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7 août 2015 5 07 /08 /août /2015 09:00

       "Encore un reboot de merde !", ont dit les plus blasés à l’annonce du projet, et on pouvait les comprendre. A l’instar de Sony avec la licence Spider-Man, pour ne pas perdre les droits des 4 Fantastiques et des X-Men, la Fox doit consacrer un long-métrage à ces héros à des intervalles assez réguliers, ici dix ans maximum. Après deux opus de triste mémoire qui n’ont pas donné lieu à un troisième (on ne s’en plaint pas), le studio a dû recourir à la même solution que Sony, à savoir un reboot avec un nouveau casting et un ton différent. Ayant vraiment apprécié Chronicle, une approche intéressante et originale des super-héros, je m’étais réjoui que le jeune Josh Trank soit en charge du reboot plutôt qu’un réalisateur de sitcom. Il annonçait sa volonté d’approcher le sujet avec sérieux et réalisme, en ne montrant pas les super-pouvoirs comme quelque chose de cool mais comme une mutation douloureuse physiquement et mentalement, citant en référence le cultissime La Mouche de Cronenberg.

 

 

       En dépit de ces bonnes intentions (et peut-être à cause d’elles également), le tournage est loin d’avoir été une affaire de plaisir pour les différentes parties impliqués. La Fox a décrit Josh Trank comme débordé par les évènements, je-m’en-foutiste et arrogant, lui de son côté s’est plaint d’avoir vu un certain nombre de ses idées rejetées et des reshoots imposés par la production pour ajouter à l’arrache quelques scènes d’action. Le résultat est forcément bâtard, personne n’a et ne prendra la responsabilité directe de cet échec, mais le drame c’est que par rapport à la moyenne des productions Marvel Studios, le film n’a même pas grand-chose à proposer pour s’assurer un succès au box-office. On se demande à quel point la Fox a cru sauver le film en imposant ces fameux reshoots, car le résultat est peu probant.

 

      Quand on repense que pendant un an le débat a porté de façon profondément ridicule sur la couleur de peau de la Torche et le fait que Sue soit adoptée, cela paraît d’autant plus dérisoire maintenant car c’est un peu le dernier des soucis du film. On est face à un vrai patchwork d’influences et de tons radicalement différents qui ne peuvent que confirmer les problèmes de production du film, mais paraissent aberrants sur un blockbuster aussi important que celui-ci pour son studio (qui le fait pour garder les droits, rappelons-le). Ant-Man, malgré tous les problèmes le plombant que j’ai pu évoquer, laissait facilement deviner de qui venait les bonnes idées et restait assez fun, même sans vrai metteur en scène à la barre.

 

      Ici on pioche du côté d’Iron Man pour la longue mise en place, sans trop de scènes d’action et revenants aux origines des personnages, mais le rythme est loin d’être aussi fluide. Quasiment une heure avant que le film démarre sur 1h45 en comptant le générique, c’est long. Ironiquement le film souffre de la comparaison quand il ressemble à ses prédécesseurs non pas parce qu'ils étaient meilleurs, mais parce qu'il y pioche de mauvaises idées, le combat final et toutes ses répliques lourdes sur l'unité pour commencer. Entre cette fin et le passage très violent (pour le genre) où Doom fait un massacre dans les couloirs de la base militaire, la différence de ton est choquante autant qu’absurde.

 

 

      Autre point décevant, encore un, par rapport à Chronicle les dialogues et l’approche scientifique (au sens large, on ne va pas pinailler) sont simplement ratés. Les personnages débitent banalité sur banalité, les grands discours sur l’union qui fait la force et la promesse d’un monde meilleur abondent, et le charabia technique ne fait gère illusion. Les programmeurs pourront toujours rire aux "bugs séquentiels" (inconnus au bataillon) qui se corrigent en moins de dix minutes ou à la Sue qui pianote tout le temps comme une dingue pour ne pas faire grand-chose sur des écrans plein de bidules qui clignotent et qui tournent, c'est toujours ça de pris (j'aurais quand même préféré un bon film).

 

      Le comble, c’est que Chronicle était finalement une meilleure adaptation des 4 Fantastiques que ce film. Les dialogues étaient meilleurs, j'avais cru aux personnages, les quelques clichés n'étaient pas envahissants et les effets spéciaux utilisés à bon escient. Ici, on se trouve face à un mélange de Josh Trank qui ne maîtrise pas son film et de scènes d'action imposées par le studio, c'est un gros bordel sans rythme dans lequel les bonnes idées se font rares. Reste la composition de Philip Glass et Marco Beltrami, duo des plus intrigants car le premier n’est pas exactement un habitué des films de super-héros, si l’on excepte l’utilisation d’une piste grandiose de Koyaaniqatsi dans Watchmen (qui se nomme Pruit Igoe pour les curieux, je recommande tout particulièrement). On retrouve bien des traces de son style si particulier lors de la construction du téléporteur géant, mais le reste est tout à fait banal et à peine au-dessus norme actuelle du genre. Si on compare à Brian Tyler ça sera de toute façon toujours meilleur, mais on est bien, bien loin des thèmes cultes du Danny Elfman inspiré des années 90 et 2000.

 

      Je suis vraiment le premier déçu du résultat, ayant défendu le projet depuis son annonce sur le nom de son réalisateur, mais je ne vais pas être malhonnête et dire que j’avais prévu ça depuis le début. Voilà donc le film qui clôt une année bien triste pour les super-héros, avant le déluge à venir en 2016, qui en compte plus du double (si si). Deadpool et Suicide Squad offriront au moins une approche plus décomplexée, quand le dernier X-Men de Brian Singer, Apocalypse, est probablement LA valeur sûre, en tout cas pour moi. Souhaitons à Josh Trank que ce revers lui donne l’occasion de revenir à des projets plus intimistes qu’il maîtrise mieux, avant que l’on ne perde un jeune metteur en scène prometteur de plus dans les limbes d’Hollywood. La mutation en Yes-Man (gag) doit elle aussi être douloureuse mentalement et physiquement, mais je ne crois pas qu’elle ait déjà été traitée au cinéma.

 

 

4/10

 

Arnaud

 

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1 août 2015 6 01 /08 /août /2015 16:32

       Ant-Man, ça restera avant tout pour moi une histoire de « différends artistiques » comme Marvel Studios savent si bien étouffer, mais qui se sera un peu plus fait remarquer cette fois que les précédentes. Il faut dire qu’Edgar Wright est assez connu et apprécié depuis Shaun of the Dead et Hot Fuzz, qu’il était un des réalisateurs les plus talentueux engagés par Marvel, et surtout que le film ne se serait probablement pas fait sans lui. En effet, c’est Wright en personne qui est allé voir les pontes du studio pour leur proposer ce projet qui paraissait encore fou en 2008, mais qui représentait un rêve de gosse pour lui. Le deal indiquait apparemment que Wright était assez libre au niveau adaptation et timing, puisque le film était indépendant. Six ans et deux films plus tard, le scénario était bouclé en collaboration avec son éternel collaborateur Joe Cornish, mais côté Marvel un film indépendant du MCU ça ne plaisait plus trop. Wright refuse les réécritures qu’il estime nuire à l’esprit de son projet, le script est retravaillé dans son dos, il claque la porte. Après quelques semaines de casting et de rumeurs contradictoires, c’est Peyton Reed qui se retrouve à la barre, le réalisateur de Yes Man, ironie ultime.

 

 

       Difficile d’être enthousiaste après ça, et surtout d’aller voir le film sans penser à ce qu’il aurait pu être. Mais le grand paradoxe du film, c’est qu’il est aussi difficile de nier son capital sympathie, provenant en premier lieu du casting. Paul Rudd est parfait en Arsène Lupin raté et Michael Peña s’éclate totalement dans le rôle de Luis, ami de Scott Lang qui ne sait pas raconter comment il a obtenu ses infos de façon simple (dans des séquences très, très wrightiennes d’ailleurs). La dynamique du petit gang de bras cassés, sans révolutionner quoi que ce soit, est assez plaisante à voir, avec pour une fois dans un film Marvel des répliques assez bien senties et pas trop lourdes qui fusent. Au moins Michael Douglas n’a pas l’air d’être aussi perdu que Robert Redford dans le second Captain America, même s’il ne dégage pas grand-chose.

 

       Au rang des défauts tellement récurrents qu’il devient aussi lassant d’en parler que de les voir, on classera forcément en premier un méchant insipide et creux, que l’on tente bien d’humaniser à quelques reprises avant d’envoyer tout à la poubelle pour le grand combat final à coup de lasers et d’explosions. En plus d’être juste inintéressant, c’est un décalque des méchants scientifiques/industriels que l’on avait déjà dans les Iron Man. Qu’on se comprenne bien, leur profession n’est pas le problème, les deux premiers Spider-Man de Sam Raimi voient le héros affronter deux scientifiques dont les expériences ont mal tourné, mais voilà ces personnages sont bien écrits. On a le temps de les connaître avant leur transformation, leurs motivations sont complexes et ils sont souvent tiraillés dans leurs actions. Ici la relation entre Darren Cross et son mentor Hank Pym a du potentiel mais n’est malheureusement que survolée avec une poignée de dialogues débités sans grand conviction.

 

       Sans antagoniste un minimum charismatique et menaçant - je vous épargne la citation d'Hitchcock - comme peuvent en avoir Batman, Superman, Spiderman ou encore les X-Men, difficile de ressentir le danger, d’où un certain manque d’empathie qui revient régulièrement dans les productions Marvel (mais pas que). Un film qui en somme a tout pour attirer notre sympathie mais qui ne fait pas tellement d’efforts pour être mémorable, et on pourra difficilement en vouloir au réalisateur parachuté sur le projet qui semble dépassé par la tâche. Les pouvoirs du héros ont beau donner lieu à quelques scènes bien pensées, ils sont largement sous-exploités sur la durée du film, au profit de dialogues d’exposition plats et redondants et de fan-service dispensable (la dernière scène post-générique, humf). L’ombre de Wright plane sur les dialogues, les personnages et une poignée d’idées bien réjouissantes (la plupart spoilées par la bande-annonce), en plus de la bande de losers assez attachante suffisent à en faire un des meilleurs Marvel, ce qui est déjà pas mal après un Avengers 2 très oubliable. Et quand on voit que les frères Russo ont les clés des films les plus importants de la phase 3, on a encore plus envie d’apprécier cet Ant-Man, tout bancal qu’il était.

 

(oui la critique est un peu courte mais y’a pas non plus de quoi disserter sur celui-là, c’est plus facile quand c’est vraiment bon ou vraiment mauvais)

 

 

6/10

 

Arnaud

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17 juillet 2015 5 17 /07 /juillet /2015 17:46

       Comme d’habitude ou presque, la sortie du dernier film de Gaspar Noé s’est accompagnée de multiples polémiques. Entre une campagne publicitaire volontairement trash (les joies du marketing) et les critiques des associations chrétiennes qui ont souvent la chance de voir des films avant même leur sortie, nous étions gâtés. Le tout sans oublier les nombreux débats habituels sur la représentation du sexe au cinéma (et dans l’art en général) qui reste encore aujourd’hui un sujet tabou. Une sortie mouvementée en gros qui inspire toutes les spéculations possibles et imaginables. Mais le film dans tout ça, il vaut quoi ?

 

 

       Je dois dire que j’étais plutôt de marbre face à ce tumulte. D’une part parce que débattre d’un film avant sa sortie ne m’intéresse pas et d’autre part parce que je connais très peu Gaspar Noé. De lui, je n’ai vu que Carne que j’aime beaucoup pour sa violence psychologique et surtout pour le traitement de cette violence. Et quelque part, ce n’est pas plus mal de partir sans aucun préjugé ni aucune attente spécifique. En tout cas, j’ai été vraiment embarqué par Love qui propose tout de même bien plus que de simples et vulgaires scènes pornographiques.

 

       Comme son titre l’indique, Love est un film qui parle d’amour et il le fait de manière vraiment superbe même si quelques défauts subsistent. Je reviendrai dessus plus tard. On peut considérer cette œuvre comme une illustration quasi expérimentale de ce que représente la passion amoureuse. Ses débuts, sa progression, son apogée, sa fin et ce qu’il en reste. Noé use d’un procédé de narration éclatée, sans véritable sens chronologique, où les bribes de souvenir se mêlent aux fantasmes et à une réalité actuelle maussade. Je trouve cette approche brillante car elle donne une vraie dimension à cette passion, on ressent la force des bonheurs et des regrets qu’elle engendre.

 

       Love est un film lancinant et mélancolique. J’ai été envoûté par son rythme, cette atmosphère, ce spleen. Pour ma part je dirais que Noé a réussi à mettre en scène le sentiment amoureux dans toute sa complexité, sa brutalité mais aussi (et surtout) sa beauté. Ces deux personnages s’aiment, on croit à leur passion et on l’observe sous un jour très intimiste. Et en ça, les scènes de sexe ne sont pas gratuites. Les protagonistes sont suffisamment bien écrits et développés pour rendre ces séquences belles tout simplement, pour leur donner du sens. Faire l’amour n’est pas obscène et filmer cet acte avec tout un cheminement narratif derrière ne l’est pas non plus. 

 

       Après, clairement, c’est cash et ça n’hésite pas à tout montrer et je conçois totalement que ça puisse rebuter. Mais c’est aussi ça l’amour et cette représentation est filmée de façon très sensuelle. Les corps s’ébattent, se caressent, fusionnent et ça dégage une intensité folle. Malgré cet aspect vraiment cru, j’ai été surpris par la tendresse des scènes de sexe qui demeurent surtout très esthétiques et hypnotiques. Le tout combiné à une musique planante utilisée judicieusement.

 

 

       Il y a néanmoins quelques scènes plutôt provocatrices mais elles restent très rares. Je pense notamment au passage où la 3D est utilisée de manière absolument pas subtile sur un phallus en gros plan (ceux qui auront vu le film comprendront sûrement de quel plan il s’agit). Pas nécessaire du tout mais ça rajoute une petite touche d’humour que j’ai tout de même apprécié. Un peu comme si Noé honorait son « contrat », lui qui a volontairement cherché à vendre son film comme un porno complet pour attirer des producteurs. Comme quoi, de nos jours, il ne faut vraiment reculer devant rien pour obtenir des financements.

 

       Plusieurs autres scènes de sexe auraient pu paraître de trop, notamment celles dans le club, mais elles ne le sont pas grâce au traitement des personnages justement. Ce qui aurait pu être glauque sans ça devient justement plus intense et parfaitement intégré dans le récit. La multiplication des actes sexuels ne m’a donc absolument pas gêné. On voit le couple s’apprivoiser, oser, tenter d’autres partenaires mais leur amour reste plus fort que tout. Et c'est aussi ce qui rend cette histoire si belle car il s'agit d'un amour qui résiste malgré ces nombreuses limites, malgré ces nombreuses fautes. Et Noé ne juge pas ses personnages. Personne n'est blanc, personne n'est noir, aucun jugement de valeur. Il les laisse respirer, vivre sous sa caméra et tant mieux car le film évite tout stéréotype ou schéma convenu qui aurait clairement fait tâche.

 

       En fait ce qui m’a le plus embêté dans le film c’est cet entêtement de Noé à expliciter un peu trop ses scènes par des dialogues en voix-off au lieu de laisser parler l’image. C’est parfois de trop et un peu superflu, Love aurait sûrement gagné à être plus épuré et moins bavard. Après c’est un défaut qui touche moins les scènes d’expression amoureuse, de ce fait ce n’est pas encore trop gênant. Et ces scènes où l’amour se ressent via les images sont juste magnifiques. Que l’on n’aille pas me dire que Love est un vulgaire film pornographique, c’est tellement plus que ça. Si la pornographie est bel et bien présente, ça n’empêche pas le film d’être tendre et juste.

 

       L’autre défaut concerne parfois le rythme du film. Si j’aime bien cette progression lente dans le récit, ça s’étire parfois un peu trop et notamment sur la fin. Par contre la conclusion est juste magnifique, si symbolique, si désabusée. Malgré quelques touches d’humour, le film est tout de même globalement triste puisqu’il évoque la fin d’une relation et la manière désespérée d’un homme d’essayer de la faire revivre.

 

 

       La mise en scène de Noé est vraiment de qualité, accentuant ce côté mélancolique avec ces longs plans suivant les personnages, ce qui donne de la vie aux séquences. Mais c’est dans l’utilisation de plans fixes que le cinéaste brille. Les personnages occupent l’espace à merveille, renforçant davantage l’immersion dans l’intimité de ce couple. Et la 3D aide aussi à cela. A défaut d’une réelle profondeur de champ, on a surtout l’impression de coller aux corps, d’être au plus près de l’action, ce qui la rend encore plus immersive. J’ai bien aimé ce montage aussi avec ces quelques fondus noirs secs dans un même plan (qui semblent d’ailleurs plutôt typiques du style de Noé). Ca renforce justement cette sensation de souvenirs qui semblent revenir au personnage principal, bribes par bribes.

 

       Personnage principal qui m’était d’ailleurs infiniment sympathique, un homme de goût qui a des posters de Taxi Driver, Salo et M le Maudit dans sa chambre. Un type bien. Une raison parmi tant d’autres de ressentir une certaine empathie pour ce personnage, de me reconnaître un petit peu en lui sur plusieurs aspects.Mais il n'y a pas que ça évidemment. Cette volonté qu'il a de se rattacher à ses souvenirs le rend particulièrement humain et attachant. C'est quelque chose qui m'a parlé et qui, je pense, est susceptible de parler à beaucoup d'autres personnes. Cet attachement aux personnages justement était essentiel pour vivre pleinement cette expérience cinématographique. De plus, les acteurs sont très convaincants, se donnent à fond pour leurs rôles. Certes quand Electra crie ce n'est pas forcément top, mais tant pis. Les interprètes nous font croire à leurs personnages, et c’est ça le plus important.

 

       Dans l’ensemble, j’ai vraiment été conquis par Love et je préconise de vivre cette expérience sur grand écran dans la mesure du possible. Après c’est aussi clairement destiné à un public averti et ça ne peut pas plaire à tout le monde. On y va pour voir l’amour sous toutes ses facettes ou presque. Il y a du sexe, ce n’est pas simulé et c’est très osé. Mais ce n’est en aucun cas du trash pour faire du trash, bien au contraire. C’est un film sur l’amour qui m’a justement donné envie d’aimer comme rarement et ça fait du bien de voir ce genre de projet au cinéma. Un voyage hypnotique au sein d’une passion qui souffre mais ne meure pas. Ce n'était pas toujours subtil, mais c'est superbe. 

 

8/10

 

Romain

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Published by Romain - dans Films de 2015
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11 juillet 2015 6 11 /07 /juillet /2015 11:33

       Honnêtement, le visionnage de ce film n’était pas prémédité. Il ne m’a fallu qu’un passage devant un cinéma, un coup d’œil sur l’affiche, une minute de réflexion et une poussée d’adrénaline pour me décider à voir cette chose sans même avoir vu le premier film. J’espère d’ailleurs ne pas avoir loupé quelques détails cruciaux pour la compréhension de l’oeuvre ! Une donnée m’avait toutefois préalablement affolé, cette estimation à 1.2 million de personnes venues voir Les Profs 2 en une semaine. Cette chose attire, cela semble être indéniable. Pour quelles raisons ? Là j’avoue avoir du mal à comprendre car le calvaire fut quand même intense...

 

 

         Une fois encore, j’ai assisté à un abrutisseur à grande échelle. Petit message à l’attention de George W. Bush, ce n’est pas en Irak qu’il fallait chercher les armes de destruction massive, c’est ici, dans nos salles de cinéma. Les Profs 2 a été fait dans le seul et unique but de nous faire du mal, d’annihiler toute activité de notre matière grise, de détruire ce qui sépare l’Homme de l’Animal. Ce n’est pas possible autrement. Non mais sérieusement je vous mets au défi de ne pas faire un truc bizarre devant ce truc tant il cherche à nous ouvrir le crâne à la scie-sauteuse pour y implanter des choses néfastes dedans. Personnellement au bout d’une heure je me suis retrouvé à faire du pédalo sur mon siège en faisant des bulles avec ma salive.

 

       Faut quand même voir le bidule. Dès le début tu es emporté par un tsunami provenant de l’océan de la connerie. Tout, mais absolument tout est à fond dans la surenchère que ce soit au niveau des péripéties, de « l’écriture » des personnages, du jeu d’acteurs, etc... Ce film est juste un défilé de caricatures grossières d’une médiocrité sans nom qui s'appuie sur des ressorts comiques vulgaires et datés. Qu’un film parte dans un délire complet je veux bien mais il faut quand même un minimum de liant, de la surprise, du culot. C’est aussi pour ça que j’aime les films avec Sacha Baron Cohen car ce mec ne se refuse rien, il ose la connerie XXL avec des moments parfois authentiquement couillus et mine de rien il y a aussi du fond dans ce qu’il fait.

 

       Mais là que dalle, que des acteurs qui hurlent, qui écarquillent les yeux, qui surjouent comme des truies à l’abattoir. Mais où est la comédie là-dedans ? Où est le cinéma ? Je n’ai vu que des guignols agiter les bras sans un seul gag ou dialogue élaboré. 1 200 000 spectateurs en une semaine d’exploitation… Je n’en reviens toujours pas… Le français a vraiment les films qu’il mérite. Et encore heureux que je me sois « trompé » de ticket en prenant celui d’un autre film à la place histoire de ne pas donner ne serait-ce que quelques centimes à cette abomination.

 

       Et ce franglais incessant d’une lourdeur sans nom… Je peux citer ces deux merveilles qu’étaient Astérix et Obélix au service de sa Majesté et Hollywoo qui versaient déjà dedans. Le « cinéma » comique français en avait déjà fait le tour de ce procédé « humoristique ». Et ben non, Pierre-François Martin-Laval a décidé qu’il y avait encore des choses à en faire et il y va à fond la caisse ! Je ne comprendrai jamais cette manie du beauf français à se moquer de son voisin alors qu’il y a largement de quoi balayer devant sa porte au préalable. Enfin... Le beauf de France... On déterre la bonne vieille guéguerre britannique en ridiculisant le "camp" en massacrant leur langue et en noyant la moquerie grâce aux références à Harry Potter (youhou).

 

 

       Je suis quand même affligé de voir que l’on ose proposer des gags aussi gras et pauvres. Et d'en être certainement fiers vu que nous n'avons le droit qu'à ça pendant 1h30. Sérieusement, les pets du prof de sport ça fait rire qui ? Le blondinet parodie de Draco Malfoy qui ricane comme un mongol ça fait rire qui ? Les gags peau de banane où PEF tombe en sautant par-dessus un buisson ça fait rire qui ? Kev Adams ça fait rire qui ? D’ailleurs il faut m’expliquer l’intérêt de sa place dans le scénario, ça n’a aucun sens. Enfin tout le film n’a aucun sens mais le pire c’est que l'on va quand même tenter de justifier l’existence de cette histoire, l’existence de ce film. Mais quiconque doté d'un QI supérieur à 30 connaît les raisons de l’existence de cette suite et elles ne sont que pécuniaires. Je ne comprends toutefois pas comment ce genre de choses puisse plaire. C’est le néant total, ça hurle tellement que ça en devient désagréable. 

 

       Hallucinant de débilité, je pense quand même que ce film est malheureusement symptomatique du paysage médiatique national. Les gens ne veulent plus que du divertissement car on les a conditionnés à ne vouloir que ça et ce sans aucune exigence. Il suffit de regarder la télé et de zapper sur quelques chaînes pour s’en rendre compte. Je n’ai pas de problème à concevoir que l’on ne veuille pas forcément se prendre la tête au cinéma mais ça ne veut pas dire qu’il faut voir n’importe quoi. D’autant plus qu’il y a des tripotées de bons films voire de chef d’œuvres qui ne sont pas « prise de tête ». 

 

      C’est quand même triste d’en arriver là d’autant plus que ça a coûté la bagatelle de 16 millions d’euros. Avec ça tu peux facilement tourner 2-3 films bien plus intéressants à la place, donner une chance à de jeunes réalisateurs. Mais non, à la place on investit cet argent dans ce genre de choses pour attirer la vache à lait. Et à raison on dirait bien vu le succès qui se profile. Pourquoi se priver après tout, même si les procédés sont dégueulasses on s’en fout vu que ça apporte du blé. Vive l'exception culturelle française !

 

       Spectacle navrant qui ne se base que sur du vent et des blagues pipi-caca destinées à faire le beauf, Les Profs 2 est juste déprimant au possible. Si seulement ça assumait sa ligne de conduite de connerie intégrale mais non, ça va en plus chercher à faire de l’émotion avec Kev Adams. C’est un foutage de gueule intégral, un doigt d’honneur géant dressé sur une toile de cinéma adressé à un public qui en demande encore. Si ce film est la nouvelle référence des ados, je pense que les prochaines années seront folkloriques. Et pour conclure cette critique, faisons une petite blague du niveau du film pour qualifier ce dernier: Zizisse euh shit lol.

 

1/10

 

Romain (qui continue toujours à faire des bulles avec sa salive)

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4 juillet 2015 6 04 /07 /juillet /2015 16:29

       Après Mad Max et Jurassic Park, c'est au tour de la saga culte Terminator de subir son petit lifting en 2015. Ce genre de projet suscite généralement des réactions contrastées, que ce soit chez les fans de la première heure ou chez les autres spectateurs pas forcément concernés par le culte. Le jouissif Fury Road était tout de même la preuve que l'on pouvait réaliser une suite de haute volée en réinventant un univers sans jamais le trahir. Jurassic World, pour ma part, c'était le genre de film qui surfait paresseusement sur sa licence en balançant du fan-service à gogo. Je m'attendais d'ailleurs à ce deuxième cas de figure pour ce nouveau Terminator. Le fait que le grand cinéaste Alan Taylor (dont le seul fait d'armes sur son CV soit Thor 2, youhou) soit derrière la caméra ne faisait qu'accentuer les craintes de voir un énième blockbuster formaté qui n'allait pas redorer le blason de la saga. Allez, démarrons l'autopsie du carnage.

 

 

       Tout d'abord petit aparté sur la saga Terminator que je tiens quand même en haute estime (les deux premiers épisodes, cela va de soi). Le premier film était un mix très efficace entre action et science-fiction avec son lot de séquences mémorables et parfois bien stressantes. Le second est juste l'un des meilleurs représentants des films d'actions futuristes avec une mise en scène de folie et des enjeux prenants. C'était James Cameron derrière tout ça. Le vrai James Cameron, pas celui d'aujourd'hui qui a vendu son âme au diable. Et de prime ces opus mettaient en avant des personnages bien écrits, avec des enjeux aussi clairs qu'efficaces. Le troisième Terminator, sans être nul à s'en claquer la tête contre les murs, était juste peu inspiré. Un film de commande sans vraiment d'âme mais qui se tenait et qui restait en cohérence avec les précédents volets. Quant à Salvation, je l'ai zappé plus ou moins volontairement.

 

         Mais ici on tient quand même le représentant parfait de la suite qu'il ne faut pas faire. Un peu à la manière d'un Jurassic World, ce Terminator Genisys est un film qui ne se reposera que sur son fan-service et la nostalgie que cela engendre. Mais là où JW foutait le paquet là-dessus pendant ses 15 premières minutes avant de le noyer progressivement dans une nouvelle intrigue, Terminator Genisys c'est le contraire. Tu as le droit au fan-service TOUT le long du film avec un pic d'intensité sur la première heure qui n'est finalement qu'un mix complètement nawak des deux premiers films.

 

       Genisys démarre donc dans le futur apocalyptique où l'on assiste aux "coulisses" du premier film avec l'envoi de Kyle Reese dans le Los Angeles de 1984 pour protéger Sarah Connor du Terminator. Sauf que là, surprise, il s'avère que Sarah Connor est déjà protégée... par un autre Terminator. S'ensuite alors un petit bordel où Schwarzy ridé va se battre avec Schwarzy en CGI, où Sarah Connor est devenue badass avant l'heure, où Kyle Reese a perdu son charisme (ah pardon, ça c'est l'acteur)...

 

        Bref, un beau foutoir qui accumule les références à n'en plus finir en s'autorisant le luxe, en prime, d'expliciter toutes les ficelles de son scénario moisi. Alors ça prend des risques, on ne peut pas reprocher ça au film. Après tout l'idée de faire un reboot qui s'inscrit dans la lignée de la saga, pourquoi pas. Mais prendre des risques pour pondre un truc sans âme, qui se repose sur son fan-service et qui se contente d'une action générique, franchement quel intérêt? Surtout quand l'ensemble est purement et simplement dénué de subtilité. 

 

 

        Puis qu'est-ce que les antagonistes sont nuls... Dans la première partie tu t'en tapes deux, un T-800 et un T-1000 (forcément, fan-service...), et ceux-ci ne sont juste pas menaçants. Ce qui faisait la force des deux premiers films c'était justement la menace de ces machines semblant indestructibles. On ressentait une certaine tension, il suffit de revoir la scène du bar dans le premier et celle de l'hôpital dans le second qui étaient réellement stressantes. Ici non, mention au robot interprété par Lee Byung-hin qui se retrouve quand même bien vite expédié. C'est quand même moche ces acteurs asiatiques de talent qui décident de se prostituer à Hollywood... 

 

       Inutile aussi de dire que ce film est dépourvu d'un vrai sens de la mise en scène. Encore une fois difficile de ne pas faire le parallèle avec Cameron qui privilégiait la montée en tension avant d'étaler son action sur des poursuites maîtrisées et remarquables de fluidité. Ici on te balance juste la sauce direct avant même d'avoir le temps de développer une éventuelle empathie pour les personnages. Nous sommes dans le schéma-type du blockbuster moderne: Bigger, Faster, Stronger, Louder. Et c'est juste chiant.

 

       Même en temps que divertissement, je ne trouve pas ça efficace du tout. Le film se perd dans des dialogues incessants qui ne font qu'enfoncer la débilité du scénario. Tu le sens le machin formaté qui tente de paraître intelligent alors que rien ne tient debout. C'est du vide, les enjeux sont minimes, perchés. Le fameux twist au milieu concernant l'un des personnages phares de la saga arrive comme un cheveu sur la soupe. Difficile d'être impacté émotionnellement tant ça ne mène à rien. Quand un film est incapable de développer correctement ses personnages, forcément, ça pêche.

 

       Même Schwarzy qui est un acteur que j'adore franchement depuis ma plus tendre enfance peine à redorer le blason de ce film bâclé. Il paraît à peine robotique, à la limite de la roue libre même. Un comble. Quant à Jai Courtney bwarf... Ce type ne dégage rien. Et le pire c'est que nous sommes pas près de le voir hors de nos écrans vu à quel point on nous le bombarde dans les blockbusters US. Et Emilia Clarke n'a tout simplement pas la carrure pour incarner Sarah Connor. Et on ne la voit même pas nue pour compenser, le néant ! Ca me fait penser d'ailleurs au moment où Courtney et Clarke se retrouvent nus pour voyager dans le temps. Il y avait moyen de créer une alchimie, de créer une atmosphère hautement érotique. Quelque chose de bien quoi. Mais Taylor est un tâcheron, on lui offre une scène pimentée et il n'en fait rien. Gâchis... Je suis désolé, quand un film est nul, il se doit de nous offrir au moins quelque chose à se mettre sous la dent pour espérer en tirer quelque chose de positif. Du cul merde !

 

       On pourrait croire que j'ai détesté le film mais en fait non, ça m'a juste laissé totalement de marbre car ce n'était que du vide. J'ai juste souri une fois quand Schwarzy fait le kéké avec son sourire forcé mais ça s'arrête là. Encore heureux qu'il subsiste une dose de dérision dans ce machin même si nous sommes plus proches de l'auto-parodie que d'autre chose. Bref, vivement la suite. On aura peut-être le droit à un Schwarzy tellement vieux (mais pas obsolète) qu'il ne pourra se déplacer qu'en fauteuil roulant ou avec une canne. J'ose espérer qu'on l'appellera Deambulator ! En attendant on nous refourgue ce Genisys sans idées et sans talent. Le genre de film oubliable dans les heures qui suivent le visionnage. Le blockbuster actuel quoi.

 

3/10

 

Romain

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30 juin 2015 2 30 /06 /juin /2015 18:26

       Parmi les cinq films français sélectionnés en compétition officielle à Cannes cette année, Valley of Love de Guillaume Nicloux était certainement le projet le plus intrigant. Son sujet, son tandem d’acteurs et l’ambiance épurée qui se dégageait de la bande-annonce n’en finissaient pas de titiller ma curiosité. Curiosité récompensée par le visionnage d’un bon film teinté toutefois d’une petite dose d’amertume.

 

 

        Tout commence par ce plan-séquence suivant la fragile silhouette d’Isabelle Huppert avançant vers un hôtel, entourée d’un soleil de plomb. Sans un mot prononcé, avec une sublime musique mélancolique accompagnant la scène avec brio. D’entrée de jeu, nous sommes plongés dans une atmosphère très âpre qui sera à l’image du film entier. Personnellement il s’agit d’un genre d’ambiance auquel j'adhère souvent, un peu à la manière d’un Bruno Dumont qui a le don d’épurer ses films au service de ses personnages et de l'authenticité qu'ils dégagent. Et Valley of Love, c’est à peu près ça.

    

       A peu près seulement, car malheureusement Guillaume Nicloux a tendance à s’embarrasser de détails superflus qui viennent parfois alourdir le récit. Toutes les scènes ne réunissant que Huppert et Depardieu sont très belles car simples et justes grâce à un jeu d’acteurs épatant de naturel. On ne peut pas vraiment dire que les deux comédiens jouent un rôle d’ailleurs tant ils dégagent l’impression d’être leurs propres personnes. Impression qui se confirmera dans le récit par la suite de façon un peu lourde et inutile hélas. Et c’est là le problème de Nicloux, c’est qu’il en fait trop alors que la beauté simple du sujet de base et des interactions entre les protagonistes est suffisante. Il n'y avait pas besoin d’en rajouter.

 

       Enfin quoiqu’il en soit, ces deux personnages, amants d’autrefois, sont plaisants à suivre dans leur quête de réponses face au mystère qui entoure le décès de leur fils et ces fameuses lettres qui semblent avoir été envoyées de l'au-delà. L’authenticité du jeu des interprètes, au risque de me répéter, y fait vraiment beaucoup. Isabelle Huppert est toujours aussi belle malgré les inévitables traits de l’âge tandis que Depardieu est là, massif, plus ogre que jamais, et semblant pourtant si fragile et si humain. C’est ce qui est touchant aussi dans la mise en scène de Nicloux, cette pudeur dans l’art de filmer ces corps sacrifiés par l’âge et de les sublimer en les filmant tels quels, parce qu'ils sont vrais. Le cinéaste excelle aussi dans l’art de filmer les non-dits et de les rendre aussi intenses. Après les scènes plus spirituelles et abstraites fonctionnent un peu moins, sont trop ancrées dans le réel pour vraiment détoner malgré les (bonnes) idées de base. 

 

 

     Les scènes dialoguées restent aussi très intéressantes grâce au ton naturel des conversations. C’est un film qui fait preuve d’une belle qualité d’écriture à ce niveau-là. Quelques scènes sont d’ailleurs particulièrement prenantes, je pense à celles où chaque parent lit la lettre de leur fils défunt et à l’émotion particulièrement saisissante qui en dégage. Ces séquences sont d’ailleurs assez bien dosées, sans pathos et n'écrasent pas le récit. Après c’est tout de même dommage que le film manque de scènes de cette intensité sur toute sa longueur.

 

       Le cadre du film est aussi un élément-clé du récit. Cette vallée de la mort écrase ses personnages par la chaleur et nous aussi par la même occasion, rares sont les ambiances aussi bien rendues au cinéma. L’épuisement de Depardieu semble tellement réel. Le rythme du film contribue également efficacement à cette ambiance bien qu’il soit toutefois peu propice aux fulgurances et qu’il puisse parfois manquer de fluidité. Je pense à la séquence dans le bar avec les deux touristes qui vient couper la tension de la relation Huppert-Depardieu à cause d'une tonalité de la scène en décalage avec l’atmosphère développée jusque là.

 

       Mais le lieu reste avant tout hautement symbolique. Ces paysages désolés semblent représenter la frontière entre la vie et la mort et on y croit finalement à la possibilité d'une rencontre surnaturelle ou spirituelle. Valley of Love est un film qui évoque aussi beaucoup de choses mine de rien. Sur ce sentiment de culpabilité mêlé à l’incompréhension qui ronge une personne, sur l’épreuve d’un deuil qui ne peut réellement commencer, sur la complexité de l'amour. D’où un ton très nostalgique et mélancolique qui peut tout aussi bien fasciner que déprimer. En tout cas j’étais happé par cet ensemble grâce à la simplicité de l’intrigue et du suspense qui en découle. Difficile de décrocher pour ma part tant l’envie de savoir si leur fils réapparaîtra ou pas est forte. J'y croyais.

 

       Je me retrouve donc avec un avis plutôt partagé sur ce film qui m’a tout de même plutôt convaincu dans son ensemble malgré ses quelques défauts. Et je conseille volontiers l’expérience en tout cas car Valley of Love a tout de même de belles qualités à faire valoir et quelque chose d’unique à nous proposer. Un peu à la manière d’un voyage initiatique qui peut tous nous concerner dans ces épreuves de la vie qui nous prennent parfois au dépourvu et nous perdent. Un film qui m’a un peu déçu mais qui m’a cependant parlé d’une certaine manière, Valley of Love est un objet fascinant qui mérite le détour.

 

6.5/10

 

Romain

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25 juin 2015 4 25 /06 /juin /2015 22:18

       Parmi les innombrables suites en projet chez Pixar, avec notamment une improbable suite au Monde de Nemo ou un Cars 3 qui ressemble vraiment à de l’entêtement, seuls Inside Out et The Good Dinosaur se détachaient du lot. Attention à ne pas non plus s’emballer excessivement sur l’originalité des concepts, le premier ayant été vu chez Woody Allen il y a quelques temps, et le second nous renvoyant directement au Petit Dinosaure (il y a pire comme références, je l’accorde). L’initiative reste louable, et après avoir déçu avec leurs dernières productions, voilà qui semblait marquer leur retour sur le terrain de la créativité, pendant que la concurrence faisait vaciller l’hégémonie du studio à la lampe.

 

 

       Autant le dire tout de suite, on ne retiendra pas le court-métrage précédant le film, intitulé Lava. Même lorsque le long-métrage m’avait déçu, le court était souvent l’occasion pour d’autres artistes de chez Pixar de montrer leur talent et leurs idées de façon plutôt débridée, mais ici on a clairement droit à leur plus mauvais. Pour le coup, je suis assez inquiet qu’ils n’aient pas trouvé mieux à proposer. Heureusement, l’introduction du film nous fait oublier cette déconvenue en un rien de temps. Comme pour Là-haut, la première demi-heure (à vue de nez) nous rappelle les grandes années du studio, avec un déferlement d’idées, d’humour et d’émotion des plus stimulants. L’idée de jongler entre les « centres de contrôle » des différents personnages dans la plupart des dialogues clés est pour moi une des meilleures idées du film, avec pour exemple la scène de repas qui en utilise au mieux tous les aspects. J’aurais même préféré en voir plus dans le film, mais la direction prise au-delà de ce début des plus réjouissants n’est pas exactement celle que j’attendais.

 

       Ma principale déception vient du faire qu’à l’instar de Là-haut et de Monstres Academy, l’intrigue dévoile un peu vite ses cartes et laisse deviner comment va se dérouler tout le reste du film. La linéarité est tout de même bien mieux dissimulée que dans ces derniers, par tout un tas d’idées assez géniales sur les souvenirs et leur évolution, l’imagination, l’oubli, les rêves et j’en passe. Cela n’empêche pas de laisser poindre à plusieurs reprises le sentiment d’être sur des rails, et que ce sont plus les petites trouvailles qui maintiennent notre attention que l’aventure elle-même. Dans certains films ce n’est pas du tout un problème, au contraire, mais dans un film mené tambour battant, qui a souvent recours au suspense et à l’action, ça l’est un peu plus.

 

       Il faut dire que la critique peut donner quelques faux espoirs sur ce film, quand on en voit certains parler du meilleur film de Pixar, je suis plutôt sceptique. Ne serait-ce qu’à cause de la direction artistique, un peu lisse et pas aussi créative qu’un tel univers le permet, comme ça pouvait être le cas sur Monstres & Cie. Michael Giacchino est également bien moins inspiré que sur Les Indestructibles ou Ratatouille, même si ce n’est pas surprenant au vu de ses derniers travaux. Voilà qui fait beaucoup de reproches pour un film que j’ai aimé et qui m’a rappelé leurs meilleurs films sur pas mal de points, mais il me semblait difficile de passer outre. Je ne vais pas tempérer à moi seul la quasi-unanimité à l’égard du film, mais je tenais à remettre ce dernier en perspective.

 

 

       Il sera toujours plus intéressant d’avoir un film sur les émotions d’une jeune fille qu’une nouvelle suite de Cars. Le scénario aborde des thèmes relativement profonds et sérieux comme l’importance de l’éducation de souvenirs clé dans ce qui forge notre personnalité, les désillusions que l’on a en grandissant, le découragement et la peur face à l’inconnu que notre curiosité et notre envie d’aller de l’avant permettent de dépasser. En restant très abordable par des enfants, ce dernier Pixar est bien plus appréciable et compréhensible par des personnes plus âgées que le personnage. La comparaison ne convaincra peut-être pas tout le monde, mais j’ai pensé sur ce point au film Les beaux gosses, qui est clairement plus drôle et touchant lorsque l’on a fini le lycée et vécu les mêmes galères que les personnages (enfin, quand même pas toutes).

 

Je n’ai donc pas boudé mon plaisir devant ce retour aux choses sérieuses de Pixar, encourageant malgré ses quelques défauts par le fait qu’ils reviennent aux fondamentaux qui ont fait leur succès, l’émotion et la créativité. Je vais un vœu pieux et espérer que cette dernière production ne fera pas figure d’exception dans leur filmographie post Toy Story 3 (qui aura lui aussi droit à sa suite sortie d’on ne sait où).

 

 

7.5/10

 

Arnaud

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20 juin 2015 6 20 /06 /juin /2015 15:18

 

       Tomorrowland, de Brad Bird

 

      Ce n’est un secret pour personne, chez Disney on enchaîne les bides et les performances moyennes au box-office niveau films live, entre John Carter, Tron Legacy, Lone Ranger et d’autres moins connus, pas moyen de lancer une franchise à succès depuis Pirates des Caraïbes. Le problème, c’est que ce Tomorrowland suit la même voie, avec des budgets de tournage et marketing plutôt conséquents couplés à un intérêt très timide du public.

 

 

       Dommage, on a tout de même Brad Bird à la réalisation, qui nous avait offert un Mission: Impossible 4 jouissif et virtuose. Avec Tomorrowland comme avec ses précédents films, il maîtrise parfaitement ses influences et ses références en nous plongeant dans un retour nostalgique totalement assumé vers la science-fiction des années 50, optimiste et aux couleurs criardes, avec robots bienveillants, jetpacks et fusées chromées. On peut y voir une sorte de réponse à la tendance actuelle d’une SF plus froide et « réaliste ». Je n’ai d’ailleurs pas pu m’empêcher de relever une réplique du personnage de George Clooney, agacé par l’héroïne qui le bombarde de questions sur comment marche tel ou tel truc : « tu ne peux pas juste te détendre et profiter du voyage ? » (traduction très approximative basée sur un souvenir, je précise). Pour moi difficile de ne pas y voir une petite pique à Nolan et aux spectateurs qui veulent des explications à tout, des origines, de la cohérence dans les moindres détails et pas de mystère (alors que les films de Nolan sont loin d’être exempts de défauts du genre). Mais au-delà du fait que ça soit une pique ou non, cette réplique résume assez bien l’esprit du film, on nous invite à voyager, nous laisser porter par cette aventure, nous ébahir devant cette ville utopique et ses créations délirantes.

 

       Avoir une héroïne sceptique et cartésienne est bien entendu une ficelle classique pour donner au spectateur des explications sur l’univers, mais ici ça fonctionne particulièrement grâce l’opposition savoureuse qui se met en place avec Frank (Clooney), parfait dans son rôle d’inventeur bourru et aigri. Le personnage d’Athena permet également quelques déviations bien senties du modèle Disney, que ce soit dans les scènes d’action ou les dialogues, vifs et plein d’humour. Le plus gros regret reste la fin du film, qui semble avoir été bien bâclée niveau scénario, on revient à quelque chose de bien plus classique, pour ne pas dire lourdaud. De plus, certains éléments ont tendance à contredire ce qui était intelligent juste avant, d’où une certaine confusion et un film qui nous laisse un peu sur notre faim. Ce serait tout de même dommage de le descendre pour ça quand tout le reste était généreux, d’une naïveté rafraichissante que l’on ne voit plus trop actuellement.

 

7/10

 

 

 

       San Andreas, de Brad Peyton

 

       Honnêtement, qui attendait ce San Andreas, vu le peu d’imagination à l’œuvre dans les films catastrophes récents et après un 2012 de triste mémoire ? La formule a été tellement marquée par le « travail » de Roland Emmerich que beaucoup (moi le premier) pensaient encore récemment qu’il était réalisateur du film.  Mais non, c’est un certain Brad Peyton qui prend le relais, avec à son actif des œuvres majeures telles que Comme chiens et chats : La revanche de Kitty Galore ou Voyage au centre de la Terre 2 (qui a quand même apporté à l’humanité la scène inénarrable du pectoboum spécial drague - attention les yeux). Le tout écrit par un scénariste de Lost, ça promettait quand même du lourd. En fait, pas tellement de surprises, c’est sauvé du naufrage complet par The Rock (beaucoup) et Alexandra Daddario (un peu). Ce bon vieux Dwayne Johnson, qui avait fort mal débuté sa carrière en jouant un scorpion géant numérique, a depuis largement su montrer son implication, son second degré et son talent dans des films comme Southland Tales, Pain & Gain ou les derniers Fast & Furious (si si, je suis sérieux). Le genre d’acteur capable de redresser le niveau d’un film à lui tout seul, qui semble toujours s’éclater et s’investir à fond dans ses rôles, même les plus pauvres.

 

 

       Ici, le rôle a clairement été écrit pour lui, le film n’aurait pas été le même avec un John Cusack tout fade comme dans 2012. Au contraire, on arrive à croire sans mal à ce personnage de sauveteur acharné qui va tout faire pour sauver sa famille. On croira par contre beaucoup moins au beau-père qui, de façon absolument prévisible, est riche donc lâche et prêt à tout pour survivre. Ça serait trop demander que d’avoir quelque chose d’à peine plus nuancé dans ce genre de films qu’un message clignotant au néon fluo « les beaux-parents c’est le mal, on ne peut compter que sur sa vraie famille » ? Je ne demande pas non plus d’inverser les rôles, ce serait aussi ridicule, mais d’avoir de vrais dilemmes pour une fois.

 

       On me dira, pas totalement à tort, que ce n’est pas pour ça qu’on va voir un film catastrophe comme celui-là, on veut juste voir tout péter. Pas d’inquiétude, à ce niveau-là on est servi, on a du barrage qui pète, des ponts, des immeubles à gogo, des paquebots, un tsunami avec un cargo dessus, des failles géantes, il manquait à peu près que des éruptions volcaniques pour avoir la totale. Le moins qu’on puisse dire, c’est que la côte Ouest ramasse sévère, on se demande vraiment comment il va être possible de reconstruire tout ça à la fin. En aucun cas un bon film donc, mais ça a le mérite d’être assez divertissant, pas trop long, avec quelques touches d’humour bien senties et une surenchère joyeusement débile dans la destruction.

 

4.5/10

 

 

 

       Loin de la foule déchaînée, de Thomas Vinterberg

 

       Les amateurs de Festen n’auraient sûrement jamais imaginé il y a une vingtaine d’années voir Thomas Vinterberg, une des figures de proue du Dogme 95, réaliser la quatrième adaptation d’un classique de la littérature anglaise. Là où on aurait pu s’attendre à retrouver sa mise en scène nerveuse et ses caméras portées, à ce qu’il dynamite un peu les codes de l’adaptation, il surprend encore se montrant assagi, presque méconnaissable. Le film est, à première vue, très fidèle au roman tout en élaguant et en allant à l’essentiel, ce qui lui donne à mon goût un rythme un peu cahotant et une résolution trop rapide. C’est le cas typique d’adaptation où je serais curieux de lire l’œuvre originale afin de mieux comprendre les personnages et leurs revirements souvent abrupts, certains étant brossés un peu trop rapidement à mon goût.

 

 

       En dehors de ces points qui m’ont moins convaincu et parfois empêché d’être emporté par l’histoire, le film a de grosses qualités à faire valoir, qui mettent tout le monde d’accord : la photographie, la musique et les acteurs. Les paysages bucoliques de l’Angleterre sont parfaitement mis à profit à grands renforts de levers et couchers de soleil, la vie aux champs des paysans et des domestiques est montrée sans idéalisation mais avec un grand respect pour cette petite communauté soudée face aux épreuves. C’est en partie là que la bande originale fait la différence, même si les compositions sont superbes, on retient particulièrement les chants qui ponctuent le film au gré des célébrations, et marquent des moments forts de l’intrigue plutôt que des pauses.

 

       Enfin, ce n’est pas pour rien si les performances des acteurs ont été soulignées par la critique. Carrey Mulligan confirme depuis Drive sa capacité à incarner des personnages moins fragiles qu’ils n’en ont l’air, mais torturés dans leur quête du bonheur et prompts à faire les mauvais choix. Matthias Schoenaerts, révélation de Bullhead et confirmé chez Audiard, se montre tout aussi à l’aise dans ce rôle plus paisible d’un fermier à la vie simple, qui n’a d’autre ambition que de se marier et fonder une famille. Michael Sheen n’est pas en reste, avec un rôle étrangement proche de celui de Bill Masters dans l’excellente série Masters of Sex, et communique parfaitement le désarroi de ce quarantenaire cherchant à tout prix à se remarier et fou amoureux de l’héroïne. Une belle fresque en somme, qui mérite d’être découverte au cinéma et rend curieux de voir ce que Vinterberg va pouvoir nous offrir sur son prochain film.

 

7.5/10

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10 juin 2015 3 10 /06 /juin /2015 14:00

       En bon enfant né au début des années 90, Jurassic park est bien entendu l'un de mes premiers vrais souvenirs de cinéma et un film pour lequel j'éprouve encore une énorme sympathie. Pour l'anecdote (j'aime toujours la raconter celle-là), j'avais vu le film à l'âge de 6 ans et il m'inspirait fortement pour mes travaux réalisés en classe de CP. Je dessinais des T-Rex qui déchiquetaient des innocents en masse, des ptérodactyles qui saisissaient des hommes avant de les jeter sur le sol, des tricératops qui encornaient les fuyards... Et quand j'ai vu Les Dents de la Mer, je ne vous explique pas le carnage... Chaque péquenot qui tentait de fuir par la mer était automatiquement bouffé par le requin. Ma maîtresse de CP avait, à ce titre, convoqué mes parents en pensant que j'allais devenir un psychopathe en puissance. Bon heureusement ce n'est pas le cas. Je veux dire, à part un certain goût pour le masochisme et 2-3 séquestrations de chatons, j'ai quand même su conserver toute ma tête. Mais en tant que bon masochiste, il était évident que je devais voir ce film qui présentait déjà toutes les caractéristiques de la daube.

 

 

        En fait Jurassic Park c'est un peu l'exemple de la saga qui aurait dû ne pas en être une. Le premier opus suffisait largement et je le cite régulièrement comme étant un modèle de blockbuster avec une vraie mise en scène, des personnages bien écrits, de vrais enjeux. Bon après j'ai de la sympathie pour le deuxième malgré le fait que Malcom soit très lisse dedans. Par contre le T-Rex lâché dans la ville c'était cool. Et le troisième opus bwarf... Tu sentais la suite sans grande inspiration. 

        Et ce nouveau volet ne m'inspirait rien qui vaille. Un type qui dompte les raptors, un dino génétiquement modifié alors qu'il y a de quoi faire dans le véritable bestiaire, un no-name à la réalisation... Enfin, partir avec à-priori négatifs peut parfois être l'occasion d'être agréablement surpris de temps en temps. Mais pas là malheureusement tant tout ce qui compose le film est mauvais et teinté surtout d'un énorme gâchis.

 

        Le fait d'ouvrir le parc et de lâcher les bestioles sur le public après tout, sur le papier, ça aurait pu donner quelque chose de bien jouissif. Il y a tellement de choses à dire sur l'homme qui se prend pour Dieu, sur les spectateurs voyeurs et avides de sensations, sur la consommation... Mais Colin Trevorrow n'en fait rien, le film respecte scrupuleusement son cahier des charges avec la petite histoire familiale, le héros trop cool qui va pécho et la grosse baston entre dinos. Sans que ceci ne véhicule quelconque émotion et, bien sûr, sans prises de risque. Enfin peut-on en vouloir au réalisateur dans ce cas présent, lui qui a pu se retrouver bridé par une production qui s'est amusée à dénicher un jeune cinéaste (peut-être) talentueux pour en faire ce qu'elle voulait avant que son potentiel se révèle complètement? Et forcément, un film sans vrai réalisateur, ce n'est pas un bon film.

 

        Et c'est ça le problème dans Jurassic World, c'est qu'il n'y a pas de cinéma derrière. Quand tu compares Jurassic Park premier du nom à ça, tu te dis quand même qu'il y a un souci. Déjà le film commence par 20 bonnes minutes où tu mixes l'introduction des protagonistes à un fan-service sans aucune subtilité avec la surexploitation de la musique de Williams, Monsieur ADN, la porte du parc qui s'ouvre... Le film avoue déjà sa faiblesse dès le départ en surfant sur la licence sans créer quelque chose de nouveau. Comparons juste ceci avec l'intro de Fury Road qui te présente déjà tout le topo en 3 minutes avec une immersion instantanée dans un univers connu mais qui se renouvelle quand même. Le dernier Mad Max a réinventé sa saga tandis que le dernier Jurassic se repose sur les lauriers acquis par ses prédécesseurs (surtout le premier). Nous voilà donc avec un film sans aucun intérêt et qui ne décolle jamais.

 

       Les personnages sont juste lisses et transparents. Les gamins sont énervants, la tante est agaçante, Omar Sy est anecdotique, D'Onofrio campe un connard même pas intéressant... Rendez-nous le Professeur Grant et Ian Malcom quoi ! Le film ne développe pas ses personnages et surtout leur personnalité, leurs caractéristiques. Ils sont complètement interchangeables là où le premier Jurassic Park interrogeait leurs limites, dégageait leurs caractères propres. Mais ici que nenni, on reste en surface, ils sont peu intéressants. Un gros déficit d'écriture en quelque sorte pour un récit qui accumule les faiblesses.

 

 

       A aucun moment, Jurassic World ne cherche à devenir plus qu'un vulgaire ersatz du premier opus de Spielberg, mêlant séquences idiotes aux références lourdes. Et évidemment, tout est prévisible. C'est quand même dingue en 2015 de se dire encore "ah lui va mourir, elle aussi mais eux par contres ils n'auront rien" et d'avoir raison derrière. C'est dire à quel point le scénario est lamentable, il n'y a pas de surprises, rien d'inattendu, rien de renversant. Et le film est totalement dénué de tension. L'inspection de l'enclos aurait pu être tendue comme pas permis mais tout arrive comme un cheveu sur la soupe. C'est d'ailleurs ce qui fait de ce film une petite aventure banale et complètement vaine, c'est qu'il n'y a pas d'enjeux et qu'encore une fois on juge bon de penser qu'une succession de petits rebondissements crée une sensation de danger. Mais à partir du moment où tout est prévisible et que c'est mal écrit, comment ressentir quelque chose face à un tel désastre scénaristique?

 

        C'est quand même dommage, avec un tel univers comme potentiel de départ, de ne réaliser qu'un vulgaire blockbuster qui est une énième déclinaison du film catastrophe mais avec des dinosaures. Toutes les idées du film ne donnent rien, la collaboration avec les raptors donnent lieu davantage à des séquences nanardeuses qu'à autre chose. Et le côté intensément nanar du film se révèle vers la fin avec cette bataille finale entre dinos qui fait la part belle aux ralentis tape-à-l'oeil et aux juste-à-temps incessants, le tout teinté d'un côté poseur ultra ringard. A se demander comment c'est encore possible de réaliser des scènes aussi ridicules et de penser un seul instant que ce soit bien. Le top du top reste quand même les regards échangés entre les raptors et Owen qui donne au film un côté buddy movie juste hilarant qui prend encore plus d'ampleur après, avec le T-Rex. Encore heureux qu'on puisse rire de ce film, car pris au premier degré c'est difficile d'y trouver un quelconque intérêt.

 

        Non parce qu'encore une fois, on se tape un scénario qui vole au ras des pâquerettes avec un "méchant" qui cherche à faire des dinosaures soldats. Je veux dire, la drogue c'est pas si mal que ça dans un processus créatif, mais là c'est juste pas possible. Les enjeux sont perchés, idiots au possible. Et en prime, le film est bardé d'incohérences entre des enclos évidemment pas adaptés, l'idée débile de créer un surdinosaure hybride et de s'étonner derrière qu'il y ait du grabuge. Il y a aussi ce plan assez rigolo où des touristes font du kayak à côté de stégosaures. Dans le deuxième volet on voyait ces animaux qui n'hésitaient pas à balancer des coups potentiellement mortels si on s'approchait d'eux. Mais là on peut tranquillement pagayer à leur côtés, sans risques. Enfin... Une nouvelle fois, Hollywood nous sert quelque chose sans aucune audace ni aucune âme. Alors le fond et la cohérence, qu'est-ce que les producteurs en ont à faire? La pub et un nom clinquant, ça suffit à faire un succès au box-office après tout. Inutile d'essayer de faire un film intelligent.

 

      Jurassic World est donc un bien mauvais film, raté sur tous les points et paresseux. Heureusement qu'il y a une petite possibilité d'en rire et que ce n'est pas trop ennuyeux, sinon on tiendrait un sacré navet. Puis visuellement il y a aussi un problème avec tout ce numérique, les créatures paraissent moins réelles qu'en 1993, les textures sont grossières, le fond vert se grille à plein nez. Bref c'est assez pitoyable dans sa globalité, un blockbuster en mode pilote automatique avec des clichés comme s'il en pleuvait. Et pour conclure cette critique, on peut toujours citer Ian Malcolm qui, 22 ans auparavant, avait déjà prévu la qualité du film: "C'est vraiment un gros tas de merde"

 

3/10

 

Romain

 

 

[L'avis d'Arnaud]

Voilà qui aurait pu donner lieu à une deuxième critique Versus si j'avais eu assez à dire ou que j'avais été plus en désaccord, aussi étonnant que ça puisse paraître vu son avis et sa note assassine. Si j'avais fait la critique principale, je l'aurais certainement appelée "Jurassic Rim" (je rappelle que notre première double critique était apparue avec Pacific Rim), tant le long métrage en question ressemble plus au Del Toro qu'aux autres Jurassic Park. Ca ne me pose pas vraiment de problème dans le principe, mais il faut bien avouer que Colin Trevorrow arrive à peine à la cheville de Del Toro ou de Spielberg, surtout en termes de mise en scène. La plupart des idées semblent venir des précédents opus, et dans les scènes de dialogue ou d'exposition, il reste très plan-plan. On sent aussi la différence sur la gestion des effets spéciaux, avec une profusion de dinosaures à la modélisation pour le moins inégale, et surtout une intrigue qui se déroule principalement de jour, permettant moins de jouer avec la pénombre comme le faisait si bien Spielberg dans les deux premiers films.

Mais dans l'ensemble, je trouve qu'on a quand même une divertissement tout à fait correct, aidé par le potentiel sympathie de Chris Pratt et même d'Omar Sy qui n'est pas si en retrait que ça, d'un dino hybride titanesque et plutôt flippant et d'un fan service bien senti (même si un chouia envahissant). Difficile de ne pas sourire quand on entend des explications sur pourquoi les dinos ne sont pas "réalistes" (les raptors qui devraient avoir des plumes), de revoir les Jeep de l'original ou encore un employé avec un t-shirt du "Park". La profusion de dinosaures a aussi ses bons côtés, avec une surexploitation commerciale bien sentie et des visiteurs blasés, sur ce point l'évolution du parc m'a semblé parfaitement crédible et bien pensée. Je suis donc en partie d'accord avec Romain sur les défauts du film, mais je trouve qu'il y a quand même pas mal à apprécier. On sait déjà que le prochain sera réalisé par quelqu'un d'autre, donc sait-on jamais, on pourrait avoir une bonne surprise   ---   6/10

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15 mai 2015 5 15 /05 /mai /2015 16:55

       On ne va pas y aller par quatre chemins, ce nouveau Mad Max était clairement le film que j’attendais le plus cette année depuis sa première bande-annonce. Saluons au passage une promotion juste parfaite, avec un bon nombre de trailers au montage créatif, donnant un juste aperçu de la folie et de la générosité du film, mais se gardant de trop en dévoiler. Même si une certaine méfiance était palpable à l’annonce du projet, qui se retrouve à sortir dans une année 2015 débordant d’exploitation plus ou moins heureuse de licences, il se démarquait par la présence de son réalisateur original, George Miller. Quand on commence comme lui à travailler sur un tel film en 1998 (juste après Babe 2), et qu’on doit traverser autant d’épreuves, d’annulation et de reports pendant une quinzaine d’années pour le mener à bien, on se doute que le film ne peut que transpirer la passion. Bien d’autres auraient abandonné à sa place, mais il a pris son mal en patience et s’est mis à l’animation au passage avec les deux Happy Feet.

 

 

      Après tout de même trois films sur des animaux mignons tout plein, on sent qu’il avait envie d’en découdre le George, et autant dire que pour un réalisateur récemment septuagénaire, ce ne sont pas les idées ni l’envie qui lui manquent. Au lieu de brosser trop rapidement son univers et de balancer du dialogue explicatif à tout va, il reste fidèle à sa ligne des précédents Mad Max, surtout du deuxième opus, où le visuel est roi et les dialogues réduits au nécessaire. L’approche du personnage de Max reste similaire, un homme qui a tout perdu et qui erre dans le désert et se définit comme « poursuivi par les morts et les vivants ». Il est quasiment spectateur de son propre film, fuyant tout attachement, héros contre son gré, privilégiant toujours les décisions rationnelles donnant les meilleures chances de survie. On le retrouve toutefois plus mutique et bourru que par le passé, s’exprimant presque la moitié du temps pour des grommellements et des mimiques, comme s’il avait perdu l’habitude et l’envie de communiquer (il faut dire qu’il y a de quoi être méfiant dans son monde).

 

      Ceci laisse naturellement plus de place au personnage de Furiosa, jouée par une Charlize Theron rageuse et habitée, fuyant le terrible Immortan Joe et les hommes de façon générale. George Miller n’a jamais lésiné sur les personnages secondaires dans les Mad Max, avec un talent rare pour les faire vivre en une poignée de plans, qu’ils aient l’occasion de s’exprimer ou non. La passion pour son univers dont je parlais plus haut s’exprime pour moi dans les détails qui rendent le tout crédible, comme le culte porté à Joe et au V8, les leaders des différentes cités et leurs manies, le design de leurs véhicules, leurs habits, leurs gestes, leurs rituels, tout est pensé. A son âge encore plus qu’il y a 35 ans, Miller se fout royalement des conventions, du bon goût et du politiquement correct, et nous livre les délires de son imagination débridée sans filtre ni restriction. La violence fait peut-être figure d’exception ici, même si le film nous montre tout un tas d’action bien brutales, il n’est jamais vraiment graphique, certaines scènes semblant même coupées à ce niveau. Peut-être y aura-t-il une version non censurée, en tout cas ça ne gêne pas une fois que l’on est dans le film.

 

 

      Pour le reste par contre, aucune limite. Tout le monde attendait le film au tournant  pour ses poursuites « à l’ancienne » et son utilisation très limités des CGI (il en faut quand même pour une séquence de folie comme la tempête, encore heureux), aucune déception là-dessus. Il n’y a pas de quoi passer pour un aigri à dire que « c’était mieux avant » pour une fois, puisque Miller le prouve de la plus brillante des façons. Il a pensé et réalisé son film comme les premiers Mad Max, utilisant au centime près son budget dans les décors, les véhicules, les cascades et les explosions, tirant au mieux partie des outils modernes du cinéma sans renier ses débuts de réalisateur indépendant en Australie. Au contraire, on a un peu l’impression de voir le film qu’il aurait pu faire à l’époque avec un énorme budget et pas de contraintes de la production (qui ont majoritairement ruiné le 3). Il fallait quand même oser faire un film se résumant à une course-poursuite de deux heures, ponctuée de pauses ne relâchant pas la pression, et le tout sans lasser. A part des films bien barrés comme les deux Crank, qui sont loin de faire autant l’unanimité, je n’en connais pas tellement d’autres qui puissent tenir un rythme effréné comme ça.

 

      Le travail de composition de Junkie XL, ma principale source d’inquiétude sur ce film après avoir vu le second 300, participe activement à cette fuite en avant pédale au plancher. Il fallait quand même oser construire un énorme véhicule rien que pour jouer de la musique dans les poursuites, avec son association de tambours militaires et d’une créature aveugle suspendue telle une marionnette assénant de gros riffs de guitare (que j’aurais aimé entendre plus au passage). Le thème principal, entêtant à souhait, est sacrément efficace et correspond tout à fait à l’esprit du film. Sur la durée, on pourra reprocher une certaine redondance, mais c’était déjà bien mieux qu’espéré.

 

      Et puis voilà, sans plus évoquer les différents éléments du film séparément,  quel bonheur de voir un tel film au cinéma, surtout en 2015 ! La morosité ambiante des blockbusters et des films d’action n’a que trop été évoquée sur notre blog et ailleurs, Miller prouve qu’avec de la volonté, de l’audace et quand même pas mal de talent, sortir un énorme film d’action bien burné est encore possible. Mais bon, Hollywood n’étant pas une œuvre caritative, reste à prouver qu’un tel pari était financièrement viable. Les critiques sont excellentes, je ne doute pas que de nombreux cinéphiles retourneront le voir (je n’y manquerai pas), la 3D apportera un petit boost bien mérité vu sa qualité, je la recommande au passage. C’est d’autant plus nécessaire que Miller a annoncé depuis un moment avoir écrit la suite et travailler déjà sur le scénario d’un troisième film. S’il a des idées à revendre comme dans Fury Road, je ne peux qu’être preneur. On pourrait tenir la meilleure trilogie moderne de blockbusters et/ou de films d’action.

 

 

      Il faut voir les plans démentiels que nous offre le film, certains clairement voués à devenir cultes (ainsi que le film, pour faire simple). Je pense que mon passage préféré reste celui dédié à un méchant secondaire qui se déchaîne sur fond de Dies Irae, tout y est juste parfait et incroyablement jouissif. Dans un film qui ose autant de chose sur l’action, il est génial de voir le hors-champ aussi bien utilisé, surtout pour iconiser Max juste comme il faut. Une variété intelligente et bienvenue dans un film qui sera en premier lieu retenu pour son orgie de tôle froissée, d’explosions et de duels à grande vitesse. Que dire de plus ? Le film est idéal pour se lancer dans la saga vu qu’il est une sorte de reboot, un Mad Max 2 alternatif, qui exploite le personnage de Max un peu à la façon de James Bond lorsqu’il y a un changement d’acteur. Il n’y a pas de continuité clairement définie, seulement un lien « dans l’esprit » comme l’a dit le réalisateur. Espérons d’ailleurs que ce film lui permette d’accéder à la reconnaissance qu’il semble avoir perdue avec Mad Max 3 à l’époque. Un retour en force d’autant plus jouissif qu’il semblait improbable, et qui s’avère être mon film préféré de la saga (pour le moment ?). 2017 paraît loin, très loin, pour attendre une suite dans laquelle j’ai totalement confiance après cette démonstration de force.

 

8.5/10

 

Arnaud

 

[L'avis de Romain]

Pour une fois qu'un blockbuster tient ses promesses, on ne va quand même pas bouder son plaisir! Film généreux et jouissif, Max Mad: Fury Road ne se refuse rien et est un parfait condensé de ce qui se faisait de meilleur dans la saga originale. Je lui reprocherai juste quelques effets visuels parfois un peu ratés mais dans l'ensemble, on a quand même un modèle de mise en scène. Il s'agit d'ores et déjà de mon opus préféré, en espérant retrouver un film autant (voire plus) inspiré dans deux ans. Pour une fois qu'un blockbuster ne nous prend pas pour des cons, autant foncer directement au cinéma !

7.5/10

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