quoi… Tu te demandes toujours comment Grey tombe pile poil au bon moment sur Anastasia. Le pire étant quand elle va voir sa mère. Le mec la suit toujours et elle ne s’inquiète jamais ? Le type se déplace sur des centaines de kilomètres pour la surveiller alors qu’elle sait qu’il veut la fouetter ? Je ne sais pas, si j’étais une jeune femme et que je me sentais poursuivie par ce genre de bonhomme, j’aurais peut-être tendance à avoir les jetons…

 

        Mais bon, avant on avait eu le droit à une scène où Grey a expliqué bien explicitement au spectateur qu’il a vécu une enfance difficile. Juste après avoir dit à Anastasia qu’il ne dirait pas pourquoi il est devenu comme ça. Si le film s’était contenté de rester dans le flou concernant son personnage. Mais non, tout est explicite. Il n’y a pas ce mystère qui aurait pu rendre le personnage plus ambigu, c’est juste archi démonstratif en plus d’être chiant et débile. Car le film se concentre pendant longtemps sur le fameux contrat avec le jeu du chat et de la souris qui en découle. Mais un jeu du chat et de la souris basé sur du cul et dénué de tension sexuelle, c’est juste emmerdant… Qui plus est sur 2 heures.

 

 

       Parlons maintenant du plus drôle : Les scènes de cul. Comme je l’ai déjà dit, le -12 ça ne sentait pas bon à l’avance. Et le résultat a dépassé mes attentes, dire que c’est aseptisé relève de l’euphémisme. Bon la nudité n’est pas cachée, c’est déjà ça. Car les américains au cinéma sont experts dans l’art de faire l’amour en restant habillés. Mais ça reste nul. Il y a notamment cette musique romantico-niaise qui passe en boucle à chaque fois. Imaginez le topo, on voit la fille se faire fouetter mais derrière t’as une musique toute douce, toute gentillette. On ne pouvait pas faire mieux pour enlever toute tension sexuelle ! C’est du délire ! Du pur délire !

 

       Sans oublier la scène censée être la plus dure du film, celle où on pouvait voir « jusqu’où ça peut aller ». Mais c’est rien du tout, ce n’est même pas malsain ni choquant ni dérangeant. Ultime preuve qu’on a le droit à un truc insipide qui centre ses enjeux sur le sexe mais qui ne passe jamais la seconde vitesse. Honnêtement, quitte à ne parler que de ça, autant y aller franco, autant créer un univers perturbant. Mais non, à la place on te sert une mise en scène fonctionnelle qui ne te fera jamais ressentir quelque chose de profondément dérangeant ou excitant. C’est du non-cinéma qui refuse les vraies prises de risque, qui reste dans l’adaptation filmique sans aucune vision de cinéaste.

 

        Et en plus, le film n’est sorti qu’un an après La Venus à la fourrure qui évoquait l’univers SM et qui était juste génial (vous pouvez d’ailleurs vous référer à l’article que j’ai pu rédiger dessus). La seule nudité que l’on pouvait apercevoir, c’était un bout de sein pendant 2 secondes. Et pourtant ce film était mille fois plus érotisant que 50 Nuances de Grey avec une tension sexuelle folle, un jeu de domination-soumission juste captivant. Mais derrière il y avait un grand cinéaste et deux supers acteurs. Mais ici tout est tellement prévisible, nunuche et artificiel que ça ne donne rien à l’écran. C’est du vent.

 

         Définition-même de la coquille vide, 50 Nuances de Grey est le genre de film hautement méprisable. Car il est ennuyeux, lourd, pompeux en plus d’être nauséabond. Beaucoup de bruit pour pas grand-chose. C’est juste crétin du début à la fin, dénué d’idées et écrit avec les pieds. Je pense même qu’il est venu à bout de la patience que j’arbore régulièrement avec les sagas merdiques. Parce que Twilight m’a donné l’envie de poursuivre pour me moquer mais là je ne sais même pas si j’aurais le courage d’affronter le deuxième 50 nuances. C'est dire à quel point cet objet filmique m’a dégoûté. Poubelle !

 

1,5/10     

 

ps: Le demi-point c'est uniquement pour les beaux yeux et le petit cul de Dakota Johnson)

 

Romain, votre serviteur attitré pour les critiques de bouses de tous genres et tous horizons

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Published by Romain - dans Films de 2015
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