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27 mai 2017 6 27 /05 /mai /2017 12:07

Face à la fadasserie ambiante de la majorité des productions Marvel actuelles, il n’est pas difficile d’imaginer que le premier Gardiens de la Galaxie fut perçu comme un véritable vent de fraîcheur lors de sa sortie en 2014. Entre son univers de space-opera kitsch et coloré à souhait et son ton décalé propice à la déconne, le film de James Gunn parvenait à se démarquer du reste de la production Marvel malgré un balisage évident (une structure très proche du premier Avengers, un méchant complètement inintéressant...). La critique comme le public furent étonnement réceptif à cette histoire de ratons-laveurs parlants et d’arbres sur pattes et le film remporta un franc succès, d’autant plus étonnant que les personnages qu’il mettait en scène étaient jusqu’alors d’illustres inconnus pour le commun des mortels.

Les Gardiens de la Galaxie Vol. 2

Ce bilan plus que positif était tout ce qui suffisait pour permettre à Gunn de mettre en chantier une suite avec, on l’espérait, encore plus de liberté que pour le premier film. Toutefois, l’arrivée prochaine des Gardiens dans la série Avengers avec Infinity War pouvait laisser craindre la tendance inverse, à savoir un second film davantage connecté au reste du MCU et donc soumis à son inévitable formatage. Que les sceptiques se rassurent : la trame des Gardiens de la Galaxie Vol. 2 n’a aucun lien avec le reste de l’univers Marvel en dehors de quelques références, nécessaires mais pas étouffantes, au personnage de Thanos. Loin de préparer le terrain à un quelconque rassemblement, le film se contente de raconter sa propre histoire tout en approfondissant ce qui était déjà abordé dans le premier volet.

 

Le début donne le ton : le cliché de la scène d’action introductive est habilement détourné dans une séquence qui semble être construite comme une réponse directe au plan-séquence d’ouverture ultra-poseur d’Avengers : L’ère d’Ultron. Gunn joue avec les points de vue et désamorce les attentes sans toutefois bouleverser les codes; il les utilise simplement à sa manière et les met au service de son univers filmique, poussé dans ses retranchements. Toute la première partie du film semble conçue pour satisfaire les fans du premier volet : les personnages sont parachutés dans des aventures rocambolesques, se balancent joyeusement des vannes au milieu d’une scène d’action improbable, les explosions colorées fusent de partout… On replonge avec le même plaisir dans cet univers spatial au doux parfum rétro, délirant et plein d’énergie.

Les Gardiens de la Galaxie Vol. 2

Pourtant, le film effectue un virage progressif et dévoile peu à peu ses vraies intentions. Car James Gunn n’entend pas simplement répliquer la recette du premier film en mode “bigger, louder”, au contraire : le réalisateur profite de sa liberté pour creuser son sujet et en particulier ses personnages. La rencontre de Peter Quill, aka Star-Lord, avec son père biologique devient le point d’ancrage thématique principal du film, duquel découle toute une série de questionnements sur la question de la famille. Un sujet abordé maintes et maintes fois dans le cinéma américain, en particulier dans son versant grand public, et traité ici sans grande originalité mais avec plus de coeur et d’intérêt que dans, disons, la saga Fast & Furious.

 

Tous les membres de l’équipe ont droit à leur étincelle. Drax et Rocket sont définitivement les personnages les plus drôles de la bande mais se voient malgré tout offrir quelques sérieux moments de développement dramatique. On louera également la plus grande place accordée à Yondu, peut-être le rôle le plus surprenant de l’ensemble. Ego, l’homme-planète interprété par le génial Kurt Russell ou encore la curieuse Mantis sont autant d’additions réjouissantes à un casting déjà bien fourni. On peut d’ailleurs louer l’ambition de proposer, chose rare dans la galaxie Marvel, un méchant aux motifs un peu plus travaillés que la moyenne et surtout un vrai rôle à jouer au sein de la thématique du film.

Les Gardiens de la Galaxie Vol. 2

Le fait que tout le dernier acte tourne, une fois de plus, autour d’une potentielle destruction du monde/de l’univers peut paraître rébarbatif, mais quelque part le film semble lui-même conscient de cette limite et met au premier plan la résolution des conflits personnels des personnages plutôt qu’une menace d’apocalypse réchauffée. Encore une fois, malgré quelques clichés pas toujours faciles à avaler, c’est le coeur que met James Gunn à l’ouvrage qui fait la différence ici, d’autant plus que le réalisateur n’hésite pas à davantage prendre son sujet au sérieux en offrant quelque sincères moments d’émotion ou de poésie au milieu de son grand capharnaüm galactique.

 

Fort de son expérience hollywoodienne, Gunn se montre également plus assuré en ce qui concerne sa réalisation. A ce niveau-là, Les Gardiens 2 est peut-être le film du MCU proposant le plus d’idées de mise en scène. On retiendra par exemple des scènes d’action s’éloignant des normes habituelles du genre pour davantage lorgner du côté du cartoon; l’utilisation du ralenti et de la musique, toujours parfaitement raccord avec l’image, créant un effet de décalage qui n’est pas sans rappeler la déjà culte scène de Quicksilver de X-Men : Days of Future Past. La direction artistique passe également à la vitesse supérieure et offre son lot de trouvailles et de panoramas mémorables, en particulier en ce qui concerne la planète d’Ego et son design chatoyant.

Les Gardiens de la Galaxie Vol. 2

Cette plus grande liberté visible permet à Gunn de réaliser l’oeuvre la plus à part du MCU, mais ne se fait pas non plus sans heurts. Le choix de délaisser l’intrigue et le dynamisme de l’action au profit des personnages confère au film un rythme plus lent et parfois laborieux dont le premier opus, “protégé” par une structure en trois actes typiquement marvelienne, ne souffrait pas. Les Gardiens 2 est plus long, plus lent et manque parfois de l’énergie communicative de son prédécesseur. Les intentions du metteur en scène sont là, mais il lui manque peut-être l’expérience d’un Sam Raimi, qui faisait de son Spider-man 2 une oeuvre sans faille tout en affichant la même volonté de placer les personnages et leur intimité au premier plan.

 

On peut également reprocher au réalisateur/scénariste la récurrence de certains gimmicks de plus en plus évidents, comme par exemple cette habitude de systématiquement désamorcer des moments de bravoure ou d’émotion par une blague facile, uniquement placée là pour rappeler que le film ne se prend pas trop au sérieux. Enfin, si l’inventivité des scènes d’action est à saluer, le dernier acte est quant à lui plus conventionnel : un déluge d’explosions et de destruction numérique un peu longuet, dans la lignée des normes actuelles du genre. La séquence est heureusement sauvée par ses quelques interludes et petits moments de gloire, comme l’irrésistible gag du papier collant déjà partiellement dévoilé dans la bande-annonce.

Les Gardiens de la Galaxie Vol. 2

Un poil plus audacieux que son prédécesseur mais sans doute victime de son excès de générosité, Les Gardiens de la Galaxie Vol. 2 demeure ce que Marvel Studios a produit de plus intéressant jusqu’à présent. Débarrassé de toute nécessité d’établir des connexions trop évidentes avec l’univers partagé, le film existe pour ce qu’il est et grâce au talent et à la passion d’un réalisateur qui semble heureusement bénéficier d’une totale confiance de la part des exécutifs. C’est peut-être la dernière fois avant un moment qu’un film du MCU peut se permettre d’être autre chose qu’une pièce parmi tant d’autres d’un puzzle aseptisé, autant en profiter.

 

7.5/10

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23 avril 2017 7 23 /04 /avril /2017 16:52

Vous devez vous en douter, nous étions censés vous livrer ce top en début d'année pour qu'il ait une certaine pertinence. C'était sans compter sur les aléas de la vie et autres impondérables, ainsi que notre ambition démesurée qui nous a poussé à vous proposer un podcast pour faire le top séries. Forcément, il a essuyé les pots cassés et il a fallu faire avec de multiples problèmes techniques, mais au moins nous sommes rodés pour vous en proposer d'autres si le format convainc !

C'est donc avec fierté (et beaucoup de retard) que nous vous présentons ce premier podcast ainsi que les tops 2016 des différentes rédacteurs du blog. Le tout est trié par ordre alphabétique, aucune crise d'ego de ma part.

 

 

 

 

 

Tops 2016 films et séries

Arnaud

 

  1. Les 8 salopards, de Quentin Tarantino

« Encore un western ? » pouvait-on penser à l’annonce du nouveau Tarantino : il semblait en effet étonnant qu’il ne poursuive pas son exploration des genres, surtout avec sa volonté réaffirmée de s’arrêter à dix réalisations. Un nouveau western, certes, mais un quasi huis-clos frôlant les 3h, dans un format de pellicule oublié, avec un casting de malade et dans la neige, il n’en fallait pas plus pour attendre un des meilleurs films de l’année. Et ça sera bien son seul défaut, sortir début janvier et mettre la barre un peu haut pour l’année, sinon que pourrais-je reprocher ? Tout au plus un ou deux dialogues qui auraient pu être un chouia dégraissés, sinon on tient un des meilleurs films de son auteur. Un concept simple et jouissif au croisement de Reservoir Dogs et The Thing (les références ne manquent pas, Morricone faisant parfaitement le lien entre ce film et le western), sur fond de rancœurs à peine dissimulées de la Guerre de Sécession, une mise en scène ample et millimétrée qui tire pleinement partie des lieux et de sa galerie de personnages peu recommandables, des dialogues parfaitement ciselés… La gestion de la tension montre que Tarantino ne se repose pas sur ses lauriers, il renouvelle au contraire sans cesse jusqu’à ces explosions de violence baroques dont il a le secret. Un film bien plus mature et intelligent que l’on aurait pu imaginer, qui ne peut que rendre curieux de voir comment le plus cinéphile des cinéastes actuels pourra conclure sa carrière.

 

  1. Ma vie de courgette, de Claude Barras

Les films d’animation français (de qualité) restent relativement rares, alors en stop motion, difficile de ne pas déborder d’enthousiasme. Je suis particulièrement friand de cette technique si complexe et minutieuse, qui m’a profondément marqué étant plus jeune avec les fameux Wallace et Gromit. Pour revenir à notre film français, il nous décrit sans pathos un orphelinat que va rejoindre le Courgette en question. Difficultés de l’enfance et de l’adolescence, perte, éducation, premiers amours, vie en communauté, exclusion, autant de sujets matures abordés sans détour et sans maladresse sur les 80 petites minutes de ce film. C’est d’ailleurs le seul reproche que j’ai à lui faire, tout est tellement réussi et passionnant que j’aurais bien prolongé la séance.

 

  1. Manchester by the Sea, de Kenneth Lonnergan

Qui a entendu parler de Margaret à sa sortie, ou même depuis ? Film maudit du réalisateur en question, qui a failli le dégoûter de son métier, devenu culte dans le cinéma indépendant américain, mérite d’être (re)découvert. Le sens de la dramaturgie et la direction d’acteurs m’avaient particulièrement convaincu, et on ne peut que se féliciter de son retour en force avec le présent film. Ici aussi, de nombreux sujets difficiles sont abordés (je ne dévoile rien) avec tact et pudeur, bénéficiant surtout d’une écriture brillante autant dans la construction de l’intrigue que dans le naturel des dialogues et la sincérité qui se dégage des personnages. Je n’ai personnellement pas vu le temps passer, bluffé entre autres par la performance de Casey Affleck. Un grand drame américain moderne, et la confirmation d’un cinéaste à suivre.

 

  1. Voyage à travers le cinéma français, de Bertrand Tavernier

Quand l’inénarrable Bertrand Tavernier piquer un concept à Scorsese pour parler cinéma français, il ne fait pas les choses à moitié. Des débuts du cinéma jusqu’à la Nouvelle Vague (à prolonger/compléter par une minisérie), le cinéaste met au service d’un documentaire fleuve sa verve, son humour et surtout sans culture de cinéphile insatiable. Plutôt qu’une simple histoire des grands moments comme on peut en voir tant ailleurs, il découpe son film en différentes parties qui s’imposent naturellement, telles que la composition de bande-son ou Jean Gabin. Un documentaire excessivement passionnant qui donne envie de découvrir tout un tas de films et de se cultiver un peu plus sur un cinéma national foisonnant que nous ne connaissons bien souvent que trop mal.

 

  1. Green Room, de Jeremy Saulnier

Pour moi de loin le film de genre de l’année passée ! J’avais déjà été largement convaincu du talent de Saulnier par son film précédent, le sombre Blue Ruin, et il confirme largement mes attentes. Un survival radical avec des punks, des néo-nazis et Patrick Stewart en méchant, comment pouvait-il en être autrement ? Alors oui on pourra dire que tout n’est pas parfait, qu’il y a tel raccourci ou telle facilité ici ou là, mais ce n’est pas moi qui m’arrêterait dessus quand on me propose quelque chose d’aussi généreux, jouissif et tétanisant. Au passage, RIP Anton Yelchin, ça me fera une bonne raison de revoir le film dans quelques années (mais merde, quand même).

 

  1. Ma Loute, de Bruno Dumont

Voir Bruno Dumont continuer dans la veine de P’tit Quinquin n’avait rien d’un problème pour moi, surtout avec la venue d’un certain Fabrice Luchini. Dès le début, entre le pittoresque acclamé de la région et l’extase affichée devant une certaine glycine, je tenais deux des répliques les plus drôles du cinéma français récent. Ajoutons à cela une famille de bourgeois au bord de la crise de nerfs, des locaux pas si accueillants, un nouveau duo de policiers hilarant, une intrigue étirée à l’envi qui ne se refuse aucune digression, et on tient bien une comédie qui ne peut pas plaire à tout le monde mais revendique une singularité des plus attachantes.

 

  1. La loi de la jungle, d’Antonin Peretjatko

Deux comédies françaises de qualité la même année dans mon top 10, serait-ce une erreur ? Et non, Peretjatko lui aussi confirme après sa Fille du 14 juillet qu’il va falloir compter sur lui et son univers de doux rêveur déjanté, toujours en léger décalage avec la réalité mais pas trop. Les stages à n’en plus finir, l’administration qui n’a aucun sens, les agences « Génération Intérim », les projets abscons, il y a toujours quelque chose dans son absurde qui nous ramène subtilement à la réalité, même en pleine jungle guyanaise. Et surtout, il y a Guillaume Macaigne et Vimala Pons.

 

  1. The Strangers, de Na Hong-jin

Ayant adoré The Chaser, je ne pouvais qu’attendre le nouveau film de Na Hong-jin, avec ses excellentes critiques et ses 2h36 de policier dérivant vers le fantastique. C’est un long-métrage épique et surtout bordélique qu’il nous propose, ce qui semble être intentionnel même si je suis loin d’avoir tout compris, je l’admets. Ceci n’empêche pas d’être scotché, loin de là, par autant de générosité dans tous les genres abordés, avec une mention spéciale pour des scènes de poursuites et de tension à couper le souffle, ainsi qu’un certain exorcisme d’une intensité éreintante. Loin d’être parfait lui aussi, mais hautement recommandable.

 

  1. Premier Contact, de Denis Villeneuve

Après avoir traité la violence et la névrose sous de multiples formes, Villeneuve prend de la hauteur et adapte une nouvelle abordant – enfin – l’arrivée d’aliens sur Terre sous la forme d’une recherche de communication et d’échange plutôt que d’invasion destructrice. Le tout est pour le moins rafraichissant, avec toujours sa gestion admirable de la tension et de l’attente. Tout juste quelques petits reproches qui peuvent être faits au niveau de l’écriture, mais je me suis laissé emporter par cette œuvre qui, espérons-le, augure du meilleur pour la suite que notre cher canadien apporte à Blade Runner.

 

  1.  Nocturama, de Bertrand Bonello

Le réalisateur du très bon L’apollonide qui adapte du Bret Easton Ellis, voilà qui avait de quoi me donner des frissons. Il est malheureusement difficile de parler de ce film sans trop en dévoiler l’intrigue, ce qui jouerait contre lui. Il faut pourtant le défendre car les films français ambitieux comme celui-ci manquent, et il a connu un échec assez cuisant en salles. Sachez que c’est un film lent, intriguant, dérangeant, qui ne pouvait prendre toute son ampleur que sur le grand écran mais pour lequel il était difficile de faire de la publicité. La bande-annonce était à mon humble avis très maline pour donner envie de le voir sans rien dévoiler, mais ça n’a pas suffi. Je me rends compte, autant de mois après, que c’est le genre de film dont je garde un souvenir précis de l’impression qu’il m’a faite, mais dont je ne suis pas capable de parler aisément (la conclusion n’y est pas étrangère).

 

 

 

Tops 2016 films et séries

Martin

 

  1. The Assassin, de Hou Hsiao-Hsien

Ma grosse claque cinéphilique de l’année, c’était donc le dernier Hou Hsiao-Hsien. Inutile de chercher à comprendre les tenants et aboutissants de cette histoire de trahisons et de politique en pleine Chine médiévale, le film est avant tout un manifeste esthétique sans précédent. Le cinéaste pousse l’art de l’image à son paroxysme, chacun de ses plans est composé et photographié avec une extrême minutie, et parvient surtout à créer un vrai rythme, lancinant, presque hypnotique pour peu qu’on accepte de s’y plonger, entrecoupé de très brèves brèves montées d’intensité. L’expérience est unique, presque impossible à décrire. The Assassin, c’est aussi le plus beau personnage de l’année : Yin Niang incarnée par la belle Shu Qi, ou la tueuse dont la technique parfaite sera à jamais handicapée par l’humanité de ses sentiments.

 

  1. La Tortue Rouge, de Michael Dudok de Wit

2016 fut une très grosse année en terme d’animation, et ma palme du domaine revient à La Tortue Roue, premier long-métrage de Michael Dudok de Wit. Le film prend la forme d’un conte, qui part d’une relativement banale histoire de survie sur une île déserte avant de se transformer en véritable chronique sur la vie et l’existence. L’approche de Dudok de Wit m’a touché par son épure, le choix de renoncer à tout dialogue, à toute volonté de contextualiser son histoire pour lui donner une portée universelle. L’émotion n’en est que plus palpable qu’elle se lit sur les seuls visages des personnages, qu’elle n’est pas transmise par la parole mais par la seule force de l’animation, de la musique (très belle, d’autant plus qu’elle n’est pas omniprésente et laisse souvent le silence s’exprimer).

Le cinéaste semble tirer le meilleur parti de ses influences, celle du studio Ghibli et d’Isao Takahata (consultant sur le film) de laquelle certaines séquences oniriques puisent toute leur essence, mais aussi le dessin européen, comme l’atteste l’animation et les traits des personnages directement empruntés à Hergé. 

 

  1. Les Huit Salopards, de Quentin Tarantino

Le dernier Tarantino a divisé, plus que d’habitude pour le cinéaste. Pourtant, derrière la poussée au paroxysme de ses tics habituels (dialogues à rallonge, montées de tension insoutenables suivies d’explosions de violence exacerbée), le réalisateur continue à penser son cinéma et livre un de ses films les plus radicaux. La situation confinée de son western lui permet de tirer le meilleur de ses personnages et de son excellent casting : chaque ligne de dialogue a un sens et participe à la construction d’un propos sur la paranoïa et le mensonge au cœur de l’Amérique post-guerre de Sécession. Une sorte d’antithèse de l’héroïsme de Django Unchained, sublimée par une mise en scène plus précise que jamais, aussi brillante pour filmer les éclats de violence et les vastes paysages enneigés que les simples dialogues. Ce n’est pas mon Tarantino préféré mais c’est peut-être son meilleur.

 

  1. Ma Vie de Courgette, de Claude Barras

Le cinéma d’animation français aura vécu de fort beaux moments en 2016, comme l’atteste cette petite pépite du stop-motion, premier long-métrage de Claude Barras. Malgré sa direction artistique colorée et les traits ronds de ses personnages, Ma Vie de Courgette traite d’un sujet assez dur : celui de l’abandon tel que vécu par une bande d’enfants vivant dans un orphelinat. Le film ne prend pas spécialement de pincettes et ose aborder ses thématiques frontalement mais sans toutefois tomber dans les travers du mélodrame larmoyant.

Tout le récit est vécu à travers l’œil de l’enfant, ce qui lui donne sans doute sa grande force émotionnelle, tant la naïveté contraste merveilleusement avec les situations parfois insoutenables vécues par cette bande de mômes. Court, très simple dans sa narration, Ma Vie de Courgette n’a pas l’air de grand-chose mais reste sans doute l’un des chocs émotionnels de cette année pour moi.

 

  1. Premier Contact, de Denis Villeneuve

On est un peu en manque de grande SF ces temps-ci au cinéma, c’est pourquoi c’est d’autant plus enthousiasmant quand un réalisateur confirmé comme Denis Villeneuve choisit de s’y consacrer. Premier Contact revisite le schéma du film de prise de contact avec une entité extraterrestre et parvient à tirer le meilleur de ses illustres influences (de Spielberg à Kubrick en passant par Robert Wise) tout en prenant une forme propre. Remarquablement mis en scène, le film se distingue par sa gestion millimétrée de la tension, de l’appréhension du fameux contact et son jeu habile sur l’antispectaculaire. Une vraie leçon.

Ce qui lui donne une vraie portée émotionnelle, c’est d’adopter tout du long le point de vue du personnage d’Amy Adams, qui rend toute sa consistance et son humanité au récit. Ainsi, même si certains éléments du scénario, et notamment la résolution de l’intrigue, peuvent paraître un peu gros, tout fonctionne à merveille parce que traité sous un angle intime et sensible. De quoi à la fois en faire un des plus beaux films du cinéaste et l’un des meilleurs films de SF récents tout en augurant du meilleur pour la suite de Blade Runner, prévue dès la fin de cette année.

 

  1. An - Les Délices de Tokyo, de Naomi Kawase

La sucrerie douce-amère de l’année. Naomi Kawase met son style très épuré au service d’une forme de récit plus conventionnelle que par le passé, mais c’est ce qui fait sa force quelque part. Difficile de rester de marbre devant cette relation entre un vendeur de dorayaki (pâtisserie japonaise à base de pâte aux haricots rouges) maussade et lessivé et une vieille femme aux dons de cuisine prodigieux.

S’il y a bien sûr le plaisir des scènes de préparation culinaire, minutieuses et appétissantes, le vrai intérêt du film est ailleurs. A travers ses deux personnages et leur rapport au monde, Kawase tisse une vraie fable sur l’exclusion et ceux qui vivent en marge de la société. Parfois assez triste, rempli de nostalgie, Les Délices de Tokyo est traversé par l’amour de la réalisatrice pour ses personnages et sa manière, toujours très brute, de filmer l’élément naturel.

 

  1. Nocturama, de Bertrand Bonello

Une bande de jeunes commettant des attentats à Paris, c’est un peu l’archétype du sujet de film à double tranchant. Bertrand Bonello parvient à déjouer les pièges qui auraient pu se poser à lui : en déconnectant son film de tout événement réel, en laissant volontairement floues les motivations des “terroristes”, il évite de se cantonner à la simple chronique d’évènement polémique et donne à son propos une portée intemporelle. Nocturama, c’est avant tout l’histoire d’une jeunesse perdue, désespérée, dont la seule possibilité d’appel à l’aide réside dans la violence.

Si j’aime beaucoup toute la première partie, construite comme un thriller extrêmement minutieux, c’est réellement dans sa deuxième heure que le film prend toute sa dimension, en se muant en errance nocturne au milieu d’une galerie marchande déserte. Le film se fait plus onirique, plus symbolique aussi (l’idée de jeunes révoltés contre la société réfugiés dans un temple de la consommation parle d’elle-même) et encore plus fascinante, avant de se terminer par ce qui est probablement la fin de film la plus glaçante de cette année.

 

  1. Le Garçon et la Bête, de Mamoru Hosada

N’ayant pas eu l’occasion de voir Your Name, c’est sans doute le dernier Hosoda qui figurera au sommet de mon panthéon de films d’animation japonais cette année. Après la réussite des Enfants Loups, le réalisateur se penche à nouveau sur la thématique de la parentalité et interroge les limites des liens du sang en mettant en scène une touchante relation de père à fils adoptif. Le fantastique est une nouvelle fois utilisé non pas comme une fin en soi mais comme un moyen d’illustrer par la métaphore les tiraillements liés à l’enfance, ici ceux d’un jeune garçon pris d’hésitation entre son monde d’origine (celui des hommes) et son monde d’adoption (celui des bêtes).

Beaucoup plus orienté vers l’émotion que l’action, le film bénéficie du talent habituel de Hosoda, capable d’exacerber les sentiments dans de grandes envolées de mise en scène comme d’exprimer des idées à travers de simples plans fixes à l’animation minimaliste. Je n’ai finalement pas grand chose à lui reprocher à part le recours aux CGI un peu trop appuyé et un dernier acte moins subtil que le reste.

 

  1. Ma Loute, de Bruno Dumont

Bruno Dumont a décidément bien fait de réorienter sa carrière vers la comédie. Après l’excellent P’tit Quinquin (qui n’avait de série que le format de diffusion), il continue son exploration du genre de manière surprenante avec Ma Loute. L’humour de Dumont dépasse son simple sens du gag, de la réplique qui fait mouche, pour élaborer un vrai univers de cinéma fondé sur l’absurde et l’extravagance. D’ailleurs, malgré de véritables fou-rires, le ton n’est jamais trop léger, il y a toujours un côté très cru dans sa manière de mettre en scène. On ne sait jamais trop à quel moment il faut rire franchement, être ému, effrayé ou juste regarder avec distance l’étrange spectacle qui se déroule sous nos yeux.

Ce sont surtout ses personnages qui marquent l’esprit, entre un chef de police véritable qui est un personnage de cartoon vivant et des bourgeois hystériques et pathétiques (Juliette Binoche et Fabrice Luchini sont impériaux). J’ajouterais également une histoire d’amour profondément belle et pourtant pleine d'ambiguïté, comme Dumont sait si bien les filmer. Probablement pas son meilleur film mais assurément son plus délirant et entraînant, pour peu qu’on se laisse happer par ce ton si particulier.

 

  1. Toni Erdmann, de Maren Ade

Toni Erdmann fait partie de ces films qui ne me faisaient pas spécialement envie en entrant dans la salle et qui finissent dans mes coups de coeur de l’année. Cette chronique d’une relation père/fille tumultueuse marque avant tout par la justesse de son traitement. Maren Ade écrit et filme son sujet avec énormément de naturel, fait durer les scènes le temps qu’il faut et évite de plomber son propos avec des artifices trop évidents. Elle mélange subtilement le drame et la comédie, développant un sens de l’absurde et du surréalisme qui n’entrave jamais toute la puissance dramatique de l’oeuvre.

Difficile de ne pas être ému par ce rapport filial houleux, entre un père décalé et maladroit dans ses tentatives d’humour potache et une fille à la vie de femme d’affaire très (trop ?) bien rangée. D’autant plus que le duo principal formé par Peter Simonischek et Sandra Hüller est d’une justesse folle.

 

 

 

Tops 2016 films et séries

Olivier

 

  1. Les Huit Salopards, de Quentin Tarantino

Au sommet en 2016, comme en 2014 avec Django Unchained, Quentin Tarantino et ses Huit Salopards. Huis clos glacé entre des énergumènes tous plus inquiétants les uns que les autres sur fond d’ambiance post-guerre de sécession propice à tous les règlements de compte. Tarantino maîtrise totalement son film et je me range du côté de ceux qui parlent d’un vrai film de la maturité pour le réalisateur américain. La photo est sublime et la mise en scène parfaite alors qu’on pouvait craindre l’étouffement. Les éruptions de violence sont aussi rares que jouissives et le casting est au diapason de cette œuvre singulière, avec une mention spéciale pour Jennifer Jason Leigh, qui se métamorphose littéralement au fur et à mesure du film. C’est pour moi très clairement le film de l’année 2016.

 

  1. Manchester By The Sea, de Kenneth Lonnergan

Sorti à la toute fin de l'année 2016, le drame américain interprété par un extraordinaire Casey Affleck, littéralement habité et récompensé comme il se doit par l’Oscar du meilleur acteur, a marqué les fêtes de fin d'année de sa triste emprunte. Un film bouleversant se situant en grande partie dans la ville de Manchester-by-the-sea, Massachussetts. La beauté glacée de cette ville de bord de mer fait écho à la tristesse qu'on peut lire dans les yeux de la plupart des personnages de ce magnifique drame. Impossible de parler du scénario sans en dévoiler trop, le mieux est donc d'aller (re)voir ce grand film.

 

  1. Nocturama, de Bertrand Bonello

Le très décrié Nocturama se trouve en troisième position de mon top 2016. Ce film en deux parties a effectivement fait couler beaucoup d’encre et a essuyé de nombreuses critiques. En cause son thème principal trop proche de l’actualité dramatique de notre pays et surtout la distance et le « manque de point de vue et de jugement » de la part de Bertrand Bonello. C’est au contraire ce caractère universel d’une révolte qui ne dit pas son nom qui m’a plu ici. Outre les qualités indiscutables de mise en scène, allant du métro (la ligne 13 !) à la galerie commerciale vidée de ses occupants habituels, le propos m’a énormément intéressé. Et le raisonnement qu’il a avec les horreurs survenus en France ces dernières années ne le rend que plus intéressant.

 

  1. Midnight Special, de Jeff Nichols

On retrouve au pied du podium un de mes réalisateurs préférés, Jeff Nichols avec son film de science-fiction Midnight Special. Michael Shannon, l’acteur fétiche de Nichols, est encore une fois brillant en père dévoué à son étrange fils. Difficile de parler de ce film sans trop en dire, mais j’ai encore en tête des longues séquences nocturnes sur une route filant à perte de vue, des jets de lumière dans la nuit, une Kirsten Dunst tout en tristesse résignée et une ambiance ensorcelante. Jeff Nichols ne cesse décidément de m’épater, années après années.

 

  1. The Assassin, de Hou Hsiao Hsien

Première rencontre avec Hou Hsiao Hsien et première claque. Un film exigeant, très lent et contemplatif, avec quelques éclairs de violence et d’action. Ces scènes sont rares et soudaines, ce qui les rend d’autant plus précieuses. Certains reprochent au scénario d’être incompréhensible pour les spectateurs ne connaissant pas l’histoire chinoise du XIème siècle, mais l’intérêt du film n’est pas dans ces détails de dynastie. Tout est dans l’art du réalisateur à nous faire vivre les complots de la cour, la caméra caressant littéralement les grands voiles qui forment les appartements des protagonistes. A voir et à revoir.

 

  1. Captain Fantastic, de Matt Ross

Viggo Mortensen incarne un père, vivant dans la forêt avec sa famille dans un mode de vie qu’on peut qualifier d’alternatif. Il impose une éducation particulière à ses enfants, mélange de philosophie, d’histoire et de leçons de survie, afin d’être prêt à affronter la vie en toute circonstance. Une éducation que ne renierait d'ailleurs pas le personnage d’Adèle Haenel dans Les Combattants. Une tragédie va frapper cette petite société et forcer le père à prendre la route et ainsi nous faire parcourir le monde moderne et capitaliste et ses zones commerciales décidément toutes identiques. Le personnage du père n’est pas irréprochable car, malgré ses aspirations clairement libertaires, il impose tout de même à sa famille une façon de vivre bien précise et rigoureuse. Ces questions morales jalonnent le film, et c’est avec un immense plaisir que j’ai fait un petit bout de chemin avec cette famille pas tout à fait comme les autres.

 

  1. An - Les Délices de Tokyo, de Naomi Kawase

Un cuisinier désabusé confectionne et vend des dorayaki, des pâtisseries japonaises en forme de petits beignets et fourrés à une pâte de haricot rouge. L’enveloppe est faite main mais il utilise de la pâte de haricot industrielle ce qui rend ses dorayaki très quelconques. Un jour, une petite dame de plus de 70 ans se présente pour répondre pour l’offre d’emploi proposée. Peu importe le salaire, elle veut travailler et ce malgré la déformation de ses mains et son âge avancé. C’est sur cette rencontre que se lance le film, véritable gourmandise japonaise d’une grande douceur. Le film rend hommage au travail bien fait, à la cuisine en particulier, en prenant son temps et en respectant les produits, les gens, bref la vie et le monde. Un très beau film qui apporte du réconfort et de la sérénité et qui semble être presque hors du temps.

 

  1. Ma vie de Courgette, de Claude Barras

Retour de l’animation dans ce Top avec la pépite Ma vie de Courgette. Ce film très court (certains diront même trop court) avait fait grand bruit à Cannes allant jusqu’à emporter le Prix du Jury Un Certain Regard. On accompagne Courgette dans sa découverte d’un petit foyer pour enfants occupé par des petits tous plus attachants les uns que les autres. Leur vie est d’autant plus intéressante et précieuse que chacun a connu un début d’enfance difficile et unique (mort d’un parent, abus, …). La noirceur des causes ayant conduit les enfants dans ce foyer contraste avec le charme des marionnettes et permet à certains scènes au premier abord simple (un repas à la cantine, une boum en classe de neige) d’irradier de lumière. Un vrai coup de cœur à partager avec les petits et les grands.

 

  1. Ma Loute, de Brunot Dumont

C’est le premier film de Brunot Dumont que j’ai vu et je n’ai pas été déçu. Si plusieurs critiques ont émis des réserves lors du festival de Cannes, j’ai été pour ma part totalement séduit par cette farce grotesque et horrifique sous certains aspects. Quel régal de voir Valeria Bruni Tedeschi s’extasier sur le Nord et ses travailleurs si « pittoresques », ses dentelles et froufrous malmenés par le vent. Ou encore Fabrice Luchini, dans un rôle de grand bourgeois bossu et s’extasiant tout autant du panorama que de sa « glyciiiine ». L’horreur est également présente dans le film et est contrebalancée par l’histoire entre Ma Loute et Billie Van Peteghem, énigme romantique s’il en est et magnifiquement portée par Raph, l’interprète androgyne de Billie. Un régal.

 

  1. La Tortue Rouge, de Michael Dudok de Wit

On conclut ce top 10 de l’année 2016 par La Tortue Rouge, le superbe film d’animation de Michael Dudok de Wit, un projet lancé il y a dix ans déjà. Véritable poème visuel, le film nous emmène avec douceur à réfléchir au temps qui passe, à notre place dans la nature et plus globalement au sens de la vie. L’image épurée du film, sublime, est accompagnée d’une musique envoutante et émouvante qui m’a littéralement transporté. Le film ne contenant aucun dialogue, tout passe par les regards et les gestes, laissant au spectateur la liberté d’apprécier les situations émouvantes, comiques ou dramatiques et de les interpréter comme bon lui semble. On pense évidemment à Robinson Crusoé, mais Dudok de Wit nous entraine loin du film de survie, allant plutôt vers le fantastique et l’onirique. Sublime.

 

 

 

Tops 2016 films et séries

Robin

 

  1. The Neon Demon, de Nicolas Winding Refn

Un film qui a indéniablement divisé, mais jamais dans la nuance, entre d’un côté une kyrielle d’adorateurs fanatiques, et de l’autre une meute de réfractaires fatigués par les scories stylistiques d’un auteur sans complexes, qui donne vie à ses obsessions personnelles de façon toujours un peu plus appuyée, extravagante extatique, débordante… Au risque de l’indigestion. Je me range humblement dans la première catégorie, ne cachant pas mon admiration profonde pour un film-ovni tout à fait unique qui, si la qualité d’une oeuvre ne doit être évaluée que sous l’angle de la cohérence absolue entre un contenu thématique précis et une forme enveloppante qui l’épouse de la plus naturelle et évidente des manières, atteint ici un idéal de perfection cinématographique absolu.

 

  1. La Tortue rouge, de Michael Dudok de Wit

Aux antipodes du premier film cité, le coup de crayon minimaliste et épuré de de Wit, à la puissance d’évocation paradoxalement monumentale, saisit la Vie avec un grand V, pleine de grâce et de plénitude dans sa plus bouleversante simplicité, et la retranscrit avec une expressivité graphique sans précédent. Le chef-d’oeuvre animé de l’année.

 

  1. Le Garçon et la Bête, de Mamoru Hosada

Absolu coup de maître de la part d’Hosada, qui réussit le doublé : aussi grandiose dans l’intime (la thématique de la filiation, déjà présente dans Les Enfants Loups, y est traitée avec une sensibilité intacte) que raffiné dans le spectaculaire (la palette chamarrée de couleurs et la chorégraphie des combats éblouissent), Le Garçon et la Bête est une régalade bien typée que seuls les animateurs prodiges du pays du soleil levant sont en mesure d’offrir.

 

  1. Les Huit Salopards, de Quentin Tarantino

Bien que le grand Quentin nous offre une fois encore un précis de réalisation millimétrée, en témoigne ce jeu constant et d’une ingéniosité folle sur les avants et arrières plans, définissant visuellement les rapports de force entre antagonistes en présence, ainsi que son sens inné du dialogue ininterrompu, Les Huit Salopards est une réussite quoi doit également beaucoup à différents artistes que l’on retrouve avec un plaisir non-consommé. Citons pêle-mêle : Samuel L. Jackson, qu’on a pas vu aussi vivant et explosif depuis Pulp Fiction, Morricone, qui manie ici la dissonance et le lancinant avec l’assurance d’un vieux maître, et enfin Rob Richardson, avec son format 70mm peu répandu de nos jours qui donne à l’esthétique du film toute l’ampleur qu’elle mérite. Un western à huit-clos imparable, anxiogène et violent.

 

  1. Batman v Superman : version longue, de Zack Snyder

Peut-être va-t-on m’insulter, me calomnier, me traîner dans la boue, me vilipender ou me lyncher sur la place publique pour le choix de ce film, qui plus est en cinquième position. Mais qu’importe, la cinéphile n’est pas objective et il est tout à fait louable de défendre une oeuvre que l’on a pu (énormément) apprécier malgré un consensus critique presque unanimement défavorable. Dawn of Justice et Snyder, c’est un peu le “ça passe ou ça casse” du film de super-héros. Mais quoi qu’on en dise, ce cinéaste ose des choses, prend des risques, et s’affirme avec un style personnel qui pourra soit provoquer des nausées, soit susciter l’admiration. J’ai personnellement adhéré à ce caractère de démesure ténébreuse apposé aussi bien aux personnages (un Batman plus violent, déterminé et douteux que jamais, incarné par un Affleck impeccable, opposé à un Superman aussi anti-héroïque et fatigué que son opposant) qu’à la mise en scène qui se distingue de la platitude lisse et sans âme propre aux confrères Avengers. Et confère, comme le faisait si bien Watchmen, une allure de grande élégie funèbre à ces figures mythiques qui, écrasées par leurs dilemmes moraux insolubles et terriblement humains, n’ont au final d'exceptionnel et extravagant que leur costume.

 

  1. Toni Erdmann, de Maren Ade

Avec des partis pris qui rappellent fortement ceux d’un Abdellatif Kechiche (naturalisme de l'interprétation, distension extrême de la durée des scènes afin de laisser la tension dramatique et l’émotion se créer d’elles-mêmes, prépondérance du “moment de vie” sur la “scène” classique dont la fonction est d’annoncer la suivante selon une ligne directrice précise), la réalisatrice allemande nous sert LE grand film cannois de l’année, qui nous laisse KO d’émotion devant le spectacle, tour à tour tendre et cynique, de cet affrontement psychologique entre un père clownesque et sa fille psychorigide.

 

  1. Spotlight, de Tom McCarthy

Spotlight, film de reporters profondément “seventies” et digne héritier des Hommes du Président, en reprend la même sobriété et livre une enquête passionnante sur un scandale réel de pédophilie cléricale récent, faisant rimer divertissement de haut vol et absence d’esbroufe. Son script, bien que très classique en termes de construction narrative, de twists et de rebondissements, propose néanmoins une écriture solide, pas avare de touches d’humour bienvenues qui viennent alléger le sérieux et la gravité du sujet, et qui présente également le mérite notable de clarifier les enjeux des grands événements socio-politiques dont il traite, là où bon nombre de films historiques et d’investigation journalistique perdent leur spectateur dans un amas chaotique d’informations et se révèlent par conséquent inutilement complexes. L’on mentionnera, cerise sur le gâteau, une interprétation d’ensemble d’une solidité à toute épreuve, dominée par un Michael Keaton définitivement ressuscité.

 

  1. Ma vie de Courgette, de David Barras

Pour son premier long métrage, Claude Barras filme le sentiment de l’enfance, indomptable jusque dans l’ombre. Une ligne claire à la fantaisie douce-amère, teintée de génie. A l’instar de la Tortue susmentionnée, Ma vie de Courgette raconte une histoire simple et universelle dans un geste chargé d’épure et nous touche droit au coeur avec un sujet très difficile, sans jamais tomber dans la sensiblerie.

 

  1. Ave, César !, de Joel Coen et Ethan Coen

Le dernier né des Coen, bien loin de l’approche tragique et acide de grands classiques “d’Hollywood sur Hollywood” (Sunset Boulevard, Les Ensorcelés), revêt la parure de l’hommage joyeusement foutraque, caustique et parodique, mais jamais cynique et non dénué d’une certaine tendresse à l’encontre de ses personnages d’une part, à celle des grands genres canoniques de l’âge d’or d’autre part. Bien moins léger et superficiel qu’il ne paraît malgré une richesse pas aussi affichée que leurs tout grands films, Hail, Caesar ! est une comédie absolument drôle (les deux termes ne vont pas toujours de pair), totalement dénuée d’ambition politique ou philosophique et qui n’a d’autre prétention que de déposer délicatement et en toute innocence un petit bonbon acidulé sur la langue de son spectateur. Une menue friandise est parfois préférable à un plat de résistance costaud, elle est plus facile à digérer et lorsqu'elle passe si facilement, l’on aurait tort de s’en priver. La cure de jouvence de cette année écoulée.

 

  1. Elle, de Paul Verhoeven

Paul Verhoeven n’est pas là pour nous choyer. C’est un fait. Et ce n’est pas Elle qui viendra l’infirmer. Plus que jamais, le cinéaste hollandais se fiche éperdument de proposer une oeuvre de laquelle on ressortirait avec une vision bienveillante et positive de la vie. Son cinéma est une expérience du trouble, du malaise, de la remise en question perpétuelle de ce qui est donné pour dit et surtout acquis. Dans Elle, il appréhende un monde social synonyme d’apparat, d’ordonnance et de convenances fallacieuses, pour mieux le fissurer de l’intérieur et en extirper toute l’ignominie humaine. De ce chaos à la fois spirituel (la veulerie, la tromperie, l’arrivisme) et biologique (la violence, la perversité sexuelle, le meurtre), Verhoeven, non sans cynisme, fera émerger une figure de femme indomptable qui portera dès lors en elle le salut d’une humanité en bien piteuse condition. Avec pour résultat un film aussi discrètement émouvant que Showgirls ou Black Book, dans sa façon de faire briller une figure féminine forte dans son parcours salvateur, ici magnifiquement campée par Isabelle Huppert. Très grand film.

 

 

 

Tops 2016 films et séries

Romain

 

  1. The Assassin, de Hou Hsiao Hsien
  2. Les Huit Salopards, de Quentin Tarantino
  3. La Tortue rouge, de Michael Dudok de Wit
  4. Paterson, de Jim Jarmusch
  5. Premier Contact, de Denis Villeneuve
  6. Julieta, de Pedro Almodovar
  7. Nocturama, de Bertrand Bonello
  8. The Strangers, de Na Hong-jin
  9. Ma Loute, de Brunot Dumont
  10. Everybody Wants Some !!, de Richard Linklater
     
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24 février 2017 5 24 /02 /février /2017 14:29

En 2014, Damien Chazelle créait déjà l’évènement avec Whiplash, deuxième film du jeune réalisateur et premier à bénéficier d’une large distribution. Racontant l’histoire d’un jeune batteur de jazz confronté à un professeur au niveau d’exigence déraisonnable, le film avait marqué les esprits par l’intensité de cette relation maître/élève corrosive mais aussi par la passion qui se dégageait de sa mise en scène, notamment lors des passages musicaux. On ne pouvait dès lors qu’être impatient de découvrir l’étape suivante dans la carrière du jeune cinéaste, en espérant qu’elle soit teintée de la même aura.

La La Land

Cette étape suivante, c’est donc La La Land, une comédie musicale narrant la rencontre entre Mia, jeune aspirante actrice qui enchaîne les auditions ratées et Sebastian, pianiste de génie maudit rêvant d’ouvrir son propre bar de jazz. Un point de départ a priori très différent du précédent film de Chazelle puisqu’il est ici avant tout question d’une histoire d’amour et d’un hommage à un genre relativement moribond dans le paysage hollywoodien contemporain.

 

Le film s’ouvre sur un impressionnant numéro musical, pure décharge de rythme et de couleur en forme de plan-séquence (une pratique décidément très à la mode) qui donne immédiatement le ton : La La Land assume entièrement le genre dont il hérite et entend en reprendre les grands archétypes. Comme c’est de tradition, la musique structure l’ensemble de l’oeuvre, sert de moteur narratif et expose les états-d’âme des personnages. Cinéaste généreux, Chazelle abreuve son spectateur de sons et d’images, et construit autour des compositions de Justin Hurwitz des séquences virtuoses. Plans très longs, caméra dynamique suivant les personnages, jeu sur les focales et les éclairages… Le réalisateur témoigne d’une parfaite maîtrise de la grammaire cinématographique, qu’il met en accord avec une direction artistique (décors, costumes…) chatoyante.

La La Land

Durant la première heure du film, cette esthétique ensoleillée est mise au service de l’épanouissement de la relation entre Mia et Sebastian. Le tout commence par une rencontre due au hasard, s’ensuivent des premiers échanges en forme de chamailleries, avant que ne naisse une progressive attirance de l’un pour l’autre. Les étapes vers l’idylle de comédie romantique parfaite sont ainsi respectées à la lettre. La romance prend une forme presque irréelle, idéale, ensoleillée et se met ainsi en accord avec le ton du film et ses partis pris visuels. Plus qu’un reflet de la réalité, La La Land ressemble avant tout à un doux rêve.

 

Toutefois, l’histoire d’amour parvient à rester crédible. Cela tient à une écriture des dialogues très juste, qui évite souvent les grosses ficelles évidentes pour faire naître la complicité de manière naturelle, mais aussi à l’interprétation des deux acteurs principaux. L’alchimie est étonnante entre Emma Stone et Ryan Gosling, les deux acteurs rendant parfaitement crédibles chaque moment clé de leur relation. L’un comme l’autre sont au sommet de leur art : Stone interprète Mia avec la douceur et la pétillance qu’on lui connaît tandis que Gosling prouve qu’il maîtrise aussi bien le registre comique que celui du drame.

La La Land

Si le film prend la forme d’un rêve, c’est aussi parce que l’idée traverse le propos du film. Chacun des deux personnages principaux nourrit un rêve qui lui est propre, tout en encourageant celui de l’autre. Si Mia persévère dans ses ambitions et en arrive même à écrire et mettre en scène sa propre pièce, c’est parce que Sebastian l’y pousse, tandis que l’aspirante actrice force le pianiste à remettre en question la tournure que prend sa carrière de musicien. Pour autant, le rêve finit par être progressivement rattrapé par le réel. Ainsi, le ton du film évolue subtilement, se fait moins enjoué, les couleurs se gomment peu à peu tandis que la relation amoureuse de Mia et Sebastian prend une tournure plus tourmentée à mesure que chacun est confronté à ses propres limites. La comédie musicale enjouée se fait plus mélancolique, plus amère, tout en gardant ce versant onirique, et culmine dans un torrent visuel et émotionnel final splendide.

 

Outre ses moments de pur étalage de maîtrise technique, la réalisation de Chazelle brille tout autant lorsqu’il s’agit de filmer de manière plus discrète l’intimité des personnages. La double interprétation de Gosling et Stone sur “City of stars” ainsi que l’inévitable dispute du couple sont mises en scène avec parcimonie, laissent de côté les nombreux mouvements de caméra pour se limiter à l’essentiel, avec un impact émotionnel peut-être encore plus fort.

La La Land

D’une manière générale, Damien Chazelle garde tout son talent pour mettre en scène la musique. Les scènes de pure performance musicale (boîte de jazz, concerts…) sont filmées et montées avec la même précision qu’un Whiplash, rappelant que le cinéaste est également musicien et mélomane. La comparaison avec Whiplash ne s’arrête pas là puisque les deux oeuvres ont en commun de parler de musique, d’art en général et surtout de dévotion envers ce dernier. Les deux films mettent en scène le rêve de l’accomplissement artistique mais également les sacrifices et les choix parfois nécessaires pour y parvenir.

 

La La Land, et certains pourront lui reprocher, est un film résolument tourné vers le passé. Le projet même du film est de remettre au goût du jour un genre typique de l’âge d’or hollywoodien, sans forcément actualiser ses codes au delà d’une mise en scène plus dynamique. Chazelle ne cache pas ses références aux grands classiques : la comédie musicale hollywoodienne, mais aussi les films de Jacques Demy ou encore le Coup de Coeur de Coppola. Le rapport au passé du metteur en scène s’incarne d’ailleurs directement dans ses personnages, entre Sebastian et ses propos sur le jazz qui n’intéresse plus personne (le réalisateur place clairement ses propres discours dans la bouche de son personnage) et Mia dont la chambre est décorée d’un énorme poster d’Ingrid Bergman.

La La Land

Damien Chazelle semble d’ailleurs conscient des limites de sa démarche. Lorsque le personnage interprété par John Legend (seul acteur bénéficiant d’un rôle un minimum consistant en dehors du duo Stone/Gosling) rappelle à Sebastian que les grands jazzmen ont marqué leur temps parce qu’ils regardaient vers l’avenir et non le passé, l’auteur semble s’interroger lui-même sur la pertinence de réaliser, en 2017, une comédie musicale dans la pure tradition du style, sans vraiment chercher à en bouleverser les codes. Plus tard, Mia se demande si son futur public ne va pas trouver sa pièce trop nostalgique, ce à quoi le pianiste répond “Fuck them!”. Une manière pour Chazelle d’assumer son hommage à la grandeur passée jusqu’au bout, et tant pis pour ceux qui lui reprocheront son manque d’innovation. C’est finalement une autre réplique du film, prononcée par Mia, qui résume peut-être le mieux tout l’intérêt que l’on peut porter à La La Land : “People love what other people are passionate about.”.

 

Car La La Land est clairement une oeuvre de passionné, une véritable déclaration d’amour au cinéma tout autant qu’à la musique. Ce n’est pas pour rien que Chazelle a choisi la comédie musicale pour s’exprimer, le genre étant peut-être la rencontre la plus évidente entre les deux arts, de même que faire de Mia une actrice et Sebastian un musicien ne tient pas du hasard. Cet étalage de passion décomplexée se fait sans doute au prix d’un relatif manque de subtilité, notamment dans le jeu référentiel, mais ce n’était après tout par pour sa subtilité que l’on aimait tant Whiplash.

La La Land

Pour ce dernier comme pour La La Land, le réalisateur met son style démonstratif au service d’un sujet qui lui tient à coeur, et parvient à transmettre au spectateur tout l’amour qu’il éprouve pour ce qu’il filme, au détour de séquences mémorables, savamment orchestrées et à l’impact émotionnel certain. Avec La La Land, Damien Chazelle ne révolutionnera certainement pas le cinéma, mais il lui offrira en tout cas l’un de ses plus beaux moments cette année.

 

 

8.5/10

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2 février 2017 4 02 /02 /février /2017 10:56

Habituellement, même les très (très) mauvais films ne montrent pas l’étendue des dégâts dès leur intro. Il y a plutôt une lente dégradation de l’œuvre, qui finit par s’égarer dans une spirale de grand n’importe quoi. Mais pas ici. Sean Penn, dans son infinie bonté, entame son dernier long-métrage avec subtilité par une infographie et un texte sur l’Afrique qui laissent pantois. Je n’ai plus les mots exacts en tête, mais en gros une comparaison directe est établie entre la guerre opposant deux pays irréconciliables et… l’amour impossible entre un homme et une femme. Vraiment, Sean ? Il t’est arrivé quoi depuis Into the Wild ? Ce dernier n’était peut-être pas un chef d’œuvre de subtilité, mais la différence de qualité entre les deux œuvres est abyssale. Même en ayant lu les pires critiques, je me disais qu’il ne pouvait pas avoir sombré si bas.

Eh oui j'utilise les mêmes images que tout le monde, même pas au bon ratio, parce qu'il y a quasiment rien de disponible (étonnant, non ?)

Eh oui j'utilise les mêmes images que tout le monde, même pas au bon ratio, parce qu'il y a quasiment rien de disponible (étonnant, non ?)

Désolé de casser le suspense, mais en fait si, et même bien pire que ça. Dès le premier plan c’est la déchéance esthétique, on se situe niveau téléfilm à gros budget, mais pas hyper soigné non plus (faut pas pousser). La photo est particulièrement fade, pour ne pas dire laide, les cadrages n’ont aucune inspiration, la profondeur de champ est aux fraises… Heureusement, plus loin dans le film, certaines séquences sont déjà visuellement plus probantes, mais on tombe aussi dans l’extrême inverse avec des plans « parfaits » tout droit sortis de publicités pour parfums, et donc fort inadaptés. Je me suis fait assez rapidement une réflexion qui s’est tristement avérée vraie pour le reste du film : on dirait qu’il a été réalisé par un jeune étudiant en cinéma idéaliste et condescendant, gavé aux films de Malick et tentant de le copier sans le comprendre. En tout cas on a du mal à croire que quelqu’un d’expérimenté a tenu la caméra et surtout osé rendre cette copie.

 

Comment les acteurs ne se sont-ils pas rendus compte de la galère infâme dans laquelle ils s’étaient embarqués ? Javier Bardem (Miguel) et Charlize Theron (Wren, oui c’est moche) n’ont jamais joué aussi mal, manquant de s’étrangler à chaque réplique atroce constituant les dialogues les moins naturels que j’ai vus au cinéma depuis longtemps. Si ça ne tenait qu’à moi, le scénariste serait radié à vie du milieu du cinéma. Il y a notamment une réplique de Jean Reno (Dr. Love, si si) qui semble être devenue culte parmi les petits veinards qui ont vu le film cette daube. Quand quelqu’un demande à Wren pourquoi elle n’a toujours pas épousé Miguel, elle répond qu’elle doit bien pouvoir attraper (grab) quelqu’un dans le coin qui acceptera, ce à quoi Reno rétorque avec un sérieux professoral « It’s not grabbing, it’s loving ! Loving… ». Je… hein ? Vraiment ? Mettons-nous bien d’accord, en plus d’être atrocement ridicule, ça ne veut rien dire. C’est juste effarant de nullité ! Heureusement, quelques ricanements dans la salle m’ont rassuré sur ma santé mentale. Même chose quand ce fameux docteur s’emporte après Wren à propos de son engagement humanitaire, Reno sonne comme un ado qui pique sa crise dans un anglais épouvantable, impossible de ne pas rire alors que la scène est censée être des plus intenses.

 

Il y a tant de choses à dire sur ce film qu’il m’était plus facile d’en parler que d’écrire dessus, je dois bien l’avouer. Quel Miguel soit un gros fan des Red Hot Chili Peppers (oui c'est en gras parce que c'est vraiment important ici), pas de souci, qu’on en parle tout le temps pour avoir l’air cool ça gonfle un peu, mais alors qu’il n’écoute QUE Otherside, c’est quoi cette obsession ? On doit l’entendre au moins trois fois dans le film, en plus d’une version instrumentale par Zimmer. Et comment oublier son utilisation délirante dans ce qui est probablement la séquence la plus surréaliste du film ? Miguel et Wren emmènent les enfants faire un tour en pick-up pour se détendre, ils écoutent Otherside (quelle surprise), et d’un coup Wren pète un plomb en clamant qu’Anthony (le chanteur, faut suivre) est sexiste, malsain et je ne sais plus quelles absurdités (je sais très bien que les Red Hot parlaient souvent de sexe assez crûment à leur début, mais pas dans cette chanson). Au point de sortir de la voiture en marche et de continuer sur le côté à grandes enjambées, pendant que Miguel lui balance des vannes en carton. Bon, c’était déjà bien gênant, mais là-dessus plan rapproché sur Wren qui écarquille les yeux (horreur, terreur !), puis on découvre une scène comme il n’y en a même pas dans le dernier Mel Gibson.

On dit beaucoup de mal sur la guerre mais il faut reconnaître que ça rapproche les gens, ils ont pas l'air heureux là ?

On dit beaucoup de mal sur la guerre mais il faut reconnaître que ça rapproche les gens, ils ont pas l'air heureux là ?

Si vous voulez éviter le spoil et/ou que vous êtes une âme sensible, passez au paragraphe suivant. Nos deux « héros » découvrent donc un village à feu et à sang, dont la route est barrée par l’intestin d’un gamin éventré, que l’on a attaché à deux arbres de part et d’autre. Le problème, c’est que cet enchaînement illustre le plus gros problème du film, annoncé il est vrai par le carton d’intro : juxtaposer sans cesse des problèmes ridicules de gens privilégiés à la misère et à l’horreur vécue par les peuples africains en guerre. J’évoquais le Mel Gibson, qui a la réputation assez méritée d’être très violent, mais The Last Face m’a bien plus choqué. Il n’y a quasiment pas de numérique, les plaies sont montrées de façon bien sordide, pareil pour les opérations, à grand renfort de patients mutilés. Au cas où vous n’auriez pas compris que la guerre c’est mal, l’ami Sean vous en mets (beaucoup) plus pour le même prix.

 

A ce stade-là, que dire de plus ? On est tenté de lister toutes les scènes surréalistes et indécentes qui parsèment les interminables 2h10 du film (si on peut encore appeler ça un film), mais d’autres l’ont fait à ma place, et certainement mieux. J’y ai tout de même cédé car un naufrage pareil ne peut se raconter sans exemples, sinon c’est précisément là qu’on a du mal à croire à quel point ça peut être raté. Histoire d’enfoncer le clou, je tiens à signaler que c’est le pire film que j’ai vu au cinéma depuis Lucy. Si on m’avait dit à l’époque que Sean Penn aurait l’honneur d’être le suivant, jamais je n’y aurais cru. On est devant le genre de film qui n’est pas juste un ratage, un accident industriel, une commande sans inspiration comme Hollywood en pond des dizaines par an. Non, c’est le genre de film qui pousse un spectateur à se poser des questions sur la santé mentale des personnes qui ont travaillé dessus, et je suis on ne peut plus sérieux.

 

En premier lieu, Sean Penn et le scénariste doivent être jugés pour crimes contre le cinéma, mais également les sept personnes créditées à divers postes de production. Eux qu’on connaît trop bien pour entraver ou museler de nombreux réalisateurs (y’en a des bien, je ne généralise pas), il faut croire que sur The Last Face le bon sens était aux abonnés absents. Se dire que produire un film avec un tel pitch de départ est une bonne idée reste une aberration en soi, Sean Penn ou pas, gros casting ou pas. Impossible de savoir s’il y avait un vague espoir de viser un Oscar ou s’ils voulaient simplement produire un film engagé (je m’étrangle), toujours est-il qu’un tel projet aurait pu, et surtout dû, être annulé à chaque étape de sa conception. Je serais très curieux d’en voir un making of, pour savoir un peu à quoi ressemblait le tournage d’un machin pareil. Bordel Sean, je suis tellement dérouté que je ne sais pas comment finir ma critique. Tout ce que je peux vous dire, c’est que le film n’est pas assez nanar pour payer une place, et que même avec une carte illimitée, un peu de masochisme ne sera pas de trop. Ah par contre le film a une énorme qualité que je dois bien lui reconnaître : après avoir vu ça comme premier film de 2017 au cinéma, le reste de l’année ne pourra être que meilleur.

 

 

1.5/10

 

 

Arnaud (qui s'en remet à peine)

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29 décembre 2016 4 29 /12 /décembre /2016 14:42

Extrême Cinéma, pour les non-initiés, c’est un peu la grand-messe toulousaine annuelle du cinéma de genre, du bis, du nanar, de l’exploitation et j’en passe. En gros une semaine à la programmation un peu folle, cette année étendue en commençant le vendredi précédent au lieu du lundi, qui se conclut par l’inénarrable nuit de clôture. De 22h à 7 ou 8h, avec pas moins de quatre films, des courts métrages, des bandes-annonces de nanars, un groupe qui joue à la fin en accompagnement de films muets, une excellente ambiance de grosse rigolade, bref je n’en rate pas une depuis que je connais le festival.

J’avais pu râler sur l’abandon d’un thème au festival (aux noms parfois fort inventifs comme « L’hôpital et ses fantasmes »), mais cette année cela a permis une programmation variée et de qualité, avec plus de bons films qu’à l’accoutumée. Petit tour d’horizon de cette édition 2016, qui m’a incité à voir plus de films que les autres années.

Extrême Cinéma 2016, une évolution réussie

Et quoi de mieux pour commencer qu’Enfants de salauds, film de guerre réputé aride et nihiliste, que je voulais voir depuis longtemps ? Surfant comme beaucoup à l’époque sur le succès des 12 Salopards de Robert Aldrich, le film d’André de Toth nous fait suivre un commando britannique constitué de gens peu recommandables, envoyé en mission suicide pour détruire un dépôt de pétrole secret appartenant aux nazis. Le cœur du film sera l’opposition entre Michael Caine, capitaine officiel désigné par la hiérarchie, peu habitué à se salir les mains, et Nigel Davenport, leader naturel du groupe, charismatique et rugueux. Le film suit une structure relativement classique de voyage sans retour, le groupe s’enfonçant un immense désert où le moindre incident peut vite prendre des proportions dramatiques. La particularité du film par rapport à celui d’Aldrich est de toujours chercher l’épure, contribuant ainsi à rendre le film plus crédible et tendu. Pas de musique, des dialogues réduits au minimum syndical (mais toujours percutants), des séquences de suspense qui s’étirent jusqu’à en devenir irrespirables, aucune surenchère dans la mise en scène, le tout est extrêmement cohérent. Est-il vraiment besoin de préciser que Michael Caine est impérial, une fois de plus ?

Extrême Cinéma 2016, une évolution réussie

Le lendemain, on enchaîne avec Histoires de fantômes chinois, qui lui aussi m’intéressait depuis quelques temps sans avoir la moindre idée de quoi il parlait. Je m’imaginais plutôt un film d’aventure fantastique qu’un film fortement inspiré d’Evil Dead, où la cabane est remplacée par un temple et le héros n’est autre qu’un timide collecteur des impôts. Un certain nombre de plans et d’effets de caméra (le fameux travelling rapide au ras du sol) sont directement repris de Sam Raimi, ce qui ne me gêne pas outre mesure tant que c’est bien utilisé. La vraie différence qui saute rapidement aux yeux reste l’importance de la romance entre le héros en question et un fantôme aux motivations troubles. Si le film est inattaquable sur la technique, je dois dire que je n’ai pas trouvé la narration si fluide que ça malgré la courte durée, avec d’incessants allers et retours entre les mêmes lieux et des personnages dont on ne comprend pas toujours les motivations. Je salue cependant le mélange réussi de fantastique, de romance, de comédie et d’action, qui donne une sacrée densité au film (peut-être trop à mon goût, mais bon). Il paraît que la suite est meilleure, pourquoi pas !

Extrême Cinéma 2016, une évolution réussie

La veille de la nuit de clôture, retour à la cinémathèque pour revoir The Killer sur grand écran, rien moins qu’un de mes films d’action préférés. Je saisis l’occasion pour aborder un point qui a pu me déranger dernièrement à la cinémathèque, même si elle reste un endroit précieux et que nous avons une chance immense d’avoir ça à Toulouse. Je suis un peu attristé de le dire mais ce problème récurrent, c’est le public. Sans vouloir être trop élitiste, j’ai tendance à penser qu’on ne va pas trop à la cinémathèque par hasard, qu’on sait un peu ce qu’on va voir. John Woo n’est pas non plus n’importe qui, on sait que son style est flamboyant, tragique, lyrique, donc non pas bêtement « réaliste » ni, comme certains semblent l’avoir perçu – lâchons le mot – kitsch. Oui le son n’était pas parfait et la copie un peu usée, ça n’aide pas trop, mais pour moi ça ne justifie pas des ricanements ouvertement moqueurs à chaque scène un minimum émouvante ou sur les plans poseurs et classes de Woo. C’est pour ma part difficile à ignorer, assez crispant et peut empêcher de rentrer totalement dans le film, surtout à la fin. Bref, voilà pour le billet d’humeur, mais ça restait quand même The Killer au cinéma, ce n’est pas rien.

 

Étonnamment, le film comporte beaucoup plus de scènes d’action que dans mon souvenir, le tout est sacrément bien rythmé, ponctué de scènes cultes qu’on a plus trop l’espoir de voir au cinéma actuellement (John Wick en avait l’ambition toutefois). John Woo articule ses fusillades comme des ballets meurtriers, avec un maximum de mouvement, de sauts improbables, de roulades et de destruction de mobilier. Les coups ont de l’impact, la violence devient personnelle et on peine à compter le nombre de morts. Comme j’avais pu le lire il y a quelques temps, toute la différence qu’il y a avec le cinéma américain d’action lambda, c’est qu’au lieu de montrer systématiquement quelqu’un tirer dans un plan et quelqu’un se faire toucher dans le contre plan, Woo raccorde souvent les deux en un seul plan un peu plus long. A ce niveau-là, difficile de faire mieux que les effets spéciaux pratiques et les cascadeurs kamikazes, ce que les effets numériques ne sont pas prêt de remplacer.

Extrême Cinéma 2016, une évolution réussie

Avant de passer à la fameuse nuit de clôture, il me restait à voir The Black Panther, obscur thriller anglais qui a bien failli disparaître définitivement mais qui nous est disponible par un bel hasard du destin. Comme nous l’a expliqué le présentateur, énorme scandale en Angleterre dans les années 70 pour avoir osé s’inspirer d’un fait divers tragique avec kidnapping d’une jeune fille, ce qui conduit le film à être mis au placard, pour ne pas dire abandonné. Un film sec comme un coup de trique, où l’économie de moyens fait merveille pour raconter cette histoire d’un ancien militaire mentalement instable pratiquant le cambriolage dans son temps libre, si l’on peut dire. J’ai pensé notamment au formidable The Offence pour ce qu’il montre d’une Angleterre glauque, poisseuse, où le brouillard semble aussi omniprésent que la joie de vivre absente. Pas de grands discours sur l’économie ou la politique ici, tout la tension réside dans le personnage principal et ses interactions pour le moins distantes avec les autres. Pour moi c’est un modèle d’adaptation de faits réels, comme un Zodiac, où le réalisateur impose sa vision tout en relatant minutieusement l’escalade de la violence, sans céder au sensationnalisme (soyons clairs, je ne parle pas d’être « fidèle » à la réalité). Pas un film parfait non plus, je ne le mets pas au niveau du Fincher, mais marquant et fortement recommandable.

Extrême Cinéma 2016, une évolution réussie

Attaquons enfin le plat de résistance ! En préambule, je dois signaler mon étonnement à voir que la salle n’était pas complète, contrairement aux années précédentes où réserver n’était pas du luxe. Pourtant les curieux et les nouvelles têtes étaient bien présents, je ne sais pas trop à quoi attribuer ceci. En tout cas, la soirée commençait fort avec Frankenhooker, présenté de façon hilarante par un toujours jovial et bonhomme Frank Henenlotter. Une relecture pulp de Frankenstein, vous l’aurez deviné, dans laquelle un jeune inventeur tente de reconstituer et ressusciter sa fiancée à partir de… membres de prostituées. Oui, vous avez bien lu. Et c’était populaire à l’époque, si ça fait pas rêver. J’avais quelques réticences sur la programmation de ce film, n’ayant vu que Basket Case du même réalisateur, trop fauché et pas assez drôle à mon goût. Mais ici on voit tout de suite qu’il y a plus de moyens, les acteurs ont un bon capital sympathie, les décors sont travaillés, et l’écriture au niveau. Quelques passages peuvent sembler un peu longs, mais globalement le rythme est bien meilleur, on a affaire à une vraie comédie d’horreur généreuse qui exploite à fond son budget et ne se refuse pas grand-chose. Ça passe tout seul, idéal pour se mettre en jambes pour cette nuit.

Extrême Cinéma 2016, une évolution réussie

Venait ensuite Symbol, film japonais dont j’avais (très) vaguement entendu parler sans avoir la moindre idée de son concept. Impossible d’en parler sans spoiler, donc vous êtes prévenus, au pire sautez ce paragraphe si vous voulez garder la surprise intacte. En gros, un homme se réveille emprisonné dans une pièce blanche dont il va chercher à s’échapper, en comprenant l’utilité de mystérieux interrupteurs (euphémisme). On pourra penser à Cube ou Saw pour le concept, mais en version comédie absurde autant dire que ça n’a rien à voir. Tout repose sur les épaules de l’acteur principal, qui n’est autre que le réalisateur, dont les réactions sont à la fois hilarantes et totalement logiques devant une telle situation. Tout est parfaitement calibré, que ce soit la mise en scène, l’utilisation parcimonieuse de la musique ou le montage alternant longues séquences de réflexion et enchaînement d’actions à la Edgar Wright, pour ne rien nous épargner de l’expérience du personnage. Beaucoup se sont cassés les dents sur des postulats aussi minimalistes, mais ici il y a toujours une progression qui donne envie de connaître la suite. Et autant dire que l’on n’est pas déçu par l’issue du scénario, ne manquant pas d’ambition ni d’imagination. Exactement le genre de film que je n’aurais pas vu sans ce festival, en plus d’être parfaitement adapté à découvrir au cinéma.

Extrême Cinéma 2016, une évolution réussie

En troisième, un certain Class of 1984, du réalisateur de Commando, narrant un futur pas si dystopique que ça de violence scolaire extrême. Il est triste de constater que les portiques de sécurité et les caméras omniprésentes qui font sourire le nouveau prof sont aujourd’hui la norme dans un certain nombre d’établissements américains. Je dois bien admettre avoir été surpris par cet aspect visionnaire, et même par le reste du film, pas aussi débile que je l’imaginais. Si on oubliera bien vite la chanson d’Alice Cooper introduisant le film, qui n’est même pas raccord avec le ton, il faut reconnaître que l’escalade de la violence entre le personnage principal (l’enseignant mentionné plus tôt) et le gang faisant régner sa loi dans le lycée n’a rien de si fantaisiste que ça. Ce qui donne au film son côté un peu nanar reste l’ambiance générale frisant le post apo, avec un lycée totalement dégradé, insalubre et tout simplement dangereux, dans le lequel tout le monde semble vivre plutôt tranquillement, comme si de rien n’était. On aurait presque l’impression que le réalisateur voulait dénoncer un vrai malaise chez la jeunesse américaine  et son éducation, mais n’a pas pu s’empêcher d’en rajouter des tonnes sur certains points. Cette dissonance reste présente jusqu’à la toute fin du film, prônant tout de même l’autodéfense décomplexée. Dans Commando, ça ne me pose aucun souci, surtout vu la dose de second degré, dans un lycée ça reste quand même assez limite. A nouveau, un film plutôt étonnant dans une nuit de clôture pas si portée sur le nanar que ça.

Extrême Cinéma 2016, une évolution réussie

Le dernier long métrage n’était autre que le cultissime Ilsa la louve des SS, certainement le représentant le plus connu de la nazisploitation (courant des films d’exploitation utilisant les nazis pour faire parler et vendre, pas au grand public bien sûr). Sorti la même année que Salo ou les 120 journées de Sodome, qui fit bien plus scandale car venant d’un cinéaste reconnu, Ilsa en est son pendant fauché et racoleur, sans grand talent, principalement destiné à flatter les bas instincts de ses spectateurs. Le terme torture porn n’existait pas encore à l’époque (saga Saw par exemple), mais serait assez adapté à cette œuvre. L’intrigue est simpliste au possible, Ilsa torture des femmes pour prouver qu’elles sont plus résistantes à la douleur que les hommes, tout en couchant avec des travailleurs de son camp dans de nombreuses séquences dont il est facile de rire. Pour ma part, le malaise vient surtout des scènes de torture qui sont nettement plus réaliste que je ne m’y attendais, où l’on sent le plaisir un peu pervers du réalisateur à filmer ça et à laisser durer. De ce fait, on ne se retrouve jamais totalement dans le nanar, mais encore moins dans le brûlot incompris puisque le film n’a aucune sorte de fond qui justifie le tout, comme le celui de Pasolini. On est face à un ovni cinématographique totalement impensable de nos jours, pas aussi drôle que je pensais ni aussi choquant que voulu, le tout est très difficile à juger. Bien entendu, je ne remets pas en question son statut de film culte, ayant inspiré entre autres Wolfenstein et Rob Zombie, pour les amateurs de bis, nanars et autres bizarreries, il reste à voir en connaissance de cause.

Extrême Cinéma 2016, une évolution réussie

Ne restait plus qu’à finir sur les traditionnels courts-métrages muets accompagnés d’un groupe en live, cette année le choix s’était porté sur une compilation du travail de Slavko Vorkapich (à vos souhaits). Le personnage était apparemment connu pour ses génériques, et je dois dire que ceux qui étaient projetés m’ont bluffé par leur inventivité folle, il y a au moins une idée par seconde, pour une fois qu’on peut le dire sans exagérer (j’aimerais retrouver celui sur Wall Street). Son court intitulé 9413, sur la vie d’un figurant à Hollywood, est lui aussi très créatif, avec de multiples maquettes, jeux d’ombres, trucages pratiques à la puissance évocatrice indéniable, ainsi que de nombreux plans aux angles improbables. Une excellente découverte donc, encore merci aux organisateurs du festival !

Extrême Cinéma 2016, une évolution réussie

Attention, bonus ! Si toute cette lecture ne vous a pas trop assommé, je ne résiste pas à l’envie de vous parler d’un autre film, revu dans le cadre d’Extrême Cinémathèque (des séances dans l’esprit du festival, à intervalles réguliers), à savoir Conan le Barbare. Eh oui, une occasion de revoir ce film au cinéma, ça ne peut pas se rater, même dans la petite salle. Encore une fois, désolé de commencer par les inconvénients mais les sous titres allemands et français simultanés, pas terrible pour le confort visuel et l’immersion. Si on rajoute à ça les quelques spectateurs ricanant comme pour The Killer aux effets spéciaux un peu datés ou aux rictus de Schwarzenegger, on se dit que des fois on ne serait pas plus mal tout seul.

 

Bref ! Si j’adore ce film, c’est pour un tas de raisons qui le rendent unique et (je me répète) impossible à refaire aujourd’hui, il suffit de voir le remake d’ailleurs. La première qui me vient à l’esprit est l’incroyable composition de Basil Poledouris (plus connu par la suite avec Verhoeven, notamment sur Robocop et Starship Troopers), qui n’avait travaillé sur rien de bien grandiose avant ça, et livre pourtant un opéra épique terrassant. Je défie quiconque d’écouter Riddle of Steel/Riders of Doom ou Battle of the Mounds sans avoir envie de se huiler le torse et de chevaucher son fidèle destrier à travers les steppes, la chevelure au vent et le regard vers l’horizon. C’est juste la bande-son parfaite pour ce film, rien à ajouter ou à retirer, jamais trop envahissante, les moments de calme sont aussi beaux que ceux de combat sont puissants. Ajoutons à cela un John Milius doté d’un budget confortable, ne lésinant pas sur la violence ni sur les plans larges de sublimes paysages, un James Earl Jones glaçant pour jouer Thulsa Doom, méchant bien plus complexe et retors qu’il n’y paraît, un vrai souffle épique traversant tout le film, et vous avez un des meilleurs représentant du genre, pour ne pas dire le seul dans cette approche brutale et sans concession de la fantasy.

 

Il est également indéniable que les effets spéciaux pratiques ont un charme tout autre que le numérique pour rendre crédible et palpable cet univers, avec de somptueux décors réels, des combats lents et lourds, où chaque coup peut être fatal, des centaines de figurants, et j’en passe. Difficile de ne pas avoir un pincement au cœur en repensant à la fin (magnifique dernier plan) et au projet de suite sur un Conan vieilli, perdu dans les limbes d’Hollywood depuis bien une décennie et sans grand espoir d’aboutir – du moins avec un vrai réalisateur.

 

Voilà qui conclut ma modeste rétrospective sur Extrême Cinéma 2016, en espérant avoir pu donner envie à des curieux de s’y rendre, et en attendant impatiemment la prochaine édition !

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17 décembre 2016 6 17 /12 /décembre /2016 13:20

L’année passée, le retour de Star Wars au cinéma tenait de l’évènement. En témoignait l’effervescence qui habitait des millions de fans dans l’attente de l’Episode VII, le fameux Réveil de la Force. Disney entend bien capitaliser sur ce regain d’intérêt pour la licence culte en annualisant les sorties des films de la saga, avec l’idée d’alterner épisodes “principaux” et spin-offs explorant des aspects plus secondaires de l’univers. C’est du premier d’entre eux dont il sera question ici : Rogue One, sous-titré A Star Wars Story. Pas de Jedi ni de Skywalkers ici puisqu’il est question du vol des plans de l’Etoile de la Mort par un groupe de rebelles, simples soldats au milieu d’une guerre galactique destructrice. Une belle occasion d’offrir une vision neuve du sacro-saint canon de la saga en revisitant les événements ayant directement mené au début du film fondateur de 1977, à condition que Disney et LucasFilms se soient donné les moyens de leurs ambitions.

Rogue One : A Star Wars Story

La principale différence entre Rogue One et le reste des épisodes sortis au cinéma jusqu’à présent (passons sous silence les malheureux films dérivés consacrés aux Ewoks) ne tient pas dans son histoire ou son contexte, puisqu’il entend directement se rattacher à l’Episode IV, mais bien au point de vue qu’il adopte. Exit le côté chevaleresque et les accents de tragédie familiale épique, exit également le ton d’aventure spatiale un peu naïve que pouvaient prendre certains opus de la saga : Rogue One est un vrai film de guerre. Les personnages principaux ne sont plus des figures emblématiques autour desquelles semble se jouer le destin de la galaxie mais bien de simples soldats, pions au sein d’un échiquier galactique qui les dépasse.

 

Le film offre ainsi une perspective relativement inédite, en tout cas pour ce qui est de l’incarnation cinématographique de la saga. La Rébellion apparaît moins comme une toile de fond que comme une vraie cause pour laquelle des individus de chair et de sang donnent leur vie. L’écriture parvient à rendre la guerre civile galactique plus réaliste, plus palpable que par le passé, en nuançant ce que l’on connaît déjà du conflit. Les rebelles apparaissent plus impitoyables que jamais dans un contexte où l’exécution de l’ennemi n’est pas seulement autorisée mais parfois nécessaire pour servir la cause. De la même manière, Rogue One évoque pour la première fois l’idée d'extrémistes dissidents au sein de la Rébellion et rappelle que même une idéologie noble peut être soumise à des dérives. Ces éléments épaississent avec pertinence l’univers mais restent hélas sous-exploités du point de vue narratif. Trop sage, l’écriture renonce à tisser un vrai propos sur la guerre, à poser de vraies questions sur le bien-fondé du combat de la Rébellion ou sur ses moyens.

Rogue One : A Star Wars Story

Un écueil scénaristique qui, hélas, se répercute sur les personnages principaux du film. L’équipe en charge du vol des plans se constitue pourtant d’une vraie collection d’individus aux origines et motivations variées. Malheureusement, chacun d’entre eux peine à s’extirper de sa fonction première d’outil dans l’intrigue. Plaisants à suivre, les protagonistes manquent de développement, leurs arc narratifs personnels sont au mieux esquissés et au pire complètement absents. Prenons Cassian Andor (interprété par Diego Luna), tête d’affiche masculine de l’escadron rebelle. Établi dès sa première scène comme un combattant déterminé et pour qui la fin justifie les moyens, il subit un revirement au beau milieu du film sans forcément que l’accent ne soit mis sur ses raisons ou ses dilemmes moraux, et manque ainsi l'occasion de créer un vrai impact sur le spectateur. 

 

Il en va de même pour les autres membres de l’équipe, tour à tour amusants, intrigants ou entraînants - en particulier les deux gardiens de l'ancien temple Jedi et le droïde K-2SO - mais qui peinent à susciter une implication émotionnelle totale à cause d’un manque de caractérisation. En ce qui concerne Jyn Erso (Felicity Jones), l’héroïne du film et meneuse par défaut de la troupe, elle échoue à agripper l’attention du spectateur avec la même immédiateté que Rey dans l’Episode VII. Le personnage manque de fond, de substance, mais gagne cependant en empathie à mesure que les enjeux du film se resserrent autour de sa volonté de retrouver son père, puis de porter son héritage. L’interprétation de l’actrice, très juste, aide à s’attacher à Jyn malgré son écriture réservée. Citons également un méchant (le Directeur Krennic, incarné par Ben Mendelsohn) assez réussi dans son rôle de sous-fifre condamné à vivre dans l’ombre de ses supérieurs. En revanche, mieux vaut oublier Forest Whitaker qui interprète le leader dissident Saw Guerrera avec un cabotinage bien trop prononcé.

Rogue One : A Star Wars Story

L’inconsistance de l’écriture de Rogue One peut en partie s’expliquer par le contexte de production quelque peu chaotique de sa production. A la base, les rênes du projet avaient été confiées à Gareth Edwards, réalisateur du très bon film de SF indé Monsters et surtout du reboot de Godzilla en 2014. Un choix bienvenu, le style d’Edwards, plus affirmé et moins propret que celui de JJ Abrams collait à merveille avec l’ambiance guerrière recherchée pour le projet. Cependant, le montage original d’Edwards n’était pas entièrement au goût des exécutifs de LucasFilms, qui auraient exigé qu’au total 40% du film soit retourné. Entre des reshoots dirigés par Tony Gilroy et un montage final lui échappant, Edwards n’aurait donc pas pu montrer au public le film tel qu’il l’entendait. Un problème hélas coutumier pour les jeunes réalisateurs prometteurs propulsés aux manettes de blockbusters XXL et déjà vécu par Edwards avec son Godzilla, lui aussi sévèrement remanié.

 

Autre dommage collatéral d’un processus de production troublé : le départ d’Alexandre Desplat, originellement choisi pour composer la bande-son du film. C’est Michael Giacchino qui le remplace, compositeur solide mais trop souvent relégué au rang de pasticheur de John Williams. Ce fut déjà le cas sur Jurassic World et ça l’est encore plus ici. Pas aidé par un délai très court - 4 semaines pour composer et arranger toute la BO - Giacchino reste dans l’ombre des canons musicaux établis par Williams et peine à créer un thème marquant. Un constat d’autant plus marqué par la réutilisation de plusieurs thèmes marquants de la saga Star Wars, évidemment bien supérieurs.

Rogue One : A Star Wars Story

En résulte donc l’impression d’un film un peu bâtard, qui semble avoir du mal à affirmer un vrai projet filmique au-delà de son statut de divertissement. Fort heureusement, ces problèmes semblent surtout affecter la première moitié du film. A l’image de son héroïne, Rogue One gagne en intensité, en pertinence et en intérêt sur la durée, et se finit par un troisième acte tout simplement mémorable. Sans doute parce que ce ne sont plus tant les individualités des différents membres de l’équipe que la nécessité de mener à bien coûte que coûte leur périlleuse mission qui compte désormais. Le film capture sans problème ce sentiment d’une petite guerre dans la grande, ce climat de bataille désespérée contre un ennemi supérieur en nombre et en équipement et atteint des sommets dramatiques peu habituels pour la saga.

 

La longue bataille finale, menée sur plusieurs fronts, réussit là où le film d’Abrams échouait à proposer des scènes d’action vraiment vibrantes. La mise en scène d’Edwards est plus viscérale sur les phases au sol et plus virevoltantes lors des batailles aériennes et spatiales qui retrouvent enfin leur prestige au sein de la saga. Le cinéaste rappelle son talent, déjà visible dans Godzilla, pour jouer sur les échelles en restant à hauteur humaine, pour filmer l’apocalypse (ici la destruction planétaire vécue à même le sol) et pour iconiser des figures déjà bien connues. D’une manière générale, Edwards travaille son image avec soin, gommant les couleurs pour une image plus réaliste et moins clinquante que celle d’Abrams, et offre quelques très belles idées de mise en scène, hélas pas toujours mises en valeur par un montage sans ampleur et les prises de Gilroy. Néanmoins, malgré l’intervention du studio, la patte balbutiante d’un auteur se fait parfois sentir. Difficile, par exemple, de ne pas penser au Edwards de Monsters lors d’une scène finale entre Jyn et Cassian mêlant intimité et urgence apocalyptique.

Rogue One : A Star Wars Story

Prologue direct à l’Episode IV, Rogue One ne manque jamais l’occasion de faire une référence plus ou moins appuyée à son illustre ancêtre. Tous les personnages dont LucasFilms pouvait justifier la présence apparaissent ou sont évoqués au détour d’un dialogue, qu’ils jouent un rôle dans l’intrigue ou soient relégués au rang de modeste clin d’oeil. D’une manière générale, ces inclusions font sens dans l’intrigue et n’empiètent jamais sur le feeling global de l’oeuvre. Hélas, la volonté de coller coûte que coûte à l’esthétique du premier Star Wars conduit l’équipe du film à quelques fautes de goût, dont la plus flagrante est la recréation de deux personnages humains mythiques du film de 1977 entièrement en images de synthèse. Le travail est honorable mais se révèle bien trop gênant à l’écran quand des poupées numériques interagissent aux côtés d’acteurs de chair et de sang. En revanche, les dernières séquences du film, celles faisant directement le lien avec l’introduction d’Un Nouvel Espoir, sont à la hauteur du mythe. L’ultime cadeau au fan, ce sont les deux scènes mettant en scène Dark Vador, peut-être le méchant le plus emblématique de la saga et ici mis en scène avec tout le panache, le charisme mais aussi la violence que l’on peut attendre du personnage.

 

Rogue One est indubitablement un film plus intéressant que Le Réveil de la Force, plus original, plus ambitieux artistiquement et bénéficiant du travail d’un réalisateur talentueux mais bridé. Le film n’atteint pas les sommets auxquels il aurait pu prétendre avec une écriture plus solide et un metteur en scène libre de ses intentions mais n’en demeure pas moins un blockbuster de SF très efficace, parvenant à faire oublier ses manquements dans un acte final généreux en intensité. Le produit fini reste néanmoins révélateur d’une politique dangereusement proche de celle de Marvel en terme de formatage. En attendant l’Episode VIII qui devrait beaucoup faire parler de lui l’année prochaine, nos espoirs se portent sur le prochain spin-off : un retour sur la jeunesse de Han Solo prévu pour 2018 et réalisé par les géniaux Phil Lord et Chris Miller.

 

 

7.5/10

 

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12 décembre 2016 1 12 /12 /décembre /2016 17:32

Si les pitreries des Avengers finissent par lasser film après film, les projets les plus enthousiasmants du Marvel Cinematic Universe restent ceux qui se situent en marge de ce grand capharnaüm et introduisent des personnages inévitablement rafraîchissants après une énième pérégrination de Tony Stark ou de Steve Rodgers. On pensera aux exotiques et déconnants Gardiens de la Galaxie ou à Ant-Man, agréable surprise malgré une inévitable frustration quant au départ d’Edgar Wright du projet.

Doctor Strange

Doctor Strange emprunte une voie similaire en s’intéressant à un personnage relativement méconnu du grand public et au domaine de compétences unique dans l’univers Marvel. Pas de superpouvoirs ou d’armure bionique, il est ici plutôt question de magie, de mysticisme et de spiritualité. Le potentiel était là, hélas la machine Marvel reste ce qu’elle est et a un cahier des charges serré dont l’ambition cinématographique ne fait malheureusement pas partie. En témoigne le choix du réalisateur, Scott Derrickson, l’homme derrière le remake de Le Jour où la terre s’arrêta, un énième faiseur hollywoodien sans talent et sans doute incapable de livrer une vraie vision d’auteur sur un tel projet.

 

Le début du film parvient toutefois à susciter l’attention. Après une première scène d’action mettant en scène les possibilités de son univers, le spectateur est introduit au personnage de Strange, un docteur surdoué, arrogant et cynique dont la vie va être bouleversée quand un accident le prive du plein usage de ses mains. S’ensuit un schéma d’origin story superhéroïque on ne peut plus éculé (pas grand chose n’a changé depuis le premier Iron Man en 2007) mais exécuté avec un certain soin. Le film pose de vrais semblants enjeux dramatiques autour de la perte de facultés, hélas sacrifiés sur l’autel de la fluidité du récit. Cependant, la détresse et l’obsession de Strange restent crédibles, de même que sa relation plutôt compliquée avec le docteur Christine Palmer.

Doctor Strange

Le docteur s’impose comme l’un des personnages les plus intéressants développés au sein du MCU. Motivé par des desseins purement égoïstes, meurtri et confronté à un système de pensée opposée au sien, il amorce petit à petit une mutation mais sans jamais perdre son arrogance, son humour grinçant ou son obstination. La découverte du Kamar-Taj et de ses adeptes procure un vrai vent frais au récit à mesure que tout le potentiel de l’univers est dévoilé. On est bien entendu encore une fois en terrain connu, quelque part entre Matrix (le héros cartésien dont la perception de l’univers est soudainement chamboulée) et Batman Begins (l’origin story sur fond de temple tibétain) mais la recette fonctionne, et l’intérêt pour la progression du personnage autant que pour ses découvertes au sein des arcanes de la magie est maintenu pendant la majeure partie du récit.

 

On ne peut, accessoirement, que se réjouir que le film limite au maximum les références aux Avengers et s’autorise ainsi une vraie autonomie par rapport au reste de l’univers partagé, même si la scène post-générique nous rappelle avec amertume que Strange est désormais totalement assimilé à la machine infernale.

 

Les limites de Doctor Strange sont finalement celles de toutes les oeuvres récentes du studio : incapable de pousser ses ambitions jusqu’au bout, le récit se perd dans un dénouement des plus conformistes. Toute sa seconde moitié est portée par des enjeux dramatiques paresseux, les possibilités de l’univers magique ne sont qu’effleurées tandis que toute l’histoire ne se réduit finalement qu’à une énième lutte contre une entité intersidérale toute puissante. Le concept de l’ancien élève du mentor du héros désormais au service du mal n’est pas neuf non plus, et le film peine à exploiter tout le potentiel tragique d’un tel personnage. Tant de reproches coutumiers des productions Marvel mais d’autant plus regrettables quand les bases sont si réjouissantes.

Doctor Strange

Si le scénario du film voit ses ambitions brimées par le cahier des charges du studio, la patte visuelle du film parvient heureusement en partie à en rattraper l'écueil. L'univers de Doctor Strange offre des possibilités entièrement nouvelles au sein du genre, mises à profit par l'équipe en charge des effets spéciaux qui n'a apparemment souffert d'aucune restriction. Les meilleurs moment du film sont ceux où les délires visuels des équipes d’ILM sont poussés à leur paroxysme. On peut par exemple citer la “visite” des différents univers parallèles, véritable trip psychédélique d'abstraction de formes et couleurs. Ou encore cette impressionnante course-poursuite au sein d'une ville au relief complètement altéré, où bâtiments et rues se tordent et se replient sur eux-mêmes. De quoi satisfaire la rétine d’un spectateur de plus en plus blasé par les éternelles batailles finales sur fond de destruction de mégalopole et de bouillies d’explosions auxquels le studio nous a habitués.

 

Ces exagérations bienvenues suffisent à faire de Doctor Strange le film le plus le plus original et intéressant du MCU en terme de mise en forme pure. Il est d'autant plus dommage qu'aucun réalisateur compétent ne soit présent à la barre. La réalisation de Scott Derrickson correspond en effet à tout ce que les productions Marvel peuvent offrir de plus générique, entre action brouillonne et manque total de cohérence ou de pertinence dans les choix de cadrage et de découpage. Quelques plans tirent leur épingle du jeu mais l’ensemble demeure terriblement fade et incapable de porter comme il se doit un récit ne manquant pourtant pas d’arguments. On ne peut que regretter que le projet soit privé d’un vrai cinéaste, des metteurs en scène comme Sam Raimi ou Guillermo Del Toro, à l’aise avec le genre superhéroïque mais dotés d’une vraie patte d’auteur, auraient sans doute été à même d’exploiter au mieux l’originalité de l’univers et l’ambition des équipes techniques.

Doctor Strange

En dehors du rendu visuel, l’autre bon point du film vient du casting. Les Marvel récents ont cette tendance à rassembler une brochette d’acteurs de marque sans forcément leur faire honneur. Heureusement, ici tout le monde semble à sa place. Benedict Cumberbatch offre un très bon Strange, porté par le physique singulier et la voix imposante de l’acteur. Tilda Swinton est surprenante dans le rôle de l’Ancien, le mentor du Docteur à la fois sage, malicieuse et ambiguë qu’elle interprète avec un certain décalage. Enfin, le rôle du docteur Christine Palmer est confié à Rachel McAdams, dont la subtilité et la sensibilité aident à faire du personnage le “love interest” le plus empathique de l’univers Marvel. Le grand Mads Mikkelsen se débrouille comme il peut pour incarner le méchant Kaecilius mais n’est pas aidé par une écriture bateau et un maquillage ridicule. Chiwetel Ejiofor dans le rôle de Mordo aura quant à lui encore fort à prouver, surtout vu l’avenir que le studio semble lui réserver.

 

Doctor Strange appartient à cette catégorie trouble de films qui auraient tout autant pu être pires que bien meilleurs. Plus soigné et original que la (triste) moyenne des productions du genre, ses qualités sont hélas trop superficielles pour faire oublier sa nature de pure création de studio. Un divertissement un peu vain mais appréciable, qu’on savourera d’autant plus que la prochaine apparition du Docteur se fera sans aucun doute aux côtés des principales têtes d’affiche de l’écurie Marvel…

 

6/10

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18 novembre 2016 5 18 /11 /novembre /2016 10:28

Auréolé de ses deux prix acquis lors de l'édition 2016 du festival de Cannes (prix du scénario et prix d'interprétation masculine pour Shahab Hosseini), Le Client d'Asghar Farhadi est sorti en salles le 9 novembre. C'est l'occasion de se rendre compte de l'importance qu'a pris le réalisateur iranien dans le paysage cinéphile français (comme le confirme pour une fois le grand nombre de salles projetant le film à sa sortie) depuis la révélation d'un cinéaste jusqu'ici méconnu, qu'a été Une séparation (2011).

Le Client

Asghar Farhadi situe de nouveau son intrigue dans l'Iran contemporain, après avoir fait un passage par la grande banlieue parisienne dans Le Passé, film qui ne m'avait pas autant convaincu que ses précédents bien qu'ayant de grandes qualités. On retrouve le cadre familier de la classe moyenne aisée iranienne déjà découverte dans À Propos d'Elly ou Une Séparation, mais qui va cette fois trembler jusque dans ses fondations, lorsqu'un bulldozer entreprend des travaux sur la parcelle voisine, travaux que l'immeuble ancien supporte mal. Cela donne lieu à un plan séquence magistral faisant office d'ouverture à ce drame. Entre un travelling dans les escaliers et un tremblement de l'immeuble on fait ainsi connaissance avec Emad et Rana qui seront les protagonistes de cette histoire.

 

Ceux-ci sont comédiens de théâtre amateurs et membres d'une troupe dont la première représentation de la pièce Mort d'un Commis Voyageur approche à grands pas. L'immeuble est extrêmement fragilisé et devient donc inhabitable, ce qui oblige le couple à trouver un nouvel endroit où vivre. Heureusement, un membre de la troupe et ami proche de nos héros leur propose un appartement à un loyer très avantageux. Mais dès la première visite quelque chose semble étrange, une des pièces reste verrouillée du fait de l'ancienne locataire, en attendant que celle-ci ne récupère ses affaires.

La première partie du film se déroule principalement dans trois lieux importants de la vie de Rana et Emad : la salle de classe de ce dernier, professeur visiblement apprécié de ses élèves, le théâtre où se déroule les répétitions et enfin le nouvel appartement que nos protagonistes tentent de rendre familier en l'aménageant du mieux possible. Les lieux sont définis, on commence à apprécier les différents personnages et on va jusqu'à partager un éclat de rire quasi collectif lors d'une répétition, quand la censure du régime rend une scène de la pièce totalement absurde. Mais un évènement, initié par un geste machinal et apparemment anodin, va bouleverser irréversiblement l'équilibre retrouvé après les secousses entraperçues dans l'introduction.

Le Client

Si on exclut ce plan séquence initial, le film se déroule plus ou moins en trois actes, donnant au film un caractère dramatique issu du théâtre. Après tout, le générique de début du film n'est il pas constitué de plans (sublimes) de la salle de théâtre s'éclairant au fur et à mesure que les projecteurs s'allument ? Le décor est ainsi mis en place avant que le drame se déroule. Sans en dire plus sur la suite de l'histoire, j'ai trouvé que le film parvenait plus d'une fois à prendre le spectateur à contre-pied, allant dans un sens, voire un genre, différent à chaque acte. Si j'ai trouvé que le film marquait un peu le pas aux deux tiers, la dernière partie m'a littéralement scotché, Farhadi proposant une réflexion plus complexe qu'il n'y paraît.

Tout comme Une Séparation, ce qui frappe avec le cinéma du réalisateur iranien est l'universalité de son propos. Moins politique que les films de Jafar Panahi par exemple, le film se concentre plus sur les dilemmes moraux qui assaillent ses personnages. Culpabilité, vengeance, pardon ou encore regret sont des thèmes récurrents de l'oeuvre de Farhadi et sont ici abordés frontalement, en particulier dans ce dernier acte. Le prix de l'interprétation est allé à Shahab Hosseini mais on retient également la belle Taraneh Alidoosti déjà aperçue dans plusieurs films de Farhadi (Les Enfants de Belleville, La Fête du Feu, A Propos d'Elly) ou dans le déroutant Modest Reception de Mani Haghighi. Son jeu tout en retenu et en silences douloureux est remarquable et son retour chez Farhadi une très bonne nouvelle.

 

Ce film, sans être la claque que fut Une Séparation assied encore un peu plus le réalisateur iranien comme un artiste majeur de cette décennie, sûr de ses talents d'écriture et de mise en scène et dont chaque long-métrage permet au monde d'en apprendre un peu plus sur l'Iran, ce pays qui semble si différent mais en même temps si familier sous certains aspects. Son propos universel rend son œuvre plus accessible que celles de certains de ses compatriotes et permet à beaucoup de découvrir cette magnifique langue qu'est le farsi. En attendant son prochain film, je ne peux que conseiller d'aller voir Le Client, actuellement projeté dans toutes les meilleures salles !

 

 

7,5/10

 

Olivier

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Published by Olivier - dans Les films de 2016
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4 août 2016 4 04 /08 /août /2016 21:30

       Me voilà bien embêté après avoir vu ce dernier film de tonton Emmerich, car j’avais voulu y croire. Pas que ça serait un bon film, faut pas pousser, mais qu’il avait compris la nécessité d’aborder cette suite avec beaucoup de second degré et de recul. Si je m’étais sévèrement ennuyé devant 2012 une fois passée son introduction apocalyptiquement débile, son White House Down était bien plus fendard. Flirter avec le nanar, assumer l’absurdité des situations et le patriotisme bien bas du front, il n’y avait pas mieux à faire pour sauver un minimum ce sous-sous-Die Hard.

 

 

       En découvrant la bande-annonce de Resurgence, il me semblait que tout cela était acquis, entre surenchère grotesque et punchlines ridicules. Promis-juré, j’allais voir le film dans un état d’esprit aussi bienveillant que possible, histoire de se marrer grassement en profitant de la carte illimitée, activité saine s’il en est. Autant le dire d’emblée, cette suite a seulement deux qualités par rapport à l’original, qui sont de ne durer que deux heures (encore heureux) et de rediriger le patriotisme américain pompeux vers un universalisme de pacotille. Sur deux heures, on pourrait s’attendre à un démarrage en trombe, mais non, prenons bien le temps de réintroduire TOUS les personnages de l’original (et quand je dis tous, c’est tous), en plus de présenter un contingent de nouveaux. Il faut donc supporter pas loin de 45 minutes de scènes qui ne mènent à rien d’intéressant à part réunir ces personnages et multiplier les références bien lourdes, avec des acteurs aussi bons que Jeff Goldblum et Charlotte Gainsbourg ne sachant clairement pas ce qu’ils font là (à part toucher un bon gros chèque entre deux films de meilleure qualité).

 

       On retrouvera la femme de Hiller (Will Smith) pour l’émotion, le père de Levinson (Goldblum) pour l’humour, dont on se serait largement passé, le docteur un peu fou aux longs cheveux blancs pour les élucubrations scientifiques, et j’en passe… Tout spectateur normalement constitué se dit qu’après avoir supporté ces longs tunnels de dialogues d’exposition, ça va quand même un peu défourailler dans les chaumières. Que nenni ! J’exagère à peine en disant que toutes les scènes de destruction un tant soit peu originales étaient spoilées dans la BA, et de toute façon ça se résume à de la bouillie numérique scintillante pas épique pour deux sous. Et ne vous attendez pas à grand-chose d’autre, le vaisseau géant se pose pendant dix minutes, puis c’est fini, vous pouvez vous rendormir.

 

 

       Mais alors, il reste quoi dans ce film ? C’est simple, un remake éhonté du premier, avec succession d’échecs pour rentrer dans le vaisseau, la découverte d’une faille, les nouveaux héros sans charisme qui entrent et font tout pour péter la gueule aux aliens. Le tout en repompant allègrement Alien (la saga), Godzilla et autres films de monstres, en saupoudrant de quelques batailles aériennes pas loin d’être correctement mises en scène (mais bien moches esthétiquement), mais cruellement dénuées d’enjeux et de tension. Quand il est impossible de s’attacher aux personnages et que le danger est un truc aussi perché qu’arrêter les aliens à quelques mètres près de forer le noyau de la Terre (quitte à se faire sauter avec ?), difficile d’être impliqué dans la course contre la montre finale.

 

       On s’accroche quand même aux vannes foireuses qui désamorcent toute tension (une constante dans les blockbusters récents), on s’étonne du nombre de personnages « importants » qui y passent, on se marre devant les discours de motivation à deux balles et le ridicule général des situations, on supporte la 3D convertie à la truelle, et finalement on est bien content de ne pas avoir payé plein pot pour ça (dans mon cas, sinon n’y allez pas). Que dire de plus ? Il n’y avait aucun plaisir pervers pour ma part à voir Emmerich tomber au niveau des blockbusters actuels, surtout avec un film qui n’assume pas assez son second degré ni son sérieux. L’ultime affront restant de nous imposer un cliffhanger de mauvaise série télé promettant une suite un chouia plus prometteuse, mais qu’il aurait été bon de mettre en place dès ce film-là. En l’état, ça donne surtout envie de soupirer devant tant d’opportunisme et de passer son tour.

 

 

3/10

 

Arnaud

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24 juillet 2016 7 24 /07 /juillet /2016 16:15

Infatigable parmi les infatigables, Woody Allen continue d’enrichir chaque année sa prestigieuse filmographie et approche désormais de la cinquantaine de longs-métrages réalisés. Le metteur en scène américain, maintenant octogénaire, ne révolutionne plus grand chose mais ne semble pas non plus manquer d’inspiration, chacune de ses nouvelles oeuvres recycle des thématiques et des archétypes déjà exploités mais en leur ajoutant à chaque fois une saveur supplémentaire. Café Society, qui ouvrait cette année le Festival de Cannes hors compétition, ne déroge pas à la règle.

 

 

Allen quitte cette fois les grandes villes contemporaines pour retourner vers une époque qu’il affectionne tout particulièrement : les années 30, généralement associées par le réalisateur au monde des arts et du spectacle. Le film raconte les tribulations de Bobby (Jesse Eisenberg), jeune juif newyorkais parti faire fortune à Hollywood. Grâce à son oncle, un grand producteur de films (Steve Carell), il fait ses premiers pas comme homme à tout faire dans l’usine à rêves hollywoodienne et fait également la connaissance de Vonnie (Kristen Stewart) pour qui il a un coup de foudre immédiat.

 

Si le film prend pour cadre l’univers de la production de films (dans un premier temps du moins), son sujet est toutefois plus universel et propre à bon nombre des précédents films d’Allen : la relation amoureuse. Le coup de foudre, la passion amoureuse, le quiproquo, la séparation, le poids du temps qui passe… L’innocence des relations alléniennes peut très vite se muer en amertume à mesure que les personnages évoluent, oublient, regrettent. Ce qui n’empêche pas le film d’être une vraie comédie, peut-être pas la plus hilarante du réalisateur, mais néanmoins constamment habitée par cette ironie, ce léger décalage qui rend les situations d’autant plus mordantes.

 

 

Film d’époque, Café Society est aussi film d’ambiance. Woody Allen décrit non sans plaisir les studios hollywoodiens, leurs fêtes de strass et paillettes et leur hypocrisie constante. La deuxième partie du récit, quant à elle, décortique la société des cafés newyorkaise, la fameuse “café society”, où tout est également question d’apparence et de renommée. Le réalisateur en profite pour rappeler qu’au delà de son sens du dialogue et de la situation, il est aussi un metteur en scène talentueux. L’esthétique du film est soignée, entre travellings élégants et cadrages minutieux et parvient à rendre palpable la ferveur de l’époque et des milieux explorés.

 

On serait presque tenté de tisser des parallèles avec l’approche de Martin Scorsese et la manière dont il décrit les frasques de la pègre avec minutie et ironie dans des films comme Les Affranchis ou Casino, avec un parfum de Boardwalk Empire pour le milieu, l’époque et les séquences typées “cabaret”. A noter que Woody Allen a, pour la première fois de sa carrière, troqué la pellicule contre le numérique, offrant à son dernier film une teinte très particulière exploitée à merveille par le directeur de la photographie Vittorio Storaro (connu entre autres pour son travail sur Apocalypse Now, rien que ça).

 

 

Comme à son habitude, le metteur en scène se distingue par un casting de grande qualité. Woody Allen trouve en Jesse Eisenberg la parfaite incarnation de son personnage type névrosé et cynique. On ne peut également que saluer le choix de Kristen Stewart dans le rôle de Vonnie, l’orientation de carrière récente de l’actrice étant décidément honorable. Steve Carell est un autre acteur qu’on attendait de voir dirigé à nouveau par Allen après Melinda et Melinda, le comédien évolue ici dans un registre probablement moins surprenant que ce qu’il a pu offrir récemment (Foxcatcher ou encore The Big Short) mais semble beaucoup s’amuser dans ce rôle du producteur véreux, surbooké et romantique sur les bords. Enfin, les quelques apparitions de Corey Stoll dans le rôle du frère maffieux de Bobby permettent au cinéaste de jouer avec les codes du film de gangster de manière assez savoureuse.

 

Woody Allen varie donc définitivement sur des thèmes connus. Il semble désormais vain d’attendre du cinéaste un vrai renouvellement de son canon filmique. Pour autant, Allen reste à la hauteur de son talent, son approche du film d’époque est toujours aussi généreuse et rafraîchissante et son traitement des problématiques amoureuses garde tout son sens. Un très bon cru donc, à défaut d’être réellement mémorable.

 

 

7.5/10

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