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16 novembre 2012 5 16 /11 /novembre /2012 17:38

       Il était l'un de mes réalisateurs préférés à 15 ans, il m'a beaucoup déçu lors des années 2000 et ces dernières productions ne m'inspiraient tellement rien que j'avais décidé de ne pas m'y attarder. Mais cette fois-ci je le sentais bien! Je parle bien entendu de Tim Burton qui débarque pour la deuxième fois sur nos écrans en 2012 avec l'auto-remake d'un court-métrage qu'il avait réalisé en 1984: Frankenweenie. Ce film sentait ainsi le retour aux sources du cinéaste le plus mal coiffé de l'histoire du 7ème art et de ce fait je partais plutôt confiant, avec pas mal de craintes tout de même. Alors un Frankenweenie animé et en long-métrage ça donne quoi?

 

http://www.geekbecois.com/wp-content/uploads/2012/10/frankenweenie_a.jpg

 

        Il est à noter d'abord que je n'ai pas vu le court-métrage original donc je n'émettrai aucune comparaison entre le Frankenweenie de 1984 et celui de 2012. Mais ce que je peux tout de même dire d'entrée de jeu c'est que Tim Burton renoue avec succès à l'esprit de ses premiers films et que ça fait réellement du bien. On le sentait en grosse perte de vitesse mais finalement il retrouve la réussite artistique à travers ce conte macabre plein de fraîcheur comme il en a le secret.

       Burton m'avait déjà convaincu dans le cinéma d'animation en stop-motion avec Les Noces Funèbres qui était une très bonne surprise. Sa patte reconnaissable dans l'étrange Noël de Mr Jack était également plaisante même si ce film doit bien entendu pas mal à Henry Selick. Ici on retrouve cette technique du stop-motion, à l'ancienne et qui fonctionne toujours à merveille quand elle est bien utilisée.

 

        On retrouve ici les principaux ingrédients burtoniens. Son style gothique reconnaissable entre mille, ses personnages farfelus, une ambiance assez loufoque. Il est à noter déjà que le noir et blanc colle bien au film, ça contribue énormément à rendre cette atmosphère si savoureuse. L'introduction du film est très plaisante et on sent une nouvelle fois ce petit regard ému que Tim Burton porte sur le cinéma avec ce petit garçon qui réalisé son court-métrage avec ses jouets, du carton et son chien pour rôle principal.

        La relation entre Victor et son chien est le coeur de l'intrigue. Ca m'a quand même pas mal ému, ça nous rappelle un peu cette jeunesse insouciante et innocente où tout semblait possible. On a l'impression que ce film est auto-biographique d'ailleurs. Ce petit Vincent est-il le reflet de ce qu'était le petit Tim Burton? Je le pense.

 

        Niveau mise en scène c'est vraiment très bon. Le stop-motion est utilisé avec intelligence, visuellement c'est vraiment beau et le design des personnages est assez réussi en plus d'être drôle. L'aspect du chat et de sa maîtresse est vraiment drôle, ce chat est juste hideux c'est magnifique! Généralement les personnages semblent avoir été conçus comme si ils sortaient directement d'un film d'horreur des années 50 auxquels Tim Burton est très attaché.

 

        On retrouve d'ailleurs ce côté hommage, notamment lors d'une longue séquence sur la fin qui n'est pas sans rappeler les classiques de l'horreur et de la science-fiction. Sans rentrer dans le détail, on y retrouve tout le bestiaire du cinéma de genre d'antan avec une nouvelle fois de l'humour et pas mal d'imagination. Tim Burton rend hommage à ce cinéma, à son cinéma tout en faisant preuve d'une bonne dose d'originalité.

 

http://www.filmosaure.com/wp-content/uploads/2012/11/frankenweenie-mr-whiskers.jpeg

 

       Frankenweenie est un film qui a bénéficié d'un soin particulier et qui a vraiment été réalisé avec amour. Cependant quelques couacs surviennent tout de même. Déjà il est à noter que Burton se prostitue pour Disney (dire qu'il travaille pour Disney c'est trop mainstream) et donc on sent qu'il n'a pas la liberté artistique qu'il pouvait avoir à l'époque des Batman, de Mars Attacks ou encore de Sleepy Hollow. 

      Le film est destiné pour les enfants aux yeux du géant américain et malheureusement le film pâtit des défauts typiques du genre avec bien entendu en leader: la niaiserie. Je regrette franchement cette fin décevante qui contribue un peu tout ce que Burton tente de développer pendant tout le film. Sans compter que la composition d'Elfman s'avère être décevante et pas subtile pour un sou dans les scènes émouvantes.

 

       Néanmoins Frankenweenie a quand même les qualités nécessaires pour être un bon film. Une mise en scène inspirée, un scénario simple mais prenant, des personnages attachants, une bonne touche d'humour et pas mal d'idées. Le discours du prof de sciences devant les parents est vraiment génial, quelque part ça fait du bien de voir ça dans un film pour enfants. Faut les traumatiser ces salles gosses de toute façon, parmi eux il y a forcément un futur Justin Bieber et une future Rebecca Black.

       Quelques mots sur la 3D. Ici elle n'est pas forcément utile et gâche un peu le travail de photographie mais bon c'est pas encore trop grave. Ce n'est pas comme si on assistait au spectacle de marionnettes de Resident Evil 5 quoi.

 

      Tim Burton parvient donc à lever momentanément les doutes que j'émettais sur lui. Bon après je n'ai pas vu ces deux derniers films qui ne sentent vraiment pas bons mais là je suis convaincu. Certes on n'atteint pas le niveau d'un Ed Wood, d'un Big Fish ou encore d'un Edward aux mains d'argent d'un point de vue poétique mais ce Frankenweenie mérite d'être vu, ne serait-ce que pour admirer les retrouvailles de Burton avec le bon cinoche.

 

7/10

 

Romain

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Published by thelastpictureshow - dans Les films de 2012
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12 novembre 2012 1 12 /11 /novembre /2012 18:40

       Nouveau tour d'horizon cannois aujourd'hui avec la critique d'un film qui sortira en salles le 14 novembre à savoir La Chasse du danois Thomas Vinterberg à qui l'on doit notamment Festen. J'avais aimé ce film d'ailleurs bien que j'en garde très peu de souvenirs et j'avais hâte de découvrir le nouveau bébé de ce réalisateur qui s'annonçait très prometteur, auréolé d'un prix d'interprétation pour Mads Mikkelsen et du prix, certes anecdotique, du jury oecuménique. La Chasse raconte l'histoire d'un ancien professeur désormais employé d'un jardin d'enfants qui se retrouve, à tort, accusé de pédophilie. De quoi aborder divers thèmes et de faire monter la rage chez le spectateur à priori, typiquement le genre d'histoire qui me remue si celle-ci s'avère bien traitée. Finalement qu'en est-il de La Chasse?

 

http://s2.lemde.fr/image/2012/05/21/534x267/1704546_3_216f_mads-mikkelsen-dans-le-film-danois-de-thomas_b83a0a401ccd6f0caf1b601e6c6b58b9.jpg

 

       Qu'on se le dise tout de suite, j'ai adoré La Chasse, il fait d'office partie de mes films préférés de l'année et j'ajouterais que ça fait vraiment plaisir de voir ce genre de film au cinéma. C'est une histoire qui commence d'un rien pour exposer une nouvelle fois une nature humaine sous un jour peu glorieux. C'est une histoire qui commence par le mensonge d'une petite fille frustrée par le fait que l'animateur pour qui elle craque refuse son bisou. C'est l'histoire d'une descente aux enfers surprise pour un homme sans histoires. Bref, on constate très vite que ce film va sévèrement nous remuer intérieurement.

       Car c'est à partir d'un mensonge d'enfant que s'enclenchera un déferlement de violence orchestrée par une société archaïque et sans pitié. On sent quand même que Vinterberg est un pote de Lars Von Trier, on retrouve pas mal de similitudes dans le traitement du sujet. A la manière d'un Dogville, on ressent une énorme empathie pour le personnage principal victime de la cruauté de la société. Et on souffre avec lui.

 

        D'entrée de jeu on pourrait s'attendre à un film démonstratif et manichéen. Ce n'est pas foncièrement faux mais ce n'est pas foncièrement vrai non plus. Vinterberg est quand même plus fin que ça et a su peindre ses personnages avec une belle pointe de subtilité. Il nous peint des hommes tout simplement, avec leurs qualités et leurs défauts, mais avec surtout un inconscient collectif qui se forme dans une communauté pour tenter de détruire ce qui est plus faible que soi. Une impitoyable partie de chasse en somme.

       

        De ce film se dégage une forte intensité émotionnelle. Plus que l'illustration et la démonstration d'une simple injustice, c'est un constat large et amer que dresse Vinterberg. Qu'est-ce que notre société? Au fond a-t-elle évolué? Pas tant que ça finalement, nous sommes toujours dans une situation de dominant-dominé où la masse restera déterminée à dicter sa loi avec le mépris de toute notion de présomption d'innocence.

        En fait ce qu'on pourrait reprocher à La Chasse c'est d'utiliser quelques facilités avec notamment des personnages qui se retournent trop vite contre le protagoniste principal. Mais cette impression est quelque peu gommée par le fait que Vinterberg ne tombe pas dans un schéma manichéen classique. C'est plus intelligent que ça, heureusement d'ailleurs.

 

        Il y a pas mal d'interrogations qui se dégagent, concernant le sens de l'amitié notamment et l'importance accordée à la sacro-sainte vérité qui sort de la bouche des enfants (ce qui, entre nous, est une sacrée connerie). Certaines scènes sont révoltantes. J'évite d'en parler en détails pour ne pas spoiler mais la simple rencontre entre la petite Klara, la directrice du jardin d'enfants et le pseudo-psy donne de réelles envies de meurtre.

       Pas mal de séquences sont révoltantes mais ça ne sombre jamais dans l'outrance, il y a une parfaite cohérence dans l'écriture qui fait que le tout n'est pas gratuit, Vinterberg ne prend pas un malin plaisir à faire souffrir son personnage, il y a un réel propos qui se dessine derrière tout ça sans que celui-ci n'écrase l'intrigue.

 

http://photo.parismatch.com/media/photos2/5-photos-festival-de-cannes/the-hunt/the-hunt-4/4768661-1-fre-FR/the-hunt-4.jpg

 

        La mise en scène du film est redoutable d'efficacité grâce notamment à un excellent sens du cadrage et un découpage minutieux. Par ailleurs on a le droit à un rythme très maîtrisé avec très peu de temps morts, ou pour ainsi dire aucun. En réalité j'étais tellement captivé par l'intrigue que je ne pouvais en décrocher ne serait-ce qu'une seule seconde.

        C'est un film brillant mais très frustrant car on assiste impuissant à la fausse culpabilité d'un homme comme tous les autres qui n'a pas mérité d'être accusé de la sorte, qui n'a pas mérité d'être pratiquement abandonné de tous et qui se retrouve ainsi victime d'une société qui se complaît dans la volonté de détruire une âme humaine.

 

       Le film est porté également par une interprétation de très haute qualité. Mads Mikkelsen mérite entièrement son prix d'interprétation à Cannes pour sa performance intense et pleine d'émotions. En toute franchise, c'est quand même d'un autre niveau que la prestation de Jean Dujardin dans The Artist. 

       A ses côtés on retrouve de bons acteurs et des actrices convaincantes. Surtout une, la petite Annika Wedderkopp qui surprend de par son jeu naturel et son charisme naissant. J'ai l'impression de me répéter quand j'assiste à de bonnes prestations d'enfants au cinéma mais ça fait tellement du bien de voir des gamins bien jouer. Ca nous change tellement des têtes-à-claques présentes en masse dans les blockbusters. Bref, j'espère qu'il s'agit d'une future actrice de métier car il y a du potentiel.

      D'une manière générale la direction d'acteurs est épatante et cela est également accentué par une remarquable écriture au niveau des personnages. Ces derniers vivent tout simplement, on ne les sent jamais enfermés dans un rôle bien déterminé, il y a vraiment du très bon boulot à ce niveau.

 

       La Chasse est un film prenant et plutôt estomaquant grâce à une très bonne illustration de la bêtise humaine et une mise en scène maline. J'ai bien aimé cette présence métaphorique et subtile du danger, notamment sur la fin. On a l'impression qu'un ennemi invisble rôde toujours, ce qui rend le film vraiment oppressant. 

       C'est une oeuvre qui soulève diverses interrogations autour de la nature humaine. Peut-on faire réellement confiance à quelqu'un? Si un cas similaire se produit, qui sera là et qui nous croira? Qu'est-ce que l'innocence? Qui croire? Bref tout un tas de questionnements qui peuvent nous toucher à un moment donné de notre vie et un propos plutôt rude exposé par le cinéaste danois.

        

        La Chasse est un film que je ne peux que conseiller pour sa puissance, son message et ses grandes qualités artistiques. Une oeuvre dense qui mérite largement le coup d'oeil pour sa richesse et qui reste parfaitement accessible. 

        Voici pour l'instant mon chouchou de la sélection cannoise 2012. Une oeuvre percutante, captivante jusqu'à la toute dernière seconde avec de grands instants de cinéma et un acteur principal qui sait se surpasser et transcender son jeu. Un très bon film tout simplement.

 

8/10

 

Romain

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8 novembre 2012 4 08 /11 /novembre /2012 09:20

       La nouvelle palme d'or est toujours le rendez-vous à ne pas manquer pour tout cinéphile qui se respecte. Cette année elle a été décernée à un récidiviste: Michael Haneke. Amour est le deuxième film du cinéaste autrichien à recevoir la prestigieuse récompense cannoise après le Ruban Blanc en 2009. C'est un réalisateur que j'aime beaucoup, son Funny Games m'a fortement marqué notamment et je partais très confiant pour ce nouveau film salué par la critique et le jury de la Croisette. Amour s'annoncait comme étant du lourd, du très lourd avec une histoire aussi cruelle que bouleversante. Finalement le film tient-il toutes ses promesses?

 

http://www.rue89strasbourg.com/wp-content/uploads/2012/08/amour-de-michael-haneke.jpg

 

       La scène d'introduction d'Amour ne laisse aucun doute quant à l'issue du film, ainsi pas de réelle surprise scénaristique, on connaît la fin. Et ce plan-séquence d'introduction est véritablement glaçant, d'entrée de jeu on sait que ce ne sera pas gai. Mais bon quand on connaît Haneke, on se doute d'avance qu'on ne va pas rire des masses devant un de ses films. Le sujet sur le papier est très fort, une vieille femme subira un AVC paralysant son côté droit et son état s'aggravera petit à petit.

       L'occasion de traiter l'amour tel qu'il existe après des années et des années et ce sans idéalisation. Haneke oblige, on a le droit à un film âpre, épuré et concret. De toute manière le cinéaste ne ment pas sur ses intentions dès le départ.

 

       Le film est un huis-clos dans sa globalité. Le décor est composé de quelques pièces d'un appartemment parisien où évolue ce couple Riva-Trintignant. Nous sommes pour ainsi dire plongé dans leur intimité du fait de ce choix du réalisateur mais paradoxalement le film demeure assez pudique, ce qui crée une certaine forme de distance entre la scène et le spectateur. Pour un film parlant d'amour c'est un peu dommage car Haneke reste trop fidèle à lui-même en traitant ce film de manière très froide. Il n'y a pas vraiment de place pour l'émotion. On s'y attache quand même à ce vieux couple, on ressent de l'empathie pour les deux personnages mais pas tant que ça finalement du fait de la distance instaurée entre nous et ce qu'il se passe à l'écran.

 

        Pour autant le film reste bon dans son traitement malgré ce choix un peu décevant. A vrai dire on a l'impression de voir trois personnages. Georges interprété par Trintignant, Anne incarnée par Riva et l'appartement. Tout se passe ici, il semble être un personnage à part entière. C'est un espace confiné qui au départ nous paraît malgré tout assez ouvert, vaste, lumineux mais qui progressivement se referme sur lui-même, fermant toutes les portes aidé par un Jean-Louis Trintignant qui cloisonne de plus en plus cet espace.

        Le rythme du film très lent est nécessaire au développement de l'histoire, on y perçoit mieux les sentiments des personnages et leur "séparation". Car Georges et Anne passent finalement peu de temps ensemble, il y a un amour qui persiste toujours mais qui est mis à rude épreuve par le fait qu'une moitié du couple doit assumer l'autre. Quelque part c'est un constat réaliste et amer que nous livre Haneke. Il n'y a strictement pas de complaisance, pas de scènes tire-larmes sous un air de violon, on nous balance juste une dure réalité intime à la gueule.

 

http://voiretmanger.fr/wp-content/2012/10/amour-haneke-riva.jpg

 

        D'un point de vue technique, la mise en scène est vraiment admirable. Haneke n'hésite pas à étirer ses scènes par de longs plan-séquences, souvent fixes pour mieux percevoir l'espace ou en mouvement pour suivre les personnages et les voir irrémédiablement s'enfermer. Il y a des scènes d'une incroyable intensité qui surgissent de temps à autre, trop rarement malheureusement. On retiendra l'introduction comme je l'ai dit qui est vraiment glaçante, on retiendra également une scène de cauchemar tellement surprenante et glauque qu'elle m'a fait bondir et ce dialogue de Trintignant sur son passé en colo avec sa carte postale. Ces moments sont psychologiquement très violents mais peu courants, ce qui est vraiment dommage car cela m'a laissé l'impression qu'Amour était assez terne. Une sensation encore accentuée par une photographie réussie mais austère.

 

       Le film fait la part belle à deux interprètes de talent. D'un côté Emmanuelle Riva, plutôt touchante dans Hiroshima mon Amour, qui incarne cette vieille dame qui glisse progressivement vers la mort avec une grâce qu'elle a su conserver à travers les âges. Et de l'autre Jean-Louis Trintignant qui livre une incroyable performance, pleine d'impact et envoûtante. C'est bien simple, à chaque fois qu'il prenait la parole j'étais captivé, il a une de ces façons de parler qui fait que tu ne peux que te taire et l'écouter. Il livre ainsi une douloureuse prestation vraiment marquante et très réussie. On notera également les courtes apparitions d'Isabelle Huppert, actrice que j'aime bien, dans le rôle de leur fille et qui convainc également de manière très forte.


        C'est un film qui demeure tout de même assez riche, traitant de l'amour vieillissant bien sûr mais aussi de la vieillesse tout simplement, et de la mort. La mort est un sujet qui me fascine à mort (lolilol mdr kom il é drôle, kikoo bestah) et j'aime voir ce thème traité au cinéma. Je citerais Bergman bien entendu qui en parle avec force et pas mal de réflexions métaphysiques viennent toujours orner ses films, comme Le Septième Sceau ou encore Cris et Chuchotements.

        Amour est plutôt dense à ce niveau bien que j'espérais plus d'intensité, plus d'instants réellement forts. Haneke parle de beaucoup de choses tout de même et peut nous laisser matière à réfléchir sur le sens de notre vie. Quelque part, ce couple Trintignant-Riva ça pourrait être nous, ce sera nous même.

 

        Amour est un film plein de retenue, traité intelligemment et avec de rares grands moments de cinéma mais qui m'a laissé en fin de compte l'impression d'un film qui aurait pu être totalement fade. Beaucoup moins subjugué par cette nouvelle palme d'or que par la précédente, je dirais qu'Amour reste de grande qualité, mais qu'il manque pourtant quelque chose, de l'émotion sûrement. Car même si le film est dur, il manque cette substance qui aurait pu pimenter cette oeuvre pour la rendre plus forte, plus incisive, plus percutante.

         La lenteur du film en laissera plus d'un sur le carreau, c'est certain que le procédé ne plaira pas à tous. Pour autant je ne me suis pas ennuyé, j'ai justé été légèrement déçu par le contenu. Amour reste du cinéma de qualité porté par d'excellents interprètes, mis en scène avec application et qui n'est pas écrasant, laissant même subsister de très rares touches d'humour. On retiendra la réplique qu'Emmanuelle Riva lance à Jean-Louis Trintignant: "Tu es un monstre, mais tu es gentil" qui résume assez bien le film. Ca ne m'a pas transcendé plus que ça, je m'attendais à mieux de la part de Michael Haneke mais cette oeuvre épurée demeure malgré tout belle et touchante.

 

7/10

 

Romain

 


[L'avis d'Arnaud]

De la même façon que Romain, j'attendais avec impatience ce nouveau film du célèbre cinéaste autrichien, qui m'avait bluffé avec Funny Games et Le ruban blanc. Si j'ai été happé dans le film par sa superbe scène d'introduction, que j'ai adoré la fin et quelques passages plus forts que d'autres en cours de film, je dois bien dire que le temps m'a paru long sur l'ensemble. J'ai rencontré ici un problème qui n'en pas un pour tous, à savoir qu'une approche trop réaliste tue un peu le plaisir de spectateur à mon goût. Je ne dis pas ça comme une généralité, ça dépend des films, mais là j'étais partagé entre me dire que oui, "ça se passe comme ça en vrai", c'est dur et émouvant, mais d'un côté sur plus de deux heures de film, ça ne suffit pas forcément. L'avantage du procédé est effectivement que nous suivons tout ce qui constitue leur vie, aussi difficile qu'elle puisse être. En somme un film dont je ne pourrais pas dire vraiment du mal, c'est plus une question de ressenti qu'autre chose car à part ça, la technique est irréprochable et les acteurs convaincants.   -   6/10

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6 novembre 2012 2 06 /11 /novembre /2012 15:23

Presque 10 ans que Mais qui a tué Pamela Rose est sorti, ça paraît difficile à croire. D’un côté, ça ne nous rajeunit pas, de l’autre, ça fait presque autant de temps que le duo n’a pas joué dans une comédie correcte. Difficile aussi de croire qu’ils ont pu passer en moins d’une décennie de duo comique absurde et créatif (ah le Kamoulox…) à participer voire créer des projets tout juste dignes de productions TF1 du lundi soir. L’annonce d’une suite à leur plus gros succès me laissait quelque peu sceptique, justement à cause de ce manque d’idées marquant leurs derniers films.

 

http://a69.g.akamai.net/n/69/10688/v1/img5.allocine.fr/acmedia/medias/nmedia/18/94/06/20/20300672.jpg


Ce qui est à la fois sympa mais frustrant dans ce genre d’avant-premières, c’est que les acteurs peuvent être plus drôles en vrai que dans le film. Aussi rôdé qu’il pouvait être, le petit discours/sketch auquel se sont livrés Kad et Olivier, accompagnés de Guy Lecluyse, alignait les vannes de façon assez plaisante.

 

Entrons sans plus de suspense dans le vif du sujet, le film n’a pas ce rythme, ni même celui du premier opus. D’un autre côté, on pouvait s’attendre à pire de leur part. Ceci donne un film avec lequel je n’ai pas envie d’être trop dur, car il est bien meilleur que la moyenne des comédies françaises du moment, apporte un peu d’humour absurde sur grand écran quand on en manque désespérément, et parce que l’on retrouve un peu les « anciens » Kad et Olivier.


Etonnamment, l’histoire est cette fois un peu plus mise en avant, avec une traque du tueur qui passe vite au second plan. Le titre en serait presque mensonger, mais ce n’est pas plus mal vu le manque d’intérêt de cette partie. On trouvera plus matière à rire dans les très nombreuses références à d’autres films, tels que The Truman Show ou La vérité si je mens, dans l’évolution des deux « héros » depuis l’original, ou encore dans les délires capillaires de leur supérieur. Et la Fuego, bien sûr vous aurez droit au retour de la Fuego.

 

S'il n'est pas primordial de parler ici de la technique, on peut tout de même remarquer que le film reste très propre et correctement mis en scène. Evidemment ce n'est pas la folie, mais les lieux américains rencontrés sont soit bien reconstitués, soit bien mis en valeur, suffisamment pour que le film reste cohérent et crédible.

 

Voilà qui va faire une critique bien courte, mais sans raconter le film je n’ai pas grand-chose à ajouter, même en l’ayant apprécié. Pour résumer, si vous avez aimé le premier et/ou que vous restez fan de Kad et Olivier envers et contre tout, vous aimerez, sinon l’humour du film risque fort de vous laisser de marbre. Ah, avant que j’oublie, le film sort le 5.

 

 

6/10

 

Arnaud

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1 novembre 2012 4 01 /11 /novembre /2012 15:15

Ted

         Après avoir vu la bande-annonce de Ted, j'aurais bien ri au nez de celui ou celle qui m'aurait dit qu'il s'agissait d'un bon film. L'humour scatophile me convient rarement à vrai dire même si certains films bien cons arrivent à me faire rire. Là je ne le sentais pas trop ce Ted, ça semblait se complaire dans la vulgarité et l'humour de beauf. Vous savez, cet humour typique de films comme Les Seigneurs ou autres Camping. Après le fait que le réalisateur du film soit Seth MacFarlane, le créateur d'American Dad, m'a plutôt redonné espoir. Je connais peu la série mais le peu que j'ai vu m'a paru aussi intelligent et subversif que drôle. Qu'en est-il de Ted exactement?

 

http://pix-geeks.com/wp-content/uploads/2012/10/ted-filles.jpg

 

       Les premières minutes du film m'ont directement donné l'impression que je n'étais finalement qu'une mauvaise langue. La séquence d'introduction politiquement incorrecte m'a bien fait rire d'entrée. Quelque part grâce à ça je partais confiant pour la suite. Ce que j'attends d'une comédie c'est qu'elle me fasse rire (sans blague?) et sur ce point-là Ted remplit son rôle, ou du moins m'a convaincu.

        Ayant l'air de commencer comme un film gentillet pour enfants, Ted brille par le détournement des codes qui caractérisent ce genre de film voire la comédie en général. Au départ, Ted est un ours en peluche offert à un jeune enfant sans amis et qui prend vie comme par magie. En fin de compte, Ted grandira au même titre que John le petit garçon et pas forcément dans la bonne voie. Et tant mieux après tout, car si le nounours restait tout gentil on se ferait bien chier pendant tout le reste du film.

 

       Passée l'introduction où les petits juifs sont tabassés, nous rentrons dans le vif de l'intrigue. John est devenu adulte, Ted aussi. Ces deux-là sont restés amis malgré le poids des années et la notoriété de l'ourson. Ils sont devenus de beaux glands également, mais John est un gland qui a bien réussi son coup puisqu'il se retrouve maqué à Mila Kunis et Dieu sait que la gent masculine sera d'accord avec moi pour dire que ce n'est pas rien.


       La première demi-heure du film est riche en humour. L'histoire se met en place et les vannes ou autres gags pullulent. Et le tout reste efficace à vrai dire. Il y a un très bon travail d'écriture à ce niveau et rien ne tombe vraiment à plat, même quand ça vire dans l'humour crado pipi-caca car il y a des interprètes qui ont un bon gène comique. Certaines répliques sont un véritable délice, notamment celles concernant les enfants star, Justin Bieber ou autres. Il y a de bonnes piques lancées à l'encontre de personnalités ou de films à la con et ça fait plaisir à voir.

 

        C'est un film qui démarre de manière délirante pour malheureusement s'enliser au fur et à mesure de l'avancée de l'intrigue. Ted souffre d'un énorme défaut, c'est qu'il met trop en avant l'histoire d'amour entre Wahlberg et Kunis. Non pas que l'amour au cinéma me dérange, je ne suis moi-même qu'amour et je vous aime, je vous aime tous. Même toi Dylan du haut de tes 13 ans, qui est allé voir Ted en VF pour te péter de bonnes barres en compagnie de Christopher et de Kader (je rajoute ce petit dernier pour honorer le multiculturalisme de notre belle contrée).


        Mais là cette romance est trop convenue, trop mièvre et en fin de compte on pourra regretter le fait que MacFarlane ne la détourne pas assez. Les codes de la comédie romantique américaine classique empiètent trop sur l'aspect délirant du film qui aurait sûrement mérité que son créateur aille plus loin au niveau de son concept. Même si quelques scènes pimentent un peu cette romance et changent le côté trop classique de la chose (je pense au concert de Norah Jones notamment)

 

http://www.leblogducinema.com/wp-content/uploads//2012/08/Ted-2-LBDC.jpg

        L'humour apparaît donc à de plus rares reprises par la suite, ce qui est réellement dommage car MacFarlane maîtrise le burlesque, le second-degré et sait utiliser avec parcimonie d'excellentes références. L'autre défaut majeur du film en revanche est sa prévisibilité. On sait à l'avance tout ce qui va se passer de manière générale dans l'intrigue. Si quelques touches humoristiques savent nous surprendre, il n'en est hélas pas de même pour l'histoire.


        Depuis l'arrivée de Ribisi et de son fils obèse on savait quelle tournure allait prendre leur rencontre. Quant à la fin du film elle flirte malheureusement tellement avec le cul-cul la praline que ça plombe un peu le tout. Encore une fois, j'aurais souhaité que MacFarlane prenne un peu plus de risques. On se retrouve dans la même configuration que dans God Bless America. Le postulat de départ est bon mais ça n'ose pas. Le cinéma actuel aurait vraiment besoin de mecs burnés, même de gonzesses d'ailleurs! Je suis sûr que quelques folles sont capables de livrer des oeuvres subversives et osées (cette remarque ne prend bien sûr pas en compte les oeuvres de Catherine Breillat).

 

        Dans l'ensemble l'interprétation est de qualité. J'aime beaucoup Mark Wahlberg qui se débrouille très bien dans un registre comique. Mila Kunis fait malheureusement davantage figure de faire-valoir plutôt qu'autre chose. Son rôle n'est pas trop intéressant d'autant plus qu'il empiète beaucoup trop sur l'intrigue. Ce qui n'enlève rien à ses qualités d'actrice et son physique qui en fait baver plus d'un. N'est-ce pas Dylan?

        On notera aussi la prestation de Giovani Ribisi assez fendard en père de famille complètement cinglé. L'apparition de Sam J. Jones qui prend son rôle de Flash Gordon avec auto-dérision est également appréciable. J'aime quand des acteurs savent pertinemment qu'ils ont joué dans de la merde et qu'ils prennent ceci avec humour. La séquence où il est présent constitue également un des passages les plus réussis du film. Enfin Seth MacFarlane double avec brio le personnage de Ted, surtout que ce dernier bénéficie vraiment des meilleurs répliques.

 

        Donc oui j'ai apprécié Ted alors que je n'en attendais strictement rien à la base. Mais pourtant je ressens quand même une pointe de déception, la faute à un scénario au rabais qui privilégie une romance déjà-vue et inintéressante. Mais l'humour fait mouche grâce à une écriture de qualité, de bonnes piques bien senties et des situations plutôt cocasses. Je suis moins fan de l'humour pipi-caca-prout-crac-boum-hue mais celui-ci est utilisé avec parcimonie et est bien senti finalement, pas gratuit ni excessif.

        Ted ne sombre donc pas dans le délit d'ourson et s'avère être un film sympathique quand il s'éloigne de la mièvrerie de son histoire principale. Une petite surprise agréable à privilégier en VO car après avoir vu des extraits VF c'est assez hallucinant de voir à quel point l'humour original est complètement dénaturé. Enfin, la VO est toujours à privilégier bien entendu. Mais une piqûre de rappel fait toujours du bien. Et Ted, mine de rien, mérite cette piqûre de rappel.

 

6/10

 

Romain

 

[L'avis d'Arnaud]

Romain ayant bien pointé les problèmes du film, je ne pourrais qu'approuver cette critique et apporter mon avis de fan de Seth MacFarlane pour ajouter quelque chose. Ayant vu l'intégralité d'American Dad et la moitié de Family Guy, je m'attendais à quelque chose d'aussi délirant en film live. Le point de départ était de plus très prometteur, les possibilités comiques avec une peluche vivante étant assez énormes. Malheureusement, j'ai eu un peu l'impression de voir un épisode d'une des deux séries entrecoupé d'une histoire d'amour pas franchement bien écrite ni passionnante, ou à l'inverse un film romantique banal parsemé d'humour absurde. Un mélange assez surprenant de la part du créateur, qui nous livre un film franchement sympathique et qui contient son lot de gags hilarants, mais ne restera pas dans les mémoires.   -   6.5/10

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30 octobre 2012 2 30 /10 /octobre /2012 19:33

 

Ce serait un euphémisme de dire que la tâche était lourde pour le talentueux Sam Mendes. Jusque-là réalisateur quelque peu indépendant sur la scène hollywoodienne, il était intéressant et prometteur de le retrouver affilié à la plus grosse saga du cinéma occidental. Trop longtemps encombrée par un cahier des charges précis et un schéma narratif connu de tous, la série avait fait peau neuve de façon fracassante avec Casino Royale en 2006, une sorte de retour aux bases sans gadgets ni humour vaseux de trop. Malheureusement, le brouillon Quantum Of Solace avait un peu entamé ce retour en fanfare, il incombait donc à Sam Mendes de relever la barre. Mission accomplie ? (attention, certains éléments de l’intrigue seront révélés par la suite)

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Première surprise, moi qui m’attendais à une introduction posée pour mettre en place les enjeux, on a en fait droit à la scène d’action la plus spectaculaire du film sous la forme d’une poursuite totalement dingue. Ce qui est fort, c’est que les exploits accomplis tels que de la moto sur des toits ou un combat sur un train ne sont pas du jamais vu pour le célèbre espion, mais le tout s’enchaîne de façon fluide et cohérente, avec un  sentiment d’urgence et de danger constant. Le flegme et l’humour de 007 sont toujours présents, émaillant la séquence de piques envers sa partenaire de mission et M, suivant leur progression depuis le QG du MI6 à Londres.

 

50ème anniversaire de la saga oblige (quand même !), le film est rempli de clins d’œil plus ou moins importants à ses précédentes aventures. Comme je disais plus haut, la poursuite en elle-même n’est pas inédite, mais a le mérite de créer une vraie tension et d’être d’une grande lisibilité. La conclusion de cette longue séquence d’action se conclut à la « On ne meurt que deux fois », avec un James Bond officiellement mort, sans indice de sa survie pour le spectateur.

Le générique qui suit est certainement un des plus beaux de la saga, formellement parfait et jouant habilement de la déchéance du héros. J’avoue avoir été agréablement surpris par la chanson d’Adele, que j’attendais un peu au tournant.

 

Cet opus parvient à se montrer original sur de très nombreux points tout en respectant l’héritage de la saga, dans la même veine que Casino Royale avant lui. Par exemple, l’agent lui-même ne réapparaît pas immédiatement, nous laissant le temps de découvrir de nouveaux personnages et d’en apprendre plus sur M, et le « grand méchant » ne se montre (physiquement) pas avant la moitié du film.

 

Leur absence post générique, si elle est synonyme d’un rythme plus lent, permet de développer des thèmes rarement vus dans la saga, tels que le vieillissement de James Bond comme du MI6 et de leurs techniques d’espionnage en général, avec une ambiance de fin d’époque et de paranoïa. Les autorités en place sont dépassées, reposent trop sur des technologies modernes pouvant aisément se retourner contre eux.

 

A son retour, l’agent n’est plus que l’ombre de lui-même, et pourtant semble être le dernier recours de M contre une nouvelle menace encore inconnue. Les prétextes plutôt minces pour voyager aux quatre coins de la planète sont toujours là, mais il faut bien admettre qu’on les pardonne immédiatement au vu de leur utilisation. Roger Deakins, directeur photo récurrent des frères Coen, met superbement en valeur les différents paysages asiatiques visités en évitant la teinte « folklorique » que la saga avait pu connaître dans ses moins bonnes années (qui a dit Roger Moore ?). C’est un plaisir que l’on ne boudera pas que de pouvoir admirer la technique et la qualité de composition de nombreux plans dans un blockbuster actuel.


http://www.filmofilia.com/wp-content/uploads/2012/07/Skyfall_54.jpg

 

Quand à la moitié du film, Silva (Javier Bardem) est introduit, il ne déçoit pas. La transition entre l’idée que l’on pouvait se faire d’un mégalomane tout puissant, tirant les ficelles dans l’ombre, à un charismatique ancien agent du MI6 est un régal. Au détour d’un long plan séquence où, au lieu d’expliquer bêtement son plan à un héros pieds et poings liés, il préfère une subtile métaphore animale de leur condition et un jeu de séduction très troublant. Ceci m’amène à un de mes quelques reproches au film : après tant de construction du personnage, et une première rencontre aussi réussie, remettant en question de façon subtile les agissements de Bond, il est sous-utilisé et agit surtout de façon bien plus classique.

 

Son plan général apparaît également un peu foireux si l’on y réfléchit, avec beaucoup de coïncidences nécessaires et de crypto bidules informatiques que Q n’a pas trop de mal à décoder. Silva est quand même censé être tout puissant, surtout vu ses agissements à distance en début de film et sa proposition de collaboration faite à 007. Il reste tout de même intéressant qu’il cherche à se venger de M et non à détruire le monde avec un laser géant, en cela il reste dans la logique des deux derniers méchants de la saga.

 

Les influences et clins d’œil à d’autres films que des James Bond sont également nombreuses et étonnamment bien insérées. On trouve un peu de Collateral dans l’immeuble avec d’innombrables portes vitrées parcourus par les néons publicitaires, un peu d’Apocalypse Now dans un hélicoptère ennemi diffusant de la musique pour une entrée très théâtrale, et surtout du Chiens de paille dans l’assaut final du manoir, lutte acharnée pour la survie dans l’ancienne demeure familiale.

C’est surtout une facette totalement inédite de l’agent secret qui est abordée ici, et de nombreux films ont prouvé qu’il était difficile de revenir aux origines d’un personnage sans le gâcher ni raconter quelque chose d’inintéressant. Le défi est relevé ici puisque le peu qui est révélé sur son enfance et la mort de ses parents cadre assez bien avec ce que l’on connait du personnage, notamment ses problèmes avec l’autorité et son côté assez sombre et renfermé.

 

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Une fois fini, le film est à la fois très complet pris à part, mais s’insère bien à la suite des deux épisodes précédents pour créer une transition vers le personnage tel qu’on le connaissait au départ, puisque Casino Royale était un retour aux origines. C’est quelque chose que j’ai hâte de voir avec Craig, qui dans Skyfall se montre aussi à l’aise dans les moments difficiles et les accès de colère que pour jouer le parfait gentleman anglais.

 

Enfin, la grande question qui flottait avant la sortie du film était de savoir si l’on tenait ici le meilleur James Bond, pour ma part je dirais que non à cause des quelques défauts que j’ai relevé, et du fait que je lui préfère Casino Royale pour son rythme implacable et son méchant qui reste un de mes préférés. Je le place par contre parmi les meilleurs avec les premiers épisodes avec Sean Connery, les deux avec Timothy Dalton (qui étaient les premiers à présenter une vision plus sombre du personnage) ou encore Goldeneye.

 

Le blockbuster de l’année pour ma part, ainsi qu’un apport remarquable à une saga aussi inégale que mythique. Espérons que le prochain épisode soit de la même trempe, car il serait difficile d’encaisser un autre Quantum of Solace après une telle mise en place.

 

 

8/10

 

Arnaud

 

[L'avis de Romain]

 

Enfin un blockbuster attendu qui tient toutes ses promesses! Arnaud a livré une critique très complète, je n'aurais rien d'autre à ajouter. Sam Mendes confirme son talent pour un 23ème James Bond bénéficiant d'une mise en scène virtuose, d'un rythme efficace et d'un scénario abouti. Tout ce qui manquait à l'horrible Quantum of Solace. Skyfall est dans la lignée de Casino Royale, malgré quelques scènes assez improbables l'ensemble demeure très cohérent et fluide. Craig toujours aussi bon en Bond, Bardem génial en ancien agent du MI6 dont le surjeu est juste jubilatoire. On tient là un film d'action de qualité qui renoue également avec un humour légèrement délaissé par les deux précédents épisodes. Du bon cinoche en somme, en plus Bérénice Marlohe est sublime en James Bond girl. Cocorico, vive la France!

7.5/10

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26 octobre 2012 5 26 /10 /octobre /2012 17:45

       J'aime beaucoup le cinéma américain indépendant, sa diversité, sa créativité. On peut citer l'exemple récent de Bellflower dont on a peu entendu parler et qui s'est avéré être une très bonne surprise. God bless America raconte sur le papier l'histoire d'un homme qui se sait condamné par une tumeur et qui veut profiter de ses derniers instants pour massacrer tout ce qui avilit l'Amérique par le biais de la télévision notamment: les stars de la télé-réalité, les présentateurs débiles, etc... Autant dire que dans cette ère où règnent MTV aux USA et Secret Story en France, le nouveau film de Bobcat Goldthwait avait tout pour me réjouir ! God Bless America se révèle-t-il aussi subversif que prévu ? Verdict.

 

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        En entrant dans la salle, je ne savais pas à quoi m'attendre. Comédie satirique ? Serial killer movie ? Film violent ou non? Bref, pas mal d'interrogations et d'attentes diverses. Tout ce que j'espérais c'est que le traitement du sujet soit bon car avec une base en or comme celle-là, j'aurais été bien déçu si le résultat était raté. God Bless America c'est un peu tout à la fois, le film brasse aussi bien dans la satire que dans le défouloir jouissif. Mais cet équilibre ne sert pas totalement le film, on ne saura jamais où est-ce que l'auteur tente de le situer, même si cela ne nuit pas aux quelques qualités qui sont heureusement bien présentes.

        La séquence d'introduction est excellente, d'emblée on nous balance une bonne dose d'humour noir dont je suis particulièrement friand. Ca m'a un peu fait penser à Killer Joe d'ailleurs. Si le film restait sur cette dynamique, je pense que j'aurais hurlé au chef d'oeuvre. Disons que la suite est plutôt sage en comparaison (pas trop quand même, ouf).

 

        Effaré par la bêtise des émissions "culturelles" et de l'impact que celles-ci ont sur la société qui l'entoure, Frank va se muer en tueur de sang-froid pour éliminer ce qui caractérise pour lui le cancer de l'Amérique. Il rencontrera sur sa route une ado barge qui l'accompagnera dans cette folle épopée, formant ainsi une sorte de duo à la Bonnie and Clyde mais sans amour. Juste une volonté commune de massacrer joyeusement toute cette belle bande d'abrutis que la télévision a tendance à trop exposer.

        Scénario un peu cruel à la base, et pourtant on le comprend ce bonhomme. Du moins je le comprends. C'est vrai qu'aujourd'hui la culture se perd au profit d'une forme de divertissement qui frôle la débilité complète quand elle ne tombe pas carrément dedans. Enfin bien sûr le fait de tuer tout ce petit monde n'est pas une intention louable, mais voir ça à l'écran c'est quand même un petit bonheur coupable non dissimulé pour ma part !

 

        Globalement le film ne m'a pas paru trop maîtrisé, on a l'impression que le cinéaste a le cul entre deux chaises et qu'il n'arrive pas à aller au bout de son concept. On pourrait lui reprocher le caractère caricatural des personnes "à abattre" mais d'un côté pour être tombé sur MTV plusieurs fois, c'est exactement ça. Assez navrant d'ailleurs... 


       Dans l'ensemble les bonnes idées fleurissent quand même. Rien que l'introduction en est une, même si volontairement je ne rentre pas trop dans le détail pour ne pas gâcher l'effet de surprise. Mais quelques séquences de croisade contre des manifestations anti-sémites ou contre American Superstarz sont assez jouissives. Je regrette d'ailleurs qu'il n'y en ait pas plus, car on prend du plaisir à voir des têtes à claque prendre leur tarif.

 

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        Techniquement le film tient la route. C'est pas l'extase mais c'est très propre et assez bien foutu, malgré quelques giclées de sang numérique pas très belles à voir. Enfin de la part d'un réalisateur que je connaissais seulement en tant que Zed de la saga Police Academy je suis agréablement surpris. Faut dire que quand on a cabotiné l'espace de trois films dans le rôle d'un détraqué dans une saga minable généralement on ne fait pas une grande carrière au cinéma. Quelque part l'ami Bobcat s'en est plutôt bien tiré.


        Dans le rôle principal on retrouve Joel Murray, un frère cadet du grand Bill Murray. Ayant une filmographie bien plus maigre et inaperçue que son mythique frère aîné, je trouve qu'il se débrouille très bien dans God Bless America. L'ado est également convaincante, son personnage est rafraîchissant d'ailleurs.

       

        Le film est teinté d'une bonne dose d'humour appréciable, les dialogues sont tantôt bien ciselés, tantôt un peu balourds. Disons que je ne trouve pas top les instants où Frank demande à ses victimes pourquoi celles-ci sont-elles méchantes. Mais je retiens quelques répliques assez drôles comme le "triple A cunt".

        Tout en étant politiquement incorrect en règle générale, le film ne rentre pas assez dans le cynisme et n'est pas aussi corrosif que ça. Néanmoins ça fait plaisir de voir ça au cinéma, malgré un potentiel pas exploité à fond. 

 

        Finalement, God Bless America se révèle être un film sympathique sans plus. Un rythme inégal, pas totalement maîtrisé du début à la fin mais assez jouissif et drôle. On s'amuse comme des petits fous quand même devant les aventures de Frank et Roxy face à la médiocrité ambiante.

        Si l'envie vous prend de voir un bon petit film au cinéma, celui-ci est recommandable. Il ne marquera pas les esprits mais fait passer un agréable moment. Puis l'idée de départ est bien originale, on ne voit pas assez de films de ce calibre au cinéma malheureusement. J'espère que quelqu'un reprendra le concept un jour et qu'il bénéficiera d'une liberté totale, histoire de botter le cul au cinéma consensuel. Sur ce bonne soirée, je vais rattraper les épisodes de Next que j'ai oublié de voir.

 

6.5/10

 

Romain

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19 octobre 2012 5 19 /10 /octobre /2012 16:20

       L'oeil hagard, le front plein de sueur, le cerveau en sang... Pas un n'a survécu comprenez-vous? Pas un seul neurone! Et pourtant je m'y étais préparé à subir cette purge mais que voulez-vous, il y a des jours où on se sent Zeus et où en réalité nous ne sommes que Justin Bieber. Le nouveau film d'Olivier Dahan est une abomination. Je m'en doutais, et c'est pour cela que les armes à la main, je suis rentré dans la salle numéro 8 de l'UGC de Lille. Mais mes doigts se sont écartés tout en lâchant mes armes et le long de mes joues se sont mises à couler des larmes. Plus jamais ça, plus jamais... On dit que certains films comme la Rafle sont nécessaires pour le devoir de mémoire (ndlr: lolilol) mais là cette critique l'est encore plus. N'oublions pas que quelques brebis égarées sont allées voir Les Seigneurs. N'oublions jamais...

 

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       L'affiche du film arbore fièrement les noms de Franck Dubosc, Gad Elmaleh, Joey Starr, Omar Sy, Ramzy Bédia et José Garcia. Elle montre aussi que cette oeuvre sera axé sur le monde du football. Dylan, 13 ans, a dû avoir une érection quand il a vu que ses héros du rire et de la musique allaient incarner des stars du foot. Faut dire qu'il s'est repassé Suprême NTM en boucle au moins 100 fois dans sa vie et qu'il a éclaté de rire devant la chanson du petit oiseau interprétée par son Gad national (même s'il est marocain).

        Snif snif... Ca sent l'étron me disais-je à la simple vue de l'affiche. Encore une fois mon intuition s'est confirmée par la suite. Je n'ai même pas envie de jouer au suspense et faire croire que ce film possède des qualités. L'équation est bien simple: acteurs en cartons + gags en mousse = bouse.

 

       Il y en a que j'aime bien pourtant dans le lot. Omar m'est sympathique, Garcia je ne l'avais pas trouvé nul dans le peu de films que j'ai vu de lui (même si malheureusement je n'ai pas vu les Jet Set) et Joey Starr était génial dans Polisse. Puis Ramzy m'avait bien fait marrer lors de mon adolescence avec la série H. Enfin l'ennui c'est que quand Dubosc et Elmaleh sont présents dans le casting c'est rarement synonyme de qualité...

        Ce film est juste d'un vide intersidéral, il n'y a strictement rien dedans. Ca essaie de mélanger la comédie au drame social et familial mais ça ne marche absolument pas. Bon le film est plutôt axé comédie mais c'est bien là que ça vire au drame... Aucun gag ne marche. Il n'y en a pas beaucoup pourtant, ou alors peut-être aies-je raté quelques tentatives de faire rire l'assemblée. C'est juste affligeant de pauvreté, il n'y a aucune idée de comédie.

 

       Alors peut-être que voir un chien faire quéquette avec une baudruche fait marrer du monde. Ou peut-être que les essais de vannes de Dubosc font également rire. Peut-être ne suis-je pas réceptif à cet humour? Non même pas, c'est juste nul, pas recherché pour deux sous et d'un niveau très bas. L'expression "à ras des pâquerettes" serait un doux euphémisme pour qualifier l'humour de ce film.

     

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        L'histoire du film raconte la destinée d'une équipe amateur qui est reprise en mains par une ancienne gloire du football qui va appeler tous ses copains ex-footballeurs professionnels pour aider le petit club à atteindre les 32èmes de finale de la Coupe de France et ainsi éviter la fermeture de la sardinerie de l'île, premier employeur local, grâce aux gains empochés avec la qualification.

        Alors forcément, les clichés sur le monde du football arrivent à la pelle. A la pelleteuse même, tellement le film est arrosé par des clichés en tout genre. Forcément un ancien footballeur est soit devenu toxicomane, soit alcoolique, soit taulard ou soit vedette à la grosse tête. Bon certes ce dernier schéma est assez courant mais les raccourcis utilisés sont juste insupportables.

 

       Insupportable... voilà qui collerait bien à un Gad Elmaleh totalement immonde dans son rôle d'ex-footeux dépressif. Une vraie horreur, une tête à claques. Je ne peux pas le supporter plus de cinq minutes dans un film. C'est pour ça que ses petits rôles dans The Dictator de Larry Charles et Minuit à Paris de Woody Allen passaient très bien. Après on se doute qu'un vrai cinéaste refusera de lui accorder plus de cinq minutes dans un film.

       Idem pour Dubosc. Il joue le prétentieux à merveille mais là c'est infect au possible. Et parfois on voit ce dernier et Elmaleh dans un même plan, tentant tous deux de faire de l'humour. Je ne vous dis pas la souffrance...

 

       A côté Omar Sy dans un rôle très inspiré de Lilian Thuram et José Garcia s'en sortent assez bien. Mais que voulez-vous, ils ne sont pas aidés par le scénario ni par leurs personnages. De même pour Jean-Pierre Marielle. Joey Starr se ridiculise dans une pure auto-parodie indigne du talent d'acteur dont il a su faire preuve il y a peu et Ramzy peine à convaincre dans le rôle d'un personnage qui atteint un sacré niveau de connerie.

 

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        Bien entendu Dahan se sent obligé de rajouter une histoire d'amour prévisible au possible et de l'émotion low-cost avec la relation entre Garcia et sa petite fille qu'il ne peut plus voir depuis son divorce. Mais stop quoi. Arrêtez de pisser sur les spectateurs. Cessez donc de les abrutir. Enfin ce cri de détresse ne sera pas entendu, et malheureusement Balavoine ne pourra pas en parler dans "Tous les cris, les SOS". 

       La dernière scène du film a eu le mérite de me décrocher un fou rire nerveux. Une scène devant laquelle j'ai ri avec bon coeur au 357ème degré après avoir accumulé une heure et demie d'intense souffrance. C'était un exutoire en quelque sorte, la libération d'une âme mourante.

 

       Bref ce film aura au moins le mérite de faire connaître la petite île bretonne de Molène qui attirera quelques touristes après avoir fait les belles heures du JT de 13 heures de Jean-Pierre Pernault. Pour le reste c'est le néant cinématographique, il n'y a rien à sauver. Tout est cliché et exagéré au possible, il n'y a pas d'idées de mise en scène, rien.

        Apparemment le film frôle actuellement les 2 millions de spectateurs. Comme quoi des noms connus des beaufs et une promo efficace font des miracles. Si vous êtes un tant soit peu sensés et conscients de la valeur du temps et de l'argent, passez votre chemin. Si vous êtes masochistes, foncez. Et si vous êtes scatophiles, régalez-vous.

 

2/10

 

Romain

 


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14 octobre 2012 7 14 /10 /octobre /2012 20:00

       Gros carton de l'année 2008, Taken premier du nom avait été une grosse surprise au box-office. Bon nombre de spectateurs ayant "kiffé leur maman" cette production française qui alignait les images de Liam Neeson déglinguant de l'albanais à Paris qu'on aurait pu renommer Bagdad sur le coup. Si pas mal de personnes y ont vu un film d'action efficace, je n'y ai vu que xénophobie, ode à une certaine idéologie sécuritaire, amas de clichés et action épileptique. De quoi partir très confiant sur le potentiel nauséabond de ce deuxième volet réalisé par Olivier Megaton. J'aime m'auto-flageller vous dis-je, les mauvais films sont comme une cure pour moi... Alors analysons l'ampleur du carnage, exorcisons nos maux et prions mes frères car nous allons encore subir un choc cérébral.

 

http://medias.last-video.com/images/bande-annonce-taken-2.jpg

 

       Très clairement je n'attendais strictement rien de ce film, j'espérais juste que ce ne soit pas trop chiant. Après tout, les blockbusters formatés comme celui-ci sont faits pour qu'on ne s'emmerde pas et qu'on perde nos neurones sans voir le temps passer. Et bah là même pas, c'est juste chiant comme la pluie. En fait on se tape une première demi-heure d'un ennui abyssal où l'on voit toute la petite famille presque recomposée vaquer à ses occupations quotidiennes.


        Liam Neeson renoue des liens cordiaux avec son ex-femme en pleine procédure de divorce. Je n'ai même pas envie de vous faire deviner l'évolution de leur relation, ce serait pisser sur votre intelligence. On revoit également leur fille qui a eu la particularité de rester vierge après avoir passé quelques semaines prisonnière de proxénètes. On voit que celle-ci a un copain, aurait-elle enfin franchi la ligne? On ne le saura pas bien entendu. Bordel mais cette gonzesse ne sait pas jouer et a des atouts mammaires non négligeables. Ils pourraient quand même nous en montrer plus pour non seulement revoir notre jugement sur le jeu de l'actrice mais aussi pour qu'on sache si le problème de sa virginité a été résolu.

 

       Avant qu'on observe la vie passionnante de la fille qui va repasser son permis de conduite, de Liam Neeson qui attend que l'heure soit ronde avant de sortir de la voiture et de l'ex-femme qui se lamente devant son verre de vin rouge, il y avait quand même une introduction magique qui mélangeait les effets de style clipesques et une séquence sur la famille albanaise qui enterre ses fils dealers ou proxénètes tout en jurant qu'ils retrouveront Bryan pour le tuer sur les terres albanaises. Le tout suivi d'une prière musulmane. Bah oui, il faut bien montrer que les méchants sont musulmans et qu'ils approuvaient l'action de leurs compatriotes, sinon ce serait moins drôle.

 

        Bryan doit partir à Istanbul pour y exécuter un travail de garde du corps. Il en profite ainsi pour inviter son ex-femme et sa fille à passer des petites vacances dans la ville turque. Mais les méchants albanais les ont traqué donc bien sûr celles-ci ne seront pas de tout repos. Viennent alors les premières séquences d'action du film et ô doux Jésus, celles-ci font très très mal aux yeux.

       L'action est épileptique au possible... Et moi qui me plaignait du premier volet! Ici on n'y comprend strictement rien, tout est en pagaille, c'est filmé n'importe comment, chorégraphié n'importe comment. On a des passages où Liam Neeson fait des petits moulinets avec les bras mais où on a l'impression que le combat reste totalement statique. La mise en scène dans sa globalité est juste dégueulasse. Méga Thon n'a strictement aucun talent de réalisateur et on va lui accorder des budgets phénoménaux pour pondre de telles merdes.

 

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       Il y a une chose qui n'a pas changé depuis le premier volet, cette suite est tout aussi xénophobe et bourrée de clichés. Il suffit de voir le nombre de plans montrant des femmes voilées en mode fantôme, comme Diam's. Sachant que la Turquie est le pays le plus laïc du Proche-Orient, ça la fout un peu mal. Cette vision du monde extérieur, c'est-à-dire étranger à l'occident, est tellement basique et primaire que ça en devient vraiment honteux. Flics locaux incompétents, parfois à la solde des méchants, pays qui semble aux mains des salafistes... Bref encore une fois le monde vu par Europacorp vaut le détour. Vivement qu'ils nous fassent un Taken en Chine où les habitants égorgent des chihuahuas en pleine rue pour le petit déjeuner. Paris Hilton approuvera.

 

       Mais le top du top demeure le scénario. En réalité celui-ci est parfaitement banal, ultra-linéaire au possible et sans aucune surprise. De plus il fait la part belle aux compétences de super-héros de Liam Neeson. Non mais ce mec c'est quand même une institution, à force arriveront les Liam Neeson facts arriveront, rendant obsolètes celles de Chuck Norris.

       Je n'ai rien contre cet acteur qui est réellement bon mais qui se crame dans ce genre de productions indignes de son réel talent. Le Neeson qui incarnait Oskar Schindler est désormais bien loin.

 

        Mais là c'est juste impossible. Bryan Mills est un véritable GPS à lui tout seul, qui sait mémoriser un trajet sans rien voir mais juste en comptant dans sa tête et en tendant l'oreille pour voir dans quel environnement il se situe. Mais le mieux c'est quand il demande à sa fille de lancer des grenades dans la rue pour qu'il puisse se repérer au son des grenades... Je croyais avoir halluciné dans un premier temps, mais d'autres grenades ont explosé pour me montrer qu'en effet, il avait bien demandé à sa fille de faire exploser des grenades dans la rue pour savoir où celle-ci pourrait bien le retrouver. Et ceci bien sûr, sans que la police locale s'inquiète. Des fonctionnaires trop occupés à battre leurs femmes en burqa j'imagine.

 

        Tout est tellement improbable, incohérent et illisible que ça en devient presque drôle. Sans compter que ça se prend archi au sérieux. J'ai l'impression que ce gros tas de Megaton (un nom pareil ne s'invente pas) a cru réaliser le film de la décennie grâce au parrainage de tonton Besson. Mais quelque part il faut le féliciter, parce que pour ériger un tel monument de connerie il en faut de la ressource... Je reste quand même sous le choc de voir la fille du héros qui peine à avoir le permis sur une boîte de vitesses automatique et qui à Istanbul prend le volant d'un taxi et conduit comme une pro de l'automobile qui donnerait des envies de suicide à Sébastien Loeb. 

        

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       Sans surprise, on a donc le droit à un blockbuster bien gras, cliché comme pas permis, avec une mise en scène au rabais et une photo dégueulasse. Les séquences plus ridicules les unes que les autres s'accumulent. La fin est la cerise sur le gâteau, un happy-end bien merdique qui succède à 1h30 de connerie intense.

       Ce genre de productions chie vraiment sur toute notion d'art. On peut très bien faire un film d'action tout en faisant de l'art. Heat, Collateral, Piège de Cristal... Les exemples ne manquent pas. Ici c'est juste un produit formaté qui satisfera les spectateurs peu exigeants. Dylan 13 ans devrait y trouver son compte dirons-nous. Lui qui vient de subir Volver en cours d'espagnol ça lui fera du bien d'aller perdre quelques neurones au cinéma après en avoir perdu la moitié après le cinquième Resident Evil.

 

       Suite d'un premier épisode sans idées, Taken 2 est lui-même un film sans idées, réalisé par un mec sans talent, produit et écrit par un mec sans scrupules. Ce dernier a quand même tout compris à la logique du public et a su trouver le filon. Quelque part l'ami Besson est un sacré businessman. De plus la fin laisse penser qu'il y aura encore une suite, voire deux. Ben oui, il reste deux fils du grand méchant. Je suis sûr que dans le 5 ils vont tous ressusciter pour donner lieu à un Taken Evil où Neeson dérouillera du zombie. Peut-être même qu'on aura la chance d'assister à la naissance de Taken vs Predator, ce serait tellement bon!

       Encore une fois, le résultat est très mauvais. Méga Thon ne maîtrise aucune notion de mise en scène, son film a de sérieux problèmes de rythme, le scénario est bâti sur un monticule de clichés et en fin de compte le spectateur est vraiment pris pour un con. Enfin, de quoi je me plains... C'était prévisible.

 

2.5/10

 

Romain

 


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11 octobre 2012 4 11 /10 /octobre /2012 16:00

       Just because of you, I'm beging on you, you know it's for you... Ca vous rappelle quelque chose? La musique des Bronzés font du ski bien sûr! C'est un peu ma manière d'introduire la critique du nouveau film de Patrice Leconte, réalisateur de la fameuse saga mettant en scène Popeye, Jean-Claude Dusse et toute leur clique. Saga dont je suis très loin d'être fan et qui se conclut par un troisième épisode qui est un des pires films que j'ai pu voir. Une insulte à l'intelligence et un hymne à la vulgarité, bref de la merde. Cette fois-ci pas d'aventures au Club Med ni de planté du bâton. Place à un film d'animation dont l'ambiance dégagée dans la bande-annonce nous laissait croire à du sous-Tim Burton. Néanmoins ça annoncait un film doté d'un humour noir que j'affectionne beaucoup. Mais bon entre une bande-annonce et un film il y a parfois un fossé. Que dis-je un fossé? Un canyon plutôt.

 

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       Un point du film m'a plutôt plu dans sa globalité, c'est son aspect visuel. L'ennui c'est que ce dernier reste très inégal. Les dessins sont bien sympathiques, l'animation des personnages passe bien aussi, ça se voit qu'il y a quand même eu un beau travail de forme. Patrice Leconte ayant été dessinateur de BD forcément ça aide, il y a du métier derrière. En revanche, une fois encore on se tape une 3D aussi inutile qu'un parapluie au Sahara. Cette technologie est tellement peu utilisée à bon escient que ça devient franchement lassant de devoir se taper des films avec un relief basique et qui n'apporte strictement rien à la forme.

       Je pense surtout à ceux qui ont dû payer un supplément pour la 3D, déjà qu'on casque pas mal pour aller au cinoche. Heureusement que Dieu/Allah/Yahvé/Bouddha/Chuck Norris (au choix) a inventé les cartes illimitées. Ca me ferait mal de payer au détail pour ce genre de films, surtout vu le vide qui caractérise le Magasin des suicides.

 

        Comme je l'ai mentionné en introduction, le film semblait être rempli d'humour noir. En contient-il? Oui. A faible dose. Trèèèès faible dose. Je reproche à Leconte d'avoir réalisé un film édulcoré au possible alors qu'avec un sujet comme celui-ci il y avait franchement moyen de livrer un film noir, cynique, politiquement incorrect. Un beau défouloir bien méchant en somme.

        Apparemment le film est tiré d'un livre qui lui est comme j'imaginais le film. Et les fans du bouquin ont eu l'impression de s'être fait uriner dessus par Leconte. En fait le Magasin des suicides se révèle être une sacrée belle guimauve.

 

        Ce magasin est tenu par un couple et leurs deux enfants qui respirent chacun le malheur de vivre mais qui refusent de passer l'arme à gauche volontairement pour pouvoir tenir la boutique et rendre service aux multiples clients qui viennent s'acheter de quoi mourir. Mais un nouveau-né arrive dans la famille et, horreur, celui-ci est gentil et joyeux.

       Le point de départ paraît sympathique, le film l'est moins. En fait le scenario est incroyablement vide. Il ne se passe rien, les péripéties sont peu présentes, les personnages complètement laissés à l'abandon. Le film accuse de sérieux problèmes de rythme, preuve que Patrice Leconte n'a strictement aucun talent.

 

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        Mais alors ce qui m'a vraiment donné envie d'être client de ces gérants de magasin, ce sont les chansons. Le film est ni plus ni moins qu'une comédie musicale. Je n'ai rien contre le genre, rien que L'étrange Noël de Mr Jack et Les Noces funèbres qui arborent l'empreinte de Tim Burton me plaisent beaucoup. Et dans le genre comédie musicale farfelue et plutôt noire, je peux toujours citer le génial The Rocky Horror Picture Show qui pour le coup contient de vraies musiques qui te restent en tête pendant des semaines.

        Mais là non seulement ça chante tout le temps et en plus les chansons manquent cruellement de rythme et de texte. Sérieusement c'est d'une nullité, il n'y a rien de bon, hormis peut-être le premier titre qui est plutôt pas mal. Quand on a l'intention de réaliser une comédie musicale, autant en faire une avec de vraies paroles... Ici on a l'impression d'être dans un mix entre un mauvais Walt Disney et un sous-Tim Burton quand lui-même fait du sous-Tim Burton (tout un concept)

 

       C'est tellement agaçant, à s'en taper la tête contre les murs. Déjà que ces scènes de chant constituent quasiment la moitié du film, il fallait se taper en prime des scènes dégueulasses dont une qui m'a profondément gêné tant l'inceste qui en découle est abject (et pourtant, Dieu/Allah/Yah... bref, tout le monde sait qu'il en faut beaucoup pour me débecter de la sorte).

       Pourtant avec un tel potentiel, le magasin des suicides aurait pu être, ne serait-ce que correct. Il n'en est rien, Leconte effleure un bon potentiel de départ pour tourner un film minable malgré une animation convaincante.

 

       De plus il s'est permis à priori de modifier la fin du livre qui est beaucoup plus noire pour pondre une fin dégoulinante de niaiserie. Le magasin des suicides ne sait pas se situer, ça veut se destiner à tous les publics en même temps mais encore une fois, la recherche d'un consensus donne lieu à un résultat raté. Puis ça manque tellement de répliques incisives, de mordant, de cynisme. Ce film c'est le néant.

       Les trop rares qualités du film ne suffisent pas à faire de ce long-métrage une réussite. Le magasin des suicides est à éviter. Mais si par hasard vous avez vraiment envie de le voir, n'oubliez pas de venir me voir. Je pense ouvrir une succursale du magasin des suicides pour les personnes qui sont allés voir ce film ainsi que d'autres bouses au cinéma, et surtout qui ont payé pour ça. This is business baby, ce film a au moins eu le mérite de m'indiquer vers quelle voie me destiner!

 

3.5/10

 

Romain

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